Brun (couleur)

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Ours brun

Les bruns sont des couleurs sombres, grisâtres ou de coloration médiocre, avec une dominante de couleur chaude.

Dans le domaine des beaux-arts, on connaît certains bruns correspondant à des formules particulières, comme le brun Van Dyck ; sinon, le terme brun s'utilise comme d'ordinaire, à moins qu'on ne parle de tons rabattus ou rompus, selon la façon dont on les a obtenus.

Dans le domaine de la coiffure et de la cosmétique, on utilise le terme « châtain » pour désigner les différentes nuances du brun, du « châtain clair » au « châtain foncé », tandis que le mot « brun » désigne des cheveux plutôt noirs.

Pour la norme AFNOR X08-010 « Classification générale méthodique des couleurs », les couleurs de clarté faible et moyennement colorées se répartissent entre les kakis, de dominante jaune-vert et jaune, les bruns, où dominent le jaune-orangé et l'orangé, les marrons, tendant sur l'orangé-rouge, et le bordeaux, à dominante entre rouge-orangé et rouge-pourpre[1]. Les études linguistiques incluent toutes ces nuances dans le champ du brun, de sorte que la liste des champs chromatiques corresponde aux termes de couleur de base définies par Berlin et Kay[2].

Terminologie[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom brun vient du bas latin brūnus (VIe siècle, Isidore de Séville), emprunté au germanique *brūn, « brun, brillant » (cf. allemand braun « brun »)[3].

Le brun, comme couleur, est un ajout relativement récent aux champs chromatiques, et se définit progressivement depuis la Renaissance.

En français, jusqu'au XVIIe siècle, brun désigne tout ce qui est sombre. Un « Rouge brun » ou un « bleu brun » se diraient aujourd'hui sombres ou foncés. Dans l’Instruction générale pour la teinture des laines de 1671, « vert brun » équivaut à « vert bouteille » et « brun se dit en général des tons foncés de toutes les gammes » de couleur[4], suivant l'usage de Castel, qui oppose brun à clair pour qualifier les tons[5]. Il en reste des traces dans le langage poétique où « la brune » signifie, très utilement pour la rime, la nuit[6].

Ce n'est qu'ensuite qu'on passe progressivement de l'adjectif brun, modifiant une couleur, au brun évoquant par lui-même une couleur, opposé, parmi les couleurs sombres, au violet, qui fut autrefois un bleu brun.

Grammaire[modifier | modifier le code]

Comme orange, le terme marron utilisé adjectivement pour désigner la couleur est invariable (« des yeux marron »), mais certains auteurs le considèrent comme un véritable adjectif et l'accordent : « Ma pauvre abeille, tu crois que tous les yeux sont gris. Il y en a des bleus, des marrons, des verts et des noirs » (Sartre, Les Mains sales)[6].

Colorimétrie[modifier | modifier le code]

Les bruns sont des couleurs à la fois peu lumineuses et de faible chromaticité, ce qui rend peu fiables les comparaisons colorimétriques, notamment la référence à une longueur d'onde dominante. Les différences de clarté et d'intensité de coloration ou chromaticité, aussi bien que celles de surface, comme le brillant ou la texture, influencent autant et plus la vision que la situation chromatique. Malgré ou à cause de la subtilité des différences que l'on peut effectuer entre les bruns, ou parce qu'on peut facilement en obtenir par mélange de pigments, et que de difficiles analyses sont donc peu nécessaires, les bruns sont peu étudiés en colorimétrie. Les représentations de systèmes de couleur, les nuanciers, mettent toujours en avant les couleurs vives, qui excitent plus l'imagination.

Ce problème, constaté par Chevreul au XIXe siècle dans l'établissement de son nuancier[7], n'a pas trouvé de solution, et l'évaluation des bruns est toujours hasardeuse[8].

Nuanciers[modifier | modifier le code]

Le Répertoire de couleurs de la Société des chrysanthémistes connaît le Brun de stil ou Stil de grain, dénomination commerciale de couleur brun verdâtre préparée avec le nerprun des teinturiers (n° 297) ; le sépia, nom en usage dans le commerce des couleurs (n° 300) ; le brun tabac, dénomination du commerce des textiles correspondant à la Terre de Cologne de Bourgeois (n°302) ; le brun Havane, obtenu ordinairement à partir de bleu d'aniline chauffé à 240°, et correspondant à la terre de Cassel de Bougeois (n° 303); la terre d'Ombrie brûlée, analogue au brun de Mars de Bourgeois (n° 304); le bure, dénomination dans le commerce des laines et draps, aussi connu comme gris noisette et brun Van Dyck chez Bourgeois, ou Ventre de biche pour le ton le plus clair (n° 307) ; l’Ocre brune de Bourgeois, synonyme de Rouille (n° 318) ; le brun giroflée, synonyme de pain brûlé ou rôti ou grillé (n°319) ; le Brun de garance, vendu par Bourgeois sous son nom anglais brun madder (n°334) ; la laque brune (n° 336) et le brun minéral (n° 339) de Lorilleux ; le brun sanguine dit aussi rouge minéral chez Lorilleux (n° 337) ; le bai brun, dénomination commerciale (n° 338), le brun Van Dyck, dénomination commerciale synonyme de rouge indien ou brun sépia chez Lefranc (n° 340) ; le brun caroube, en usage dans le commerce des cuirs, synonyme de café grillé, brûlé, de grenat foncé chez Ripolin et couleur chocolat foncé (n° 342)[9].

