Michael Löwy

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Michael Löwy

Description de l'image  Michael Löwy.jpg.
Naissance 1938
São Paulo, Brésil
Nationalité franco-brésilienne
Profession sociologue, philosophe

Michael Löwy, né en 1938 à São Paulo au Brésil, est un sociologue, philosophe marxiste et écosocialiste franco-brésilien. Il a été nommé en 2003 directeur de recherche émérite au CNRS[1] et enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Auteur d’ouvrages sur Marx, Lukács, Walter Benjamin et Franz Kafka, il a reçu en 1994 la médaille d'argent du CNRS.

Itinéraire[modifier | modifier le code]

Descendant d'immigrés juifs de Vienne (Autriche), Löwy a grandi dans le turbulent Brésil de la Nouvelle République Page d'aide sur l'homonymie, devenant à 16 ans (1954) un socialiste convaincu. Il a étudié à l’Université de São Paulo, où il a eu comme enseignants Fernando Henrique Cardoso, Florestan Fernandes et António Cândido) ; il a obtenu la licence en sciences sociales en 1960, et a enseigné la sociologie pendant une année à l’université de São José do Rio Preto (État de Sao Paulo).

En 1961 il a reçu une bourse d'études pour préparer un doctorat à Paris, où il a été élève de l’éminent philosophe et sociologue de la culture -marxiste hétérodoxe- Lucien Goldmann. Son influence sur Löwy a été considérable, tout au long de sa vie. Il a été le directeur de sa thèse La Théorie de la Révolution chez le jeune Marx, soutenue à l’EHESS en 1964 et reçue avec la plus haute mention.

Par la suite Löwy entreprend un pèlerinage académique à travers divers pays ; il a vécu plusieurs années en Israël – où sa famille avait émigré après 1962 – apprenant l’hébreu et enseignant l’histoire des idées politiques à l’université de Tel-Aviv, où ses opinions politiques ont fini par lui créer des problèmes. Invité par l’université de Manchester, il a été assistant du sociologue anglais Peter Worsley au cours de l’année 1968-1969.

En 1969 il est revenu à Paris pour travailler avec Nicos Poulantzas à l’université de Paris 8 (Vincennes). À partir de cette date, il s’est définitivement établi en France. Au début des années 1970 il a commencé, sous la direction de Louis-Vincent Thomas, une thèse d’habilitation (doctorat d’État, dans la terminologie de l’époque) sur György Lukács, présentée en 1975 à l’Université de Paris V, et reçue avec la mention “très honorable” avec les félicitations du jury à l’unanimité.

Löwy a enseigné la sociologie à l’université de Paris 8 jusqu’en 1978 quand il a été admis comme chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

En 1981 il a commencé à enseigner dans la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales de Paris, et quatre années plus tard il a reçu la médaille d’argent du CNRS. Il est directeur de recherche (première classe) émérite du CNRS et enseigne à l’EHESS. Par ailleurs, il fait partie du comité de rédaction des revues Archives de sciences sociales des religions, Actuel Marx, ContreTemps et Écologie et Politique, et conférencier régulier à l’Institut international pour la recherche et la formation à Amsterdam.

Intérêts scientifiques[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1975 la grande majorité des travaux de Löwy était dédiée à l'étude sociologique et historique de la pensée marxiste. Cela vaut aussi bien pour sa thèse de troisième cycle (sur le jeune Karl Marx) que pour son doctorat ès lettres (sur Lukács), ainsi que pour la plupart des articles qu’il avait publiés, dont quelques-uns ont été réunis dans des recueils, et, finalement, pour les deux anthologies thématiques, sur la question nationale et sur le marxisme en Amérique latine.

L'orientation méthodologique de ces travaux était inspirée par les écrits de Lucien Goldmann (notamment Le Dieu caché, 1955), dont la démarche, combinant la sociologie et l'histoire, une variante hétérodoxe du marxisme et certains acquis de la sociologie moderne, l'analyse interne des œuvres culturelles et leur éclairage par les structures sociales, lui a servi de point de départ. Il ne s'agit donc pas d'histoire des idées mais plutôt d'une sociologie de la culture.

