Commission biblique pontificale

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La Commission biblique pontificale (PCB pour Pontificia Commissio Biblica en latin) est un organisme de la Curie romaine fondé le 30 octobre 1902 avec un rôle consultatif dans le domaine de la Bible. Depuis la réforme de la curie (1971), elle est un sous-organisme de la Congrégation pour la doctrine de la foi (ancien Saint-Office), dont le cardinal préfet est automatiquement président. Elle se tient à la Cité du Vatican, dans le palais du Saint-Office.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Commissio Pontificia de Re Biblica (littéralement Commission pontificale pour les affaires bibliques) a été fondée le 30 octobre 1902 par Léon XIII[1] pour un triple objectif :

  • promouvoir les études bibliques parmi les catholiques ;
  • s'opposer par des moyens scientifiques aux opinions erronées à propos des études bibliques ; en fait, il s'agissait de contrôler et de réprimer les auteurs réputés modernistes comme l'indique la lettre Vigilantiae du 30 octobre 1902. Le domaine des études bibliques devait être confié à un organisme plus qualifié que ne pouvaient l'être les consulteurs des congrégations romaines, insuffisamment au fait des questions d'exégèse et d'histoire[2]
  • approfondir les questions débattues et les problèmes émergeant dans ce champ d'études, à titre de conseil auprès du Magistère de l'Église. En fait, ses rapports fonctionnaient par question/réponse et il se limitait à dire ce qu'il est interdit de dire.

Le premier secrétaire fut le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro jusqu'en 1908. Il avait fait toute sa carrière dans la diplomatie et l'administration vaticane.

Pie X[3] lui donne le droit de conférer les grades académiques de licence et doctorat en sciences bibliques (in re biblica), cette fonction académique ayant ensuite été gérée avec l'aide des enseignants de l'Institut biblique pontifical (PIB) de Rome.

Léon XIII et Pie X avaient pressé la commission de s'affronter en particulier aux questions émergeant dans la cadre du modernisme : entre le 13 février 1905 et le 17 novembre 1921, 14 décrets (ou décisions) et 2 déclarations en forme de réponses à des questions ou des doutes ont ainsi été publiés[4]. Sous Pie XI (jusqu'au 30 avril 1934) furent publiés deux autres décrets.

Le 27 juin 1971, dans le cadre de la réforme post-conciliaire, Paul VI[5] donnait de nouvelles règles pour l'organisation de la Commission, qui était aussi rebaptisée selon le titre actuel Commission biblique pontificale (Pontificia Commissio Biblica). Le changement principal était que les membres ne seraient plus des cardinaux assistés de conseillers, mais des professeurs de sciences bibliques provenant des diverses écoles et régions du monde, choisis en fonction de leur science, de leur prudence et de leur respect envers le Magistère (art. 3).

Du fait de sa composition, la commission est donc désormais un organe consultatif, au service du magistère et rattaché à la Congrégation pour la doctrine de la foi (cf. art. 1), dont le cardinal préfet est aussi président de ladite commission.

Activités[modifier | modifier le code]

Documents de la période anti-moderniste[modifier | modifier le code]

Les documents fournis pendant cette période se situent sur un plan plus disciplinaire que théorique comme le montre la liste suivante.

  • Circa citationes implicitas in S. Scriptura contentas, sur les citations implicites contenues dans l'Écriture sainte (13 février 1905) [ASS 37 (1904-05) 666]

Ce document interdit aux exégètes de parler de citations implicites quand les citations ne sont pas dument explicites et quand elles ne citent pas mot pour mot. Dans la mesure où jusqu'au premier siècle, aucun canon de l'Ancien Testament n'existe[6], cela interdit aux exégètes du Nouveau Testament[7] de dire que tel passage est une citation de l'Ancien Testament[8].

