Croix occitane

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Croix occitane
Image illustrative de l’article Croix occitane
Détails
Adoption Arrivée en 300, adoptée par le Comté de Toulouse au XIIe siècle
Écu De gueules, à la croix vuidée, cléchée, pommetée et alesée d'or.
Usage Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée

La croix occitane (crotz occitana), croix du Languedoc, croix de Provence ou croix de Toulouse est une croix servant d’emblème à l’Occitanie, et, depuis la réforme territoriale de 2015, à l'Occitanie (région administrative). D'origine pluriséculaire, sa provenance et sa signification sont encore sources d'indécisions[1].

De façon générale, la croix occitane regroupe le « domaine occitan », zone des parlers romans s'étant distingué à partir du XIe siècle-XIIe siècle des parlers franciliens d'où est issu le français. Cette zone s'étend de l'ancien comté de Nice jusqu'à la côte aquitaine, et du littoral méditerranéen, jusqu’au grand tracé naturel courant de l'embouchure de l'Estuaire de la Gironde, aux vallées occitanophones des Alpes italiennes, ainsi que du Val d'Aran, Généralité de Catalogne[2].

Origines[modifier | modifier le code]

Hypothèse antique (-52 à 476)[modifier | modifier le code]

Blason de Saint-Maurice (Valais)

Au IVe siècle, suite à une série de révoltes de paysans gaulois contre les Romains connues sous le nom de Révoltes des Bagaudes[3], à Saint-Maurice (Valais), des soldats chrétiens de la légion romaine, originaires de Thèbes (Égypte) (aujourd'hui Louxor), refusèrent d'égorger en sacrifice les prisonniers ; la légion romaine est alors sacrifiée. En signe de reconnaissance, les populations locales adoptèrent comme symbole l'emblème de la légion thébaïde, la croix copte tréflée, sur le blason de la ville. Bien que le Massacre de la légion thébaine soit sujet à controverse, l'hypothèse selon laquelle la croix copte tréflée serait l'ancêtre de la croix occitane reste ouverte.

Hypothèse médiévale (476 à 1492)[modifier | modifier le code]

En 1019 Guillaume III de Toulouse, dit Taillefer, par son mariage avec Emma de Provence, petite fille de Boson d'Arles, héritera de la Croix d'Arles ou croix de Provence, elle deviendra la croix de Toulouse, et ainsi l’emblème des Comtes de Toulouse. En 1125 lors du traité de partage de la Provence entre les comtes de Barcelone/Aragon et les comtes de Toulouse, ces derniers hériteront du Marquisat de Provence.

En 1095 le Pape Urbain II atteste les armes de Raymond de Saint Gilles avant son départ en 1096 pour la Première croisade[1]. Raymond de Saint Gilles, Marquis de Provence et Comte de Toulouse, utilise la croix occitane lorsqu’il fait graver son sceau lors de son départ. Bertrand de Comminges vassal du Comte de Toulouse, possède les mêmes armoiries[4]. Quand Raymond de Saint Gilles s’empara de la ville d’Antioche Turquie, le 3 juin 1098, la légende dit que l’on vit flotter sur les murailles de la ville l’emblème rouge écarlate à la croix d’or aux douze pommettes.

Cette croix pommetée et évidée figurera, de 1096 à 1272, sur les sceaux et sur certaines monnaies des comtes de Toulouse qui succéderont à Raymond de Saint Gilles. Elle fut aussi, de 1109 à 1187, l’emblème de six générations de comtes de Tripoli (Liban) descendants de Raymond de Saint Gilles[1].

Au XIIe siècle, la croix occitane est la croix du Comté de Toulouse, elle devient ensuite la croix de Toulouse en 1519[1]. La croix orne la clé de voûte de la nef de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse avec pour inscription la date de 1211, et apparaît dans de nombreuses villes comme Fanjeaux dans l'Aude, Venasque et Gigondas dans le Vaucluse.


Selon Antoine de Rufi, elle apparaîtrait dès le XIe siècle, par l'entourage des vicomtes de Marseille [5], potentiellement avec Guillaume Ier de Provence, dit Guilhem le Libérateur, noble provençal, célèbre pour avoir vaincu et chassé les Sarrazins de la Provence en 973. La croix occitane serait ensuite passée à la maison de Toulouse en 1019, avec le mariage d'Emma de Provence avec Guillaume III de Toulouse dit Taillefer[1],[6].

Selon Henri Rolland, archéologue, historien numismate, elle pourrait provenir, dès le XIIe siècle, de Venasque en Provence [7],[8].

