Kitarō Nishida

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Kitarō Nishida
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Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Formation
Tokyo Imperial University (d)
Quatrième lycée (d)
Ishikawa Normal School (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
A influencé
Célèbre pour
fondateur de l'École de Kyōto
Parentèle
Takezō Kaneko (d) (gendre)
Fumi Takahashi (d) (nièce)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction

Kitarō Nishida (西田 幾多郎, Nishida Kitarō?, 1870 - 1945) est un philosophe japonais, fondateur de l'École de Kyōto, une école philosophique japonaise[1], qui a cherché à marier la philosophie occidentale avec la spiritualité issue des traditions extrême-orientales tel le bouddhisme. Il introduisit la phénoménologie de Husserl au Japon. Ses disciples directs sont Hajime Tanabe et Keiji Nishitani.

À la suite de l'importation sur le sol nippon de la philosophie occidentale lors de l'Ère Meiji, le projet de Nishida consistait à approfondir les intuitions de la pensée orientale à travers le cadre et le vocabulaire de la philosophie occidentale (Hegel, Husserl, etc.). Il s'agit de surmonter la pensée occidentale par la pensée orientale afin de créer une pensée réellement universelle. Néanmoins, l'évaluation de la réussite ou de l'échec de son projet est sujette à controverse dans la littérature contemporaine.

Le zen, qu'il pratiqua intensivement, eut une influence considérable sur sa pensée. Daisetz Teitaro Suzuki fut un ami de Nishida. Ils se rencontrèrent durant leur jeunesse, avant que Daisetz Teitaro Suzuki ne devienne l'un des érudits les plus respectés de son temps concernant la pensée zen, particulièrement après qu'il se fut installé aux États-Unis.

Son disciple et autre penseur influent de l'École de Kyōto, Nishitani Keiji, écrivit une biographie intellectuelle de son maître à penser, sobrement intitulée Kitarō Nishida.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une vieille famille de l'aristocratie guerrière, Nishida a passé une enfance privilégiée. Sa mère, Tosa, lui a transmis une éducation bouddhiste. Il a demandé à plusieurs reprises à son père Yasunori de fréquenter une école secondaire à Kanazawa, mais le père repoussait sa demande, craignant que cela ne l'éloigne de la charge au bureau de la mairie à laquelle il espérait que son fils lui succède. Lorsqu'il accède finalement aux requêtes du jeune Nishida pour l'école secondaire, sa constitution fragile le contraint finalement à prendre des leçons privées.

De 1886 à 1890, Nishida a ensuite fréquenté une autre école, l'Ishikawa Semmongakkō. En réaction au contenu politique de l'enseignement qu'il désapprouve, Nishida pratique une forme de résistance passive qui est sanctionné d'un redoublement pour «mauvais comportement», et le conduit à quitter à nouveau l'école.

En 1891, il commence à étudier la philosophie à l'Université impériale de Tokyo. Il est contraint de suivre un cours de mise à niveau en raison de son manque de diplôme d'études secondaires, ce qu'il vit comme une humiliation et le conduit à se replier de plus en plus sur lui-même. Toutefois, l'arrivée de Raphael von Koeber en 1893 à l'université le conduit à se familiariser avec la philosophie grecque et européenne médiévale ainsi qu'avec les œuvres de Schopenhauer. Dans le cours de littérature allemande de Karl Florenz, il a pour camarade l'écrivain Natsume Sōseki. Il termine ses études peu avant le déclenchement de la première guerre sino-japonaise avec un travail sur David Hume.

En , Nishida épouse sa cousine Tokuda Kotomi, avec laquelle il a huit enfants, dont certains meurent toutefois en bas âge. En 1896, il devient enseignant dans son ancienne école de Kanazawa. L'année suivante, il commence à apprendre la méditation zen, probablement inspirée par son camarade de classe et ami D.T. Suzuki. En , au cours de son séjour dans le temple Taizo-in à Kyoto, qu'il a visité au cours d'une retraite de méditation zen, son professeur Hôjô Tokiyoshi lui offre un emploi au lycée de Yamaguchi, qu'il accepte sans hésitation.

Remarqué pour son essai Une étude sur le bien (en)[2], il lui est proposé en 1910 un poste à l'Université impériale de Kyoto. Nishida y développe sa philosophie qui contribue au développement de l' Ecole de Kyoto. Bien qu'il prenne sa retraite en 1928, il continue de travailler à développer sa logique locale, ou logique du basho.

Bien que sa contribution se veuille principalement métaphysique, Nishida écrit dans un climat politique tendu: le Japon prend la Mandchourie en 1931, et à partir de 1932 un gouvernement nationaliste militaire se met en place. En 1936, Nishida est associé au Comité pour la réforme de l'éducation ; en 1937, à la demande du gouvernement militaire, il écrit un essai pour la Conférence de la Grande Asie de l'Est ; en 1940, il reçoit l'Ordre culturel japonais. Nishida tient une position ambigüe où il lui arrive certes de critiquer le régime, mais il partage des traits avec lui, tenant en particulier à l'équivocité de son concept de "kokutai" ou "corps national" qu'il utilise pour souligner l'importance de la conscience de soi ethnique de la société japonaise et l'importance de l'empereur "Tennô", comme lieu de la contradiction entre l'individu et la société, soutenant en outre l'impérialisme japonais en Asie du Sud-Est. [3]

Nishida décède le à Kamakura d'une maladie des reins. Sa tombe est située là dans le cimetière du temple Zen Tokei-ji.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Étude sur le Bien[modifier | modifier le code]

Une étude sur le bien (en) (Zen no kenkyū (善の研究,?) est le premier ouvrage de Nishida, publié en 1911, à la fin de l'Ère Meiji. L'essai présente un système philosophique complet centré sur la notion d'expérience pure (純粋経験, junsui keiken?). Nishida reprend en fait le concept d'expérience pure aux psychologues occidentaux du XIXe siècle tels que Wilhelm Wundt ou encore William James. Mais s’il emprunte ce terme à la psychologie, c'est afin de le réinterpréter dans le cadre de la pensée zen. Cependant, s'il est clairement influencé par sa pratique de cette forme de méditation, il n'en parle jamais explicitement dans son ouvrage: il ne cite aucun terme technique du zen, ni aucun penseur issu de cette école japonaise du bouddhisme. Dans ce premier ouvrage, son projet semble être donc de tout reformuler dans le vocabulaire de la philosophie occidentale.

L'expérience pure est à la fois le départ de son texte et le point vers lequel toutes les réflexions du philosophe nippon retournent. Il s'agit d'une expérience qui se situe avant toute différenciation entre le sujet et l'objet, avant toute pensée réflexive : c'est une attention immédiate au réel tel qu'il est.

Nishida écrit sur l'expérience, la réalité, le bien et la religion. Le philosophe japonais soutient que la forme la plus profonde de l'expérience est l'expérience pure. Nishida a analysé la pensée, la volonté, l'intuition intellectuelle et l'expérience pure[4]. Selon sa vision ainsi que selon l'essence de la sagesse orientale, on aspire à l'harmonie dans l'expérience, on aspire à l'unité[5].

Cet ouvrage aurait suffi à positionner Nishida comme un penseur majeur de son époque. Cependant son œuvre continua durant de longues années et son système s'orienta vers les notions de logique du Lieu (場所, basho?).

Hommage[modifier | modifier le code]

À Kyōto, il est possible de parcourir le « chemin de la philosophie », chemin qu'empruntait Kitarō Nishida tous les jours, afin de réfléchir.

Travaux[modifier | modifier le code]

Ouvrages originaux[modifier | modifier le code]

  • (1911) Une étude sur le bien (en) (善の研究, Zen no kenkyū)
  • (1915) Thinking and Experience (思索と体験, Shisaku to taiken)
  • (1913–17) Intuition and Reflection in Self-consciousness (自覚に於ける直観と反省, Jikaku-ni okeru chokkan to hansei)
  • (1918–9) The Problem of Consciousness (意識の問題, Ishiki no Mondai)
  • (1920–23) Art and Morality (芸術と道徳, Geijutsu to dōtoku)
  • (1923–27) From the Acting to the Seeing (働くものから見るものへ, Hatarakumono-kara mirumono-e)
  • (1928–29) The System of Universals in Self-Awareness (一般者の自覚的体系, Ippansha-no jikakuteki taikei)
  • (1930–32) The Self-conscious Determination of the Nothingness (無の自覚的限定, Mu-no jikakuteki gentei)

Ouvrages traduits en français[modifier | modifier le code]

  • L'expérience pure, la réalité : Essai sur le bien, chapitre I & II (trad. de Hitoshi Oshima), Bordeaux, Osiris, , 95 p. (ISBN 978-2-905-46033-2),
    • « Une étude sur le bien (avant-propos et premier chapitre) » (trad. de Bernard Stevens, Michiko Maeno, Joël Bouderlique, Hisao Matsumaru), Revue Philosophique de Louvain, vol. 97, no 1,‎ , p. 19–29 (lire en ligne)
  • Logique du lieu et vision religieuse du monde (trad. par Yasuhiko Sugimura et Sylvain Cardonnel), Bordeaux, Osiris, , 92 p. (ISBN 978-2-905-46036-3)
  • L’Éveil à soi (trad. introduction et notes de Jacynthe Tremblay), Paris, CNRS Éditions, , 298 p.
  • De ce qui agit à ce qui voit (trad. introduction et notes de Jacynthe Tremblay), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, , 364 p. (ISBN 978-2-760-63458-9)
  • Autoéveil. Le Système des universels (trad. introduction et notes de Jacynthe Tremblay), Nagoya, Chisokudō Publications, , 542 p. (ISBN 978-1-544-78817-3)
Tombe de Nishida à Kamakura

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Littérature secondaire en français[modifier | modifier le code]

  • James W. Heisig, Les philosophes du Néant - Un essai sur l'école de Kyōto, Cerf, Paris, 2008.
  • Bernard Stevens, Invitation à la philosophie japonaise autour de Nishida, 233 p., CNRS Éditions, Paris, 2005, (ISBN 2-271-06336-1)
  • Bernard Stevens, Topologie du néant. Une approche de l'École de Kyōto, Peeters, 2000, (ISBN 978-90-429-0811-6) (Voir la fiche de l'éditeur)
  • Bernard Stevens, « Nishida », in Revue philosophique de Louvain, vol. 97, no 4, , pp.
  • Sylvain Isaac, « Basho et individu chez Nishida », in Philosophie, no 79, 2003
  • Thorsten Botz-Bornstein, « L'expérience pure et la conscience du jeu : Nishida Kitarô et William James » dans L’Art du Comprendre 16, Paris, Vrin, 2007.
  • Jacynthe Tremblay , Nishida Kitarō. Le Jeu de l’individuel et de l’universel, Paris, CNRS Éditions, 2000, 334 p.
  • Jacynthe Tremblay , Introduction à la philosophie de Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 141 p.
  • Jacynthe Tremblay , Auto-éveil et temporalité. Les Défis posés par la philosophie de Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 229 p.
  • Jacynthe Tremblay , L’Être-soi et l’être-ensemble. L’Auto-éveil comme méthode philosophique chez Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 194 p.
  • Jacynthe Tremblay , Je suis un lieu, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2016, 316 p.
  • Jacynthe Tremblay (dir.), Philosophie japonaise du xxe siècle in Laval Théologique et Philosophique, vol. 64, n° 2, , p. 233-573 [lire en ligne (page consultée le 28 janvier 2021)]
  • Jacynthe Tremblay (dir.), Philosophes japonais contemporains, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2010, 492 p.
  • Jacynthe Tremblay (dir.), Les philosophes de l’École de Kyōto et la théologie in Théologiques vol. 20, n° 1-2, 2012, p. 3-383. [lire en ligne (page consultée le 28 janvier 2021)]
  • Jacynthe Tremblay (dir.), Milieux modernes et reflets japonais. Chemins philosophiques, Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, 286 p. (avec Marie-Hélène Parizeau).

Littérature secondaire en anglais[modifier | modifier le code]

  • Michiko Yusa, Zen & Philosophy: An Intellectual Biography of Nishida Kitaro, Honolulu, University of Hawai'i Press, 2002 (ISBN 0-8248-2459-8) 520 p.
  • Nishitani Keiji Nishida Kitaro: The Man and his Thought, Berkeley, University of California Press, 1991 (ISBN 0-520-07364-9-) XXX + 238 p.
  • Robert J. J. Wargo, The Logic Of Nothingness: A Study Of Nishida Kitaro, Honolulu, University of Hawai’i Press, 2005 (ISBN 0-8248-2969-7) 241 p.
  • Robert E. Carter, The Nothingness beyond God: An Introduction to the Philosophy of Nishida Kitaro, New York, Paragon House Publishers, 1989 (ISBN 1-55778-761-1) XXVII + 191 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A Dictionary of Buddhism par Damien Keown publié par Oxford University Press, (ISBN 9780192800626), page 197.
  2. Kitarô Nishida., Bernard Stevens, Michiko Maeno et Joël Bouderlique, « Une étude sur le bien », Revue Philosophique de Louvain, vol. 97, no 1,‎ , p. 19–29 (lire en ligne, consulté le 27 juin 2020)
  3. Ce point fait l'objet de controverses entre les divers commentateurs de Nishida, au Japon et au-delà. Voir par exemple Pierre Lavelle, Nishida Kitarô, l'école de Kyoto et l'ultra-nationalisme, Michel Dalissier, Anfractuosité et unification: la philosophie de Nishida Kitarô pp. 24-25
  4. (jp) Kitarō Nishida, Zen no kenkyū « Études sur le Bien », Iwanami Shoten, Tokyo, 1980.
  5. (ro) Mircea Itu, Nishida Kitarō. O cercetare asupra binelui « Études sur le Bien », Orientul latin, Braşov, 2005, page 240 (ISBN 973-9338-77-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]