  • De narrationibus specietenus tantum historicis, récits seulement apparemment historiques (23 juin 1905) [ASS 38 (1905-06) 124]

La commission affirme que cette déclaration est illégitime sauf interprétations spécifiques de l'Église [9]

  • De mosaica authentia Pentateuchi, sur l'authenticité mosaïque du Pentateuque (27 juin 1906) [ASS 39 (1906) 377]

La commission tient absolument à ce que Moïse soit l'auteur du Pentateuque en dépit du fait qu'on avait remarqué dès le XVIIe siècle qu'il racontait sa mort[10]. Depuis, certains historiens, certes ils ne sont pas catholiques, s'interrogent sur l'existence d'un personnage nommé Moïse tels Israël Finkelstein et Neil Silbermann.

  • De quarto evangelio, auteur et vérité historique du quatrième évangile (29 mai 1907) [ASS 40 (1907) 383]

Quoique l'évangile selon Jean ne raconte pas la même chose que les synoptiques, l'auteur en serait Jean, parfois désigné comme le disciple préféré et les évènements parfaitement historiques. Depuis, l'école Biblique de Jérusalem, en la personne de Marie-Émile Boismard o.p. distingue 3 rédacteurs à l'Évangile selon Jean, 1 autre rédacteur pour les épitres et probablement une école johannique pour l'Apocalypse[11]

  • De libri Isaiae indole et auctore, ampleur et auteur du livre d'Isaïe (28 juin 1908) [ASS 41 (1908) 613]

Cette réponse fut fournie pour la condamnation de Albert Condamin[12] qui avait découvert que le livre d'Isaïe est le fruit de la compilation de deux recueils différents. De nos jours, l'expression le deutéro-Isaïe est devenue une expression courante des études bibliques.

  • De organo officiali Pontificiae Commissionis de re biblica, l'organe officiel de la Commission biblique pontificale (15 février 1909) [AAS 1 (1909) 241]
  • De charactere historico trium priorum capitum Geneseos, sur le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse (30 juin 1909) [AAS 1 (1909) 567-569]

Il est interdit de dire que les premiers chapitres de Genèse sont un mythe de la Création. Pour l'avoir dit, en 1954, dans un cours de formation biblique au séminaire dominicain d'Aix-en Provence, Jean Bottéro sera interdit d'enseignement. Il quittera l'ordre et rejoindra une chaire d'assyriologie au CNRS[13]

  • De auctoribus et de tempore compositionis Psalmorum, auteurs et époque de composition des Psaumes 1er mai 1910) [AAS 2 (1910) 354]
  • De examinibus coram Pontificia Commissione Biblica subeundis, examens pour les grades académiques devant la PCB (24 mai 1911) [AAS 3 (1911) 47-50]
  • Quaestiones de evangelio secundum Matthaeum, sur l'évangile selon Mathieu (19 juin 1911) [AAS 3 (1911) 294-296]
  • Quaestiones de evangeliis secundum Marcum et secundum Lucam, sur les évangiles selon Marc et selon Luc (26 juin 1912) [AAS 4 (1912) 463-465]
  • De quaestione synoptica, Sur la question synoptique (26 juin 1912) [AAS 4 (1912) 465]

La Commission interdit d'exposer la théorie des deux sources, dont une forme atténuée a depuis l'accord d'une majorité des exégètes, mais qui est en concurrence avec d'autres hypothèses.

  • Quaestiones de libro Actuum Apostolorum, sur le livre des Actes des Apôtres (12 juin 1913) [AAS 5 (1913) 291-292]
  • Quaestiones de epistolis pastoralibus Pauli apostoli, sur les lettres pastorales de l'apôtre Paul (12 juin 1913) [AAS 5 (1913) 292-293]

Il est interdit de parler d'épîtres trito-pauliniennes, c'est-à-dire pseudépigraphes. À l'heure actuelle, Michel Quesnel, exégète catholique spécialiste de Paul de Tarse, déclare dans la revue Le Monde de la Bible[14] douter de l'authenticité de l'épître aux Éphésiens, tandis que Régis Burnet, exégète catholique[15] expose que celle aux Colossiens est une copie un peu retravaillée de celle aux Éphésiens et que, d'ailleurs, Paul ne peut avoir écrit aux habitants de Colosses, ville en ruine du vivant de Paul.

