Georges Lapassade

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Georges Lapassade
Portrait de Georges Lapassade
Georges Lapassade en 2003.
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
ArbusVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
StainsVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession Philosophe, sociologue et psychologueVoir et modifier les données sur Wikidata
Données clés

Georges Lapassade est un philosophe et un sociologue français, né le à Arbus, dans le Béarn, et mort le à Stains (Seine-Saint-Denis).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 10 mai 1924 à Arbus (près de Pau), Georges Lapassade s'est éteint le 30 juillet 2008 à Stains. Avec lui, c'est une des grandes figures de la psychosociologie, de l'ethnologie et de la pédagogie qui disparaît.

Enfant, Georges Lapassade a fréquenté le mouvement des Auberges de jeunesse où il développe ses talents de musicien : il joue de la guitare, du piano, de l'accordéon, chante le répertoire de Charles Trenet et Luis Mariano. Il devient instituteur béarnais, puis poursuit des études de philosophie qui lui donnent l'occasion de vivre de l'intérieur l'existentialisme et la phénoménologie. Il participe aux mouvements d'avant-garde des années 1950-60 à Saint-Germain des Prés.

Agrégé de l'Université, docteur ès lettres[1] (1962), il a été maître-assistant de sociologie à Tours à partir de 1966, puis professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Paris VIII (Vincennes puis Saint-Denis) à partir de 1971.

A partir de 1989, avec d'autres professeurs de Paris VIII comme Desdemone Bardin, Christian Lemeunier, Jacky Lafortune, il s'intéresse au mouvement hip-hop naissant en France. Il invite des jeunes liés à ce mouvement ou rencontrés au hasard à l'université pour animer une radio, enregistrer de la musique, faire des graffiti sur les murs, étudier cette culture et faire de l'agitation politique. En 1989 avec le soutien de l'administration de l'université, il organise des concerts de hip-hop où se produisent notamment Stomy Bugsy, Passi, Franco, Daddy Lord C, Kader Aktivist et d'autres. En 1990, avec le soutien du gouvernement, il organise un voyage à Rome pour participer à la grève des étudiants romains. Ménélik et MC Solaar sont notamment du voyage. Néanmoins, le 8 mars 1991, Le Figaro annonce la fin des cours de hip-hop à Paris VIII. Georges Lapassade prend sa retraite en 1992[2].

Il quitte alors son petit appartement de l'île Saint-Louis pour s'installer à Saint-Denis dans une maison en face de l'université où il a enseigné plus de vingt ans. A une époque où l'université ne dispose pas encore de cité étudiante, il héberge chez lui de nombreux étudiants sans abri et souvent sans papier. Il stimule, à la mesure de ses moyens, l'activité universitaire en aidant les étudiants à mettre en forme leurs travaux de recherche, comme il l'avait déjà fait dans les années 1950, lorsqu'il était animateur de la cité étudiante d'Antony.

Il continue d'être très actif durant sa retraite. Ainsi, à l'âge de 84 ans, il avait toujours son bureau en sciences de l'éducation, à l'université. Il fréquentait le restau-U, la pratique de tango du jeudi soir où il venait écouter les rythmes de musique de bal de son enfance, la bibliothèque universitaire, les séminaires de master et enfin les réunions de comité de rédaction des irrAIductibles du vendredi après-midi, revue qu'il avait créée en 2002 avec ses disciples de l'analyse institutionnelle, et qui a publié depuis 350 auteurs venant de 60 pays... Il participait aussi régulièrement à la revue Pratiques de formation depuis sa création en 1980.

Les archives de G. Lapassade ont été déposées à la bibliothèque de Sainte-Gemme (Marne). Rémi Hess est le légataire de ses œuvres.

Intérêts[modifier | modifier le code]

Il s’intéresse à la psychanalyse (il a fait deux analyses, une avec Elsa Breuer et l'autre avec Jean Laplanche) et à la biologie (il travaille avec Georges Canguilhem). Il participe à la revue Arguments dirigée par Kostas Axelos et Edgar Morin et s’intéresse à la psychothérapie institutionnelle. Il reprend à Félix Guattari le syntagme « analyse institutionnelle » pour désigner une sociologie d’intervention, avec la collaboration de René Lourau. Il est une des figures importantes de la psychosociologie, de l’ethnologie et de la pédagogie. Ses actions en milieu étudiant durant les années 1958-1968 ont eu un impact important dans l'avènement des évènements de . Il introduit en France l’ethnométhodologie. C’est le premier sociologue français à avoir travaillé sur le rap à partir de 1989. Il se penche ensuite sur les phénomènes d’états modifiés de conscience.

Il a participé à une étude fondatrice sur l'université du Québec à Montréal avec Alain Cognard. Il a été longtemps enseignant et chercheur à l'université de Paris VIII, où il dirigeait toujours un séminaire hebdomadaire au cours des dernières années de son existence.

Critiques[modifier | modifier le code]

Des situationnistes[modifier | modifier le code]

Dans l'opuscule situationniste de 1966, intitulé De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier, écrit par des membres de l’Internationale situationniste et des étudiants de Strasbourg, dont Mustapha Khayati. Voici l'extrait : « Dans son application, il (l'étudiant) se croit d'avant-garde parce qu'il a vu le dernier Godard, acheté le dernier livre argumentiste, participé au dernier happening de Lapassade, ce con ».

Dans le livre de 1967, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, on peut lire : « Pour les artistes, au sens strict du terme, la voie de la récupération absolue est toute tracée. Ils entreront avec les Lapassade et consorts dans la grande corporation des spécialistes. Le pouvoir saura les récompenser d'ainsi déployer leur talent pour habiller de couleurs neuves et séduisantes le vieux conditionnement à la passivité ».

