Shantideva

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Représentation de Shantideva.

Shantideva (sanskrit शान्तिदेव, IAST Śāntideva, vers 685-763) est un philosophe indien madhyamika, une branche du bouddhisme mahāyāna. Un des derniers grands maîtres d'expression sanskrite, Shantideva jouit d'une considération particulière dans le bouddhisme tibétain. Il a écrit le Śikṣāsamuccaya ainsi que le Bodhicaryāvatāra, une œuvre capitale de la tradition bouddhiste indo-tibétaine. Il fait partie des 84 mahasiddhas.

Vie[modifier | modifier le code]

Prince[modifier | modifier le code]

Le bodhisattva Mañjuśrī avec le prajñā-pāramitā-sūtra des perfections et l’épée tranchant la confusion

Śantideva fut sans doute un jeune prince de la caste de kṣatriya, natif de la région méridionale du Surāṣṭra et aurait eu pour père le roi Kalyāṇavraman, appelé aussi Mañjuvarman[1].

D'après certains récits hagiographiques et légendaires, Śāntideva aurait renoncé au trône qu'il devait occuper après une apparition en rêve de Mañjuśrī, le bodhisattva de la sagesse, la veille de son couronnement, sous la forme de son père récemment défunt, lui expliquant qu’il est son kalyāṇamitra[2]. Une autre version raconte que sa mère, la veille de son intronisation, lui donna un bain bouillant, lui expliquant que cette douleur n'était rien comparée à celle qui l'attendait en tant que roi[3].

Universitaire[modifier | modifier le code]

Le monastère de Nālandā (Bihar, Inde)

Il prend alors ses vœux auprès de l’upādhyāya Jayadeva et passe douze ans en noviciat intense. Puis ce maitre l’envoie en mission à la cour du roi Madhyadeśa où il devient rauta (chef militaire) puis ministre durant douze ans[1]. À la suite, il entre au monastère de Nālandā, le plus important de l'Inde. Śāntideva y est extrêmement discret et il est considéré comme un bon-à-rien surnommé « Bhusuku », littéralement celui qui ne fait que manger, dormir et faire ses besoins.

La légende de la récitation du Bodhicaryāvatāra est la suivante[4],[5]. Il était de coutume que les moines récitent devant le roi de la Dynastie Pala qui régnait sur le Bihar à l'époque (il s'agirait précisément du roi Devapala), des sutras du Bouddha. Quand ce fut le tour de « Bhusuku », tout le monde pensait qu'il en serait incapable et qu'il serait chassé du monastère. Shantideva aurait prié la veille toute la nuit Manjusri, le bodhisattva de la sagesse, en récitant son mantra. Manjusri lui apparut en personne durant la nuit. Le lendemain, le roi lui demanda de réciter un sutra. Il répondit à la surprise générale : « dois-je exposer un sutra déjà connu ou bien un qui n'ait pas été révélé ? ». Toute l'assemblée s'étant mise à rire, le roi compris, ce dernier lui demanda un nouveau sutra. Shantideva se mit alors à réciter tout le Bodhicaryāvatāra. Quand il en arriva au chapitre IX qui porte sur la philosophie Madhyamaka, au moment précis où il dit : « Quand ni la réalité ni la non-réalité ne se présentent plus à l'esprit... », il s'éleva dans le ciel en présence de Manjusri. Alors que toute l'université avait réalisé qu'il était le plus grand des maîtres, Shantideva refusa de revenir à Nalanda mais indiqua où il avait mis la version écrite de l'œuvre. Il reçoit alors le nom de Shantideva, qui signifie « Dieu de la paix ».

Grand maitre bouddhiste[modifier | modifier le code]

Selon des sources tibétaines, il aurait quitté Nālandā et se serait rendu à Śrīdakṣiṇa puis aurait abandonné la robe monastique pour vivre nu, à la façon des Jaïns. Les éléments suivants de sa vie se retrouvent dans des hauts faits relatés par plusieurs biographes[1] :

  • apaisement et pacification de conflits ;
  • offrande de nourriture aux hétérodoxes et leur conversion ;
  • offrande de nourriture à 1000 mendiants ;
  • conversion du roi ;
  • défaite de Śaṅkaradeva.

Bodhicaryāvatāra, œuvre primordiale[modifier | modifier le code]

Le Bodhicaryāvatāra (L'entrée dans la pratique du Bodhisattva) est une œuvre majeure du bouddhisme mahāyāna à plus d'un titre[4],[5]. Tout d'abord, la qualité littéraire y est très élevée. D'autre part, le chapitre IX est un condensé majeur de toute la philosophie bouddhiste indienne, Shantideva adoptant le point de vue madhyamika prasangika. Ce chapitre, quasiment incompréhensible sans explications, a fait l'objet d'un nombre considérable de commentaires par les maîtres tibétains. Enfin, le texte est un hymne extraordinaire à la compassion universelle et explique un très grand nombre de pratiques qui servent de base au lodjong. Le lodjong est l'entraînement de l'esprit à la compassion dans la tradition bouddhiste tibétaine[6],[7]. Cet entraînement est basé sur un très grand nombre de pratiques où l'on apprend à abandonner l'égoïsme et à considérer les autres comme plus importants que soi même. Une de ces pratiques, tirées à l'origine du Bodhicaryāvatāra, est la pratique de tonglen où l'on décide de prendre toute la négativité et les souffrances pour soi et de donner tout le bonheur aux autres. Le Bodhicaryāvatāra est, en fait, le manuel du Bodhisattva dans la tradition indo-tibétaine.