  • De epistola ad Hebraeos, sur la lettre aux Hébreux (24 juin 1914) [AAS 6 (1914) 417-418]

Cette responsa attribue à Paul l'épître aux hébreux. Ce n'est qu'en 1961 qu'on a acquis la certitude que ce n'était pas le cas[16]

  • De parousia in epistolis Pauli Apostoli, la parousie dans les lettres de S. Paul (18 juin 1915) [AAS 7 (1915) 357-358]
  • De additione variarum lectionum in versione Vulgatae tam Novi quam Veteris Testamenti, l'ajout des variantes dans les éditions de la Vulgate (17 novembre 1921) [AAS 14 (1922) 27]
  • De falsa duorum textuum biblicorum interpretatione, sur la fausse interprétation de deux textes bibliques 1er juillet 1933) [AAS 25 (1933) 344]
  • Opus cui titulus«Die Einwanderung Israels in Kanaan» reprobatur, condamnation de l'ouvrage «Die Einwanderung Israels in Kanaan» (27 février 1934) [AAS 26 (1934) 130]
  • De usu versionum Sacrae Scripturae in ecclesiis, sur l'usage des traductions de l'Écriture sainte dans les églises (30 avril 1934) [AAS 35 (1943) 270]
  • De experimentis ad lauream, les examens pour le doctorat (16 juillet 1939) [AAS 31 (1939) 320]
  • Un opuscolo anonimo denigratorio, un opuscule diffamatoire (20 agosto 1941) [AAS 33 (1941) 465-472]
  • De experimentis ad Prolytatum, sur les examens pour la Licence (06 luglio 1942) [AAS 34(1942) 232]
  • De versionibus Sacrae Scripturae in linguas vernaculas, les traductions de l'Écriture sainte dans les langues vivantes (22 août 1943) [AAS 35 (1943) 270]
  • De usu novi Psalterii latini extra horas canonicas, usage du nouveau psautier en dehors des heures du bréviaire (22 octobre 1947) [AAS 39 (1947) 508]
  • Des sources du Pentateuque et de l'historicité de Genèse 1-11[17], (16 janvier 1948) [AAS 40 (1948) 45-48]
  • De Scriptura sacra recte docenda, l'enseignement de l'Écriture sainte dans les séminaires et les facultés (13 mai 1950) [AAS 42 (1950) 495-505]
  • De libro «Die Psalmen» Bernardi Bonkamp, sur le livre «Die Psalmen» de Bernard Bonkamp (9 juin 1953) [AAS 45 (1953) 432]
  • De consociationibus biblicis et de conventibus eiusdem generis, associations bibliques et colloques bibliques (15 décembre 1955) [AAS 48 (1956) 61-64]

Consultations de la période Vatican II[modifier | modifier le code]

  • De historica evangeliorum veritate, la vérité historique des évangiles (21 avril 1964) [AAS 56 (1964) 712-718]
  • Ratio periclitandae doctrinae ad academicos gradus candidatorum, programme d'examen pour les titres académiques en Écriture sainte (7 décembre 1974) [AAS 67 (1975) 153-158]

Consultations récentes[modifier | modifier le code]

La nouvelle PCB a tenu sa première assemblée plénière en 1974, pour réviser les programmes d'examen en vue de l'obtention des titres académiques en sciences bibliques. Depuis lors, la Commission se réunit chaque année, la deuxième semaine après Pâques, sur un thème précédemment choisi par le cardinal président.

