Pastel des teinturiers

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Isatis tinctoria - Muséum de Toulouse

Le Pastel des teinturiers (Isatis tinctoria L.) est une plante herbacée annuelle, de la famille des Brassicaceae, originaire d'Asie centrale et orientale. Elle fut longtemps cultivée en Europe pour la production d'une teinture bleue, l'indigo, extraite des feuilles, avant qu'elle ne soit détrônée par l'indigotier, puis par les colorants de synthèse.

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Liste des sous-espèces et variétés[modifier | modifier le code]

Selon NCBI (7 juin 2013)[1] :

  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. canescens

Selon Tropicos (7 juin 2013)[2] :

  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. athoa (Boiss.) Papan.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. athoa Papan.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. campestris (Stev. ex DC.) Kulcz.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. canescens Malag.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. corymbosa (Boiss.) P.H. Davis
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. jacutensis N. Busch
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. koelzii Jafri
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. oblongata (DC.) N. Busch
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. praecox (Kit. ex Tratt.) Domin & Podp.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. tinctoria L.
  • sous-espèce Isatis tinctoria subsp. tomentella P.H. Davis
  • variété Isatis tinctoria var. canescens Gren. & Godr.
  • variété Isatis tinctoria var. indigotica (Fortune) T.Y. Cheo & K.C. Kuan
  • variété Isatis tinctoria var. praecox (Kit. ex Tratt.) W.D.J. Koch
  • variété Isatis tinctoria var. tinctoria
  • variété Isatis tinctoria var. vulgaris W.D.J. Koch
  • variété Isatis tinctoria var. yezoensis (Ohwi) Ohwi


Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom « pastel » vient du latin pasta, « pâte », car autrefois les feuilles étaient broyées dans les moulins à pastel et formaient une pâte ensuite fermentée et séchée.

  • Pastel ou pastel des teinturiers
  • Guède ou guesde
  • Waide ou vouède (picard)
  • Herbe de saint Philippe
  • Bleu de Picardie
  • Herbe du Lauragais

Le mot français « guède », autrefois « vouède » (picard : waide), dérive d'une racine germanique que l’on retrouve dans l'anglais woad et dans l'allemand Waid.

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Description[modifier | modifier le code]

Aspect général

La plante forme une rosette de feuilles basales la première année. Ses feuilles sont vertes, oblongues lancéolées. La deuxième année, elle émet une tige dressée qui peut atteindre 1,5 m de hauteur, sur laquelle s'étagent des feuilles plus petites, les feuilles supérieures embrassant la tige par des oreillettes.

Les fleurs, à pétales jaunes, sont groupées en grappes.

Les fruits sont des siliques de petite taille.

Ce sont les feuilles qui sont récoltées pour la production de teinture.

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce est spontanée en Afrique du Nord, en Europe (pourtour méditerranéen principalement) et en Asie occidentale, jusqu'au Xinjiang (Chine).

Elle a été répandue par la culture dans toute l'Europe, particulièrement en Europe occidentale et méridionale depuis des temps très reculés.

Isatis tinctoria est considérée comme une plante envahissante dans une partie des États-Unis d’Amérique.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Plante tinctoriale[modifier | modifier le code]

La teinture bleue est extraite des feuilles de la plante. Ces feuilles, allongées, se détachent facilement par simple torsion lorsqu'elles ont atteint leur maturation au solstice d'été. Mais la récolte se poursuit de juillet à la mi-septembre jusqu'à ce que la plante ne possède plus de feuilles[3]. Puis on les écrase en les mélangeant à de l'eau pour en exprimer une pulpe que l'on comprime sous forme de boulettes ou « cocagnes » de quelques centimètres. Ces boulettes fermentent en séchant pendant un à deux mois. Au bout de cette période, les cocagnes sont écrasées dans un moulin et la poudre est additionnée d'urine pour provoquer une réduction : on obtient ainsi une pâte qui, séchée, donne la poudre tinctoriale, contenant de l'indigotine[4]. Il s'agit bien d'une teinture, qui se révèle par oxydation, et qui est ensuite d'une très grande stabilité. L'usage du pastel comme pigment colorant était un sous-produit de la teinture : on recueillait l'écume à la surface des bains de teinture, et cette fleurée séchée donnait une poudre bleue utilisée comme pigment pour des peintures.