Le nuancier RAL utilise le terme brun dans son sens de foncé et offre toute une série de couleurs brun (n° 8000 à 8029)[10].

Sennelier propose un brun Van Dyck (n° 407) composé à partir de d'oxyde de fer et de noir de fumée (PR101 et PBk7).

La couleur brune dans la nature[modifier | modifier le code]

D'une façon générale, la couleur brune est très répandue dans la nature, aussi bien dans le règne végétal qu'animal.

Dans le règne végétal, c'est la couleur de la plupart des écorces d'arbres, mais surtout la couleur de la terre, de la décomposition de la plupart des matière organiques (la chair des fruits qui pourrissent brunit), des excréments, de l'humus, des feuilles mortes.

Dans le règne animal, c'est la couleur de la toison de nombreux animaux de forêt ainsi que du plumage de nombreux oiseaux, car c'est une couleur de camouflage ou de mimétisme assez efficace.

On peut citer, à titre d'exemples, quelques animaux à fourrure brune : l'ours brun, la marmotte, le chamois, le cabiai, l'écureuil géant de l'Inde, etc.

Dans certain cas, des animaux domestiques : le cheval, sa robe alezan et baie, le lapin et le chat.

Et quelques oiseaux à plumage marron : l'aigle, le moineau, la poule faisanne, la bécasse, la cane. Dans la différenciation sexuelle des oiseaux, alors que le mâle arbore parfois des couleurs vives, la femelle est généralement parée d'un plumage brun à vocation mimétique.

Peinture[modifier | modifier le code]

Le brun du peintre et du coloriste s'obtient généralement en mélangeant de l'orange avec du noir, dans une proportion variable de deux à quatre parts pour une. Toutefois, le noir étant une couleur neutre qui assombrit les autres couleurs, n'importe quel mélange de couleurs complémentaires qui laisse dominer dans ses proportions la nuance chaude, donnera du brun. À titre d'exemple, on obtiendra du brun en mélangeant deux parts d'orange avec une part de bleu, ou bien deux parts de rouge avec une part de vert, ou bien deux parts de jaune avec une part de violet. Si l'on utilise les couleurs primaires de l'imprimerie, on obtiendra un brun chocolat en mélangeant approximativement deux parts de magenta, trois parts de jaune et une part de noir.

Au XVIIe siècle, la mode de la peinture sur fond sombre se répand. L'artiste pose une couche d'apprêt brune, sauf dans les régions qui seront occupées par les teintes les plus claires, qui seront peintes sur un fond blanc.

Colorants et pigments[modifier | modifier le code]

Pigments[modifier | modifier le code]

Les pigments bruns furent longtemps essentiellement des terres, trouvés par les artistes autour de leur lieu d'habitation. Très abondants dans la croûte terrestre, ils étaient issus de gisements riches en oxydes de fer. Aujourd'hui, les meilleures terres étant difficiles à obtenir, les fabricants utilisent des pigments de synthèse qui n'égalent pas en subtilité de teinte les terres naturelles.

La différence entre les pigments bruns s'apprécie principalement en mélange avec du blanc, généralement de nos jours du blanc de titane.

  • La terre de Sienne naturelle (PBr7), brun-jaune, tire son nom de la ville toscane de Sienne (Italie) qui se trouve à proximité d'une source de très haute qualité. C'est une argile colorée par peroxyde de fer hydraté. Le nom s'applique à des terres de même teinte venant d'autres gisements. Elle existe aussi en version « brûlée ».
  • Le bistre (NBr11), apparu au XIVe siècle (mais peut-être employé avant), est élaboré à partir de hêtre et de suie de résineux brûlées. Aujourd'hui, il s'agit de bistre de manganèse.
  • La sépia (NBr9), d'origine organique, est fabriquée à partir du liquide noirâtre sécrété par la seiche (Sepia officinalis). Employée comme encre et colorant, elle devient à la mode à partir de la fin du XVIIIe siècle et détrône le bistre. Cette nuance est aujourd'hui restituée au moyen de mélanges de pigments bruns.
  • Le brun momie (NBr11) est apparu à la fin du XVIe siècle et fut très populaire au XIXe siècle. Il s'agissait d'un pigment brun foncé, bitumineux, obtenu en réduisant en poudre fine les restes de momies égyptiennes.

Colorants[modifier | modifier le code]

  • Les tanins, associés au fer, colorent en brun, tout en rendant imputrescible les matières qu'il traitent. Ils ont servi aussi, sous la forme d'acide gallique extrait de la noix de galle, à la fabrication d'encre à écrire (PRV3).
  • Le brun Bismarck, inventé en 1863, fut le premier colorant azoïque ayant une application industrielle. Utilisé en teinturerie, il a été remplacé depuis, mais conserve sous le nom de vésuvine des applications en biologie.

Colorants alimentaires[modifier | modifier le code]

Il n'existe qu'un seul colorant alimentaire produisant directement une nuance franche de brun, c'est le colorant caramel E150. Il s'agit de glucides (sucres) caramélisés généralement en présence d'acides, de bases ou de sels, largement utilisés en confiserie et pour colorer certaines boissons. C'est la couleur caractéristique du Coca-cola, du Pepsi-cola et des autres sodas au cola. On l'utilise également dans le vinaigre, les sauces, les crèmes-desserts, les crèmes glacées, la bière brune, les liqueurs, les biscuits et même les aliments pour animaux. Il se décline en quatre versions :

Code Origine Nom chimique D.J.A. (mg/kg m.c)
E 150a naturel Caramel 250
E 150b synthèse Caramel de sulfite caustique 100
E 150c synthèse Caramel ammoniacal 100
E 150d synthèse Caramel au sulfite d'ammonium 100
E 154 mélange synthétique
de colorants azoïques
Brun FK  ?
E 155 synthèse Brun chocolat HT  ?

Bien que classés comme colorants noirs dans le tableau officiel des colorants alimentaires, le E154 et le E155 donnent en fait des nuances brun foncé. Il faut néanmoins souligner que le E154 est interdit aux États-Unis et le E155 est interdit en Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, États-Unis, Norvège, Suède et Suisse.

De nombreux aliments sont de couleur brune, sans pour autant contenir de colorants.

Symbolisme et usages[modifier | modifier le code]

Bure brune des franciscains

Dans l'histoire, notamment dans l'histoire du vêtement, le brun apparaît comme l'opposé de la couleur, plus encore que le blanc ou le noir, qui requièrent un traitement du matériaux. La laine non traitée, le lin ou le cuir brut, ont une apparence beige ou brune.

Les mouvements religieux, généralement monastiques, de renoncement aux attraits de la vie, ont fréquemment adopté des vêtements bruns, sans élégance et sans teinture, comme la robe de bure ; le mouvement cistercien condamne la lumière à l'intérieur des églises, qui permet de distinguer les couleurs, et la pénombre les transforme toutes en bruns[11].

Associations communes[modifier | modifier le code]

  • En politique, le brun représente l'extrême droite, le nationalisme, de la couleur des chemises brunes des groupes paramilitaires nazis.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ 1999, p. 411-413
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 2, Puteaux, EREC,‎ 2001, p. 159
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 3, Puteaux, EREC,‎ 2005, p. 374
  • Danièle Dubois et Colette Grinevald, « Pratiques de la couleur et dénominations », Faits de langues, vol. 7, no 14,‎ 1999, p. 11-25 (lire en ligne).
  • François Jeune, Florence de Mèredieu, Annie Mollard-Desfour et Jean-Claude Le Gouic, « Sur la couleur », (art absolument) les cahiers de l'art d'hier et d'aujourd'hui, no 5,‎ juin 2003, p. 40-51 (lire en ligne)
  • Annie Mollard-Desfour, « Les mots de couleur : des passages entre langues et cultures », Synergies Italie, no 4,‎ 2008 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam,‎ 2009, p. 246-251 ; PRV2, p. 159.
  2. Mollard-Desfour 2008, p. 24 ; Dubois et Grinevald 1999, p. 16 ; en référence à (en) Brent Berlin et Paul Kay, Basic Color Terms : Their Universality and Evolution, Berkeley, Ca, USA, University of California Press,‎ 1969.
  3. Mollard-Desfour 2008, p. 25-26
  4. Michel-Eugène Chevreul, « Moyen de nommer et de définir les couleurs », Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, t. 33,‎ 1861, p. 123, 130 (lire en ligne).
  5. Louis-Bertrand Castel, L'optique des couleurs : fondée sur les simples observations & tournée sur-tout à la pratique de la peinture, de la teinture & des autres arts coloristes, Paris, Briasson,‎ 1740 (lire en ligne), p. 42.
  6. a et b Le trésor de la langue française informatisé.
  7. Chevreul 1861, p. 88-89 par exemple.
  8. Sève 2009 ; Yves Le Grand, Optique physiologique : Tome 2, Lumière et couleurs, Paris, Masson,‎ 1972.
  9. Henri Dauthenay, Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür ; avec la collaboration principale de Henri Dauthenay, et celle de MM. Julien Mouillefert, C. Harman Payne, Max Leichtlin, N. Severi et Miguel Cortès, vol. 2, Paris, Librairie horticole,‎ 1905 (lire en ligne). Bourgeois, Lefranc et Lorilleux sont des marchands de couleurs pour artistes.
  10. « RAL classic Farben ».
  11. Michel Pastoureau, « L'Eglise et la couleur, des origines à la Réforme », Bibliothèque de l'école des chartes, no 147,‎ 1989, p. 203-230 (lire en ligne).