Le chapitre III du Bodhicaryāvatāra porte précisément sur le développement de la pensée altruiste, le Bodhicitta. Shantideva y dit par exemple :

Les Bodhisattva Avalokiteśvara et Vajrapani peintures d'Ajantâ réalisées sous la dynastie Vakataka, style Gupta.

« Puissé-je être
Pour les malades
Le remède, le médecin et l'infirmier
Jusqu'à la disparition des maladies ! (III, 8)

En donnant, toute la douleur sera transcendée,
Et mon esprit réalisera l'au-delà des peines ;
Mieux vaut offrir à présent aux êtres
Ce dont, pareillement, je devrai me défaire à l'heure de la mort (III, 12).

Je livre ce corps
Au bon plaisir de tous
Qu'ils en usent à leur convenance,
Le tuant, l'injuriant ou le frappant (III, 13).

Si une pensée de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela me serve perpétuellement
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits ! (III, 16)

Que ceux qui m'insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient toute la fortune d'accéder à l'éveil ! (III, 17)

Puissé-je être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux ! (III, 18)[4]. »

L'ouvrage prouve le lien très fort entre la pensée Madhyamaka qui porte sur la vacuité, Śūnyatā, de tous les phénomènes et la pensée altruiste de l'idéal du Bodhisattva.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

À part une Anthologie des Sutra, perdue :

  • Shîkshâmuccaya (Recueil d'enseignements, Accumulation des préceptes)
  • Bodhicaryāvatāra (Descente dans la carrière de l'Éveil),
    • Alexis Lavis, La conscience à l’épreuve de l’éveil : Lecture, commentaire et traduction du Bodhicaryāvatāra de Śāntideva, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « Sagesses d’Asie », , 546 p. (ISBN 978-2-204-12762-2)
    • Bodhicaryāvatāra. La Marche vers l'Éveil. Nouvelle traduction, Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 231 p.
    • Vivre en héros pour l'Éveil, trad. Georges Driessens, Seuil, coll. "Points Sagesse", Paris, 1993.
    • La marche à la lumière. Bodhicaryāvatāra, poème sanskrit de çântideva, trad. Louis Finot, Bossard, 1920 ; rééd. 1987 [1]
    • Introduction à la pratique des futurs Bouddhas, poème de Cântideva, trad. Louis de La Vallée Poussin, Paris, Bloud et C°, 1907, 144 p. [2]

La tradition lui attribue également plusieurs œuvres tantriques.

Études sur Shantideva[modifier | modifier le code]

  • Abhayadatta, Mahāsiddhas. La Vie de 84 sages de l'Inde, traduit par le Comité Padmakara. Éditions Padmakara, 2003. 239 p. (ISBN 2-906949-27-2)
  • Abhayadatta, La vie merveilleuse de 84 grands sages de l'Inde ancienne, trad. du tibétain par Djamyang Khandro Ahni, éd. du Seuil, Paris, 2005.
  • Khentchen Kunzang Palden et Minyak Kunzang Seunam, Comprendre la vacuité. Deux commentaires du chapitre IX de 'La Marche vers l'Éveil' de Shântideva, Comité de traduction Padmakara, Padmakara, 1993, 252 p. Khentchen Kunzang Palden (1897-1940) est l'auteur de commentaires et d'ouvrages historiques.
  • Amalia Pezzali, Shântideva, mystique bouddhiste des VII° et VIII° siècles, Florence, Vallecchi Editore, 1968, XVIII-161 p.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Alexis Lavis, La conscience à l’épreuve de l’éveil : Lecture, commentaire et traduction du Bodhicaryāvatāra de Śāntideva, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « Sagesses d’Asie », , 546 p. (ISBN 978-2-204-12762-2), p. 30–34.
  2. Amalia Pezzali, Śāntideva. Mystique bouddhiste des viie et viiie siècles, Firenze, 1968, p. 5.
  3. Pema Chödrön, Il n'y a plus de temps à perdre, ed. Le Courrier du Livre, 2011, p. 9.
  4. a b et c Shantideva, Vivre en héros pour l'Éveil, Georges Driessens, Seuil, coll. "Points Sagesse", Paris, 1993
  5. a et b Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme. Philippe Cornu, Seuil, nouvelle éd. 2006.
  6. Le lodgong est expliqué en partie, dans Le livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché (surtout dans le chapitre XII) , Éditions de La Table Ronde (1993, puis 2003 pour la nouvelle édition augmentée), Éditeur Lgf (2005, nouvelle édition augmentée), (ISBN 2253067717)
  7. Chögyam Trungpa Rinpoché, l'entraînement de l'esprit, éditions du seuil, points sagesses, 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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