Francs-Comtois

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Franc-comtois.
Francs-Comtois

Populations significatives par région
Drapeau de la Franche-Comté Franche-Comté 1 180 397 (2016)
Autres
Régions d’origine Franche-Comté
Langues Franc-comtois, Arpitan, Français de Franche-Comté, Français standard
Religions Catholicisme, Protestantisme
Ethnies liées Séquanes, Lingons

Les Francs-Comtois, ou simplement les Comtois, sont les habitants de Franche-Comté ainsi qu'un peuple originaire de cette région. Ils sont par ailleurs une part du peuple français depuis 1678 (traité de Nimègue).

La région franc-comtoise représente un total de 1 180 397 individus en 2016 et selon une enquête de LH2 faite en 2014, 83 % des Francs-Comtois se déclarent attachés à leur région, soit une proportion supérieure de 10 points à la moyenne nationale[1].

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

L'ethnonyme et gentilé Franc(s)-Comtois est mentionné sous la forme Francontois avant 1698. Il est formé à partir du nom géographique Franche-Comté ou comté de Bourgogne, de l'adjectif franc et de comtois[2].

Anthropologie et ethnologie[modifier | modifier le code]

Les Francs-Comtois ont, à l'époque de la conquête de leur province par Louis XIV, montré beaucoup de dévouement pour la maison d'Autriche, dont la domination avait été pour eux « douce et paternelle ». Ils se sont défendus avec courage et leur fidélité était passée en proverbe[3]. De tout temps, les qualités particulières au caractère national ont aussi rendu les Francs-Comtois propres aux fonctions de la magistrature et aux négociations diplomatiques[3].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Quoique intégrés tardivement au sein du royaume de France, les habitants de cette région ont, d'après Abel Hugo, franchement accepté la fraternité française vers 1835 et ils se font remarquer à cette époque par la vivacité de leurs opinions nationales et par leur dévouement patriotique. Ils ont conservé le courage de leurs ancêtres et ont transporté à la France les anciens sentiments d'affection qui les attachaient à l'Espagne autrichienne[3]. Malgré cela, un nationalisme franc-comtois fera plus tard son apparition.

Les origines diverses du Franc-Comtois expliquent seules les différences et les traits opposés de son caractère. Dans la première moitié du XIXe siècle, sa pensée est rapide et son expression lente, son accent traîne lourdement et contraste avec le mordant de ses phrases, débitées avec une apparente bonhomie. Endurant et calme, il est cependant vindicatif, mais il dissimule et attend, pour se venger, que l'individu concerné ne soit point sur ses gardes[4]. Simple à l'extérieur, il a pourtant au moins autant de vanité que le Gascon. Il s'établit une lutte perpétuelle entre la vivacité de son imagination et l'inflexible rectitude de son jugement. La fantaisie lui plaît, mais il n'a d'estime que pour la réalité. Sans être parcimonieux, il est économe et sa persévérance est poussée à un très haut degré[4].

Sa conduite est ordinairement régulière, mais s'il se déprave, ce ne sera point à demi. Il a des principes de morale et de probité plus solides qu'ailleurs. Les habitants de la plaine sont peu religieux et ont des opinions politiques modérées, tandis que les montagnards ont en général une grande piété, en même temps que des idées radicales qui vont souvent jusqu'à l'exagération[4]. Privés d'encouragement dans leur région à cette époque, les jeunes gens que leur vocation paraît appeler aux travaux de l'intelligence, s'élancent vers Paris dès qu'ils le peuvent. Le Comtois se reconnaît dans la capitale parisienne à son accent et à la tournure singulière de sa phraséologie qui étonne les gens, excepté lui. Il est d'une politesse remarquable avec les gens et d'une solennité quelque peu raide avec les personnes qu'il visite. Le Comtois est par ailleurs infatigable, leste, sensible et serviable, surtout pour l'étranger, qu'il recherche à Paris et qu'il évite dans sa région[4].

Les Comtoises du XIXe siècle sont reconnaissables à leurs pieds un peu forts, à la façon lourde dont ils sont attachés et à la grosseur de la malléole interne. Elles ont pour l'ordinaire un nez pointu et la mâchoire inférieure très développée. Elles ont aussi la tenue grave et l'esprit moins acéré que celui des hommes. Leur taille est courte et il est rare que leur châle ne soit pas placé de travers[4]. À cette époque, il y a encore des familles qui portent les mêmes prénoms depuis des siècles, qui se marient entre elles, ou encore qui font de leur aîné un magistrat et du second fils un prêtre. Quant aux autres enfants, ils rebâtissent l'habitation paternelle à mesure qu'elle se démolit, sont servis par leur mère ou par leurs sœurs et continuent, après leurs aïeux, le trafic des buis ou des fromages[4].