Aujourd'hui, les feuilles de pastel sont mélangées à l'eau. Cette phase de macération permet d'extraire l'indoxyle qui est, une fois oxydée, l'élément chimique donnant la coloration bleue. L'indoxyle est d'abord incolore. Il est oxygéné par agitation pour provoquer son oxydation. Le liquide passe alors de la couleur verte à la couleur bleue intense. Une fois l'oxydation achevée, le liquide est mis au repos et le pigment est récupéré au fond de la cuve par précipitation. Il est ensuite filtré plusieurs fois pour le raffiner[5]. Il faut 1 tonne de feuilles de pastel pour produire 2 kilos de pigment[6].

La culture du pastel en Europe a décliné avec l'arrivée de l'indigo au XVIIe siècle. Elle a disparu presque totalement à la fin du XIXe siècle, suite au développement de teintures chimiques bleues. Actuellement, on assiste à des tentatives de remettre à l'honneur cette plante, pour ses vertus particulières. Un agriculteur de la Somme, en France, Jean-François Mortier, essaie de faire revivre cette tradition[7]. À Lectoure, dans le Gers, un architecte décorateur belge, Henri Lambert, produit des teintures et des pigments de pastel avec des techniques nouvelles sans rapport avec la longue fabrication traditionnelle[8].

Plante fourragère[modifier | modifier le code]

Article principal : Fourrage.

Plante cultivée et destinée à l'alimentation animale.

Plante ornementale[modifier | modifier le code]

Plante de 1239 venant de Xaotang (Chine).[réf. nécessaire]

Plante médicinale[modifier | modifier le code]

La racine et la feuille du pastel des teinturiers appelées respectivement Ban Lan Gen et Da Qing Ye [langue chinoise] sont employées en médecine traditionnelle chinoise contre les oreillons, l'hépatite infectieuse, le mal de gorge, le mal de tête et la fièvre.[réf. nécessaire]

Récemment, des scientifiques ont découvert que le pastel des teinturiers pourrait servir à prévenir le cancer, car il a un taux de glucobrassicine vingt fois supérieur à celui du brocoli[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le pastel fut la seule source de teinture bleue disponible en Europe jusqu'à la fin du XVIe siècle, avant que le développement des routes commerciales vers l'Extrême-Orient permette l'arrivée de l'indigo.

Les premières traces archéologiques du pastel remontent au Néolithique et ont été trouvées dans la grotte de l'Audoste dans les Bouches-du-Rhône en France. Dans un habitat de l'Âge du Fer du Heuneburg (Allemagne), on a trouvé des impressions de graines sur des poteries. Les sépultures du Hallstatt de Hochdorf et de Hohmichele contiennent des tissus teints au pastel.

Jules César raconte dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules que les Brittons se peignaient le corps avec du vitrum ; on en a souvent déduit qu'ils se peignaient ou se tatouaient à l'aide de pastel. Or vitrum ne se traduit pas par « pastel », mais se réfère plus vraisemblablement à un type de verre bleu-vert qui était courant à l'époque[10].

Les Pictes doivent probablement leur nom (du latin Picti, désignant des personnes peintes ou peut-être tatouées) à leur coutume d'aller au combat nus, couverts seulement de peintures de guerre. (Cela a été commémoré dans une chanson humoristique britannique, The Woad Ode (en).) Cependant, des recherches plus récentes ont jeté de sérieux doutes sur l'hypothèse selon laquelle le pastel serait la substance dont les Pictes se servaient pour leurs peintures corporelles. Des expériences contemporaines sur le pastel ont démontré qu'il ne convenait pas du tout pour les peintures corporelles ni comme pigment de tatouage. En effet, le pastel étant très astringent, il provoque, lorsqu'on l'emploie pour faire un tatouage ou qu'on le pose sur une blessure, une forte réaction cicatricielle et, une fois cicatrisé, ne laisse aucune marque bleue. En outre, l'emploi courant de fumier dans les préparations traditionnelles de teinture de pastel rend aussi invraisemblable qu'elles aient pu être appliquées à des blessures[10].