  • En 1975-1976 il s'agissait de la condition de la femme dans la Bible et, par extension, du rôle de la femme dans la société d'après l'Écriture sainte.
  • En 1977-1978 c'est la théologie de la libération, alors en question, qui est l'objet de leur étude, du moins dans sa façon d'utiliser l'Écriture.
  • En 1979, l’inculturation dans l'Écriture sainte. À l'issue de cette assemblée plénière, les interventions furent publiées dans le volume Fede e cultura alla luce della Bibbia (littéralement Foi et culture à la lumière de la Bible LDC, Turin 1981).
  • En 1980 la commission se penche sur le rapport entre herméneutique et christologie, thème dont l'étude se prolongea jusqu'en 1983 et donna lieu à la promulgation de De sacra Scriptura et christologia[18],
  • De 1985 à 1988, la commission a étudié les rapports entre les Églises locales et l'universalité du Peuple de Dieu : le 11 avril 1988 était publié un document de 20 pages intitulé : Unité et diversité dans l'Église[19].
  • En 1989 il s'agit de l'interprétation de la Bible ; le travail occupe la commission pour plusieurs années, et le 15 avril 1993 est produit le document L'interprétation de la Bible dans l'Église[20], avec une préface du cardinal président, Joseph Ratzinger.
  • De 1994 à 1996 les travaux de la commission portent sur l’universalité du salut par le Christ et la diversité des religions.
  • À partir de 1997 il s'est agi des rapports entre Ancien Testament et Nouveau Testament, entre chrétiens et Juifs : la conclusion en a été faite en 2000 et a donné lieu à la publication en novembre 2001 du document Le peuple juif et ses Écritures saintes dans la Bible chrétienne [21]
  • En mai 2008 a été publié : Bible et morale. Les racines bibliques de l'agir chrétien.
  • Inspiration et vérité de l'Écriture sainte, le 22 février 2014

Membres actuels[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lettre apostolique Vigilantiae studiique, Acta Apostolica Sedis 35 [1902-1903] 234-238.
  2. François Laplanche, La crise des origines, la science catholique des évangiles au XXe siècle, collection Évolution de l'humanité, Albin Michel, 2006
  3. Lettre apostolique Scripturae Sanctae du 23 février 1904, Acta Apostolica Sedis 36 [1903-1904] 530-532.
  4. ces décrets sont recueillis dans l’Enchiridion biblicum
  5. Motu proprio Sedula cura ((it) texte italien), Acta Apostolica Sedis 63 [1971] 665-669.
  6. sous la direction de Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2006. En outre, Römer, dans le premier chapitre présente l'historiographie du temps, en particulier celle de Julius Wellhausen et de Martin Noth
  7. François Laplanche, La crise de l'Origine, la science catholique des évangiles et l'histoire au {{subst:Nombre en romain|20|subst=subst:}}e siècle, Albin Michel, 2006
  8. Étienne Nodet o.p. relève 24 citations de l'Ancien Testament dans le récit de la passion selon Jean dans Fils de Dieu.
  9. François Laplanche, op.cit. Depuis tout le monde sait que le recensement de Quirinus ne tient pas avec les récits d'Enfance de Luc.
  10. Voir Jean Astruc et Moses Mendelssohn et François Laplanche, op.cit.
  11. Marie-Émile Boismard o.p., A l'aube du Christianisme, avant la naissance des dogmes, CERF et Boismard et Lamouille, Synopse del'Évangile de Jean, Gabalda
  12. François Laplanche, op.cit.
  13. L'orient ancien et nous: Jean Bottero, Clarisse Herrenschmidt, Jean-Pierre Vernant, Albin Michel
  14. Le Monde de la Bible, numéro spécial Paul, voyageur du Christianisme en kiosque en mars 2008
  15. animateur sur la chaîne KTO, chaîne catholique de télévision, fondée par Mgr Lustiger
  16. Régis Burnet op.cit.
  17. En français dans le texte
  18. Tr. it. Bibbia e cristologia. Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1984.
  19. Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1988.
  20. Texte français ; Texte italien, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1993 (rapporteur coram populo Prof. Di Giorgio Wladimir) Le document fut en fait daté du 18 novembre, date anniversaire de l'encyclique de Léon XIII, Providentissimus Deus
  21. Texte français, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2001.
  22. (it) Salle de presse du Saint-Siège, « Rinunce e nomine », sur press.vatican.va,‎ 12 décembre 2014 (consulté le 12 décembre 2014)
  23. Voir la liste en bas de la page : (it) « Pontificia Commissione Biblica », sur vatican.va (consulté le 1er décembre 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]