Kitarō Nishida

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Kitarō Nishida
Kitaro Nishidain in Feb. 1943.jpg
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
A influencé
Célèbre pour
fondateur de l'École de Kyōto
Distinction

Kitarō Nishida (西田 幾多郎, Nishida Kitarō?, 1870 - 1945) est un philosophe japonais, fondateur de l'École de Kyōto, une école philosophique japonaise[1], qui a cherché à marier la philosophie occidentale avec la spiritualité issue des traditions extrême-orientales tel le bouddhisme. Il introduisit la phénoménologie de Husserl au Japon. Ses disciples directs sont Hajime Tanabe et Keiji Nishitani.

À la suite de l'importation sur le sol nippon de la philosophie occidentale lors de l'Ère Meiji, le projet de Nishida consistait à approfondir les intuitions de la pensée orientale à travers le cadre et le vocabulaire de la philosophie occidentale (Hegel, Husserl, etc.). Il s'agit de surmonter la pensée occidentale par la pensée orientale afin de créer une pensée réellement universelle. Néanmoins, l'évaluation de la réussite ou de l'échec de son projet est sujette à controverse dans la littérature contemporaine.

Le zen, qu'il pratiqua intensivement, eut une influence considérable sur sa pensée. Daisetz Teitaro Suzuki fut un ami de Nishida. Ils se rencontrèrent durant leur jeunesse, avant que Daisetz Teitaro Suzuki ne devienne l'un des érudits les plus respectés de son temps concernant la pensée zen, particulièrement après qu'il se fut installé aux États-Unis.

Son disciple et autre penseur influent de l'École de Kyōto, Nishitani Keiji, écrivit une biographie intellectuelle de son maître à penser, sobrement intitulée Kitarō Nishida.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une vieille famille de l'aristocratie guerrière, Nishida a passé une enfance privilégiée. Sa mère, Tosa, lui a transmis une éducation bouddhiste. Il a demandé à plusieurs reprises à son père Yasunori de fréquenter une école secondaire à Kanazawa, mais le père repoussait sa demande, craignant que cela ne l'éloigne de la charge au bureau de la mairie à laquelle il espérait que son fils lui succède. Lorsqu'il accède finalement aux requêtes du jeune Nishida pour l'école secondaire, sa constitution fragile le contraint finalement à prendre des leçons privées.

De 1886 à 1890, Nishida a ensuite fréquenté une autre école, l'Ishikawa Semmongakkō. En réaction au contenu politique de l'enseignement qu'il désapprouve, Nishida pratique une forme de résistance passive qui est sanctionné d'un redoublement pour «mauvais comportement», et le conduit à quitter à nouveau l'école.

En 1891, il commence à étudier la philosophie à l'Université impériale de Tokyo. Il est contraint de suivre un cours de mise à niveau en raison de son manque de diplôme d'études secondaires, ce qu'il vit comme une humiliation et le conduit à se replier de plus en plus sur lui-même. Toutefois, l'arrivée de Raphael von Koeber en 1893 à l'université le conduit à se familiariser avec la philosophie grecque et européenne médiévale ainsi qu'avec les œuvres de Schopenhauer. Dans le cours de littérature allemande de Karl Florenz, il a pour camarade l'écrivain Natsume Sōseki. Il termine ses études peu avant le déclenchement de la première guerre sino-japonaise avec un travail sur David Hume.

En mai 1895, Nishida épouse sa cousine Tokuda Kotomi, avec laquelle il a huit enfants, dont certains meurent toutefois en bas âge. En 1896, il devient enseignant dans son ancienne école de Kanazawa. L'année suivante, il commence à apprendre la méditation zen, probablement inspirée par son camarade de classe et ami D.T. Suzuki. En Août 1897, au cours de son séjour dans le temple Taizo-in à Kyoto, qu'il a visité au cours d'une retraite de méditation zen, son professeur Hôjô Tokiyoshi lui offre un emploi au lycée de Yamaguchi, qu'il accepte sans hésitation.

Remarqué pour son Etude sur le bien, il lui est proposé en 1910 un poste à l'Université impériale de Kyoto. Nishida y développe sa philosophie qui contribue au développement de l' Ecole de Kyoto. Bien qu'il prenne sa retraite en 1928, il continue de travailler à développer sa logique locale, ou logique du basho.

