Marche du sel
| Date | Du au |
|---|---|
| Localisation | Ahmedabad, Gujarat, Inde |
| Participants | 79 |
|---|---|
| Revendications | Fin du monopole britannique sur le commerce du sel |
| Types de manifestations | Padayatra (en), résistance fiscale, satyagraha |
| Issue | Pacte Gandhi-Irwin puis Round Table Conference |
| Congrès national indien | Raj britannique |
| Gandhi | Edward Frederick Lindley Wood |
La « marche du sel », aussi connue sous les noms de satyagraha du sel, marche de Dandi, et satyagraha de Dandi, est un acte de désobéissance civile mené par Mohandas Karamchand Gandhi en 1930, après le Purna Swaraj (en) du 26 janvier 1930 lors de laquelle le Congrès national indien déclare vouloir l'indépendance du pays.
La marche dure 24 jours, du au . Il s'agit d'une action directe de résistance fiscale et de manifestations contre la taxe britannique sur le sel en Inde (en), qui sert de point de ralliement à la cause indépendantiste indienne derrière les actions de Gandhi. Il s'agit de la plus grande action indépendantiste depuis le mouvement de non-coopération de 1920-1922.
Gandhi commence la marche avec 78 de ses alliés proches. La marche s'étend sur 387 kilomètres, commençant à l'ashram de Sabarmati et allant jusqu'à Dandi, aujourd'hui nommée Navsari. De nombreux Indiens rejoignent la marche en cours de route. Le 6 avril 1930, Gandhi viole la loi sur le sel à 8 heures et demie du matin en produisant son propre sel sur la plage de Dandi. Dans les jours qui suivent, des millions d'Indiens participent à la désobéissance civile.
Après avoir produit du sel par évaporation à Dandi, Gandhi continue sa marche vers le sud. Il produit du sel et se rend à des meetings politiques sur son chemin : le Congrès national indien compte organiser une satyagraha à Dharasana (en), à 40 kilomètres au sud de Dandi. Gandhi est arrêté dans la nuit du 4 au 5 mai 1930, juste avant cette action : cette arrestation et la manifestation attirent l'attention internationale. La résistance fiscale à la taxe sur le sel dure près d'un an et se termine avec la libération de Gandhi et ses négociations avec le vice-roi Edward Frederick Lindley Wood lors de la seconde Round Table Conference. Plus de 60 000 Indiens sont emprisonnés pendant la satyagraha du sel et les Britanniques ne font aucune concession majeure.
La marche du sel se base sur le concept de satyagraha de Gandhi, choisie comme principal moyen de lutte par le congrès national indien au début des années 1920 pour obtenir l'indépendance de l'Inde. Les violences de la police coloniale envers des centaines de manifestants pacifiques et la marche attirent l'attention internationale et le mouvement d'indépendance indien gagne en puissance. Martin Luther King, James Bevel et d'autres organisateurs du mouvement américain des droits civiques s'en inspirent par la suite.
Contexte
[modifier | modifier le code]Mouvement de désobéissance civile
[modifier | modifier le code]À minuit le 31 décembre 1929, le Congrès national indien hausse le drapeau de l'Inde sur les rives de la Ravi à Lahore. Le Congrès, mené par Mohandas Karamchand Gandhi et Jawaharlal Nehru, publie le Purna Swaraj (en), ou déclaration de swaraj total, le 26 janvier 1930[1].
Ce document mentionne que les Indiens doivent atteindre l'indépendance totale et couper les liens avec la Grande-Bretagne. Il explique entre autres que le peuple de l'Inde doit pouvoir profiter librement du fruit de son travail, et mentionne la possibilité de la résistance fiscale dans ses moyens d'action[2]. Faute de résultat, certains membres du parti s'impatientent et menacent de déclencher une guerre en faveur de l'indépendance[réf. nécessaire].
Le comité exécutif du Congrès national indien donne à Gandhi la mission d'organiser la première action de désobéissance civile, avec l'objectif de continuer les actions une fois que Gandhi sera inévitablement arrêté[3].
