Mary Celeste

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38° 20′ N 17° 15′ O / 38.33, -17.25 ()

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La Mary Celeste, peinture d’un peintre inconnu (peut-être Honoré Pellegrin)

La Mary Celeste, un brick-goélette immatriculé à New York[note 1], a été découverte en 1872 en pleine mer, en parfait état mais abandonnée par son équipage. Cet événement constitue l'une des plus célèbres énigmes du monde maritime dans la catégorie des vaisseaux fantômes.

L'énigme[modifier | modifier le code]

Ayant commencé sa carrière en 1861 sous le nom d’Amazon[note 2] et rebaptisé Mary Celeste en 1868 au moment de son changement de pavillon[1], le brick fut retrouvé dans l’océan Atlantique, le 5 décembre 1872, naviguant sous voilure réduite, sans personne à bord. L’équipage du bateau qui le retrouva, le Dei Gratia, commandé par le capitaine Morehouse, n’aurait trouvé aucune indication sur le livre de bord concernant les jours qui précédaient. Les dernières lignes situaient le navire à une centaine de milles des Açores (185 kilomètres) et étaient datées du 24 novembre. Toutefois, l’ardoise du navire indiquait qu’ils avaient atteint l’île de Santa Maria, le 25. Par contre, les instruments de navigation (loch, sextant, instructions maritimes…) manquaient à bord et une certaine quantité d’eau avait été embarquée dans les fonds. Des réserves de nourriture pour six mois étaient à bord. Seuls manquaient les deux canots, mais un avait été détruit à New York pendant le chargement de la cargaison et faute de temps n’avait pas été remplacé. Tout laissait penser à un abandon trop hâtif par son équipage (canot et instruments de navigation manquants) d’un navire apparemment en difficulté.

La disparition du capitaine Briggs, de sa femme, de sa fille et des sept hommes de l’équipage, le sort de la cargaison de 1 701 fûts d’alcool dénaturé et l’incompréhension de ce qui s’est passé ont entraîné de la part des médias de l’époque un grand nombre d’hypothèses. On parla de mutinerie, d’attaque du navire pour récupérer sa cargaison, de rivalité amoureuse, de monstres marins, etc.

Le 26 mars 1873, le capitaine Morehouse reçut la somme de 1 700 livres du tribunal maritime, soit 5 % du prix du navire (36 000 £).

Fin de la Mary Celeste[modifier | modifier le code]

Après l’affaire, la Mary Celeste changea de nombreuses fois de propriétaire et acheva sa carrière en janvier 1885, échouée volontairement dans une tentative d’escroquerie à l’assurance sur l’îlot Rochelais à l’ouest de Port-au-Prince, Haïti. Clive Cussler estime avoir retrouvé son épave en 2001 lors d’une expédition commissionnée par la NUMA[2], mais son identification a été contestée[3].

Ajouts légendaires[modifier | modifier le code]

Différents récits, en particulier une nouvelle d'Arthur Conan Doyle ont largement contribué à brouiller les pistes de ce drame. Certains faits, parfois totalement délirants, relatés dans ces romans et nouvelles, ou dans des articles de journaux, ont été repris sans discernement et se sont, au fil du temps, mêlés intimement à la réalité historique. Pour corriger les assertions fausses les plus fréquentes :

  • il n'y avait pas de chat noir abandonné à bord ;
  • il n’y avait aucun repas chaud sur la table de la cuisine ;
  • Briggs étant un protestant pratiquant, il ne tolérait aucun alcool à bord et l’alcool de la cargaison était imbuvable. Il aurait donc été dans l’impossibilité de se saouler, de même que son équipage ;
  • Briggs et Morehouse n’ont jamais été amarrés à quai en même temps. Il n’y a aucune preuve qu’ils se connaissaient ;
  • aucun rescapé n’a jamais été retrouvé, John Pemberton étant une invention littéraire et Abel Fosdyk un canular[4].