À l'âge des Vikings à York (Angleterre), on a mis au jour les vestiges d'une échoppe de teinturier et des restes de pastel et de garance datant du Xe siècle. À l'époque médiévale, les centres de culture du pastel se situaient notamment en Angleterre (Lincolnshire et Somerset), en France (Bretagne, Normandie, Picardie, Gascogne et Toulouse), en Allemagne (Jülich, région d'Erfurt en Thuringe) et en Italie (Piémont et Toscane). Les habitants des cinq villes du pastel de Thuringe, Erfurt, Gotha, Tennstedt, Arnstadt et Bad Langensalza avaient leurs propres chartes. À Erfurt, les négociants du pastel ont financé la création de l'université. Un tissu traditionnel est encore de nos jours imprimé au pastel en Thuringe, en Saxe et en Lusace : il y est connu sous le nom de Blaudruck (littéralement « impression bleue » — il s'agit de tissus imprimés).

En France, la Picardie (principalement l'Amiénois et le Santerre) était un espace important de production de guède ou waide qui devint le principal support du négoce amiénois au XIIIe siècle. La waide était cultivée à la manière du jardinage sur les sols riches à l'est d'Amiens et dans la vallée de la Somme et de ses affluents (Avre, Noye, Selle, Ancre…). La quasi-totalité de la récolte était dirigée sur Amiens et de là exportée en Flandre ou en Angleterre. À Amiens, une statue du mur sud de la nef de la cathédrale représente deux marchands waidiers devant un sac de tourteaux de waide et le soubassement de la façade occidentale est décorée de fleurs de waide stylisées.

Cependant, à partir du XVe siècle, le commerce et la production de waide en Picardie déclina au profit de la concurrence laraugaise ou lombarde[11].

Le Lauragais, triangle compris entre Toulouse, Albi et Carcassonne, connut une grande prospérité grâce au commerce du pastel. Les pastelliers figuraient parmi les plus grandes fortunes de l'époque et ont laissé de nombreux témoignages, comme les grands hôtels particuliers de Toulouse. Le commerce des coques débutait dans cette région appelée « pays de cocagne ». Les coques transitaient dans les ports français de Bordeaux, Marseille et Bayonne. Le XVIe siècle marque l'apogée de la culture du pastel occitan. Le bleu était devenu un produit de luxe[12].

Au Moyen Âge, l'utilisation de la teinture de pastel ne se limitait pas aux tissus. Ainsi l'illustrateur des Évangiles de Lindisfarne employait un pigment à base de pastel comme couleur bleue.


Divers[modifier | modifier le code]

Dans le calendrier républicain français, le 26e jour du mois de Pluviôse était officiellement dénommé jour de la guède. La molécule d'indigotine est très proche de celle donnant le rouge de la pourpre et n'en diffère que par l'absence de deux atomes de brome[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. NCBI, consulté le 7 juin 2013
  2. Tropicos, consulté le 7 juin 2013
  3. Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, édition Loubatières, juin 2006 (ISBN 2-86266-492-8), p. 18
  4. Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p. 25
  5. Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p. 22 et 23
  6. Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, p. 27
  7. « Nature : couleur waide », Vivre en Somme, no 5,‎ avril 2006 (lire en ligne)
  8. Bleu Pastel de Lectoure
  9. (en) Une plante tinctoriale contre le cancer, BBC News
  10. a et b (en) Le problème du pastel, Cyberpict
  11. Ronald Hubscher (sous la direction de), Histoire d'Amiens, Toulouse, 1986, éditions Privat
  12. Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, édition Loubatières, juin 2006 (ISBN 2-86266-492-8), p. 8
  13. http://okhra.com/formation/ecole-scientifique-de-printemps/1999-couleur-vegetal/edp-1999-couleurs-vegetales-lindigo-et-la-pourpre/

Voir également[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • M. de Beauvais-Raseau, « L’art de l’indigotier », impr. de L. F. Delatour, Paris,‎ 1770 (consulté le 28 mai 2007).
  • Maurice Daumas - « Histoire générale des techniques » (1964, rééd. 1996), P.U.F., coll. Quadrige, vol. 2, 2e partie, livre 1 (ISBN 2-13-047862-X).
  • (fr) Sébastien Vaissière et Alain Félix, Le Pastel, Visite en pays de cocagne, édition Loubatières, juin 2006 (ISBN 2-86266-492-8).
  • Film « Centurion » de Neil Marshall - 2010 - 47e minute.
  • Ronald Hubscher (sous la direction de), Histoire d’Amiens, Toulouse, 1986, éditions Privat.

Liens externes[modifier | modifier le code]