Dionysiaques

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Mosaïque de Tusculum représentant le combat entre Dionysos et les Indiens, œuvre romaine, première moitié du IVe siècle

Les Dionysiaques (en grec ancien Διονυσιακά / Dionysiaká) de l’Égyptien Nonnos de Panopolis sont une épopée en hexamètres dactyliques divisée en quarante-huit chants, composé probablement entre 450 et 470. L'épopée relate les origines, l'enfance et les exploits du dieu Dionysos, en particulier sa conquête de l'Inde.

Composition[modifier | modifier le code]

Les Dionysiaques comprennent deux fois 24 chants, allusion évidente à Homère puisque l'Iliade et l'Odyssée comportent 24 chants depuis l’époque hellénistique.

La composition du poème suit les règles édictées par le rhéteur Ménandre de Laodicée (fin du IIIe siècle) pour l’éloge d’un souverain :

  • chants I à V : évocation de la patrie de Dionysos et de ses ancêtres (légende de Cadmos) ;
  • chant VI : légende de Zagreus, le premier Dionysos mystique, dont Bacchus est la réincarnation (légende égyptienne inspirée par le mythe d’Osiris) ;
  • chants VII à VIII : naissance de Dionysos ;
  • chants IX à XII : enfance du dieu ;
  • chants XIII à XL : guerre des Indes ;
  • chants XLI à XLVIII : retour du dieu, union avec Aura d’où nait Iacchos, le troisième Dionysos.

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

Chants I à V : patrie et ancêtres de Dionysos[modifier | modifier le code]

Chant I. Le poète invoque les Muses, s'adresse à Protée et indique qu'il entreprend de chanter les exploits du dieu Dionysos dans un style varié (poikilia ποικιλία). L'histoire commence avec les origines de Dionysos : Zeus enlève Europe et le père de celle-ci ordonne à Cadmos (grand-père maternel de Dionysos) de partir à sa recherche. Pendant que Zeus est distrait et fait l'amour avec la nymphe Plouto, le monstrueux Typhon, sur les ordres de sa mère Gaia, subtilise les armes de Zeus (son foudre) et tente de dominer le monde, causant chaos et destruction partout où il s'avance. Zeus, qui est désormais en train de faire l'amour avec Europe, comprend le danger et appelle à son aide Pan, Éros et Cadmos. Pan procure à Cadmos un déguisement de pâtre : il est supposé charmer Typhon avec un chant pastoral et l'aide d'Éros tandis que Zeus récupèrera ses armes. Typhon est si enchanté par la chanson de Cadmos qu'il lui promet tout ce qu'il voudra en échange, sans s'apercevoir que Cadmos chante la façon dont Typhon sera vaincu par Zeus.

Chant II. Zeus dérobe son foudre à Typhon et emmène Cadmos en lieu sûr. Lorsque Typhon s'aperçoit de la disparition de Cadmos et des armes de Zeus, il s'attaque au cosmos entier à l'aide de ses poisons et de ses animaux, semant une nouvelle fois le chaos et la destruction sur son chemin. Pendant la nuit, Nikè (la Victoire personnifiée) encourage Zeus à combattre Typhon. Au matin suivant, Typhon défie Zeus au combat, mais est vaincu par lui après un long combat qui affecte tout le cosmos. Tandis que la terre guérit après le combat, Zeus promet à Cadmos la main d'Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite, et lui ordonne de fonder Thèbes.

Cadmos et le dragon. Amphore à figures noires d'Eubée, v. 560-550 av. J.-C.. Musée du Louvre (E 707).

Chant III. Cadmos, sur son navire, s'aventure en mer et s'arrête à Samothrace, où Harmonie vit en compagnie de sa mère adoptive Électre et de son beau-frère Émathion. Cadmos les rejoint dans leur palais somptueux et explique à Électre son ascendance. Hermès demande à Électre de donner sa fille Harmonie en mariage à Cadmos sans dot.

Chant IV. Harmonie refuse d'épouser Cadmos parce qu'elle le trouve trop pauvre, mais Aphrodite prend la forme de Peisinoé, une jeune femme du voisinage, et fait l'éloge de Cadmos pour convaincre la future mariée. Convaincue, Harmonie quitte Samothrace de son plein gré avec Cadmos, qui l'emmène en Grèce. Cadmos consulte l'oracle de Delphes qui lui conseille de suivre une génisse jusqu'à ce qu'elle tombe de fatigue, et de fonder alors Thèbes à cet endroit. Parvenu au bon endroit, Cadmos doit tuer le dragon d'Arès (ce qui lui attire la colère du dieu), puis il sème ses dents et récolte la moisson d'hommes-semés.

Chant V. Cadmos fonde Thèbes et consacre les sept portes de la ville à sept divinités et planètes. Les dieux assistent à son mariage avec Harmonie et les enrichissent de leurs présents. Parmi les cadeaux, le collier offert par Aphrodite est décrit avec une attention particulière. Cadmos et Harmonie ont quatre filles (Autonoé, Agavé, Ino et Sémélé) et un fils (Polydoros). Cadmos accorde la main d'Autonoé à Aristée, réputé comme inventeur ; tous deux ont un fils, Actéon, qui devient un passionné de chasse. Un jour, Actéon voit la déesse Artémis alors qu'elle se baigne nue, et il en est puni en se faisant transformer en cerf puis dévorer par ses propres chiens. Autonoé et Aristée cherchent Actéon mais ne retrouvent son cadavre que lorsque le fantôme de leur fils leur apparaît et leur indique où chercher la dépouille d'un cerf pour l'enterrer. De son côté, Agavé épouse Échion et lui donne pour fils Penthée. Ino épouse Athamas. Sémélé est réservée pour Zeus, qui est alors en deuil après la mort du premier Dionysos, Zagreus, qu'il avait engendré avec Perséphone. Commence alors un retour en arrière sur l'histoire de Perséphone : tous les dieux sont follement amoureux d'elle.

Chant VI : vie et mort de Zagreus, le premier Dionysos[modifier | modifier le code]

Chant VI. La déesse Déméter, dérangée par l'attention que porte Zeus à sa fille Perséphone, va consulter Astréos, dieu doué pour les prophéties, qui fait l'horoscope de Perséphone et prédit un enlèvement imminent par Zeus. Déméter dissimule Perséphone dans une caverne, mais Zeus se change en serpent pour aller l'y retrouver et tous deux engendrent Zagreus. Quelque temps après, Héra donne l'ordre aux Titans de tuer Zagreus, ce qu'ils font en le démembrant. Zeus courroucé provoque un déluge dans le monde, ce qui cause la détresse des divinités pastorales et des dieux-fleuves.

Chants VII à XII : naissance et jeunesse de Dionysos[modifier | modifier le code]

Pierre Paul Rubens, La Mort de Sémél, avant 1640.

Chant VII. La vie sur Terre est misérable. Le dieu Éon, dieu du temps, convainc Zeus de rendre la vie des mortels plus facile. Zeus prédit que la naissance du dieu Dionysos changera tout. Éros fait tomber Zeus amoureux de Sémélé. La jeune femme se réveille après un terrible cauchemar au cours duquel elle périssait foudroyée. Elle se fait recommander de sacrifier à Zeus pour conjurer le présage. Éclaboussée par le sang de la victime au cours du sacrifice, elle se purifie en se baignant nue dans un cours d'eau où Zeus l'aperçoit, remarque sa beauté et tombe amoureux d'elle. La nuit venue, Zeus rejoint Sémélé et ils passent la nuit ensemble ; Zeus se métamorphose en plusieurs animaux pour séduire Sémélé.

Chant VIII. Sémélé tombe enceinte de Dionysos. Phtonos, l'Envie, met Héra au courant de ce qui est arrivé. Héra prend alors la forme d'une vieille femme en qui Sémélé a toute confiance et lui donne l'idée de demander à voir Zeus armé de toute sa puissance avec son foudre. Lorsque Sémélé lui fait cette demande, Zeus ne peut lui dire non. La jeune femme périt brûlée vive par les deux du tonnerre. Zeus immortalise alors Sémélé.

Chant IX. Zeus récupère Dionysos malgré le feu et le coud dans sa cuisse pour le porter jusqu'à ce qu'il soit prêt à naître. À sa naissance, Dionysos est confié à Hermès qui l'emmène chez les filles de Lamos, des nymphes des cours d'eau. Mais Héra les frappe de folie. Hermès confie alors le jeune dieu à Ino, qui lui donne comme préceptrice Mystis, qui lui enseigne les rites des mystères. Héra finit par retrouver où se cache Dionysos, mais Hermès l'atteint avant elle et va le confier aux soins de Rhéa. Dionysos grandit dès lors dans les montagnes de Libye, où il apprend à chasser et à dominer les bêtes. Ses premiers accomplissent rendent fière sa mère Sémélé. Dans l'intervalle, Ino, devenue folle, erre parmi les collines jusqu'à ce qu'Apollon prenne pitié d'elle et lui rende sa santé mentale. La maisonnée d'Ino pleure sa disparition tandis que son mari Athamas se remarie avec Thémisto.

Chant X. Frappée de folie à son tour, Thémisto tue son fils. Athamas, également frappé de folie, tue son fils Léarchos. Ino est de retour au moment où Athamas s'apprête à tuer leur fils Mélicerte, qu'elle sauve en sautant à la mer. Ino est alors divinisée et devient une déesse marine. Pendant ce temps, Dionysos atteint l'adolescence et vit en Lidye, entouré d'une cour de satyres. Il tombe amoureux pour la première fois de l'un d'entre eux, Ampélos (dont le nom signifie "plant de vigne"). Sa passion pour le jeune homme est cependant attristée par la certitude que ce dernier mourra bientôt, comme cela arrive à tous les jeunes gens aimés des dieux. Dionysos et Ampélos s'exercent en rivalisant au cours de nombreuses épreuves sportives où le dieu laisse gagner le satyre.

Bacchus et Ampélus, par Giorgio Sommer, 1806 (Florence, Galerie des Offices).

Chant XI. Dionysos organise un concours de natation et laisse gagner Ampélos. Ampélos, ravi de son succès, se travestit en bacchante au cours de la célébration qui suit. Dionysos prévient Ampélos de rester toujours près de lui au cas où une divinité jalouse de leur amour tenterait de le tuer. Un présage apprend à Dionysos qu'Ampélos va mourir et devenir le premier plant de vigne. La déesse de l'illusion, Até, suscite la jalousie chez Ampélos en lui rappelant que les dieux offrent toujours à leurs aimés des présents exceptionnels, par exemple une monture extraordinaire, et elle lui suggère de s'approprier un taureau. Dupé, Ampélos chevauche un taureau et irrite la déesse Séléné en affirmant être un meilleur monteur de taureau qu'elle. Séléné envoie un taon piquer le taureau. Le taureau commence à ruer et Ampélos finit par tomber et se briser le crâne. Un satyre apprend à Dionysos la triste nouvelle. Dionysos apprête le corps pour les funérailles et prononce un long chant de deuil. Éros essaie de le distraire en lui racontant l'histoire de Calamos et Carpos, deux jeunes hommes qui étaient amoureux l'un de l'autre. Au cours d'un concours de natation, Carpos se noie et Calamos, incapable de vivre sans lui, se suicide. Calamos devient les roseaux des rivières et Carpos le fruit de la terre. Dionysos est un peu consolé par l'histoire mais reste en deuil. Dans l'intervalle, les Saisons rendent visite à Hélios.

Chant XII. L'Automne demande quand la vigne apparaîtra sur Terre afin qu'elle devienne son attribut personnel. Description des tablettes de Phanès, sur lesquelles tous les oracles du futur sont inscrits. Prédiction de la métamorphose d'Ampélos en vigne. De son côté, Dionysos est toujours en deuil pour Ampélos. Ampélos est transformé en vigne et Dionysos fabrique pour la toute première fois du vin, en songeant à la façon dont Ampélos a échappé à la mort. Dionysos adopte le vin comme attribut personnel et s'affirme supérieur aux autres dieux, car aucun fruit n'est aussi beau ni ne procure tant de plaisir à l'humanité. Une seconde variante est donnée sur les origines du vin : la vigne poussait à l'insu de tous jusqu'à ce que Dionysos aperçoive un serpent en train de sucer le jus des grappes ; Dionysos et ses satyres fabriquent les premiers pressoirs, préparent le tout premier vin et organisent la toute première fête des vendanges, complètement ivres.

Chants XIII à XXIV : les débuts de la guerre des Indes[modifier | modifier le code]

Chant XIII. Zeus envoie Iris jusqu'à la résidence de Rhéa et lui ordonne, par cet intermédiaire, d'aller faire la guerre aux Indiens, les habitants de l'Inde, s'il veut prendre place parmi les dieux de l'Olympe. Rhéa rassemble des troupes pour Dionysos. Catalogue héroïque des troupes, incluant sept contingents de Grèce et sept contingents de régions voisines.

Chant XIV. Catalogue de troupes semi-divines, également rassemblées par Rhéa pour Dionysos. Dionysos se met en marche avec son armée et ils progressent jusqu'à rencontrer un premier contingent de l'armée des Indes, mené par Astraeis. Héra use de tromperie pour persuader Astraeis de combattre les bacchantes. Les ménades et les satyres massacrent les Indiens jusqu'à ce que Dionysos prenne pitié d'eux et détourne les eaux du lac voisin, l'Astacide. Les Indiens goûtent le vin pour la première fois.

Chant XV. Les Indiens s'enivrent, s'endorment et sont capturés par les troupes dionysiaques. Histoire de la nymphe vierge Nicaia, qui vit près du lac Astacide, aime la chasse et refuse de se comporter comme une femme. Le berger Hymnos (personnification des chants pastoraux) tombe amoureux d'elle et la courtise. Nicaia refuse ne serait-ce que d'écouter ses chansons ; Hymnos se désespère et finit même par demander à la nymphe de le tuer. Nicaia prend la demande à la lettre et le tue de ses flèches. La nature et les dieux se lamentent sur la mort du berger et réclament vengeance.

Chant XVI. Éros inspire à Dionysos une folle passion pour Nicaia. Le dieu courtise la nymphe à son tour et lui offre différents présents, qu'elle dédaigne. À la fin d'une journée de chasse, Nicaia boit à une rivière dont l'eau a été changée en vin par l'intervention de Dionysos lors de la première bataille contre les Indiens. Ivre, Nicaia s'endort et le dieu la viole en punition pour le meurtre d'Hymnos. Dionysos l'abandonne et, à son réveil, la nymphe se rend compte qu'elle a été violée. Elle tente de retrouver son violeur mais se rend compte rapidement qu'elle est enceinte et donne naissance à Télétè (l'Initiation personnifiée). Dionysos fonde la cité de Nicaia, au titre de double commémoration de la nymphe éponyme et de la première bataille contre les Indiens.

Chant XVII. Dionysos voyage vers l'est. Il reçoit l'hospitalité du berger Brongos, aux mœurs campagnardes. En remerciement, Dionysos donne à Brongos du vin et lui apprend comment cultiver et vendanger les vignes. Astraeis informe Orontès, beau-frère du roi des Indes Dériadès, de la défaite de son armée et de la ruse de l'eau changée en vin. Orontès, furieux, prépare une contre-attaque et harangue ses troupes en leur recommandant de ne pas craindre Dionysos l'efféminé et son armée de femmes. Les Indiens chargent et, au début, semblent l'emporter ; mais Dionysos pousse un cri aussi puissant que celui de neuf mille hommes et les retient. Orontès et Dionysos engagent un combat singulier. Le bout d'un sarment de vigne enroulé sur la poitrine d'Orontès suffit à disloquer son armure. Orontès se plonge sa propre épée dans la poitrine, puis saute dans la rivière voisine, à laquelle il donne son nom (la rivière Orontès). Les troupes bacchiques massacrent les Indiens. Astraeis s'enfuit.

Chant XVIII. Dionysos arrive en Assyrie, où le roi Staphylos ("Groupe de grappes"), sa femme Methè ("Ivresse") et leur fils Botrys ("Grappe") l'accueillent dans leur merveilleux palais en une fête où tout le monde est ivre. Pendant la nuit, Dionysos rêve que le cruel roi Lycurgue l'attaque comme un lion attaque un cerf. Le lendemain, Staphylos offre à Dionysos des présents splendides et l'encourage à guerroyer. Tandis que Dionysos s'emploie à répandre la vigne partout en Assyrie, Staphylos meurt subitement et son palais s'emplit de cris de deuil. À son retour, Dionysos trouve son ami mort.

Chant XIX. Dionysos console Methè et Botrys en leur donnant du vin et organise des jeux funèbres en l'honneur de Staphylos, incluant des épreuves de chant et de pantomime.

Chant XX. La fin des épreuves des jeux met fin au deuil. En rêve, Éris (la Discorde) incite Dionysos à faire la guerre. Methè, Botrys et leur serviteur Pithos ("Jarre à vin") se joignent aux forces dionysiaques. Ils parviennent jusqu'en Arabie, où le roi Lycurgue a été incité par Héra à les affronter. Dans le même temps, Héra trompe Dionysos en lui envoyant un songe trompeur qui lui conseille d'aller trouver Lycurgue pacifiquement et sans armes. Lorsque Dionysos agit ainsi, Lycurgue s'en prend à lui et aux Bacchantes armé d'une immense hache. Dionysos s'échappe en sautant à la mer ; il est accueilli et conseolé par Nérée. Dans sa furie guerrière, Lycurgue s'attaque même à la mer et provoque les dieux.


Lycurgue s'apprête à frapper Ambrosie, qui se transforme en pied de vigne[1], mosaïque grecque de Délos, fin du IIe siècle av. J.-C.

Chant XXI. Lycurgue attaque les Bacchantes une seconde fois. Il affronte la nymphe Ambrosia, qui se métamorphose en vigne et enserre Lycurgue jusqu'à le suffoquer tandis que les Bacchantes s'assemblent en nombre pour le tuer. Poséidon provoque un séisme, mais Héra sauve provisoirement Lycurgue jusqu'à ce que Zeus le punisse en faisant de lui un aveugle errant. Tandis que Dionysos est toujours l'hôte de Nérée, son armée se décourage. Le satyre Pheresphondos arrive à la cour de Dériadès, roi des Indes, et lui transmet le message de Dionysos : il doit accepter le culte de la vigne ou affronter le dieu à la guerre. Dériadès, fils du dieu-fleuve Hydaspe (l'actuel Jhelum), refuse l'offre de paix de Dionysos. Dionysos quitte les profondeurs de la mer, rejoint ses troupes et se prépare à la bataille.

Chant XXII. Les troupes bacchiques arrivent sur les rives du fleuve Hydaspe, où les arbres et les animaux accueillent Dionysos avec joie. Les Indiens assistent aux prodiges opérés par Dionysos et sont tentés de se rendre, mais Héra dupe leur chef, Thureus. Les Indiens tentent de tendre une embuscade aux troupes dionysiaques, mais une nymphe avertit Dionysos du danger imminent. Au cours de la bataille qui s'ensuit, Oiagros, Éaque et Érechthée se distinguent par leurs hauts faits.

Chant XXIII. Dionysos et Éaque affrontent les Indiens dans le fleuve, où la plupart se noient. Héra encourage le dieu-fleuve Hydaspe à noyer les troupes bacchiques lorsqu'elles franchissent le fleuve. L'armée bacchique entreprend la traversée en usant d'étranges moyens de navigation. L'Hydaspe entre en courroux car ses eaux sont souillées de sang et de cadavres et aussi parce qu'il trouve que les troupes dionysiaques le traversent trop facilement. Il entame une inondation et tente de les noyer. Dionysos répond à la menace avec colère et met le feu aux rives. La végétation, les poissons et les nymphes du fleuve se trouvent alors en péril. L'Hydaspe demande à Téthys de lui venir en aide.

Chant XXIV. Zeus et Héra apaisent la colère des protagonistes. L'Hydaspe met fin à son inondation et Dionysos retire sa torche. L'armée bacchique achève sa traversée du fleuve, pour découvrir que Dériadès a disposé ses troupes sur l'autre rive. Les dieux descendent de l'Olympe pour sauver leurs protégés et l'armée s'installe sur les collines avoisinantes. Thureus apprend au roi Dériadès ce qui s'est passé. La nouvelle de la défaite parvient aux oreilles du peuple des Indiens et son moral se détériore. Dans la forêt, les troupes bacchiques célèbrent leur victoire. Leucos relate l'histoire du concours de tissage entre Aphrodite et Athéna et de la victoire d'Athéna.

Chants XXV à XL : la dernière année de la guerre des Indes[modifier | modifier le code]

Chant XXV. Le poète invoque la Muse dans un second proème (proomion) marquant le début de la seconde moitié de l'épopée. Il indique qu'à l'instar d'Homère pour la guerre de Troie, il va faire une ellipse sur les premières années de la guerre de Dionysos en Inde : il saute les six premières années de la guerre. Il compare les exploits de Dionysos avec ceux de Persée, de Minos et d'Héraclès et conclut que Dionysos a été meilleur que ces héros. Il en revient ensuite à son récit principal. Les Ganges, Dériadès et le peuple des Indiens sont terrifiés par les miracles accomplis par les armées bacchiques. Dionysos est en colère car Héra fait tout pour retarder sa victoire. Rhéa envoie Attis trouver Dionysos et lui apporter un bouclier qui le protègera au combat ; elle lui fait dire qu'il conquerra l'Inde durant la septième année de la guerre. Description du bouclier, entouré de constellations et décoré de plusieurs scènes : la fondation de Thèbes ; Ganymède et Zeus ; le mythe lydien de Tylos.

Chant XXVI. Athéna amène Dériadès à rassembler ses troupes. Catalogue des troupes indiennes : quatorze contingents de la vallée de l'Indus et des parties orientales de l'empire mède. Les descriptions sont riches en matériel ethnographique.

Chant XXVII. Dériadès exhorte ses troupes à attaquer Dionysos près de l'embouchure de l'Indus. Dionysos dispose ses bataillons avec attention et harangue ses troupes. Pendant ce temps, sur l'Olympe, Zeus encourage Athéna et Apollon à se joindre à leur frère et parle aux dieux qui soutiennent le camp indien (Héra et Héphaïstos).

Chant XXVIII. La bataille fait rage. Exploits de Phaleneus, Dexiochos et Clytios. Exploits de Corymbasos. Morts étranges au combat. Exploits des Cyclopes et des Corybantes.

Chants XXIX. Exploits de l'aimé de Dionysos, Hyménaios, qui est blessé par une flèche indienne puis guéri par Dionysos. Exploits des troupes dionysiaques, en particulier Aristée, les Cabires et les Corybantes. Offensives des Bacchantes, blessées par les Indiens et guéries par Dionysos. Le combat s'arrête provisoirement à la tombée de la nuit. Rhéa envoie à Arès un rêve trompeur : il devrait quitter le champ de bataille car Héphaïstos est sur le point de rejoindre son épouse Aphrodite. Arès, amoureux de la déesse, quitte les lieux immédiatement.

Chant XXX. Exploits de Morrheus, beau-fils de Dériadès. Tectaphos est tué par Eurymédon. Héra encourage Dériadès à combattre et Dionysos est sur le point de prendre la fuite quand Athéna l'arrête. Dionysos, de retour au combat, massacre les troupes indiennes.

Chant XXXI. Héra va trouver Perséphone et la persuade de lui laisser s'approprier temporairement les services d'une des Furies, Mégère, à qui il donne l'ordre d'aller frapper de folie Dionysos. Héra envoie aussi Iris trouver Hypnos (dieu du Sommeil) pour le persuader d'endormir Zeus, en lui promettant la main de Pasithéa, l'une des Charites, pour ce service. Héra emprunte la ceinture d'Aphrodite pour séduire Zeus.

John Collier, La Prêtresse de Bacchus, 1885-1889.

Chant XXXII. Héra séduit Zeus grâce à la ceinture ; ils font l'amour, puis, pendant que Zeus s'est endormi, Mégère frappe Dionysos de folie. En l'absence de Dionysos, Dériadès et Morrheus mettent en déroute l'armée bacchique. Les Bacchantes sont prises de panique.

Chant XXXIII. L'une des Grâces apprend à Aphrodite la folie de Dionysos, et aussi le fait que Morrheus poursuit la Bacchante Chalcomède. Aphrodite envoie Aglaia chercher Éros, qui est occupé à jouer au cottabe avec Hyménaios. En échange d'une couronne faite par Héphaïstos, Éros accepte de faire tomber Morrheus amoureux de Chalcomède. Saisi par l'amour, Morrheus se désintéresse de la bataille et poursuit Chalcomède, qui lui fait croire que ses sentiments sont réciproques. Morrheus devient de plus en plus passionnément épris pendant la nuit. De son côté, Chalcomède craint pour sa virginité, mais Thétis la rassure et lui indique qu'un serpent protègera sa virginité.

Chant XXXIV. Morrheus erre comme une âme en peine pendant la nuit ; son serviteur Hyssacos reconnaît les symptômes de l'amour et le réconforte. Au matin, Morrheus est encore plus préoccupé par ses sentiments, tandis que l'armée bacchique est démoralisée en l'absence de Dionysos. Morrheus attaque les Bacchantes et fait plusieurs captives pour le compte de Dériadès, qui les envoie à la torture et à la mort de différentes manières. Chalcomède entraîne Morrheus loin du combat. Dériadès attire les Bacchantes à l'intérieur des murs de la cité.

Chant XXXV. Les Indiens massacrent les Bacchantes dans la cité. Chalcomède éloigne toujours plus Morrheus du combat en lui faisant croire qu'elle est amoureuse de lui. Au moment où il s'apprête à la violer, le serpent chargé de veiller sur sa virginité attaque l'homme. Pendant ce temps, Hermès aide les Bacchantes à quitter la cité. Zeus se réveille, comprend ce qui se passe et force Héra à soigner la folie de Dionysos en lui donnant le sein (un signe d'adoption) et en l'enduisant d'ambroisie. Cela fait, Dionysos peut rejoindre ses troupes.

Chant XXXVI. Sur l'Olympe, confrontation entre les divinités pro-Dionysos et les divinités pro-Indiens. Athéna vainc Arès, Héra vainc Artémis, Apollon fait face à Poséidon mais Hermès les réconcilie. Sur terre, le roi des Indes Dériadès harangue ses troupes, puis lance une charge avec ses éléphants. Après une série de combats et de descriptions de carnage, Dériadès et Dionysos s'affrontent en combat singulier. Dionysos esquive son adversaire en se métamorphosant sous différentes apparences, puis l'emprisonne dans les vrilles d'une vigne avant de le relâcher finalement. Dionysos ordonne aux Rhadamanes de lui construire une flotte. Dériadès préside l'assemblée des Indiens et harangue ses troupes en vue d'une bataille navale. Les deux armées concluent une trêve le temps d'enterrer les morts.

Chant XXXVII. Dionysos élève un bûcher pour le défunt Opheltès, un héros de son armée tué par Dériadès pendant la bataille. Il organise des jeux funèbres comprenant de nombreuses épreuves, dont une course de chars, un pugilat, une lutte, une course à pied, un lancer de disque, du tir à l'arc et du lancer de javelot.

Chant XXXVIII. Deux présages annoncent la victoire de Dionysos. Le premier est une éclipse de soleil, interprétée favorablement par le devin Idmon. Le second est un combat entre un aigle et un serpent, l'aigle finissant par jeter le serpent dans le fleuve : c'est Hermès lui-même qui l'interprète en comparant l'aigle à Dionysos et le serpent à Dériadès. Hermès raconte en détail l'histoire de Phaéton, de ses origines jusqu'à sa mort et à son catastérisme.

Chant XXXIX. La nouvelle flotte de Dionysos est prête : la bataille navale s'engage. Dériadès et Dionysos haranguent leurs troupes. Éaque et Érechthée en appellent à l'aide des dieux. Descriptions de carnage. Les Indiens sont finalement mis en fuite par un navire incendiaire lancé dans leurs lignes. Dériadès s'enfuit.

Chant XXXX. Dériadès revient au combat. Il doit affronter Dionysos, qui le blesse légèrement avec son thyrse puis le force à sauter dans le fleuve Hydaspe, ce qui marque la fin de la guerre. Orsiboè, femme de Dériadès, et leurs enfants Cheirobiè et Protonoé, prennent le deuil. Dionysos organise les funérailles des morts, célèbre sa victoire et distribue le butin. Modaios est nommé gouverneur de l'Inde. Dionysos voyage jusqu'à Tyr où il admire la cité et écoute l'histoire de sa fondation par Héraclès.

Chants XLI à XLVII : victoires et amours de Dionysos[modifier | modifier le code]

Penthée mis en pièces par Ino et Agavé, couvercle de lékanis, v. 450-425 av. J.-C., musée du Louvre

Chant XXXXI. Histoire mythique de la ville de Béroé (actuelle Beyrouth). Histoire de la nymphe Béroé fille d'Aphrodite : sa naissance, son éducation. Aphrodite va trouver Harmonie pour connaître le destin de Béroé ; Harmonie prophétise la future prospérité de la ville sous l'empire romain dirigé par Auguste.

Chant XLII. Dionysos et Poséidon tombent tous les deux amoureux de Béroé. Dionysos, amoureux, la poursuit à travers la forêt ; il croise Pan, puis fait la cour à la nymphe en lui faisant la démonstration de ses pouvoirs. Dionysos et Poséidon décident de s'affronter pour la main de la jeune femme.

Chant XLIII. L'armée de divinités marines de Poséidon et l'armée de Dionysos s'affrontent. Zeus accorde la main de Béroé à Poséidon, qui console Dionysos.

Chant XLIV. Dionysos, de retour en Grèce, arrive à Thèbes. Le roi Penthée refuse de le reconnaître comme une divinité et le fait arrêter. Les Furies attaquent le palais de Penthée. Agavé et ses sœurs sont prises de folie.

Chant XLV. Tirésias et Cadmos tentent d'apaiser le dieu, mais Penthée attaque Dionysos. Dionysos rappelle à Penthée l'histoire des pirates tyrrhéniens qui l'avaient capturé en le prenant pour un mortel et qu'il a changés en dauphins. Penthée emprisonne Dionysos, mais le dieu détruit le palais et s'échappe.

Chant XLVI. Dionysos use de ruse pour persuader Penthée d'observer sa mère et ses sœurs pendant leur accès de folie. Mais elles l'aperçoivent et le tuent.

Chant XLVII. Le thiase de Dionysos arrive à Athènes et la cité se réjouit. Dionysos enseigne la viticulture à Icarios, qui distribue des plants de vigne à ses voisins. Ceux-ci, une fois ivres, tuent Icarios. La fille d'Icarios, Érigone, pressent en rêve la mort de son père et vient lui rendre visite, pour ne trouver que son cadavre. Elle se pend, mais Zeus la change en constellation. Ariane se lamente après avoir été abandonnée par Thésée : Dionysos la séduit et l'épouse. Arrivé à Argos, pour punir les femmes de la cité qui refusent de pratiquer ses rites, Dionysos les conduit à tuer leurs enfants. Héra incite Persée à attaquer les Bacchantes ; il change Ariane en pierre, puis les Argiens, à l'intercession d'Hermès, acceptent les rites dionysiaques.

Chant XLVIII : union avec Aura et naissance de Iacchos, le troisième Dionysos[modifier | modifier le code]

Chant XLVIII. Héra prie Gaia d'éveiller ses fils, les Géants, qui combattent Dionysos mais sont massacrés. Dionysos combat à la lutte la fille du roi Sithon afin de l'épouser et, après sa victoire, tue le roi. Dionysos se rend ensuite en Asie Mineure où il rencontre la nymphe Aura. Aura rivalise avec Artémis dans un concours de beauté ; Artémis, de dépit, charge Némésis de faire tomber Dionysos amoureux d'Aura et de le faire la poursuivre. Ariane apparaît en rêve à Dionysos et se plaint qu'il l'ait oubliée. Dionysos viole Aura pendant son sommeil ; lorsqu'elle se réveille, elle devient folle de rage et massacre troupeaux et bergers, puis détruit un sanctuaire d'Aphrodite. Artémis se moque d'Aura, enceinte, tandis que Nicaia l'aide à accoucher de deux jumeaux qui donnent leur nom au mont Dindymon. Aura essaie de faire manger les enfants par un lion, mais ils sont sauvés. Aura est métamorphosée en source. L'un des enfants, Iacchos, est confié à Athéna. La couronne d'Ariane est changée en constellation. Dionysos est enfin accueilli sur l'Olympe.

Style[modifier | modifier le code]

Tout en reprenant l’hexamètre dactylique, vers classique de l’épopée homérique, Nonnos obéit aux règles de versification édictées par le poète Callimaque de Cyrène (IIIe siècle av. J.-C.). En outre, il s’appuie sur la prononciation contemporaine du grec : l’accent d’intensité s’est substitué à l’accent de hauteur.

Comme Quintus de Smyrne dans sa Suite d'Homère, Nonnos n’hésite pas à introduire des vers, voire des épisodes entiers plusieurs fois dans son œuvre. De même, il se plaît à varier les motifs et les styles, se justifiant par la nature protéiforme du dieu qu’il chante : s’adressant aux Muses en préambule, il s’exclame : « Faites surgir pour moi Protée aux cent visages : qu’il se révèle dans la diversité de ses aspects, car divers est l’hymne que j’entonne[2]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir aussi Nonnos de Panopolis, Dionysiaques [détail des éditions] [lire en ligne], XXI, 1-68. Pour une étude détaillée de cette mosaïque, voir Claude Vatin et Philippe Bruneau, « Lycurgue et Ambrosia sur une nouvelle mosaïque de Délos », dans Bulletin de correspondance hellénique, 1966, vol. 90, no 90-2, p. 391-427 [lire en ligne].
  2. Traduction de V. Giraudet, op. cit., fondée sur le texte établi par R. Keydell (1959), Berlin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Éditions

Consulter la liste des éditions de cette œuvre

  • Les Dionysiaques, ou les voyages, les amours et les conquêtes de Bacchus aux Indes, par Claude Boitet de Frauville, 1625. Sur GoogleBooks
Études
  • Pierre Chuvin, Mythologie et géographie dionysiaques : recherches sur l'œuvre de Nonnos de Panopolis (coll. Vates, 2), préf. d'Ernest Will, Clermont-Ferrand, Adosa, 1992, 366 p. (ISBN 2-86639-116-0)
  • Pierre Chuvin, « Mythologie et géographie dionysiaque. Recherches sur l’œuvre de Nonnos de Panopolis », dans Gnomon no 68 (1996), p. 295-299.
  • Vincent Giraudet, « Les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis : un poème sous le signe de Protée », dans Bulletin de l'association Guillaume Budé no 2 (2005), p. 75-98.
  • Suzanne Saïd, Monique Trédé et Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Premier Cycle »,‎ (ISBN 2130482333 et 978-2130482338).

Liens externes[modifier | modifier le code]