Hypothèses émises[modifier | modifier le code]

De nombreuses hypothèses plus ou moins farfelues ont été émises :

  • Une pieuvre géante aurait enlevé un à un tous les membres de l'équipage.
  • La Mary Celeste aurait été attaquée par des pirates maures.
  • Une épidémie aurait touché l'équipage, ses membres fuyant le navire par panique[5].
  • La Mary Celeste aurait été prise dans une extension du triangle des Bermudes.
  • L'équipage aurait été enlevé par des extraterrestres[6].
  • Un tremblement de terre sous-marin aurait effrayé l’équipage.
  • Une île volcanique serait apparue et aurait disparu aussi vite alors que l’équipage serait descendu du navire pour marcher sur elle.
  • Une tempête aurait effrayé l’équipage et une vague gigantesque l’aurait emporté du pont.
  • Un concours de nage entre le capitaine et son second aurait eu lieu et le reste de l’équipage aurait regardé la course sur une plate-forme qui aurait cédé, précipitant ses occupants à la mer.
  • Le cuisinier serait devenu fou et aurait empoisonné tout le monde avant de se suicider.
  • Mme Briggs aurait été tuée par son piano, mal arrimé (après une tentative du second, exaspéré, de le jeter à la mer). Cela aurait plongé le capitaine dans la dépression et celui-ci se serait mis à boire pendant plusieurs jours. Le second aurait fini par lui confisquer son alcool, et ce serait l’équipage qui l’aurait bu en deux jours. Revenu à lui, le capitaine aurait fait savoir qu’il voulait détruire le piano. Le piano aurait été jeté à la mer mais n’aurait pas coulé et aurait été récupéré par un autre navire. Puis le capitaine serait disparu, tombé à la mer ou peut-être poussé. Pour éviter une enquête sous une accusation de mutinerie, les hommes auraient quitté le navire avec la complicité des membres d'équipage du Dei Gratia[note 3].
  • Les hommes, prêtés par le Dei Gratia avant le départ des deux navires, qui aurait accosté au même port, auraient supprimé le capitaine. Pour ne pas être accusés de mutinerie, ils auraient attendu le Dei Gratia avec le reste de l'équipage. Puis, les hommes du Dei Gratia auraient emmené les hommes de la Mary Celeste et fait semblant de découvrir le bateau afin de toucher la récompense de son armateur (c'est ce que raconta E. W. Head, le cuisinier, à un journaliste menant l'enquête).
  • Un des fûts d’alcool, du méthanol imbuvable, pas assez étanche, aurait commencé à exhaler des vapeurs à l’approche des Açores, puis aurait explosé du fait des propriétés chimiques du méthanol, ignorées par les hommes de science de l’époque (température propice à la combustion de 13 °C), suite aux infimes étincelles causées par les cerclages en fer, sans toutefois causer de dégâts conséquents. Seule la porte menant dans la cale se serait littéralement envolée par le souffle de l’explosion, créant la panique à bord. L’équipage se serait réfugié sur une chaloupe rattachée au bateau par la drisse, mais celle-ci céda parce que l’équipage aurait laissé les voiles hissées. C’est cette hypothèse qui est retenue par la plupart des chercheurs.

Équipage[modifier | modifier le code]

Nom Statut Nationalité Âge
Benjamin S. Briggs Capitaine Américain 38
Albert C. Richardson 1er matelot Américain 28
Andrew Gilling 2e matelot Danois 25
Edward W. Head Steward et cuisinier Américain 23
Volkert Lorenson Marin Allemand 29
Arian Martens Marin Allemand 35
Boy Lorenson Marin Allemand 23
Gottlieb Gondeschall Marin Allemand 23

Passagers[modifier | modifier le code]

Nom Statut Nationalité Âge
Sarah Elizabeth Briggs Femme du Capitaine Américaine 30
Sophia Matilda Briggs Fille du Capitaine Américaine 2

Galerie[modifier | modifier le code]