Satyagraha
[modifier | modifier le code]Gandhi s'engage pour la désobéissance civile non-violente, qu'il appelle satyagraha, pour obtenir l'indépendance indienne[4],[5]. Il estime que si les moyens utilisés pour obtenir l'indépendance sont « impurs », le changement sera forcément négatif et mènera à l'inverse d'un progrès[6].
Sa première tentative de satyagraha de masse en Inde est le mouvement de non-coopération, de 1920 à 1922. Le mouvement fédère des millions d'Indiens contre le Rowlatt Act, mais l'incident de Chauri Chaura voit une foule d'émeutiers tuer 22 policiers désarmés. Gandhi suspend le mouvement à l'encontre de l'avis des autres membres de son parti, décidant que les Indiens ne sont pas prêts pour la résistance pacifique[7].
En 1928, la satyagraha de Bardoli (en) obtient un franc succès. Elle paralyse le gouvernement britannique et permet d'obtenir des concessions importantes[8]. La couverture médiatique importante de la révolte lui donne un fort potentiel de propagande dans tout le pays. Gandhi affirme que cet événement affirme sa confiance en la satyagraha pour atteindre le swaraj[9],[10]. Pour la marche du sel, il fait appel à de nombreux participants de la satyagraha de Bardoli[11].
Préparation de la marche
[modifier | modifier le code]Choix de la taxe sur le sel
[modifier | modifier le code]Gandhi propose de commencer la désobéissance civile par une satyagraha visant la taxe britannique sur le sel. Le Salt Act de 1882 donne aux Britanniques le monopole de la production de sel et impose une taxe sur la vente de ce produit[12].
Le non-respect de cette règle est un crime : même les Indiens vivant en bord de mer et pouvant produire leur propre sel gratuitement par évaporation sont obligés d'en acheter au gouvernement colonial[réf. souhaitée].
Le choix de Gandhi de viser la taxe sur le sel surprend le congrès national indien[13]. Jawaharlal Nehru et Divyalochan Sahu sont mitigés, tandis que Vallabhbhai Patel propose de plutôt boycotter les taxes foncières[14],[15]. Le journal The Statesman commente qu'il « est difficile de ne pas en rire, et nous imaginons que ce sera la réaction de la plupart des Indiens dotés d'intelligence »[15].
L'administration coloniale britannique ne se sent pa snon plus menacée par cette résistance fiscale. Le vice-roi Edward Frederick Lindley Wood écrit à Londres que « à cette heure, l'idée d'une campagne du sel ne trouble pas mon sommeil »[16].
Gandhi estime quant à lui que la taxe sur le sel est un symbole concret sur un ingrédient qui concerne toutes les classes sociales, pouvant plus galvaniser les foules que des revendications politiques théoriques[17]. La taxe sur le sel représente 8,2% du revenu des taxes du Raj britannique et touche tout particulièrement les Indiens pauvres[18]. Chakravarti Rajagopalachari soutient cette thèse[15].
Pour Gandhi, la marche du sel peut raconter une histoire autour du Purna Swaraj qui peut parler à tous les Indiens. De plus, la cause touche les hindous et les musulmans sans distinction[19].
Annonces de la marche à venir
[modifier | modifier le code]Le 5 février 1930, les journaux annoncent que Gandhi compte commencer la désobéissance civile par une résistance contre la loi sur le sel. La satyagraha doit commencer le 12 mars et terminer le 6 avril avec l'arrivée de Gandhi à Dandi[20]. Le 6 avril est le premier jour de la « semaine nationale », inventée dix ans plus tôt par Gandhi lors de sa première hartal contre le Rowlatt Act[21].
Gandhi publie régulièrement des communiqués de presse depuis son Ashram. Il s'exprime aussi lors des prières qu'il mène et par des interviews avec des journalistes. Il répète s'attendre à être arrêté et utilise un langage de plus en plus insistant, parlant de lutte à la mort ou de guerre sainte[22]. Des correspondants indiens, européens et américains, ainsi que des entreprises de production cinématographique, commencent à couvrir les événements[23].