À partir de 1975, il s’intéresse aussi à la culture juive en Europe centrale, au romantisme anticapitaliste et aux rapports entre religion et politique.

Löwy a publié récemment Avertissement d’incendie – Walter Benjamin. Une lecture des thèses « Sur le concept d’histoire, un travail qui est le couronnement de quinze années de recherches et d’études sur Walter Benjamin et Franz Kafka, rêveur insoumis (Paris, Éditions Stock, 2004) où il tente de trouver le fil rouge qui permet de relier, chez Kafka, la révolte contre le père, la religion de la liberté (d’inspiration juive hétérodoxe) et la protestation (d’inspiration libertaire) contre le pouvoir des appareils bureaucratiques ; l'anti-autoritarisme.

Malgré la diversité des thèmes et des sujets, la plupart des travaux de Michael Löwy, depuis sa thèse de 3e cycle sur Marx jusqu'aux derniers livres sur Walter Benjamin et Kafka, relèvent donc de la sociologie de la culture, et s'inspirent de l’approche « marxiste historiciste » de cette discipline, dont Lucien Goldmann était un des représentants les plus importants, mais qui s’inspire aussi de Tönnies, Weber, Simmel et Mannheim. Il s'agit, dans cette démarche, d'analyser, interpréter et expliquer les rapports entre phénomènes culturels - notamment religieux et politiques - en les situant dans des contextes sociaux et historiques précis.

Engagements[modifier | modifier le code]

Löwy est lié au courant marxiste révolutionnaire en France, et son dernier livre, sur Che Guevara, a été rédigé en collaboration avec Olivier Besancenot, candidat présidentiel de la LCR. Il est membre de l’association ATTAC, de la Fondation Copernic et d'Espaces Marx. Il maintient aussi d’intenses contacts politiques au Brésil. Pendant des années il a coopéré avec les courants de gauche du Partido dos Trabalhadores (PT), mais au cours des dernières années son principal contact a été avec le Mouvement des sans-terre (MST), auxquels il a versé l’argent du prix “Sergio Buarque de Hollande” qu’il avait reçu en 2000 pour son livre La Guerre des dieux.

Löwy a participé depuis le début aux Forums sociaux mondiaux, où il a présenté différentes communications, dont une en collaboration avec le théologien de la libération brésilien Frei Betto. Plus récemment Löwy s’est engagé dans le combat pour l’écosocialisme ; coauteur du Manifeste écosocialiste international (avec Joel Kovel), il a été aussi un des organisateurs de la première Rencontre écosocialiste internationale, à Paris (2007).

Intéressé depuis sa jeunesse au Brésil par le surréalisme - il avait rencontré Benjamin Péret en 1958, lors d’une visite en France – Löwy a adhéré en 1975 au groupe surréaliste de Paris, à l’invitation de Vincent Bounoure, son principal animateur depuis 1969. Deux de ses ouvrages sont dédiés au surréalisme, notamment dans sa dimension utopique et révolutionnaire. Outre son activité surréaliste à Paris, Löwy entretien des liens personnels étroits avec des surréalistes à Chicago (Pénélope et Franklin Rosemont), São Paulo (Sergio Lima), Buenos Aires (Silvia Guiard), Madrid, Prague et Londres.

Polémique[modifier | modifier le code]

Michaël Löwy fait partie des signataires d'une tribune[2] dénonçant le texte d’orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès du 30 mars et du 1er avril 2012 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette tribune critique les références au « racisme anti-blanc » de ce texte.