Dans le numéro 9 de la revue Internationale Situationniste d', on peut lire en caractères gras et sur une demi-page : « Monsieur Georges Lapassade est un con ».

Du mouvement hip-hop[modifier | modifier le code]

Georges Lapassade rapproche régulièrement le rap de la transe qui est un autre de ses domaines d'étude. Plusieurs rappeurs et graffeurs estiment que c'est une fausse piste sans lien avec la réalité. Dans le même temps Lapassade ignore l'apport musical de la syncope. De même les références émanant de la culture américaine, pourtant omniprésentes dans le hip-hop, sont rarement mentionnées par Georges Lapassade[2].

Georges Lapassade utilise le terme de "Zoulou" en référence à une ethnie sud-africaine pour désigner les rappeurs. Cette dénomination est diversement appréciée. Eux-même se désignent plutôt comme "B.Boy" à cette époque.

Il semble que des étudiants aient été volontairement envoyé à Paris VIII pour participer aux activités de Georges Lapassade, comme en témoigne les membres des Lady's night et MC Solaar.

Georges Lapassade avait tendance à proférer des jugements sur la qualité du travail des rappeurs et à les hiérarchiser. Plusieurs rappeurs estiment que cela a contribué à alimenter les tensions dans le mouvement.

Le graffeur Swen estime que les graffiti réalisés par son groupe sur les murs de l'université et avec le soutien moral et financier de Georges Lapassade étaient "vraiment horribles".

Juan Massenya s'interroge sur les soutiens politiques au plus haut niveau entretenus par Georges Lapassade.

Des professeurs de Paris VIII[modifier | modifier le code]

La linguiste Desdemonde Bardin l'accuse dans un document présenté dans le film de Pascal Tessaud d'avoir récupéré une partie du travail qu'elle menait depuis plusieurs années tout en cherchant à l'évincer de ce domaine d'étude alors en cours de constitution[2].

Jacky Lafortune n'était pas partisan de confier la peinture des murs de l'université aux graffeurs et aurait préféré qu'elle soit confié à des étudiants en art.

Rappeurs cooptés[modifier | modifier le code]

  • Juan "Mag3" Massenya
  • Sear (fondateur du fanzine Get Busy)
  • Ménélik
  • MC Solaar
  • Madj (ancien responsable d'"Assassin production")
  • Stomy Bugsy
  • Passi
  • Moda
  • Karima ("Actuel force")
  • Franco ("La brigade")
  • Daddy Lord C ("La Cliqua")
  • Alibi Montana
  • Cristina Lopes et Virgilio ("FTV Crew")
  • David "M'Widi" Kone
  • Kader Aktivist
  • "Rapsonic"
  • "Lady's night"
  • Rico
  • Driver
  • Asko

Graffeurs cooptés[modifier | modifier le code]

  • Eros
  • Swen ("93 NTM")
  • Banga ("Basalt crew")
  • André
  • Mambo
  • La force alphabétique
  • RCF
  • Chris ("F.B.I.")
  • Mode2

Œuvres[modifier | modifier le code]

Recherches institutionnelles[modifier | modifier le code]

  • Groupes, organisations, institutions, Gauthier-Villars, 1965[3].
  • L'Analyseur et l'Analyste, Gauthier-Villars, 1971.
  • L'Autogestion pédagogique, Gauthier-Villars, 1971.
  • Socianalyse et potentiel humain, Gauthier-Villars, 1975.

Essais[modifier | modifier le code]

  • L'Entrée dans la vie, essai sur l'inachèvement de l'homme, Minuit, 1963 ; Il s'agit de sa thèse d'État.
  • Procès de l'université, Belfond, 1969
  • Le Livre fou, Épi, 1971
  • Clefs pour la sociologie (en collaboration avec René Lourau), Seghers, 1971
  • La Bio-énergie, Delarge 1974
  • Essai sur la transe, Éditions universitaires, 1976
  • avec Georges Canguilhem, Jean Piquerol, Jacques Ulmann, Du développement à l’évolution au XIXe siècle, 1962, Paris, PUF/Quadrige, 2003 (ISBN 2-130-53835-5)
  • Le Corps interdit (en collaboration avec René Schérer), E.S.F., 1977
  • Les États modifiés de la conscience, PUF, Paris, 1987
  • Le Rap ou la fureur de dire (avec Philippe Rousselot), Paris, Loris Talmont, 1990
  • La Transe, Que sais-je ? PUF, 1990
  • Guerre et paix dans la classe, Armand Colin, 1993
  • La découverte de la dissociation, L. Talmart, 1998
  • Regards sur la dissociation adolescente, Economica, 2000
  • Le mythe de l’identité, éloge de la dissociation (en collaboration avec Patrick Boumard et Michel Lobrot), Economica, 2006

Récits[modifier | modifier le code]

  • Le Bordel andalou, L'Herne, 1971
  • L'Arpenteur, Épi, 1971
  • Les Chevaux du diable, Delarge, 1974
  • Joyeux tropiques, Stock, 1978
  • L'autobiographe, Duculot, 1980
  • La Dissociation
  • Les Chants de Mogador ; Chroniques d'Essaouira, éditions Pédelahore, coll. Transhumance, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Levivier, « L'homme inachevé : à propos de la thèse de Georges Lapassade », Nouvelle revue de psychosociologie, vol. n° 9, no 1,‎ , p. 177 (ISSN 1951-9532 et 1961-8697, DOI 10.3917/nrp.009.0177, lire en ligne, consulté le )
  2. a b et c Sylvain Tessaud, « Paris 8 - La fac hip-hop »
  3. Rémi Hess, « Georges Lapassade et l'invention de l'analyse institutionnelle »

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]