Pour la marche, Gandhi tient absolument à ce qu'elle soit pacifique et très disciplinée. Il refuse de recruter les membres de son parti politique et choisit plutôt les disciples qu'il forme dans son propre ashram[24]. L'itinéraire de la marche est conçu pour passer par 4 districts et 48 villages choisis pour leur soutien préalable à la cause, leur potentiel de recrutement, et leur géographie. Gandhi envoie des éclaireurs dans chaque village pour préparer des interventions publiques à chaque lieu où les marcheurs s'arrêtent[25]. Ces discours sont annoncés à l'avance dans les médias indiens et étrangers[26].
Le 2 mars 1930, Gandhi écrit au vice-roi, Lord Irwin, en lui proposant d'annuler la marche si Irwin satisfait onze demandes. La liste inclut l'abolition de la taxe sur le sel, l'ajout d'une taxe sur les textiles importés, la baisse des dépenses militaires et la réduction des taxes sur les revenus fonciers[19]. Il présente la taxe sur le sel comme le point le plus grave et lui explique que le onze du mois, il commencera sa marche si aucune action n'est entreprise[27].
Le vice-roi ignore la lettre et refuse de rencontrer Gandhi[28]. La veille de la marche, des milliers d'Indiens vont à Sabarmati pour écouter la prière du soir de Gandhi ; un auteur pour The Nation compte 60 000 spectateurs[29],[30].
Marche vers Dandi
[modifier | modifier le code]Marcheurs au départ de l'ashram de Sabarmati
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Le 12 mars 1930, Gandhi et 78 satyagrahis représentant de nombreuses régions, castes et religions de l'Inde[31] quittent l'ashram de Sabarmati en direction de Dandi, 385 kilomètres plus loin[20]. De nombreuses personnes se joignent à eux au cours de la marche, mais ces 79 personnes sont les seules à avoir fait le chemin en entier[31],[32].
| Nom | Âge | Origine |
|---|---|---|
| Mohandas Karamchand Gandhi | 61 | État de Porbandar / Gujarat |
| Pyarelal Nayyar (en) | 30 | Pendjab |
| Chhaganlal Naththubhai Joshi | 35 | Gujarat |
| Pandit Narayan Moreshwar Khare | 42 | Présidence de Bombay / Maharashtra |
| Ganpatrao Godse | 25 | Présidence de Bombay / Maharashtra |
| Prithviraj Laxmidas Asar | 19 | agence gestionnaire des États occidentaux de l'Inde (en) / Gujarat |
| Mahavir Giri | 20 | Présidence du Bengale / Darjeeling |
| Bal Dattatreya Kalelkar | 18 | Présidence de Bombay / Maharashtra |
| Jayanti Nathubhai Parekh | 19 | Gujarat |
| Rasik Desai | 19 | Gujarat |
| Vitthal Liladhar Thakkar | 16 | Gujarat |
| Harakhji Ramjibhai | 18 | Gujarat |
| Tansukh Pranshankar Bhatt | 20 | Gujarat |
| Kantilal Harilal Gandhi | 20 | Gujarat |
| Chhotubhai Khushalbhai Patel | 22 | Gujarat |
| Valjibhai Govindji Desai | 35 | Gujarat |
| Pannalal Balabhai Jhaveri | 20 | Gujarat |
| Abbas Varteji | 20 | Gujarat |
| Punjabhai Shah | 25 | Gujarat |
| Madhavjibhai Thakkar | 40 | Gujarat |
| Naranjibhai | 22 | agence gestionnaire des États occidentaux de l'Inde (en) / Gujarat |
| Maganbhai Vohra | 25 | agence gestionnaire des États occidentaux de l'Inde (en) / Gujarat |
| Dungarsibhai | 27 | agence gestionnaire des États occidentaux de l'Inde (en) / Gujarat |
| Somalal Pragjibhai Patel | 25 | Gujarat |
| Hasmukhram Jakabar | 25 | Gujarat |
| Daudbhai | 25 | Gujarat |
| Ramjibhai Vankar | 45 | Gujarat |
| Dinkarrai Pandya | 30 | Gujarat |
| Dwarkanath | 30 | Présidence de Bombay |
| Gajanan Khare | 25 | Présidence de Bombay |
| Jethalal Ruparel | 25 | agence gestionnaire des États occidentaux de l'Inde (en) / Gujarat |
| Govind Harkare | 25 | Présidence de Bombay |
| Pandurang | 22 | Présidence de Bombay |
| Vinayakrao Apte | 33 | Présidence de Bombay |
| Ramdhirrai | 30 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Bhanushankar Dave | 22 | Gujarat |
| Munshilal | 25 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Raghavan | 25 | Présidence de Madras / Kerala |
| Shivabhai Gokhalbhai Patel | 27 | Gujarat |
| Shankarbhai Bhikabhai Patel | 20 | Gujarat |
| Jashbhai Ishwarbhai Patel | 20 | Gujarat |
| Sumangal Prakash | 25 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Thevarthundiyil Titus (en) | 25 | Présidence de Madras / Kerala |
| Krishna Nair | 25 | Présidence de Madras / Kerala |
| Tapan Nair | 25 | Présidence de Madras / Kerala |
| Haridas Varjivandas Gandhi | 25 | Gujarat |
| Chimanlal Narsilal Shah | 25 | Gujarat |
| Shankaran | 25 | Présidence de Madras / Kerala |
| Yarneni Subrahmanyam | 25 | Présidence de Madras |
| Ramaniklal Maganlal Modi | 38 | Gujarat |
| Madanmohan Chaturvedi | 27 | agence gestionnaire du Rajputana (en) |
| Harilal Mahimtura | 27 | Présidence de Bombay |
| Motibas Das | 20 | province de Bihar et Orissa (en) |
| Haridas Mazumdar | 25 | Gujarat |
| Anand Hingorani | 24 | Présidence de Bombay |
| Mailara Mahadevappa (en) | 18 | Royaume de Mysore |
| Jayantiprasad | 30 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Hariprasad | 20 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Girivardhari Chaudhary | 20 | province de Bihar et Orissa (en) |
| Keshav Chitre | 25 | Présidence de Bombay |
| Ambalal Shankarbhai Patel | 30 | Gujarat |
| Vishnu Pant | 25 | Présidence de Bombay |
| Premraj | 35 | Pendjab |
| Durgesh Chandra Das | 44 | Présidence du Bengale |
| Madhavlal Shah | 27 | Gujarat |
| Jyoti Ram Kandpal | 30 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Surajbhan | 34 | Pendjab |
| Bhairav Dutt Joshi | 25 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Lalji Parmar | 25 | Gujarat |
| Ratnaji Boria | 18 | Gujarat |
| Chethan Lucky | 30 | Gujarat |
| Chintamani Shastri | 40 | Présidence de Bombay |
| Narayan Dutt | 24 | agence gestionnaire du Rajputana (en) |
| Manilal Mohandas Gandhi | 38 | Gujarat |
| Surendra | 30 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
| Hari Krishna Mohani | 42 | Présidence de Bombay |
| Puratan Buch | 25 | Gujarat |
| Kharag Bahadur Singh Thapa | 25 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh / Dehradun |
| Shri Jagat Narayan | 50 | Provinces unies d'Agra et d'Oudh |
La marche
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D'après The Statesman, journal officiel du gouvernement qui a tendance à sous-estimer le nombre de manifestants aux événements organisés par Gandhi, 100 000 personnes se rendent sur le premier tronçon du trajet allant de Sabarmati à Ahmedabad[32][33]. La première journée de marche s'arrête au village d'Aslali après 21 kilomètres et Gandhi parle à environ 4000 personnes. Sur place, comme à tous les villages de la marche, des bénévoles collectent des dons, enregistrent les promesses de nouveaux satyagrahis, et reçoivent des déclarations des administrations locales qui choisissent de ne plus coopérer avec les Britanniques[34].

Lorsque les marcheurs entrent dans un village, ils sont accueillis par des grandes foules munies de tambours et de cymbales. Gandhi fait des discours pour dénoncer l'inhumanité de la taxe sur le sel et présenter la satyagraha sur le sel comme « la lutte de l'homme pauvre ». Les marcheurs dorment à la belle étoile, ne demandant des villageois que de quoi manger et de l'eau pour boire et se laver. Gandhi estime que cet ascétisme ralliera les plus pauvres à la cause de l'indépendance et que leur soutien est essentiel à la victoire[35].

Des milliers de satyagrahis et de leaders politiques, comme Sarojini Naidu, rejoignent la marche jusqu'à ce que le cortège fasse plus de 3 kilomètres de long[36]. Les marcheurs chantent la prière hindoue Raghupati Raghava Raja Ram (en) en marchant[37]. À Surate, ils sont accueillis par 30 000 personnes, et 50 000 quand ils arrivent au chemin de fer marquant l'entrée de Dandi[35].
Le lendemain matin, après la prière, Gandhi ramasse de la boue salée et déclare : « Avec ceci, je fais trembler les fondations de l'Empire britannique[18]. » Il fait bouillir la boue dans de l'eau de mer, produisant ainsi illégalement du sel. Il encourage ses milliers de soutiens à en faire de même le long de la côte et à enseigner la production de sel dans les villages côtiers[38]. Sarojini Naidu écrit à sa fille avoir vu une « petite armée de milliers de pèlerins » venus dans un très petit village de pêcheurs pour répandre cette parole[39].
Rôle des femmes dans le mouvement
[modifier | modifier le code]La désobéissance civile de 1930 marque la première participation importante de femmes au mouvement d'indépendance. Des milliers de femmes soutiennent activement la satyagraha. Gandhi ne veut que que des hommes pour sa marche vers Dandi, mais des femmes commencent à fabriquer et à vendre du sel dans le pays entier et s'engagent ainsi en dehors de la marche[40].
La militante Usha Mehta (en) remarque que même les plus vieilles femmes sortent de chez elles pour prendre de l'eau de mer et faire du sel, proclamant avoir brisé les lois sur le sel. Lord Irwin s'inquiète de cette nouvelle présence des femmes dans la lutte pour l'indépendance : il écrit au gouvernement que des milliers de femmes sortent de chez elles et se rendent aux manifestations du Congrès national indien et aider les mouvements de grève, rendant le travail de la police « particulièrement désagréable »[41].
Finalement, des femmes se joignent à la marche malgré la désapprobation de Gandhi, qui continue à les voir comme des actrices secondaires du mouvement. Elles encouragent plus de femmes à s'engager dans la lutte pour l'indépendance, au point que Sarojini Naidu, première femme arrêtée pendant la marche du sel, devient une des figures les plus reconnues de la résistance. Elle devient présidente du Congrès national indien et la première femme gouverneure de l'Inde libre[42].
Désobéissance civile pendant la marche
[modifier | modifier le code]Achats illégaux de sel
[modifier | modifier le code]Des millions d'Indiens violent les lois sur le sel en produisant leur propre sel ou en achetant du sel par des voies illégales, c'est-à-dire non vendu par les Britanniques[18]. Une pincée de sel produite par Gandhi se vend pour 1 600 roupies, un montant très élevé. En réponse, le gouvernement britannqiue arrête 60 000 personnes au cours du mois d'avril[43].
La satyagraha du sel se transforme rapidement en boycott massif et plus large, incluant les tissus et biens britanniques. Les lois sur les forêts, mal perçues par la population, ne sont plus respectées dans la Présidence de Bombay, le Royaume de Mysore et les provinces centrales (en). Les paysans du Gujarat cessent de payer leurs taxes, malgré la menace de confiscation de leurs terres. À Midnapore, les Bengalis refusent de payer la taxe qui finance les chowkidar, des policiers auxiliaires. Les Britanniques édictent de nouvelles lois, dont la censure des correspondances et l'illégalité du Parti du congrès et de ses organisations alliées. Ces mesures n'ont aucun effet sur la désobéissance civile[42].
À Calcutta, Karachi et au Gujarat, des violences éclatent. Cette fois, Gandhi semble indifférent, une réaction très différente de son arrêt brutal de la résistance dans les années 1920 après des émeutes. Il appelle à la fin des violences tout en honorant les morts de Chittagong et en félicitant leurs parents pour le sacrifice de leurs fils, ajoutant que « la mort d'un guerrier n'est jamais cause de souffrance »[44].
De 1929 à 1931, Ramsay MacDonald est au pouvoir en Grande-Bretagne. Il s'investit personnellement dans la répression en Inde avec son secrétaire d'État à l'Inde, William Wedgwood Benn[45]. Pendant cette période, le gouvernement MacDonald réprime durement le mouvement syndicaliste naissant en Inde[46].

Massacre de Qissa Khwani
[modifier | modifier le code]À Peshawar, la satyagraha est menée par un disciple pachtoune musulman de Gandhi, Khan Abdul Ghaffar Khan, qui forme 50000 militants pacifistes, les Khudai Khidmatgar. Le 23 avril 1930, Ghaffar Khan est arrêté par la police. Une foule de Khudai Khidmatgar se rassemble au bazar de Qissa Kahani. Le bataillon 2/18 des Garhwal Rifles (en) reçoit l'ordre de tirer sur la foule à la mitrailleuse et fait 200 à 250 morts[42].
Les satyagrahis pachtouns restent immobiles pendant qu'ils se font tirer dessus, comme exigé par leur formation. Quelques soldats, dont Chandra Singh Garhwali, refusent de tirer sur la foule. Le bataillon entier est arrêté et beaucoup reçoivent des sanctions lourdes, dont la prison à vie[42].
Marche du sel de Vedaranyam
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Alors que Gandhi marche le long de la côte ouest du pays, son associé Chakravarti Râjagopâlâchâri, qui devient plus tard le dernier gouverneur général des Indes, organise la marche du sel de Vedaranyam (en) sur la côte est. Son groupe part de Tiruchirappalli et se rend jusqu'à Vedaranyam (en). Après avoir fabriqué illégalement du sel, Rajagopalachari est lui aussi arrêté par les Britanniques[15].
Impact à court terme du mouvement
[modifier | modifier le code]Couverture médiatique
[modifier | modifier le code]Gandhi continue à accorder des interviews et à écrire des articles, et la marche est largement couverte par les journaux européens et américains, ainsi que par trois producteurs de cinéma de Bombay qui tournent des films d'actualité[35].
À son arrivée sur la plage de Dandi le 5 avril, Gandhi est interviewé par un journaliste de l'Associated Press : il y félicite le gouvernement d'avoir respecté leur politique de laissez-faire, tout en exprimant que cette politique lui semble venir de leur indifférence et non d'une évolution de leur volonté. Il termine en demandant si le gouvernement compte tolérer, comme il a toléré la marche, le boycott massif du sel à partir du lendemain dans l'ensemble du pays[43]. Dans les heures qui suivent la fin de la marche, environ 700 télégrammes sont envoyés depuis la poste la plus proche de Dandi, à Jalalpur, essentiellement par des journalistes[47].
The New York Times écrit presque un article par jour sur la marche, lui accordant deux unes consécutives les 6 et 7 avril[48].
Gandhi devient rapidement célèbre dans le monde entier grâce à cette couverture et fin 1930, il est nommé personnalité de l'année selon Time Magazine[35], qui compare la marche du sel au Boston Tea Party[49].
Réactions gouvernementales
[modifier | modifier le code]Après la marche du sel, le régime colonial subit une perte de prestige durable. Gandhi est à l'apogée de son pouvoir politique et de son influence sur les masses[50].
Le gouvernement est ébranlé par la satyagraha, n'arrivant pas à se décider sur le fait d'emprisonner ou non Gandhi en l'absence de violences. John Court Curry, officier de police anglais en Inde, écrit dans ses mémoires qu'il se sent nauséeux à chaque fois qu'il doit faire face à une manifestation indépendantiste en 1930, préférant comme la plupart des membres du gouvernement britannique la répression de violences à celle de manifestants pacifiques[41].
Winston Churchill, ancien premier ministre du Royaume-Uni, alors dans l'opposition parlementaire, ironise sur le « fakir séditieux qui grimpe à moitié nu les marches du palais du vice-roi »[51].
Satyagraha de Dharasana
[modifier | modifier le code]Arrestation de Gandhi
[modifier | modifier le code]Gandhi cesse de s'impliquer directement dans le boycott du sel après la marche, bien qu'il continue à soutenir les événements en Inde. Il crée un ashram temporaire près de Dandi, d'où il exhorte les femmes de Bombay à boycotter les magasins d'alcool et les tissus importés. Il affirme qu'il faudrait brûler les tissus étrangers et vider les écoles et universités du pays[44].
Gandhi décide que sa prochaine action doit être un raid de la manufacture de sel de Dharasana, dans le Gujarat, à 40 kilomètres au sud de Dandi. Il écrit à nouveau à Lord Irwin pour lui indiquer ses plans. Vers minuit le 4 mai, alors qu'il dort à la belle étoile, le capitaine de police de Surate vient avec deux officiers indiens et trente policiers lourdement armés[52]. Ils arrêtent Gandhi pour activités illégales et l'enferment sans procès près de Pune[réf. nécessaire].
Satyagraha de Dharasana
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La Satyagraha de Dharasana continue comme prévu, menée par Abbas Tyabji (en) et Kasturba Gandhi. Ils sont tous les deux arrêtés avant d'arriver au dépôt de Dharasana et condamnés à trois mois de prison. Après leur arrestation, la marche continue sous la direction de Sarojini Naidu, qui rappelle aux manifestants que la violence doit être évitée à tout prix, même pour se défendre. Les soldats commencent à frapper les manifestants avec des bâtons à pointe métallique[53].
Webb Miller, correspondant de l'United Press, rapporte en détail les violences des soldats envers la foule immobile[54]. Ses premiers télégrammes sont interceptés par les opérateurs télégraphiques britanniques et ce n'est que quand il menace de publier des articles sur cette censure qu'il peut publier son article. Son témoignage est repris par 1350 journaux du monde entier et lu devant le Sénat américain par John J. Blaine[55].
Vithalbai Patel (en), ancien porte-parole de l'assemblée nationale, est témoin des violences et commente que « tout espoir de réconcilier l'Inde avec l'empire britannique est à jamais perdu »[56].
Libération de Gandhi et négociations
[modifier | modifier le code]La désobéissance civile continue jusqu'à début 1930. Gandhi est alors libéré de prison pour négocier avec Lord Irwin pour la première fois[57]. Ces discussions mènent au pacte Gandhi-Irwin. Fin 1931, une seconde Round Table Conference est menée[réf. nécessaire].
Le vice-roi reconnaît son impuissance à imposer la loi britannique. Cédant aux injonctions du Mahatma, il libère tous les prisonniers et accorde aux Indiens le droit de collecter eux-mêmes le sel[réf. nécessaire].
Postérité
[modifier | modifier le code]Effets à plus long terme
[modifier | modifier le code]La matche du sel ne change pas immédiatement les politiques britanniques en profondeur[52] et n'attire pas non plus de fort soutien des musulmans[53]. L'opinion publique britannique, indienne et internationale soutiennent de plus en plus la cause de Gandhi et du Congrès national indien. La marche du sel fait aussi comprendre au gouvernement britannique qu'il ne peut contrôler l'Inde qu'avec le consentement de sa population, et que ce consentement est écorné par la satyagraha[58].
En 1934, les dirigeants du Congrès national indien décident de retirer la satyagraha de leurs moyens d'actions principaux et le parti, dirigé par Nehru, s'éloigne de Gandhi. Ce dernier quitte le parti pour se concentrer sur la lutte contre la discrimination envers les intouchables[54].
Nehru estime que la marche du sel est le moment où il est le plus proche de Gandhi et que l'initiative a beaucoup contribué à changer les attitudes des Indiens par rapport à l'indépendance et à l'unité nationale[59].
Influence sur d'autres mouvements
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Dans les années 1960, Martin Luther King s'inspire beaucoup de Gandhi et de la marche du sel. L'exemple le convainc de l'efficacité de la lutte pacifique, sur laquelle il a de forts doutes jusque-là, et le pousse à l'adopter à son tour dans le mouvement américain des droits civiques[60].
Commémorations officielles
[modifier | modifier le code]L'Inde publie des séries de timbres commémoratifs en 1980 et 2005, 50 et 75 ans respectivement après la marche du sel[54].
Le campus de l'institut indien de technologie de Bombay contient un mémorial avec le nom des 79 marcheurs ayant fait l'intégralité du trajet[61].
Le chemin de la marche du sel est reconnu par le gouvernement comme itinéraire de patrimoine historique et nommé « chemin de Dandi »[52][53].
Le musée national de la satyagraha du sel (en) est inauguré à Dandi le 30 janvier 2019[réf. nécessaire].
Reconstitution de 2005
[modifier | modifier le code]Au soixante-quinzième anniversaire de la marche du sel, la fondation Mahatma Gandhi reconstitue la marche du sel, suivant exactement son trajet et ses dates d'origine. L'événement est appéle « marche internationale pour la justice et la liberté ». Le projet doit d'abord être un pèlerinage du petit-fils de Gandhi, Tushar Gandhi, mais devient une marche internationale avec 900 participants. Une célébration s'ensuit à Dandi du 5 au 7 avril, en présence du premier ministre Manmohan Singh[52][53].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Salt March » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Wolpert 2001, p. 141.
- ↑ (en-US) « Declaration of Purna Swaraj (Indian National Congress, 1930) Archives », sur Constitution of India (consulté le )
- ↑ Ackerman 2000, p. 183.
- ↑ Ackerman 2000, p. 108.
- ↑ Dalton 1993, p. 9-10.
- ↑ Johnson 2005, p. 118.
- ↑ Dalton 1993, p. 48.
- ↑ Dalton 1993, p. 93.
- ↑ Collected Works of Mahatma Gandhi 41: 208–209
- ↑ Dalton 1993, p. 94.
- ↑ Dalton 1993, p. 95.
- ↑ Dalton 1993, p. 91.
- ↑ Dalton 1993, p. 100.
- ↑ Johnson 2005, p. 32.
- Gandhi, Gopalkrishna. "The Great Dandi March – eighty years after", The Hindu, 5 April 1930
- ↑ Ackerman 2000, p. 84.
- ↑ David M. Gross, 99 Tactics of Successful Tax Resistance Campaigns, Picket Line Press, (ISBN 978-1490572741), p. 64
- Dalton et Gandhi 1996, p. 72.
- Ackerman 2000, p. 83.
- « Chronology: Event Detail Page », Gandhi Heritage Portal, (consulté le )
- ↑ Dalton 1993, p. 113.
- ↑ Dalton 1993, p. 108.
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- ↑ Ackerman 2000, p. 95.
- ↑ Gandhi et Dalton 1996, p. 78.
- ↑ « Parliament Museum, New Delhi, India – Official website – Dandi March VR Video » [archive du ], Parliamentmuseum.org (consulté le )
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- ↑ « Dandi march: date, history facts. All you need to know » [archive du ], Website of Indian National Congress, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Raj britannique
- Gabelle du sel (France)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Peter Ackerman et Jack DuVall, A Force More Powerful: A Century of Nonviolent Conflict, Palgrave Macmillan, (ISBN 978-0-312-24050-9)
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- (en) Thomas Weber, On the Salt March: The Historiography of Gandhi's March to Dandi, India, HarperCollins, (ISBN 978-81-7223-372-3)
- (en) Stanley Wolpert, Gandhi's Passion: The Life and Legacy of Mahatma Gandhi, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-515634-8, lire en ligne
)
Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :