Smalt

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Le smalt, connu sous le code Pigment Blue 32 ou PB 32, voire PB 74, dans le Color Index est un pigment minéral bleu utilisé à partir de la Renaissance, particulièrement prisé aux XVIe et XVIIe siècles, notamment par les peintres flamands. Ce pigment autrefois indifféremment nommé bleu de cobalt, bleu d'azur ou bleu de Saxe[1], est obtenu en produisant un verre bleu teinté au cobalt, qui était ensuite broyé en poudre pigmentaire[2].

Il a servi longtemps de substitut au bleu outremer, beaucoup plus cher (Ball 2010, p. 179). Il est remplacé dès le XIXe siècle par les bleus de cobalt de synthèse, de qualité bien supérieure.

Le smalt est aussi le verre qu’on préparait en fondant des matières vitrifiables (silice ou quartz, sable blanc, silex...) avec ce pigment[3].

Origine[modifier | modifier le code]

Il dériverait d'un des tout premiers pigments de synthèse mis au point par les Égyptiens, un verre teinté au cobalt, que l'on retrouve aussi en Babylonie. Il semble qu'en Europe, il ait d'abord été utilisé pour la fabrication d'émaux, d'où son nom tiré de l'italien, « smalto » (PRV1).

Mélange d'oxyde de cobalt et de verre broyé (silice et potassium), il doit l'intensité de son bleu à sa proportion en cobalt (de 2 à 18 %). Il produit de nombreuses nuances différentes (Lefort 1855).

Il se différencie ainsi du bleu égyptien, plus clair, qui contient du cuivre.

Sources et histoire[modifier | modifier le code]

La principale source de cobalt utilisé dans la préparation du smalt européen à partir du Moyen Âge serait un minerai nommé à l'époque moderne, smaltite. Nos géologues actuels en font une variété blanc argent brillant de skuttérudite.

La mine Chrétien, placée sous le patronage de Chrétien II de Birkenfeld, prince des Deux-ponts et héritier de la famille des Ribeaupierre, en activité de 1710 au 27 mai 1755 à Sainte-Marie-aux-Mines, dégageait l'essentiel de ses revenus de l'exploitation du bleu de cobalt en 1735. La smaltine extraite était broyée, mélangée à du sable et placée en creuset, enfin soumise à fusion pour donner un verre appelé smalt.

Aux XVIe et XVIIe siècles, d'autres minerais de cobalt suivant les minerais des contrées minières auraient été ajoutés tels l'érythrite, encore nommée autrefois érythrine, minerai d'arséniures de Co oxydée en arséniates de couleur "rose fleur de pêcher" et la cobaltite[4].

On trouve, selon les sources, différentes dénominations dont celles d'azur des quatre feux ou émail des quatre feux. La dénomination un feu, deux feux, quatre feux serait déterminée par le degré de finesse et de beauté de l'azur[5] ou son degré de préparation[6]. Dans l'Encyclopédie d'Alembert, le smalt (ou saffre) désigne un cobalt transformé par calcination qui est mêlé à du sable et forme après frittage, un verre bleu foncé qui est appelé azur ou émail à quatre feu[7].

Usages[modifier | modifier le code]

Smalt, Collection historique de colorants de l'université technique de Dresde (Allemagne)

Le smalt finement broyé fut très en vogue au XVIe siècle, malgré sa tendance à se décolorer à l'huile et à prendre une teinte brunâtre. Rembrandt appréciait son pouvoir siccatif. Le smalt faisait aussi partie de la palette de Vermeer et de Holbein. Il est utilisé en mélange avec le lapis-lazuli comme matière de charge chez Velasquez.

Le smalt employé dans les ciels de Bartolomé Esteban Murillo par exemple[8] de bleu, devient gris du fait de la mauvaise tenue du smalt dans le temps[9]. Quand la teneur en potasse est élevée, une réaction chimique avec l'huile provoque en effet la décoloration du smalt, pour la même raison qui fait que, trop finement broyé, il est grisâtre. La coloration provient des arêtes des cristaux, détruite par la corrosion aussi bien que par un broyage trop poussé (PRV1, p. 377).

Les verres antiques bleus sont colorés avec un composé à base de cobalt qui pourrait être le smalt[10].

Le smalt est autrefois utilisé dans l'industrie céramique pour donner la couleur bleue, notamment dans les faïences de Delft ou plus modestement la coloration des poteries d'Alsace, en particulier les fameux pot de grès de Betschdorf.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ 2010, 177-178 et alii.
  • Jules Lefort, Chimie des couleurs pour la peinture à l'eau et à l'huile : comprenant l'historique, la synonymie, les propriétés physiques et chimiques, la préparation, les variétés, les falsifications, l'action toxique et l'emploi des couleurs anciennes et nouvelles, Paris, Masson,‎ 1855 (lire en ligne), p. 268-275
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ 1999, p. 376

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'appellation bleu de cobalt est aujourd'hui réservée aux aluminates de cobalt ; quant aux autres noms, ils peuvent s'appliquer à un grand nombre de pigments bleus (PRV1).
  2. Léonard Defrance, Philippe Tomsin, Les broyeurs de couleurs, leur métier et leurs maladies: mémoire sur la question proposée par l'Académie Royale des Sciences de Paris, touchant les broyeurs de couleurs, Editions du CEFAL,‎ 2005, p. 78 ; Ball 2010, p. 177-178.
  3. G. A. Lampadius, G. A. Arrault. Manuel de métallurgie générale, Volume 1. Carilian-Goeury, 1840 Livre numérique Google
  4. Identification of the materials of paintings, edited by R. J. Gettens
  5. Consulter en ligne
  6. François Sulpice Beudant Essai d'un cours élémentaire et général des sciences physiques.Paris 1815 réédition 1828 . ouvrage de physique de
  7. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers Consulter en ligne.
  8. Bartolomé Esteban Murillo. The Heavenly and Earthly Trinities. The national gallery
  9. Pourquoi le bleu smalt de Murillo devient gris ? sur connaissancedesarts.com
  10. Les Matériaux de la couleur, François Delamare et Bernard Guineau, Découverte Gallimard no 383