Doubiens[modifier | modifier le code]

Une fermeté tenace, de la froideur, un jugement solide, beaucoup de réserve et de circonspection, de la fidélité dans les affections et dans les opinions paraissent être les qualités dominantes des habitants du Doubs vers 1835. Ils sont naturellement sérieux et peu enthousiastes, plutôt portés à la méditation et à l'étude des sciences exactes qu'aux créations brillantes d'une vive imagination. Ils ont du goût pour le métier des armes et sont naturellement aptes à supporter les fatigues de la guerre, ils sont braves sur le champ de bataille et se sont distingués dans les longues guerres de la révolution et de l'empire. Les Doubiens sont religieux, mais exempts de préjugés et d'intolérance ; laborieux et économes, mais charitables et hospitaliers ; peu faciles à se laisser persuader, mais opiniâtres dans leurs convictions. Par ailleurs, les familles sont généralement unies et les populations tranquilles et calmes[3].

Vers 1835, il existe des différences entre habitants de la montagne et ceux de la plaine : les premiers sont d'une haute stature, d'une constitution saine et robuste ; leur nourriture habituelle consiste en pain d'avoine mêlée d'orge et de blé, en légumes, en lait et en fromages maigres ; deux fois par semaine ils mangent du lard ; ils ne boivent presque jamais de vin ; ils sont sobres et économes, d'un caractère généralement « doux », officieux et hospitaliers, religieux observateurs de leur parole ; généralement assez peu instruits et crédules, quoique doués d'une grande mobilité d'imagination. On cite particulièrement les habitants du Val-du-Sauguet pour la vivacité de leur esprit. Ils ont peu d'instruction, mais la cause en est dans leur isolement et leur situation au milieu des bois et des montagnes, où ils restent pendant six mois presque ensevelis sous les neiges[3]. Les habitants de la plaine sont moins robustes que ceux de la montagne. Leur nourriture est meilleure et plus substantielle ; le pain de froment et de seigle en est la base. Ils sont beaucoup moins sobres que les montagnards et boivent souvent du vin ; ils sont accusés d'être aussi moins portés à rendre service et d'avoir l'« esprit moins vif et moins intelligent »[3].

Jurassiens[modifier | modifier le code]

Les habitants du Jura sont, vers 1835, communément froids et posés, sans pour cela être nonchalants. Leurs passions sont peu impétueuses ou bien ils ont la force de les modérer. Ils montrent de l'esprit, de la prudence et une grande perspicacité ; leur intelligence et leur industrie sont également développées ; ils sont bons et hospitaliers, religieux sans fanatisme et tolérants sans ostentation. On leur trouve un goût prononcé pour les agréments de la société, pour la « vie douce et les plaisirs tranquilles ». Ils ont une haute opinion de la dignité humaine et surtout de la supériorité du sexe masculin. Cependant les femmes, plus occupées du soin du ménage que du désir d'exceller, sont bonnes, douces, aimantes et généralement spirituelles[3].

Les Jurassiens sont propres au service militaire et deviennent d'excellents soldats sans pour cela avoir la passion des armes. Leur caractère réfléchi se mêle chez eux aux actes de bravoure et ne les rend que plus propres à être aussi bons généraux que bons soldats. Ils réussissent également bien dans le maniement des affaires publiques et dans l'étude des sciences. Ils ont du goût pour les lettres et pour les arts, mais ils les cultivent beaucoup moins[3]. Leur constitution est saine et vigoureuse, leur taille au-dessus de la moyenne, leurs membres sont « bien faits », leurs yeux bruns, leurs cheveux noirs ou châtains ; ils ont de l'embonpoint et de vives couleurs. Leur regard est vif, leur physionomie fine et spirituelle ; les femmes sont d'une taille moyenne et, sans être spécialement belles, ont beaucoup de grâce et d'attrait[3].

Hauts-Saônois[modifier | modifier le code]

Les habitants de la Haute-Saône, ayant été moins mêlés avec les conquérants Francs ou Burgondes, que ceux d'autres parties de la France, représentent assez exactement par leur extérieur l'ancienne « race gauloise » ou le peuple gallo-romain vers 1835[3]. Ils sont à cette époque généralement grands, bruns, secs, plus robustes qu'agiles et adroits, plus constants et braves que fins. Ils s'épuisent souvent de bonne heure dans les campagnes par des travaux excessifs plutôt que bien dirigés ou éclairés. Livrés pour la plupart à l'agriculture, dans un pays fertile en grains et en légumes, où l'aisance est presque uniformément répandue, depuis longtemps ils n'ont pas connu, si ce n'est au commencement de 1817, une des causes les plus grandes de maladie et de dépopulation, la disette et l'indigence[3].