En associant toutes les hypothèses, et avec diverses appellations successives comme croix des comtes de Provence, croix d'Arles, croix du Languedoc, puis croix de Toulouse en 1519, elle pourrait provenir :


Il est à noter que la monarchie française l’utilisa après le Moyen Âge, durant les « temps modernes », comme emblème des Etats du Languedoc[1].

Croix occitane

Héraldique[modifier | modifier le code]

« De gueules, à la croix vuidée, cléchée, pommetée et alesée d'or » : Sur fond rouge, évidée, sous forme de pièce ouverte, laissant voir le champ, avec des extrémités rondes en forme de boules, de couleur or.

Extrait de l'Histoire de Marseille, de Louis Antoine de Ruffi.

Significations[modifier | modifier le code]

Hypothèses[modifier | modifier le code]

Place du capitole de Toulouse, la croix avec sur les pommettes, les 12 signes astrologiques

Compte-tenu des diverses hypothèses de provenance de la croix occitane, les douze « pommettes » peuvent être interprétées de diverses façons, cependant aucune ne peut-être prise de façon catégorique.

  • Supposition astrologique avec les douze signes. La Place du Capitole de Toulouse sur son parvis, a apposé les douze signes astrologiques sur la représentation de la croix occitane.
  • Suppositions mythologiques avec la mythologie grecque, Gaïa et Ouranos, ayant donné naissance à douze Titans, et Héraclès avec les douze travaux d'Hercule.
  • Suppositions religieuses avec les douze apôtres ; les douze fils de Jacob ayant donné naissance aux douze tribus d’Israël.
  • Supposition solaire, les quatre branches pourraient symboliser les quatre saisons, et chaque pommettes un mois de l'année[9].


Selon Bertrand de la Farge[10], la croix occitane pourrait provenir d'une synthèse entre la croix tréflée d'origine copte (croix de Saint-Maurice) et une croix byzantine. D'autres érudits ont mis en avant des influences wisigothiques. Pour Pierre Salies[11], cette figure aurait été composée dans l'entourage des Comtes de Toulouse, lors des premières croisades, notamment par Baudoin de L'Isle-Jourdain qui adopta la même croix pour son blasonnement lors de ses Croisades avec les Comtes de Toulouse.

Appellations et représentations[modifier | modifier le code]

De gueules, à la croix cléchée, pommetée d'or, la croix occitane est aussi appelée croix des comtes de Toulouse, croix de Toulouse, croix du Languedoc, croix de Midi-Pyrénées, et croix d'Occitanie. Selon ses représentations, l'héraldique peut varier, ses couleurs ne sont pas limitées au rouge et à l'or, ni sa forme, certains blasons utilisent d'autres combinaisons comme :

  • La commune de Gigondas : « D'azur à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces d'argent, au chef d'or chargé d'un cornet du champ, virolé aussi d'argent. D’or, au cor d’azur en cœur, virolé et enguiché de gueules. »[12]
  • La commune de Travaillan « D'azur à la fasce échiquetée de gueules et d'argent de trois tires, accompagné en chef d'une étoile de seize rais d'or et en pointe d'une croisette cléchée, vidée et pommetée de douze pièces du même. »
  • La commune de Saint-Didier : « Écartelé d'or et de gueules, à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces de l'un en l'autre. »
  • La commune de Méthamis : « Écartelé : au premier et au quatrième d'or à la bande d'azur, au deuxième et au troisième de gueules plain ; sur le tout d'argent à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces de gueules. »
  • La commune de Garanou : « Au 1er de gueules au pont isolé d'une arche, d'or, maçonné de sable, d'où s'écoule une rivière sinueuse d'argent, posée en pal, au 2e d'azur à trois gerbes d'or, liées de gueules ; le tout sommé d'un chef de sinople au sautoir d'argent et à la croix cléchée, pommetée de douze pièces d'or, remplie de gueules et brochant en abîme sur le sautoir. »[13]
  • La commune de Montségur : « De gueules à la croix cathare d’or. »[14]
  • La commune d'Aucamville : « D'argent à l'hôtel de ville du lieu du même couvert de gueules, mouvant des flancs ; au canton dextre du chef écartelé d'or et de gueules à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces brochant de l'un en l'autre, et au canton senestre d'or chargé d'une plante de violette de trois pièces au naturel.»[15]
  • La commune de Blagnac : « parti, au premier de gueules à l’écusson du même à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces d’or, au second d’azur à l’écusson parti au premier du champ semé de fleurs de lys d’or et au second de gueules semé de châteaux donjonnés d’or ouverts de gueules, le tout aux deux clefs adossées et entrelacées d’or. »
  • La commune de Bruguières : « écartelé : au premier et au quatrième d'azur à la croix cléchée, vidée, pommetée de douze pièces d'or, au second et au troisième de gueules aux trois bandes d'or. »
  • La commune de Labarthe-sur-Lèze : « Taillé : au 1er mi-taillé d’azur à la croix cléchée, vidée et pommetée de douze pièces d'argent, au 2e mi-taillé d’argent à l'arbre d'azur posé sur une tierce ondée d’azur. »[16]
  • La commune de Peguilhan : « D’argent à la croix cléchée et pommetée de douze pièces d’or, remplie de gueules. »

Blasons des régions et départements français[modifier | modifier le code]

Blasons des communes françaises[modifier | modifier le code]

Département des Alpes-de-Haute-Provence :

Département des Alpes-Maritimes :

Département de l'Ariège :

Département de l'Aude :

Département de l'Aveyron :

Département de la Creuse :

Département du Gard :

Département des Hautes-Alpes :

Département de la Haute-Garonne :

Département de l'Hérault :

Département du Lot-et-Garonne :

Département du Tarn :

Département de Tarn-et-Garonne :

Département du Vaucluse :

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Drapeaux[modifier | modifier le code]

La croix dite de Toulouse est sous l'Ancien Régime l'emblème de l'ancien Comté de Toulouse, mais elle tend aujourd'hui à devenir l'emblème des autres régions limitrophes de langue occitane. La croix du drapeau occitan, sous l'impulsion du Parti de la nation occitane, a été complétée de l'étoile à sept branches (symbole du Félibrige)[17].

Dans les vallées occitanes d'Italie, en application de la loi 482-99 concernant les minorités linguistiques, de nombreuses communes organisent une cérémonie[18] autour de la pose du drapeau occitan sur les bâtiments officiels. Un texte est lu en occitan et italien, expliquant les motifs de la cérémonie puis le drapeau est hissé au son du Se canta. Cette cérémonie s'est déroulée pour la première fois en France, dans le village de Baratier, dans les Hautes-Alpes, le .

En Val d'Aran, le drapeau officiel présente la croix occitane et l'écu de cette vallée autonome de Catalogne.

Les drapeaux imaginés à partir des propositions de Robert Louis pour les blasons des départements issus de la province de Languedoc incluent souvent la Croix occitane. L'ancien drapeau de Languedoc-Roussillon combinait la croix occitane et les barres catalanes.

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Produits dérivés[modifier | modifier le code]

La croix figure sur de nombreux logos de collectivités et de clubs sportifs.

Une bouteille de Colà Occitan.

La Brasserie d’Oc produit un cola d’alternative culturelle arborant la croix occitane sur ses bouteilles.

La croix occitane est un motif utilisé dans la bijouterie pour des bagues, des pendentifs, des bracelets ou autres[19],[20].

L'hypermarché Auchan de Marsac-sur-l'Isle (Dordogne) utilise la croix occitane dans sa signalétique[21],[22].

Usages[modifier | modifier le code]

Par les cathares[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catharisme.

Selon René Nelli, la croix du Languedoc, croix « évidée et pommetée », fut « un symbole de ralliement cathare », puisqu'elle fut la croix des armoiries des comtes de Saint-Gilles, devenues celle des comtes de Toulouse, puis du Languedoc, avant la croisade catholique et l'Inquisition qui visa à exterminer les Cathares[23]. Cette interprétation ne semble pas s'appuyer sur des faits historiques reconnus, mais plutôt sur une forme de militantisme où les Cathares font figure de héros fondateurs. Dans cette interprétation, la croix ne serait pas en contradiction avec les fondements de la religion cathare, qui réprouve la croix comme symbole du supplice du Christ, et serait plutôt un symbole solaire.

Cette croix est présente sur de nombreux blasons de communes, en Languedoc et dans l'ancien pays de Venasque, mais aussi plus loin en Occitanie (Hautes-Alpes, Creuse). Elle figure sur le blason officiel des départements des Hautes-Alpes et de Tarn-et-Garonne. Quand elle n'est pas or sur gueules, l'évocation est moins directe et/ou peut s'assimiler à une brisure.

Le motif de la croix occitane est utilisé par certaines collectivités territoriales dont une partie du territoire correspond à celui de l'ancien comté de Toulouse : Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Venasque. On le trouve également sur la signalétique pour indiquer la langue occitane (panneaux à l'entrée des villes).

La loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques interdit le port de « signes religieux ostentatoires ». Jusqu'à présent, malgré des débats pour savoir si les croix régionales sont des signes religieux[24] il n'y a pas eu d'élève exclu pour le port de ces croix. De fait la croix occitane renvoie davantage à une communauté linguistique qu'à une pratique religieuse[25].

Culture et sports[modifier | modifier le code]

La croix occitane est fréquemment présente sur des affiches de festivals, d’événements et d’autres manifestations occitanes[26].

L’équipe d'Occitanie de football arbore la croix occitane sur ses maillots tout comme le Montpellier Hérault Rugby ou encore le Guidon Fuxéen (club cycliste de Foix). Elle apparaît également sur les logos du Toulouse Football Club ou du Fenix Toulouse Handball.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Magné Jacques-René, Dizel Jean-Robert, « Les comtes de Toulouse et leurs descendants, les Toulouse-Lautrec : étude historique et généalogique : IXe-XXe siècles / Jacques-René Magné, Jean-Robert Dizel ; préface par le comte Raymond de Toulouse-Lautrec », Paris, (consulté le 28 janvier 2019)
  2. Bénédicte et Jean Fénié, « Toponymie occitane Sud Ouest université », Editions Sud Ouest, (ISBN 978-2-8790-1215-5), p. 10
  3. Paul QUENTEL, « BAGAUDES RÉVOLTE DES », Encyclopédie Universalis
  4. Jack Bocar, « Les Templiers et Les Croisades »
  5. Antoine de Rufi, Histoire de la ville de Marseille, 2de ed, Henri-Martel Imprimeur-Libraire, 1696
  6. L. Jéquier, C'est à la suite du mariage du comte de Toulouse, Guillaume III Taillefer, avec Emma de Provence vers 1019, fille de Roubaud de Provence que la croix de Provence est passée à la maison de Toulouse devenant désormais la croix dite "de Toulouse" puis bien plus tard du nom sous lequel nous la connaissons aujourd’hui : croix du Languedoc. On la retrouve dans "Les origines des armoiries", Académie internationale d'héraldique, actes du IIe colloque international d'héraldique, Paris, éd. Le Léopard d'or, 1983, p. 66-67
  7. Henri Rolland, revue "Provence historique" T. 1, fasc. 1, juillet-septembre 1950
  8. Henri Rolland, « L’origine provençale de la croix de Toulouse », Provence historique, vol. 1, no 1, juillet-septembre 1950, p. 52-58 (ISSN 0033-1856). Lire en ligne
  9. Mairie de Toulouse
  10. Bertran de la Farge, "Petit Précis; la Croix Occitane", Loubatières, 2000, page 71
  11. Revue Archistra d'octobre-novembre 1994, n° 128 et de décembre 1994, n° 130
  12. Armorial des communes du Vaucluse
  13. Armorial de France
  14. Armorial de France Ariège
  15. Armorial de France
  16. Armorial des communes de la Haute-Garonne
  17. « Fondation du Félibrige [article encyclopédique] », sur Occitanica.eu (consulté le 22 avril 2019)
  18. « Bandiera ÒC sus las Comunas », sur le site de la Chambra d'Òc : photographie des cérémonies.
  19. Croix occitane sur cdiscount.com
  20. Bijoux occitans
  21. Photo de l'entrée du magasin Auchan près de Périgueux
  22. L’òc à Auchan par Jean Ganiayre, conseiller général du canton de Brantôme.
  23. René Nelli, la vie quotidienne des cathares au XIIIe siècle. éd. Le Livre de poche.
  24. « Insignes religieux : "La Ligue 24 prend position" », sur le site de la Ligue de l'enseignement de Dordogne.
  25. « Armoiries et emblèmes de Toulouse », sur Mairie de Toulouse (consulté le 24 avril 2015) : « Il faut d'emblée préciser qu'elle n'a rien à voir avec l'iconographie chrétienne ».
  26. Par exemple: Estiu occitan

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Rolland, « L’origine provençale de la croix de Toulouse », Provence historique, vol. 1, no 1,‎ , p. 52-58 (ISSN 0033-1856, lire en ligne)
  • Hervé Aliquot et Robert Merceron, Armorial d'Avignon et du comtat Venaissin, Avignon, Aubanel, , 160 p. (ISBN 2-7006-0123-8)
  • Bertran de la Farge, Petit Précis de la Croix Occitane, Loubatières, (ISBN 2862663301)
  • Raymond Ginouillac, La Croix Occitane, Institut d'Etudes Occitanes du Tarn, (ISBN 9782951939738)
  • Marie-Hélène Morot-Sir mémoire sur Arles et la Provence" Arles petite Rome des Gaules"

Article connexe[modifier | modifier le code]