Campêche (arbre)

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Le Campêche ou « Bois de Campêche », (Haematoxylum campechianum[1]) est un petit arbre tropical appartenant à la famille des fabaceae pouvant atteindre 15 mètres de haut.

Il doit son nom au port mexicain de Campeche d'où l'on embarquait, au XVIIe siècle, les bois de teinture pour l'exportation. L'espèce est commune en Amérique centrale et aux Antilles.

Le campêche se distingue par son bois très dur et très lourd de couleur sombre (Haematoxylum signifie "Bois de sang") et sa sève de teinte rouge foncé. Par métonymie, cette substance colorante elle-même est appelée campêche ou hématine[2].

Feuille et gousse de campêche

Description[modifier | modifier le code]

Cet arbuste ou petit arbre[3] (jusqu'à 8 m au plus aux Antilles) a un tronc anfractueux, une écorce lisse et grise et des rameaux épineux.

Les feuilles caduques de couleur vert-clair sont paripennées, à 2-4 paires de folioles obovales échancrées à l'apex, luisantes, de 1-3 × 1-2,5 cm. Ces folioles en forme de cœur se rabattent l'une vers l'autre la nuit.

Les fleurs jaunes, très odorantes sont densément regroupées en racèmes axillaires ou terminaux. Elles sont composées d'un calice 5-partite, de 5 pétales, jaune clair, de 4-6 mm et de 10 étamines à filet tomenteux à la base. La floraison a lieu de janvier à mai.

La gousse de 2-5 cm de long, membraneuse est atténuée aux deux extrémités et contient 3-5 graines.

Campêche

Écologie[modifier | modifier le code]

Cette espèce est répandue aux Antilles, Mexique et Amérique Centrale. Elle serait originaire du Mexique et aurait été introduite aux Antilles par les Amérindiens, avant la colonisation européenne[4].

Le campêche affectionne les fourrés épineux de la série xérophile. De croissance assez rapide, il apprécie une exposition en plein soleil et une atmosphère humide.

Il est cultivé en plantations à la Jamaïque où on le récolte au bout de dix ans.

L'arbre a été importé à Madagascar et dans les Mascareignes où il s'est naturalisé dans les milieux perturbés des régions sèches[5]. On le trouve aussi au Sénégal, en Inde ou au Pakistan (il est cultivé dans la région de Lahore).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Aztèques, qui l’appelaient « quamochitl » sont les premiers à avoir découvert les vertus colorantes de l’hématéine au premier millénaire.

Après l’occupation de l’Amérique centrale par l’Espagne, l’Europe a commencé à utiliser ce colorant en quantités très importantes, remplaçant ainsi les colorants végétaux domestiques – guède et indigo.

Ce changement a eu pour conséquence de provoquer une récession sur le marché anglais conventionnel du colorant, entraînant diverses guerres entre l’Angleterre et l’Espagne en Amérique latine afin de contrôler les récoltes de bois d’hématine.

Au XVIIIe siècle, 95 % de la soie, du coton, de la laine et du cuir teints en noir étaient traités avec de l’extrait d’hématine.

Deux siècles plus tard, en 1950, la consommation mondiale de bois de Campêche était encore d’environ 70 000 tonnes malgré la forte concurrence des colorants synthétiques.

De nos jours, le gros des exportations se font des îles des Caraïbes (Jamaïque, Haïti, République dominicaine); de Campêche même ne vient plus qu'une petite quantité.

Utilisation[modifier | modifier le code]

  • La principale utilisation était la teinture. On extrayait du bois de cœur un composé, l'hématoxyline (ou hématine, représentant 10 % du bois), d'abord faiblement coloré mais devenant rouge vif par exposition à l'oxygène de l'air et aux bases alcalines présentes dans le bois. Le colorant formé, l'hématéine, est employé pour teindre la laine, la soie, le coton etc. En variant les produits de mordançage, le campêche permet d'obtenir des teintes allant du bleu au rouge, soit beaucoup de violets et de mauves, ainsi que des gris et de superbes noirs.
Oxydation de l'hématoxyline en hématéine
  • Plus tard l'hématoxyline est devenu le colorant naturel le plus important en histochimie[5]. Les colorations de routine utilisent un ou plusieurs colorants différents : soit l'Hématéine seule soit l'Hématéine-Éosine (H.E.) soit l'Hématéine-Éosine-Safran[6] (H.E.S.).
  • Autrefois, le bois du campêche était aussi utilisé pour fabriquer du charbon de bois, très réputé encore de nos jours.
  • Son bois est aussi utilisé pour fabriquer des meubles, des traverses de chemin de fer, des poteaux de soutènement et certaines pièces de bateaux[7].
  • Les enfants utilisaient dans la première moitié du XXe siècle de la décoction de bois de campêche comme encre sympathique : un message tracé avec cette encre était presque invisible, mais devenait très lisible après passage d'un fer à repasser chaud.
  • Ses fleurs très mellifères sont très appréciées des apiculteurs. Le miel monofloral de fleurs de campêche est ambré, doux et souple en bouche.
  • Cet arbre épineux lorsqu'il est planté en alignement serré fournit de belles haies impénétrables et délicieusement odorantes au moment de la floraison[7].
  • Le campêche possède aussi de nombreux usages médicinaux. Aux Petites Antilles, on le prescrit comme fébrifuge (en buvant des décoctions de feuilles plusieurs fois par jour) ou comme hémostatique et cicatrisant (en appliquant le jus des feuilles écrasées sur des plaies puis en badigeonnant l'eau de macération des feuilles)[7]. L'hématoxyline a aussi montré des activités anti-inflammatoires dépendantes de la dose, lors de tests sur les rats et les embryons de poulet[5].
On pouvait se procurer du bois de campêche dans les pharmacies.
En Europe, la plante était autrefois officinale, comme antidiarrhéique[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. en anglais "bloodwoodtree" ou "Logwood"
  2. en 1811, le chimiste Eugène Chevreul donne le nom d'"hématine" au "principe colorant du bois de campêche". En 1840, le terme synonyme d'"hématoxyline" est introduit pour distinguer ce composé de celui qu'on obtient par oxydation : l'"hématéine". Dans le commerce du bois, le bois de campêche est aussi appelé "bois d'Inde".
  3. Jacques Fournet, Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, Gondwana editions, Cirad,‎ 2002 (ISBN 2-87614-489-1 (Cirad, Tome 1). - 2-87614-492-1 (Cirad, Tome 2).)
  4. a et b Jean-Louis Longuefosse, 100 plantes médicinales de la Caraïbe, Gondwana Editions,‎ 1995
  5. a, b et c P. Jansen, D. Cardon, Colorants et tanins, PROTA 3,‎ 2005
  6. l'hématéine colore les noyaux en violet, l'éosine les cytoplasmes en rose, le safran les fibres de collagène en jaune
  7. a, b et c Sastre C., Breuil A., Plantes, milieux et paysages des Antilles françaises. Ecologie, biologie, identification, protection et usages., Biotope, Mèze,‎ 2007>

Lien externe[modifier | modifier le code]

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