Il est remarqué vers 1835 plus de tempérance qu'auparavant dans les repas où ils se réunissent, repas dont les excès nuisaient non moins à la santé qu'à l'intérêt de l'ordre et de l'industrie. Les bataillons de la Haute-Saône se sont distingués pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, ils étaient estimés à cause de leur patience au milieu des fatigues et des privations, de leur fermeté dans les circonstances périlleuses et de leur bravoure dans les combats[3]. Les Hauts-Saônois sont à cette époque aptes à toutes les professions qui demandent un esprit sain et juste, une persévérance toujours égale et une habitude suivie du travail. Le département a produit de braves guerriers, des hommes d'État habiles et des savants instruits, il se fait surtout remarquer par le nombre des théologiens, des médecins et des chirurgiens qui y sont nés[3].

L'habitant des campagnes est, vers 1835, économe et intéressé mais néanmoins hospitalier. Il est d'un caractère « doux et bon », mais il se montre opiniâtre pour ce qui touche à ses préjugés et à ses habitudes. Les mœurs des familles sont « pures » ; la nourriture est frugale, la manière de vivre simple et régulière. Les femmes sont habituées à respecter leur mari ; les parents témoignent beaucoup d'affection pour leurs enfants et ceux-ci montrent à leur tour de la tendresse et du dévouement pour leurs parents[3].

Costume traditionnel[modifier | modifier le code]

Doubs[modifier | modifier le code]

Vers 1835, les vêtements des Doubiens montagnards sont de forme simple et n'ont rien de particulier, ils sont cependant faits d'étoffes du pays, espèce de droguet fabriquée avec la laine, le chanvre et le lin qu'ils récoltent. Ces vêtements sont gris ou bruns pour les hommes et de couleurs variées, à rayures fort larges pour les femmes[3].

Jura[modifier | modifier le code]

Vers 1835, dans la basse plaine, aux environs de Saint-Amour, les paysans portent par-dessus leur vêtements de longs tabliers de peau rousse qui leur couvrent le ventre et la poitrine[3]. Le costume des paysannes de la Bresse inclut un petit chapeau de feutre noir, d'où pendent des barbes ornées de dentelles et des rubans noirs qui se rattachent derrière la tête. Dans la montagne et principalement aux environs de Syrod, les femmes ont pour coiffure une toque en velours ou en drap noir, entourée d'un grand bourrelet. Leurs cheveux, partagés en tresses, sortent de la toque et la couronnent en dehors par deux ou trois tours. Ils sont fixés dans cette position par une longue aiguille d'argent qui les traverse de part en part et que termine à chaque extrémité un gros bouton de même métal[3].

Personnalités franc-comtoises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LH2, Le projet de loi de décentralisation et la recomposition territoriale, Sondage national auprès des Français, avec focus régionaux, Résultats nationaux – 10 avril 2014 (lire en ligne)
  2. Définitions lexicographiques et étymologiques de « franc-comtois » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p et q Abel Hugo, France pittoresque, ou description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France, Paris, Delloye, 1835
  4. a b c d e et f Auguste Wahlen, Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde : d'après des documents authentiques et les voyages les plus récents, Bruxelles, 1844.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Bidalot, Comment les Francs-Comtois sont devenus français, 2011 (ISBN 9782884192231 et 2884192239)
  • Thierry Choffat, Les Comtois de Napoléon : cent destins au service de l'Empire, 2006 (ISBN 2882954786 et 9782882954787)
  • Gabriel Carteron, Les Francs-Comtois dans l'Ordre de Malte : études généalogiques et biographiques, 1988-1989
  • Jean-Louis Clade, La vie des paysans franc-comtois dans les années 1950, 2000 (ISBN 2882952813 et 9782882952813)
  • Jean Defrasne, Les Comtois : le pays, l'histoire, l'esprit, 2002 (ISBN 2882953585 et 9782882953582)
  • Didier Desnouvaux, émigrés bassignots et comtois aux États-Unis, 1830-1870, 2011 (ISBN 9782951293144)
  • Célestin Fleury, Franc-comtois et Suisses, Besançon, Jacquin, 1869
  • Georges Jeanney, Nos cousins comtois d'Amérique : l'émigration comtoise au XIXe siècle, 2007 (ISBN 9782882954930)
  • Christian Palvadeau, Les Comtois dans l'histoire de l'Amérique française, 2008 (ISBN 9782914741583)
  • Perron, Joliet, Les Francs-Comtois : caractère national, moeurs, usages, Cariage, 1892 (OCLC 457502441)
  • Renaud, Les Francs-Comtois de Paris : soixante balades insolites, 2015 (ISBN 9782882957351)
  • Paul Simonin, Des Francs-Comtois dans la Résistance, Ed. Marque-Maillard, 1983 (ISBN 2903900043 et 9782903900045)
  • Steimlé, Francs-Comtois célèbres et moins connus, L'Harmattan, 2014 (ISBN 2343034826 et 9782343034829)
  • Jean-Marie Thiébaud, Les Francs-Comtois de la Révolution (1789-1799) : dictionnaire patronymique et notices biographiques, 2006 (ISBN 2951798075 et 9782951798076)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :