Gilles Ménage (grammairien)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le grammairien du XVIIe siècle. Pour le haut fonctionnaire, voir Gilles Ménage (politique). Pour les autres homonymes, voir Ménage (homonymie).
Gilles Ménage
Description de cette image, également commentée ci-après

Gilles Ménage
par Pierre Louis van Schuppen.

Naissance
Angers
Décès
Paris
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement préciosité
Genres

Œuvres principales

  • Origines de la langue française (1650 et 1670) ;
  • Poemata latina, gallica, graeca, et italica (1656) ;
  • Origini della lingua italiana (1669) ;
  • Observations sur la langue française (1672-1676) ;
  • Histoire de Sablé[1] (1683) ;
  • Anti-Baillet (1690)
  • « Menagiana » (propos, recueil posthume de 1693)
  • Dictionnaire etymologique de la langue françoise (1694)

Compléments

Gilles Ménage, né à Angers le et mort à Paris le , est un grammairien, historien et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avocat puis prieur[modifier | modifier le code]

Fils de Guillaume Ménage, avocat d’Angers, et de Guionne Ayrault (elle-même fille de Pierre Ayraut), un gout naturel, servi par une mémoire extraordinaire qu’il conserva presque jusqu’à la fin de sa vie, le tourna dès sa jeunesse vers l’érudition. Forcé par son père, d’entrer au barreau, il fit des études de droit pour suivre lui obéir et, après y avoir achevé ses études, il fut reçu avocat à Angers, en 1632. Il y plaida et vint, la même année, à Paris où il fut aussi reçu avocat, et y plaida plusieurs causes. En 1634, le parlement ayant été tenir les grands jours à Poitiers, il le suivit, et y plaida aussi[2].

Bientôt rebuté par une profession qu’il n’avait embrassée que contre son gré, il abandonna, pour pouvoir se consacrer tout entier aux belles lettres, la carrière du barreau pour celle de l'Église, et s’occupa d’obtenir un bénéfice ecclésiastique dont le revenu lui permit de se livrer à ses études de prédilection, mais il ne prit pas les ordres. Il devint ainsi prieur commendataire de Montdidier mais, résolu à s’installer à Paris, il entra, sur la recommandation de Jean Chapelain, dans l’entourage du coadjuteur de Paris, Jean-François de Gondi, futur cardinal de Retz. II avait vendu une terre de la succession de son père à Abel Servien, qui lui en passa contrat de constitution de trois mille livres de rente et touchait une pension de quatre mille livres, créée en fa saveur sur deux abbayes. Ce revenu de deux mille livres de pension que le roi lui faisait, mais dont il ne fut payé que pendant quatre ans, le mirent en état de cultiver agréablement l’étude des belles lettres, et de faire les dépenses nécessaires pour l’impression de quelques-uns de ses ouvrages.

Carrière mondaine[modifier | modifier le code]

Un gout naturel, servi par une mémoire extraordinaire qu’il conserva presque jusqu’à la fin de sa vie, l’avait tourné dès sa jeunesse vers l’érudition. Il se distingua bientôt par deux pièces en vers, la première, la Métamorphose du pédant Montmaur en Perroquet et l’autre, la Requête des Dictionnaires, satire en vers français. Le peu de mesure qu’il garda avec des personnes qui étaient entrées chez le cardinal de Retz, par des vues plus intéressées que les siennes, le brouilla irréconciliablement avec eux. En 1648, il se brouilla avec le cardinal de Retz, qui le protégeait et l’avait attaché à sa maison, à cause de ses traits satiriques, et le quitta pour un appartement dans le cloitre de Notre-Dame de Paris.

Reçu à l’Hôtel de Rambouillet, il ne put se retenir de parler un peu à la légère sur Julie d'Angennes, qui lui en fit de sévères reproches. Il unissait un pédantisme vaniteux et un amour-propre très irritable à son penchant vers la satire pour lui attirer des désagréments. ll eut des querelles, restées célèbres dans l’histoire littéraire, avec Gilles Boileau, l’abbé d’Aubignac, l’abbé Cotin, Baillet, le père Bouhours ; il en eut même avec son ami Chapelain, qui avait aidé ses débuts. Boileau-Despréaux, qu’il avait blessé, l’attaqua dans sa IIe satire mais, apaisé, il remplaça plus tard son nom par celui de l’abbé de Pure. Molière, dont il avait mal parlé devant Charles de Montausier, le livra au ridicule, en 1672, dans le personnage de « Vadius » des Femmes savantes. Ménage refusa de se reconnaitre sous les traits de ce pédant bilieux, mais la leçon avait porté et il se montra dans la suite, en toutes occasions, l’admirateur de Molière. C’était du reste l’un des traits de son caractère que la facilité avec laquelle il oubliait ses propres injures et celles de ses ennemis pour se réconcilier, quand le prétexte lui en était offert, avec eux.

Malgré ses travers, Ménage ne vécut donc pas abandonné à lui-même, sans société et sans amis. Il était au contraire très recherché. Il tint, jusqu’à sa mort, salon, dans son appartement au cloitre de Notre-Dame, en compagnie de Chapelain et de Paul Pellisson, accueillant quantité de lettrés et de savants, comme Valentin Conrart, Perrot d'Ablancourt, Antoine Furetière, Linière, Guillaume Bautru, Charles Perrault, Antoine Galland, Jean Boivin, Jean-François Sarrasin, le philologue François Guyet qui mourut dans ses bras, etc. Ces séances qui, se tenant chez lui le mercredi, Ménage les appela, non sans arrière-pensée, les « Mercuriales », comptaient également nombre de gens du monde et de la plus haute noblesse, mais également des femmes du monde comme Madame de Sévigné et Madame de La Fayette. Par égard pour son esprit, les femmes les plus spirituelles souffraient ses hommages et il fut l’amoureux platonique de plusieurs d’entre elles. Il put ainsi dire à Marie de Sévigné qu’il avait été son « martyr ». On a dit aussi qu’il fut le « mourant » de Madeleine de La Fayette avec il entretint une liaison de douze années. Jusqu’à l’époque où il se vit forcé de mener une vie de reclus, il avait été répandu dans la haute société et y était accueilli avec empressement. Quand, par suite de ses infirmités, il fut dans l’impossibilité de sortir, les réunions eurent lieu tous les jours et avec la même affluence de visiteurs.

Doué d’un esprit porté à l’épigramme et fertile en bons mots, qui s’exerçait souvent aux dépens de son intérêt, il n’était retenu ni par l’amitié ni par la reconnaissance. II s’attira par ce procédé un grand nombre d’adversaires dans la république des lettres, contre quelques-uns desquels il écrivit, et dont quelques-uns écrivirent contre lui. Tels furent l’abbé d’Aubignac, Gilles Boileau, l’abbé Cotin, le Père Bouhours et Adrien Baillet.

En 1684, il se présenta vainement l’Académie, qu’il s’était fermée pour l’avoir raillée dans sa Requête des Dictionnaires. Il était juste et bon faut, en dehors de ses violences et de ses vanités d’érudit, comme il le montra lorsqu’il dressa pour Mazarin et Colbert une liste d’une remarquable impartialité de gens de lettres qui méritaient des récompenses.

Travaux[modifier | modifier le code]

D’une grande érudition, jointe à une mémoire prodigieuse, il aimait à citer, souvent sans raison, des vers grecs, latins, italiens et français dans toutes ses conversations. Fin grammairien, possédant, sur les langues et la littérature, des connaissances étendues, il n’y a presque pas de genre de littérature, dans lequel il ne se soit exercé, et souvent avec assez de succès, comme on le peut voir par le grand nombre de livres qu’il a publiés. Cependant, ce savoir doublé du bel esprit et de l’envie de briller, que sa conversation faisait vivement ressortir, était plus fait pour les salons que pour les livres. Grand polémiste, il polémiqua en 1644 avec Pierre de Montmaur, puis en 1650 avec Vaugelas, notamment dans ses Observations sur la langue française. Son traité des Origines de la langue française, de 1650, peut être considéré comme le premier grand dictionnaire étymologique du français. Il a essayé, contrairement à Bouhours avec lequel il eut une querelle retentissante[3], de garder les vieux mots et les termes provinciaux. Ménage préparait, quand il mourut, une nouvelle édition de ce dictionnaire qui ne parut qu’en 1694, avec des augmentations par Simon de Valhébert, sous le titre de Dictionnaire étymologique, ou Origines de la langue françoise. En 1750, Augustin François Jault, professeur au Collège royal, en a donné une nouvelle édition très augmentée en 2 volumes in-folio. Plusieurs des ouvrages de Ménage présentent donc des recherches utiles au point de vue philologique, en dépit de beaucoup de ces emprunts reprochés par Trissotin à Vadius. Conrart le jugeait digne d’être marqué de la fleur de lis, au pied du Parnasse. Ménage ne cherchait, cependant, pas à cacher ces emprunts, dont il se faisait même un titre littéraire. Sa recherche de l’ingénieux, qui l’a souvent jeté dans la fausseté, son style affecté et précieux, sont beaucoup plus choquants et Bayle a peut-être exagéré sa louange en l’appelant le Varron de son siècle.

Les Menagiana[modifier | modifier le code]

En 1693, ses pensées et bons mots ont été recueillis sous la direction d'Antoine Galland avec l'aide de ses amis et publiés dans un ouvrage sous le titre de « Menagiana », premier ouvrage du genre, réédité à de nombreuses reprises au XVIIIe siècle.

La Monnoie chargé de corriger les épreuves de Ménage, en éclaircissant certains articles, céda à la tentation d'y intercaler une partie des ana (remarques curieuses) dispersées dans son portefeuille. Des esprits scrupuleux trouvèrent mauvais qu'il eût levé le voile sur certaines personnalités, et qu'il eût mêlé à ses citations des traits un peu libres. Le livre fut arrêté et soumis à censeurs, avec lesquels il fallut composer. La Monnoie eut assez bon marché d'eux, servi qu'il fut par le crédit du cardinal de Rohan. Citons :

« Rien n'est si doux que la diversité ; le changement de fers tient lieu de liberté »

— Extrait du Madrigal.

Afin de répondre au Menagiana, Bernier produisit un Anti-Menagiana[4] (1693).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Origines de la langue française, Paris, Augustin Courbé, 1650, in-4° ; (en ligne [1]) ; Nouvelle édition deux ans après sa mort, sous le titre de Dictionnaire étymologique de la langue françoise, avec les Origines Françoises de M. de Caseneuve, un Discours de la Science des Etymologies par le P. Besnier Jésuite, & une Liste des noms de Saints, qui paroissent éloignés de leur origine, & qui s'expriment diversement selon la diversité des lieux, par M. l'Abbé Chastelain, Paris, Jean Anisson, 1694. in-folio ; (1694 en ligne, reproduit en 1750 en ligne) ; cette nouvelle édition est, comme l'indique le titre, considérablement augmentée.
  • Miscellanea, Paris in-4°. 1652. Recueil de diverses pièces Grecques, Latines & Françoises, composées à différentes époques.
  • Gargilii Macronis Parasito-Sophista Metamorphous, & Vita Gargilii Mamurrae Parasito Pœdagogi, Pièces autour du personnage de Pierre de Montmaur, Professeur en Langue Grecque, qui avaient fait l'objet de nombreuses satires auparavant. Insérées dans ses Mélanges.
    • Vita M. Gargilii Mamurrae Parasito-Paedagogi, Scriptore Marco Licinio (Ménage), parut à Paris en 1643. in-4°. pp. 34.
    • Gargilii Macronis Parasito-Sophistae Metamorphosis, ad Joannem-Ludovicum Balzacium, a été imprimé à Paris in-4°. pp. 12. (sans indication d'année).
    • La Requête des Dictionnaires. Longtemps cachée parmi ses papiers, imprimée à son insu par l’abbé Montreuil.
  • Osservazioni sopra l’Aminta del Tasso. 1653. in-4°.
  • Diogenes Laertius, Gr. & Lat. cum Commentario, Londini, fol. 1663, Paris; augmentée considérablement, Amsterdam en 1692. en deux tomes in-4°. En ligne Google : [2]
  • Poemata; Déjà incluses dans Miscellanea, Paris in-4°. 1652 ; 2e édition augmentée, Paris. 1656, in-12 ; 3e édit. 1658, in-8° ; 4e édit. Elzevir, 1663, in-12 ; 5e édit. Paris. 1658, in-8° ; 6e édit. Paris. 1673, in-8° ; 7e édit. Paris. 1680 ; 8e édit. Amsterdam, 1687, in-12.
  • Recueil des Eloges faits pour M. le Cardinal Mazarin, Paris, fol. 1666.
  • Origini della Lingua Italiana, Parigi, 1669, in-4°, 2e édit. 1685, in Geneva, fol.
  • Juris Civitis Amœnitates, Paris. 1664, in-8°, 2e édit, Parisi, 1667, in-8° ; 3e édit., Francofurti & Lipsiae, 1680, in-8°.
  • Les Poësies de Malherbe, avec des Notes, Paris, 1666, in-8°. 2de édition retouchée, Paris, 1689, in-12. 3e édition, Paris, 1722, in-12, 3 tomes : t. 1 : Google : [3] & Archives texte accessible : [4] ; t. 2 : [5] & Archives texte accessible : [6] ; t. 3 : [7] & Archives texte accessible : [8].
  • Annotazioni sopra le Rime di Monsignor della Casa, Paris, 1667, in-8°.
  • Vita Matthaei Menagii, primi Canonici Theologi Andegavensis, Paris, 1674, in-8°, Idem, Paris, 1692, in-12.
  • Vita Petri Aerodii, Quaestoris Regii Andegavensis, & Guillelmi Menagii, Advocati Regis Andegavensis, Paris. 1675. in-4°. (Biographie de son aïeul Pierre Ayrault, Lieutenant Criminel d’Angers).
  • Les Observations de M. Ménage sur la Langue Françoise, Paris, Chez Claude Barbin 1672 in 12, 486 pages. réédité la même année en petits caractères en 421 pages.Réédition en 2 tomes, le premier en 1675 & le second en 1676. (en ligne t. 1 et t. 2) ;
  • Mescolanze, In Parigi, 1678, in-8°. Item, Rotterdam, in-8°, 1692. Cette seconde édition est augmentée.
  • Histoire de Sablé, contenant les Seigneurs de la Ville de Sablé, jusqu’à Louis I, Duc d’Anjou & Roi de Sicile ; première Partie, qui comprend les Généalogies de Sablé et de Craon, avec des remarques et des preuves, Paris, 1686, in fol. Histoire de Sablé[1] (1683);
  • Historia Mulierum Philosopharum, Lugduni, 1690, in-12. Traduction française : Histoire des femmes philosophes, traduit du latin par Manuella Vaney, Paris, Arléa, 2006.
  • Antibaillet, 1690, in-12. 2. vol. (Critique de M. Baillet, qui avait parlé de lui de façon désobligeante dans le Journal des Savants). Ces remarques ont paru enfin dans l’édition de l’Antibaillet, faite en Hollande en 1727. à la suite des Jugemens des Savans de Baillet, en 17. vol. in-12. Elles ont été réimprimées in-4° à Paris en 1730 lire en ligne.
  • Discours sur l’Heautontimorumenos de Térence, Paris, 1640, in-4°. Item, dans les Miscellanea de M. Ménage, 1652 ; Item, avec des corrections et des augmentations. Utrecht, 1690, in-12. Item, Amsterdam, 1715, in-8°, avec la Pratique du Théâtre de l'Abbé d'Aubignac.
  • Menagiana, ne parut qu’après la mort de Ménage, d’abord en un volume, ensuite en deux ; M. de la Monnoye en a donné une édition bien augmentée, à Paris, 1715. in-12. 4 tomes. t. 1 : [9] ; t. 2 : [10] ; t. 3 : [11] ; t. 4 : [12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pour l'abbé Angot, ce volume est « non-seulement informe, mais les textes, d'ailleurs précieux, qui s'y trouvent fourmillent de fautes. L'auteur, malgré l'opinion qu'il avait de cet ouvrage, a de meilleurs titres à la célébrité. »
  2. Voir Origines de la langue françoise, article « Rachat ».
  3. Georges Matoré, Histoire des dictionnaires français, Paris, Larousse, , 279 p. (OCLC 7009616, lire en ligne).
  4. En ligne : Anti-Menagiana.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • Gilles Ménage, dans Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, chez Antoine Dezallier, 1700, tome 2, p. 67-68 (lire en ligne)
  • Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique : ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, t. 7, Paris, Étienne François Drouet, , 1099 p. (lire en ligne), p. 430.
  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures : contenant : 1. Des notices sur les écrivains de tous les temps et de tous les pays et sur les personnages qui ont exerce une influence littéraire ; l’analyse et l’appréciation des principales œuvres individuelles, collectives, nationales, anonymes, etc. ;… 2. La théorie et l’histoire des différents genres de poésie et de prose... 3. La bibliographie générale et particulière, les ouvrages à consulter sur les questions d’histoire, de théorie et d’érudition, Paris, Hachette, , 2096 p., p. 1373.
  • Jean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, t. 1, Paris, Desaint et Saillant, , 883 p. (lire en ligne), p. 183.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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