Claude Favre de Vaugelas

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Claude Favre de Vaugelas
Claude Favre de Vaugelas - Versailles MV 2891.png
Portrait anonyme de Vaugelas à l’Académie française, peint l’année de son élection.
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Fauteuil 32 de l'Académie française
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Claude Favre, baron de Pérouges, seigneur de Vaugelas, né le à Meximieux et mort le à Paris, est un grammairien savoisien et l’un des premiers membres de l’Académie française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Second fils d’Antoine Favre[1], président du Sénat de Savoie à Chambéry et baron de Pérouges[2], Vaugelas est né au Clos Vaugelas dans la paroisse de Meximieux, qui fait partie à l’époque des États de Savoie. Dans son enfance, il suit les cours du collège Chappuisien d’Annecy[3]. En 1624, à la mort de son père, il obtient la qualité de baron de Pérouges, qu’il porta longtemps avant d’être forcé, criblé de dettes, de l’aliéner[4]. Il jouissait d’une pension de deux mille livres, que son père, en 1619, lui avait fait obtenir de Louis XIII. Cette pension, d’ailleurs assez modeste, qui formait à peu près tout son revenu, fut supprimée plus tard par Richelieu[5].

Il vint, jeune encore, à Paris, entra au service du duc de Mayenne, puis du duc de Nemours en 1607, avant de s’attacher, en qualité de gentilhomme ordinaire, à Gaston d’Orléans, frère du roi, dont il fut ensuite un des chambellans[6]. Comme le prince n’avait pas l’habitude de payer très exactement les gages de ses domestiques, Vaugelas, qui dut l’accompagner dans ses fréquentes retraites hors du royaume, ne tarda pas à contracter des dettes qui pesèrent sur toute sa vie[3]. Parlant l’italien et l’espagnol, il a travaillé comme interprète pour la cour de Louis XIII[7].

Ayant été dans sa jeunesse l’un des hôtes assidus de l’Académie florimontane, établie à Annecy par ses soins, et ceux de son père, de François de Sales et d’Honoré d'Urfé, il y avait pris le goût de l’étude et de la discussion. Doué d’un esprit grave, minutieux et réfléchi, il s’acquit de bonne heure la réputation d’un homme qui savait à fond toutes les règles de la langue française, et qui la parlait avec une irréprochable correction. Il n’en fallait pas davantage pour le faire choisir, bien qu’il n’eût encore rien écrit, comme un des premiers membres de l’Académie française, à la fin de . Il se rendit fort utile dans le travail du Dictionnaire, auquel il consacra quinze années en participant à la rédaction des articles commençant par les lettres A à I. Vaugelas, qui avait fait depuis longtemps, dit Paul Pellisson, plusieurs belles et curieuses observations sur la langue, les offrit à la compagnie, qui les accepta, et ordonna qu’il en conférerait avec Jean Chapelain, et que tous deux ensemble, ils donneraient des mémoires pour le plan et pour la conduite de ce travail.

Dictionnaire de l’Académie française.

Il fut agréé par Richelieu, qui consentit à rétablir sa pension. Comme il allait le remercier de cette faveur, le cardinal lui dit : « Eh bien, vous n’oublierez pas du moins dans le dictionnaire le mot de pension. » Sur quoi Vaugelas répliqua : « Non, monseigneur, et moins encore celui de reconnaissance[5]:208. » II commença dès lors à dresser les cahiers du dictionnaire, qu’il rapportait ensuite à la compagnie : on les discutait dans les assemblées ordinaires, auxquelles on joignit bientôt, pour aller plus vite, une assemblée spéciale, qui se tenait le mercredi, en deux bureaux séparés. Vaugelas avait la haute main sur ces discussions, notant les points en litige, et se livrant aux recherches nécessaires pour les éclaircir. Mais les interminables discussions auxquelles donnait lieu chaque mot, les scrupules de Vaugelas et son purisme extrême, ainsi que ses manies, n’étaient pas de nature à accélérer le travail. Ainsi, avait-il conçu tant d’estime pour les écrits de Nicolas Coeffeteau, qu’il avait grand peine à recevoir dans le Dictionnaire quelque phrase qui n’y fût pas employée[8]:35.

Ce fut seulement en qu’il publia son principal ouvrage, intitulé Remarques sur la langue françoise, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire[9], où il cherche à définir et à codifier le bon usage du français en s’inspirant de la langue parlée à la cour du roi, dans la lignée de Malherbe[10].

Ce fin grammairien, qui polémiqua avec Ménage[11],[12], notamment dans ses Observations sur la langue française (), ne put jamais arriver à donner avant sa mort un second volume, dont il préparait les matériaux[13]. Il travailla trente ans à une version de l’Alexandre le Grand de Quinte-Curce, qu’il changeait et corrigeait sans cesse, et qu’il eut l’intrépide constance de refaire en entier, comme il le déclare lui-même, lorsque la traduction d’Arrien de Nicolas Perrot d'Ablancourt[14], qui avait paru dans l’intervalle, l’eut éclairé sur les défauts de la sienne[15].

Une séance à l’hôtel de Rambouillet par François-Hippolyte Debon.

Fort assidu à l’hôtel de Rambouillet, Vaugelas y dirigeait dans le même sens toutes les facultés de son esprit, s’occupant à recueillir les décisions de l’usage et à noter les façons de parler de la bonne compagnie[2]:68.

Vers la fin de sa vie, il devint gouverneur des enfants du prince Thomas de Savoie, dont l’un était sourd et muet, et l’autre bègue[α 1],[2]:68. Il avait aussi un appartement dans l’hôtel de Soissons ; mais malgré ces avantages et le rétablissement de sa pension, toujours modeste, il ne put jamais échapper entièrement à la gêne.

L’hôtel de Soissons au XVIIe siècle.

Sa vieillesse fut assombrie par de grandes souffrances. Ayant été, au mois de , très affligé pendant cinq ou six semaines d’un abcès dans l’estomac qui le tourmentait depuis plusieurs années, il se sentit soulagé tout à coup, et, se croyant guéri, voulut aller prendre l’air dans le jardin de l’hôtel de Soissons. Le lendemain matin, son mal le reprit avec plus de force. Vaugelas avait deux valets ; l’un étant sorti, il envoya l’autre chercher du secours. Sur ces entrefaites, le premier revint, et trouva son maître qui rendait son abcès par la bouche : « Qu’y a-t-il donc ? » demanda ce garçon effrayé. — Vous voyez, mon ami, répondit Vaugelas, avec le flegme d’un grammairien qui démontre une règle, vous voyez le peu de chose qu’est l’homme[16]. » Ce furent ses dernières paroles ; mais on lui attribue également[α 2] ce mot : « Je m’en vais, je m’en vas, l’un et l’autre se dit ou se disent[17]. »

Après sa mort, son bien ne se trouva pas suffisant pour payer ses créanciers, qui saisirent, avec le reste de ses écrits, les cahiers du Dictionnaire, que l’Académie ne put recouvrer qu’à grand peine, par une sentence du Châtelet, datée du . Il fut inhumé dans le cimetière Saint-Eustache[18]. En 1787, ses ossements furent transférés aux catacombes de Paris[19],[20].

Vaugelas, d’après Paul Pellisson, « était un homme agréable, bien fait de corps et d’esprit, de belle taille ; il avait les yeux et les cheveux noirs, le visage bien rempli et bien coloré. Il était fort dévot, civil et respectueux jusques à l’excès, particulièrement envers les dames. Il craignait toujours d’offenser quelqu’un, et le plus souvent il n’osait pour cette raison prendre parti dans les questions que l’on mettait en dispute[21] ». Son caractère, ainsi que ses talents, lui avaient fait beaucoup d’amis, parmi lesquels étaient Nicolas Faret, Chaudebonne, Vincent Voiture, Chapelain et Valentin Conrart[2]:69.

Ses ouvrages ne sont pas nombreux. Possédant la langue italienne à fond, il avait fait quelques vers italiens très estimés[8]. Il faisait aussi des vers français, mais seulement en façon d’impromptu. L’influence et l’autorité de ses Remarques furent très considérables, et pendant longtemps on ne jura que par Vaugelas. Sa grande règle est l’usage, entendu et restreint dans certaines limites ; il distingue l’usage de la cour et du grand monde de l’usage bas et populaire, et porte dans les exclusions qu’il prononce contre certains termes une délicatesse que plusieurs ont accusée d’exagération et de caprice[13]:1028. Vaugelas rencontra néanmoins plus d’un ennemi : La Mothe Le Vayer[22] et Dupleix écrivirent contre son livre[23] ; Ménage attaqua ses étymologies[24].

Remarques sur la langue française, 1647.

Les matériaux préparés par Vaugelas pour un second volume avaient été perdus dans la saisie de ses papiers : c’est là sans doute ce qui décida l’avocat grenoblois Louis-Augustin Alemand (de) à publier en 1690 les Nouvelles remarques de M. de Vaugelas sur la langue françoise, qui paraissent être réellement de lui, mais qui ne sont cependant que des notes rassemblées au hasard, sur des phrases et des termes surannés, et qu’il avait probablement laissées lui-même de côté[25].

Les Remarques ont eu plusieurs réimpressions, parmi lesquelles celle de , avec les Observations de l’Académie française[26], et celle de (Ibid., 3 vol. in-12) avec des notes d’Olivier Patru et de Thomas Corneille[27]. Vaugelas avait voulu faire de sa traduction de l’Alexandre le Grand de Quinte-Curce un exemple à l’appui de ses Remarques, pour y tracer le modèle après avoir donné les préceptes, ce qui explique le temps énorme qu’il y avait consacré et l’importance qu’on y attacha. Cette traduction parut pour la première fois en , par les soins de Valentin Conrart et de Jean Chapelain, qui eurent à choisir parmi les cinq ou six différentes versions que Vaugelas avait laissées de la plupart des périodes[28]. La seconde édition est semblable à la première. Lorsqu’une nouvelle copie fut retrouvée, elle servit à Guy Patin à en donner, en , une troisième, meilleure que les précédentes, et qui fut considérée depuis comme l’édition définitive[13]:1028.

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque de la rue Vaugelas, Paris.

En 1865, la rue Vaugelas est créée à Paris.

Le collège Vaugelas de Meximieux et le lycée Vaugelas de Chambéry ont été nommés en son honneur ainsi qu’une rue et une école élémentaire d’Annecy.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Remarques sur la langue françoise, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien escrire, Paris, Vve J. Camusat et P. Le Petit, , 584 p. (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quelle destinée, disait M. Rambouillet, pour un homme qui parle si bien et peut si bien apprendre à parler, qu’être gouverneur de sourds et muets !
  2. De même qu’à Dominique Bouhours.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent-Josse Le Clerc, Bibliothèque du Richelet : ou abrégé de la vie des auteurs citez dans ce dictionnaire, Lyon, (OCLC 68298280, lire en ligne), p. 54.
  2. a b c et d Edmond Révérend du Mesnil (d), Le Président Favre, Vaugelas et leur famille : d’après les documents authentiques, Lyon, A. Vingtrinier, , 104 p., in-8° (OCLC 457775822, lire en ligne), p. 74.
  3. a et b André Combaz (préf. Louis Terreaux), Claude Favre de Vaugelas : mousquetaire de la langue française, Paris, Klincksieck, , 623 p., 24 cm (ISBN 978-2-25203-258-9, OCLC 45707897, lire en ligne), p. 79.
  4. Louis Revon, Aimé Constantin, François Miquet, Gustave Maillard, Marc Le Roux et Charles Marteaux, Revue savoisienne, vol. 75-77, Annecy, Académie florimontane, (lire en ligne), p. 179.
  5. a et b Pierre Taisand, Les Vies des plus célèbres jurisconsultes de toutes les nations, tant anciens que modernes, etc., Paris, L. Sevestre, (lire en ligne), p. 208.
  6. Pierre Gatulle, Gaston d’Orléans : entre mécénat et impatience du pouvoir, Seyssel, Champ Vallon, 448 p., 24 cm (ISBN 978-2-87673-707-5, OCLC 937873881, lire en ligne), p. 83.
  7. (en) Wendy Ayres-Bennett, Vaugelas and the Development of the French Language, Oxford, MHRA, , xv-279, 24 cm (ISBN 978-0-94762-313-5, OCLC 462288126, lire en ligne), p. 139.
  8. a et b Edme Moncourt (d), De la méthode grammaticale de Vaugelas, Paris, Joubert, , 170 p. (lire en ligne), p. 109.
  9. Claude Favre de Vaugelas, Remarques sur la langue françoise : utiles à ceux qui veulent bien parler et bien escrire, (lire en ligne sur Gallica).
  10. Gilles Siouffi, Le Génie de la langue française : études sur les structures imaginaires de la description linguistique à l'âge classique, Paris, Honoré Champion, , 513 p. (ISBN 978-2-74531-943-2, OCLC 695852925, lire en ligne), p. 103.
  11. Jean Bonnard, Le Participe passé en vieux français, Lausanne, G. Bridel, , 79 p., 22 cm (OCLC 876132220, lire en ligne), p. 62.
  12. Lise Sabourin, Le Statut littéraire de l’écrivain, Genève, Droz, , 518 p. (ISBN 978-2-95184-035-5, OCLC 254023391, lire en ligne), p. 45.
  13. a b et c Ferdinand Höfer, Nouvelle biographie générale : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l’indication des sources à consulter, t. XLV Teste-Vermond, Paris, Firmin-Didot frères, fils et Cie, , 1138 p. (lire en ligne), p. 1026-8.
  14. Nicolas Perrot d'Ablancourt, Les guerres d'Alexandre, par Arrian, Vve J. Camusat et Pierre Le Petit, , [30]-500-[22], in-8° (lire en ligne sur Gallica)
  15. Alexis Chassang (éd.), Remarques sur la langue françoise, t. 1, Versailles, L. Cerf, , 447 p. (OCLC 976742719, lire en ligne), p. 12.
  16. Edmond Guérard, Dictionnaire encyclopédique d'anecdotes modernes anciennes, françaises et étrangères, t. 2, Paris, Firmin-Didot, , 2 vol. 20 cm (OCLC 474209494, lire en ligne), p. 120.
  17. Jacques Duron (préf. Roger Heim), Langue française, langue humaine, Paris, Larousse, coll. « La Langue vivante », , 187 p. (BNF 37480698).
  18. Société d’étude du XVIIe siècle, XVIIe siècle, Paris, (lire en ligne), p. 223.
  19. Émile Gérards, Les Catacombes de Paris, Paris, Chamuel, , 209 p., 19 × 13 cm (OCLC 25897451, lire en ligne sur Gallica), p. 141.
  20. Paul Fassy (préf. Louis Marie de Lahaye de Cormenin), Les Catacombes de Paris : ou projet de fonder une chapelle funéraire à l’entrée des catacombes, Paris, Gaume frères et J. Duprey, , 252 p., in-18 (OCLC 466442029, lire en ligne), p. 78.
  21. Paul Pellisson-Fontanier et Charles Louis Livet (intro, éclaircissements et notes), Histoire de l’Académie française par Pellisson et d’Olivet, t. 1, Paris, Didier et Cie, , 526 p. (lire en ligne).
  22. Louis Étienne (d), Essai sur La Mothe-le-Vayer, Rennes, J. M. Vatar, , 242 p. (OCLC 929758661, lire en ligne), p. 166.
  23. Jaroslav Štichauer, Études sur la formation des mots en français préclassique et classique, Prague, Praze Nakladatelství Karolinum, , 204 p. (ISBN 978-8-02462-551-5, OCLC 1050062752, lire en ligne), p. 188.
  24. Maurice Tournier, Propos d’étymologie sociale, t. 3. Des sources du sens, Lyon, ENS Éditions, , 306 p., 3 vol. 21 cm (ISBN 978-2-84788-010-6, OCLC 716543162, lire en ligne), p. 292.
  25. Nouvelles remarques de M. de Vaugelas sur la langue françoise : ouvrage posthume avec des observations de M. Alemand avocat au parlement, Paris, Guillaume Desprez, , 540 p. (OCLC 871003344, lire en ligne).
  26. Observations de l’Académie françoise sur les "Remarques" de M. de Vaugelas, Paris, J.-B. Coignard, , 619 p. (OCLC 466312457, lire en ligne sur Gallica).
  27. Remarques de M. de Vaugelas sur la langue françoise. : avec des notes de messieurs Patru & T. Corneille, t. 2, Paris, Huart, , 480 p., 3 vol. in-12 (lire en ligne sur Gallica).
  28. Nicolas Schapira, Un professionnel des lettres au XVIIe siècle : Valentin Conrart : une histoire sociale, Paris, Champ Vallon, 516 p. (ISBN 979-1-02670-476-8, OCLC 1268724477, lire en ligne), p. 198.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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