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Pensée de « Che » Guevara, Paris, Maspero, 1970, 2e édition, Éditions Syllepse, 1997, 158 p.
  • La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 (thèse de doctorat du 3e cycle). Traduit en espagnol, italien, portugais, anglais et japonais. Ré-édité aux Éditions sociales en 1997.
  • Lucien Goldmann ou la dialectique de la totalité (avec Sami Nair), Paris, Seghers, 1973. Traduit en italien.
  • Dialectique et révolution : essais de sociologie et d'histoire du marxisme, Paris, Éditions Anthropos, 1974. Traduit en espagnol, portugais et italien.
  • Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires : l'évolution politique de György Lukacs, 1909-1929, Paris, Presses universitaires de France, Collection "Sociologie d'aujourd'hui", 1976 (thèse de doctorat d'État). Traduit en espagnol, portugais, italien, anglais, et suédois.
  • Marxisme et romantisme révolutionnaire, Paris, Sycomore, 1979. Traduit en espagnol et grec.
  • The politics of uneven and combined development. The theory of permanent revolution, Londres, Verso Books, 1981. Traduit en allemand et coréen (Séoul).
  • Paysages de la vérité : introduction à une sociologie critique de la connaissance, Paris, Anthropos, 1985. Traduit en portugais et espagnol.
  • Ideologias e Ciencia Social, S. Paulo (Brésil), Editôra Cortez, 1985.
  • Rédemption et utopie : le judaïsme libertaire en Europe centrale : une étude d'affinité élective, Paris, Presses universitaires de France, Coll.
  • Sociologie d'aujourd'hui, 1988. Traduit en portugais, anglais, italien, suédois, allemand, espagnol et grec.
  • Révolte et mélancolie : le romantisme à contre-courant de la modernité (avec Robert Sayre), Paris, Payot, 1992. Traduit en portugais, anglais et grec.
  • L'insurrection des "Misérables" : révolution et romantisme en juin 1832 (avec Robert Sayre), Paris, Minard, 1992 .
  • On Changing the World. Essays in Political Philosophy, from Karl Marx to Walter Benjamin, New Jersey/London, Humanities Press, 1993. Traduit en japonais, persan et turc.
  • The War of Gods. Religion and Politics in Latin America, Londres, Verso Books, 1996. Traduit en français, espagnol et portugais. Prix “ Sergio Buarque de Hollanda ” du Ministère de la Culture du Brésil pour le meilleur essai de l’année 2000.
  • Patries ou Planète ? : nationalismes et internationalismes de Marx à nos jours, Lausanne, Éditions Page 2, 1997. Traduit en grec, anglais, espagnol, portugais, galicien et allemand.
  • L'Étoile du matin : surréalisme et marxisme, Paris, Syllepse, 2000. Traduit en espagnol, portugais, galicien, italien, grec et bientôt en anglais.
  • Sociologies et religion : approches dissidentes (avec Erwan Dianteill), Paris, Presses universitaires de France, coll. « Sociologie aujourd’hui », 2006
  • Sociologies et religion : approches insolites (avec Erwan Dianteill), Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Sociologie aujourd’hui », 2009
  • Max Weber et les paradoxes de la modernité, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Débats philosophiques », 2012
  • La cage d'acier : Max Weber et le marxisme wéberien, Paris, Éditions Stock, coll. « Un ordre d'idées », 2013

Outre ces ouvrages, Löwy a publié deux anthologies thématiques - sur le marxisme et la question nationale, et sur le marxisme en Amérique latine - ainsi que deux cent dix articles ou chapitres d'ouvrages collectifs. Ces travaux sont parus en vingt huit langues : français, anglais, allemand, néerlandais, italien, espagnol (castillan), portugais, catalan, galicien, danois, suédois, grec, turc, hongrois, roumain, polonais, tchèque, russe, serbo-croate, yiddish, hébreu, arabe, persan, coréen, thaï, japonais, chinois, tamil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Procès-verbal du conseil d’administration du CNRS (53e séance) du 19 décembre 2003
  2. Tribune contre le texte du Mrap sur rue89.com.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]