Dans les arts populaires[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Conan Doyle, Déposition de J. Habakuk Jephson, 1884[7].
  • Laurence J. Keating, Le Voilier Mary Celeste - Révélations définitives sur le plus grand mystère de l’Atlantique, 1929[8].
  • L'écrivain de science-fiction américain Robert Bloch a imaginé une explication dans sa nouvelle Un Jouet pour Juliette (A Toy for Juliette), publiée en 1967. Pour assouvir les pulsions sadiques de sa petite-fille Juliette, un homme du futur possédant une machine à voyager dans le temps part régulièrement dans le passé pour kidnapper des hommes et des femmes, dont l'équipage de la Mary Celeste, et les livrer aux actes de barbarie de Juliette.
  • L'écrivain de science-fiction américain Peter F. Hamilton dans sa quadrilogie La Saga du Commonwealth se sert du nom Marie Céleste pour décrire un vaisseau spatial d'origine inconnu, vide d'équipage et découvert sur une planète lors de sa colonisation.

Série télévisée[modifier | modifier le code]

  • Le 16e épisode de la série Doctor Who émet l'hypothèse selon laquelle les Daleks se seraient matérialisés sur le vaisseau et qu'effrayés les membres de l'équipage auraient sauté par dessus bord ; cette hypothèse est bien sûr totalement fantaisiste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce nom est souvent orthographié Marie-Céleste, l’invention littéraire de Conan Doyle s’étant superposée à la réalité.
  2. Malgré les écrits de Laurence J. Keating, auteur d’un roman considéré par erreur en France comme une enquête documentaire, il n’existe aucune trace des noms supposés de Mary Sellar et John B. Matthews qui lui auraient été donnés temporairement.
  3. Malgré toutes ses invraisemblances (hommes prêtés par le Dei Gratia au départ de New York, Briggs se soûlant alors qu’il interdisait l’alcool à bord, cuisinier inventé par Laurence J. Keating), le sort de la petite Sophia-Matilda inexpliqué, ce récit a été retenu comme le plus vraisemblable par les historiens Alain Decaux et André Castellot, associés à Stellio Lorenzi au cours d’une émission télévisée de 1956 consacrée à la Mary Celeste. Quelques années plus tard, avec de nouveaux éléments en sa possession, Alain Decaux revint sur cette idée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Amazon-1867 Maritime Museum of the Atlantic On the Rocks Shipwreck Database
  2. « Legendary Ghost Ship, Mary Celeste, Discovered an a Reef in Haiti » sur www.numa.net
  3. Jonathan Thompson « Dating of wreck's timbers puts wind in sails of the Mary Celeste mystery » in The Independent
  4. Abel Fosdyk, Strand Magazine (en)
  5. Robert de La Croix, Histoire de la piraterie, Ancre de Marine Editions,‎ 1995, p. 300
  6. Claude Vallette, Tom Burnam, Encyclopédie des idées reçues, Éditions du Rocher,‎ 1978, p. 280
  7. Arthur Conan Doyle, Déposition de J. Habakuk Jephson (J. Habakuk Jephson's Statement - 1884), Contes du camp - Contes de l’eau bleue - Autres contes, Éditions Néo, L'Intégrale 5, 1987 (ISBN 2730404232[à vérifier : isbn invalide]) J. Habakuk Jephson’s Statement (en)
  8. Laurence J. Keating, Le Voilier Mary Celeste - Révélations définitives sur le plus grand mystère de l’Atlantique, Payot, 1929

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Decaux, Les Grands Mystères du passé, Éditions de Trevise, Paris, 1964.
  • Robert de La Croix, Histoire de la piraterie, Ancre de Marine Éditions, 1995 [EO 1974] (ISBN 9782905970992)
  • Jean Merrien, Les Drames de la mer, Ancre de Marine Éditions, 2000 [EO 1961] (ISBN 9782905970787)
  • Louis Lacroix, Les Derniers Grands Voiliers : histoire des long-courriers nantais de 1893 à 1931, Éditions maritimes et d’outre-mer, 1967 - Réédition Ouest-France, 1997 (ISBN 9782737322433)
  • Yves Van Langendonck, Le Mary Celeste. Vaisseau maudit ou bateau fantôme, Marabout, collection Histoire et mystères, 2000, [EO 1996] (ISBN 9782501024075)
  • (en) Charles Edey Fay, The Story of the « Mary Celeste ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]