Bien que sa contribution se veuille principalement métaphysique, Nishida écrit dans un climat politique tendu: le Japon prend la Mandchourie en 1931, et à partir de 1932 un gouvernement nationaliste militaire se met en place. En 1936, Nishida est associé au Comité pour la réforme de l'éducation ; en 1937, à la demande du gouvernement militaire, il écrit un essai pour la Conférence de la Grande Asie de l'Est ; en 1940, il reçoit l'Ordre culturel japonais. Nishida tient une position ambigüe où il lui arrive certes de critiquer le régime, mais il partage des traits avec lui, tenant en particulier à l'équivocité de son concept de "kokutai" ou "corps national" qu'il utilise pour souligner l'importance de la conscience de soi ethnique de la société japonaise et l'importance de l'empereur "Tennô", comme lieu de la contradiction entre l'individu et la société, soutenant en outre l'impérialisme japonais en Asie du Sud-Est. [2]

Nishida décède le 7 juin 1945 à Kamakura d'une maladie des reins. Sa tombe est située là dans le cimetière du temple Zen Tokei-ji.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Étude sur le Bien (善の研究)[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (novembre 2011)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Étude sur le Bien est le premier ouvrage de Nishida, qu'il écrivit à la fin de l'Ère Meiji. Cet ouvrage présente un système philosophique complet centré sur la notion d'expérience pure (純粋経験, junsui keiken?). Nishida reprend en fait le concept d'expérience pure aux psychologues occidentaux du XIXe siècle tel que Wilhelm Wundt ou encore William James. Mais s’il emprunte ce terme à la psychologie, c'est afin de le réinterpréter dans le cadre de la pensée zen. Cependant, s'il est clairement influencé par sa pratique de cette forme de méditation, il n'en parle jamais explicitement dans son ouvrage: il ne cite aucun terme technique, ni aucun penseur, issu de cette tradition japonaise du bouddhisme. Dans ce premier ouvrage, son projet semble être donc de tout reformuler dans le vocabulaire de la philosophie occidentale.

L'expérience pure est à la fois le départ de son ouvrage et le point vers lequel toutes les réflexions du philosophe nippon retournent. Il s'agit d'une expérience qui se situe avant toute différenciation entre le sujet et l'objet, avant toute pensée réflexive. Il s'agit d'une attention immédiate au réel tel qu'il est.

Cet ouvrage aurait suffi à positionner Nishida comme un penseur majeur de son époque. Cependant son œuvre continua durant de longues années et son système s'orienta vers les notions de logique du Lieu (場所, basho?).

Lorsque David A. Dilworth écrit sur les livres de Nishida, il ne mentionne pas le premier livre dans sa classification utile. Dans son livre intitulé Zen no kenkyū « Étude sur le Bien », Nishida écrit sur l'expérience, la réalité, le bien et la religion. Le philosophe japonais y a soutenu que la forme la plus profonde de l'expérience est l'expérience pure. Nishida a analysé la pensée, la volonté, l'intuition intellectuelle et l'expérience pure[3]. Selon la vision de Nishida ainsi que selon l'essence de la sagesse orientale, on aspire à l'harmonie dans l'expérience, on aspire à l'unité[4].

Hommage[modifier | modifier le code]

À Kyōto, il est possible de parcourir le « chemin de la philosophie », chemin qu'empruntait Kitarō Nishida tous les jours, afin de réfléchir.

Travaux[modifier | modifier le code]

Ouvrages originaux[modifier | modifier le code]

  • (1911) Études sur le Bien (善の研究, Zen no kenkyū)
  • (1915) Thinking and Experience (思索と体験, Shisaku to taiken)
  • (1913–17) Intuition and Reflection in Self-consciousness (自覚に於ける直観と反省, Jikaku-ni okeru chokkan to hansei)
  • (1918–9) The Problem of Consciousness (意識の問題, Ishiki no Mondai)
  • (1920–23) Art and Morality (芸術と道徳, Geijutsu to dōtoku)
  • (1923–27) From the Acting to the Seeing (働くものから見るものへ, Hatarakumono-kara mirumono-e)
  • (1928–29) The System of Universals in Self-Awareness (一般者の自覚的体系, Ippansha-no jikakuteki taikei)
  • (1930–32) The Self-conscious Determination of the Nothingness (無の自覚的限定, Mu-no jikakuteki gentei)

Ouvrage traduit en français[modifier | modifier le code]

  • L'expérience pure, la réalité : Essai sur le bien, chapitre I & II, Osiris, , 95 p. (ISBN 978-2905460332), traduction de Hitoshi Oshima
  • Logique du lieu et vision religieuse du monde, Osiris, , 92 p. (ISBN 978-2905460363)
  • L’Éveil à soi, Paris, CNRS Éditions, 2003, 298 p., traduction, introduction et notes de Jacynthe Tremblay
  • De ce qui agit à ce qui voit, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2015, 364 p., traduction, introduction et notes de Jacynthe Tremblay
  • Autoéveil. Le Système des universels, Nagoya, Chisokudō Publications, 2017., traduction, introduction et notes de Jacynthe Tremblay
Tombe de Nishida à Kamakura

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Littérature secondaire en français[modifier | modifier le code]

  • James W. Heisig, Les philosophes du Néant - Un essai sur l'école de Kyōto, Cerf, Paris, 2008.
  • Bernard Stevens, Invitation à la philosophie japonaise autour de Nishida, 233 p., CNRS Éditions, Paris, 2005, (ISBN 2-271-06336-1)
  • Bernard Stevens, Topologie du néant. Une approche de l'École de Kyōto, Peeters, 2000, (ISBN 978-90-429-0811-6) (Voir la fiche de l'éditeur)
  • Bernard Stevens, Nishida, in Revue philosophique de Louvain, vol. 97, no 4, novembre 1999, pp.
  • Sylvain Isaac. (2003). "Basho et individu chez Nishida", in Philosophie, no 79.
  • Thorsten Botz-Bornstein, "L'expérience pure et la conscience du jeu : Nishida Kitarô et William James" dans L’Art du Comprendre 16, Paris, Vrin, 2007.
  • Tremblay Jacynthe, Nishida Kitarō. Le Jeu de l’individuel et de l’universel, Paris, CNRS Éditions, 2000, 334 p.
  • Tremblay Jacynthe, Introduction à la philosophie de Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 141 p.
  • Tremblay Jacynthe, Auto-éveil et temporalité. Les Défis posés par la philosophie de Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 229 p.
  • Tremblay Jacynthe, L’Être-soi et l’être-ensemble. L’Auto-éveil comme méthode philosophique chez Nishida, Paris, L’Harmattan, 2007, 194 p.
  • Tremblay Jacynthe, Je suis un lieu, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2016, 316 p.
  • Tremblay Jacynthe (dir.), Laval Théologique et Philosophique. Philosophie japonaise du XXe siècle, 64 (juin 2008, no. 2) 233-573.
  • Tremblay Jacynthe (dir.), Philosophes japonais contemporains, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2010, 492 p.
  • Tremblay Jacynthe (dir.), Théologiques. Les philosophes de l’École de Kyōto et la théologie 12 (2012, no. 1-2) 3-383.
  • Tremblay Jacynthe (dir.), Milieux modernes et reflets japonais. Chemins philosophiques, Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, 286 p. (avec Marie-Hélène Parizeau).

Littérature secondaire en anglais[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A Dictionary of Buddhism par Damien Keown publié par Oxford University Press, (ISBN 9780192800626), page 197.
  2. Ce point fait l'objet de controverses entre les divers commentateurs de Nishida, au Japon et au-delà. Voir par exemple Pierre Lavelle, Nishida Kitarô, l'école de Kyoto et l'ultra-nationalisme, Michel Dalissier, Anfractuosité et unification: la philosophie de Nishida Kitarô pp. 24-25
  3. (jp) Kitarō Nishida, Zen no kenkyū « Études sur le Bien », Iwanami Shoten, Tokyo, 1980.
  4. (ro) Mircea Itu, Nishida Kitarō. O cercetare asupra binelui « Études sur le Bien », Orientul latin, Braşov, 2005, page 240 (ISBN 973-9338-77-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]