Longévité

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La longévité potentielle d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est programmé en tant qu'espèce biologique. Certains records de longévité atteints par des individus ayant bénéficié d'une durée de vie exceptionnellement longue peuvent même dépasser cette évaluation. La longévité moyenne correspond à l'espérance de vie qui est très variable selon les populations et les générations concernées au sein d'une même espèce.

Par exemple, la longévité potentielle d'un chat (Felis silvestris catus) est estimée à 20 ans. Le record de longévité attesté est de 38 ans et 3 jours, il s'agissait d'un chat de compagnie, mais un chat errant exposé aux dangers extérieurs a une longévité moyenne de trois ans à l'époque moderne[1],[2],[3].

Définitions de la longévité[modifier | modifier le code]

Longévité potentielle[modifier | modifier le code]

Elle correspond à la durée de vie maximale que pourraient atteindre les individus d'une espèce donnée s'ils bénéficiaient des meilleurs paramètres, c'est-à-dire vivre dans des conditions idéales et en l'absence de maladie ou d'accident[4].

On ne connaît pas vraiment la longévité potentielle d'une espèce. Celle-ci est liée aux caractéristiques biologiques et vraisemblablement dépendante du patrimoine génétique hérité. En pratique, on ne peut enregistrer précisément que la longévité réelle et en déduire l'espérance de vie pour un génération ou une population donnée. Il est très difficile de déterminer l'influence du patrimoine génétique quand les conditions de vie semblent prépondérantes sur la mortalité. Même la différence de longévité entre les sexes peut s'inverser quand les facteurs sociaux ou d'hygiène de vie sont modifiées[5].

Record de longévité[modifier | modifier le code]

Certains individus donnés, d'une espèce donnée, dépassent largement les estimations de durée de vie potentielle. On dit alors qu'ils battent un record de longévité. Ce sont des individus qui ont à la fois échappé aux accidents mortels, bénéficié de bonnes conditions de vie et d'un héritage génétique favorable à une bonne santé durable.

Longévité moyenne ou espérance de vie[modifier | modifier le code]

C'est la durée de vie moyenne des individus d'une espèce donnée, soumis à des taux de mortalité par tranche d'âge donnée. En l'absence de précision il s'agit de l'espérance de vie à la naissance[6],[4]. L'espérance de vie est variable en fonction du lieu, des conditions environnementales ou socio-culturelles et de l'hygiène de vie[7].

Longévité selon les espèces[modifier | modifier le code]

Longévité humaine[modifier | modifier le code]

Le nombre de centenaires et même de supercentenaires (personnes âgées d'au moins 110 ans) n'a cessé d'augmenter. On situait autrefois la longévité humaine aux alentours de 100 ans, et il est effectivement probable que très peu de personnes aient réellement dépassé cet âge avant le XXe siècle.

En 2000, la longévité humaine était estimée à 115 ans mais le record de longévité pour une personne décédée, reconnu et légalement prouvé (par des actes d'état civil), est à ce jour toujours détenu par la Française Jeanne Calment, qui a atteint l'âge de 122 ans[4].

Au Brésil cependant, José Coelho de Souza, né le 10 mars 1884, son certificat de naissance ayant été vérifié par les autorités, avait 128 ans en mai 2012[8].

De nombreux autres records existent mais ne reposent pas sur des documents vérifiables. Ainsi un « almanach universel », de l'année 1825, édité par « Brée l'ainé, imprimeur du Roi », décrit la longévité remarquable d'un nommé Étienne Baqué, qui serait né à Angoumer (Ariège) le 16 janvier 1700, et serait mort le 22 août 1824 à Estadens (Haute-Garonne), âgé donc de 124 ans. Une de ses activités consistait à cueillir des plantes médicinales, dans les Pyrénées, qu'il revendait aux pharmaciens[9].

Un certain nombre de scientifiques, comme le britannique Aubrey de Grey, promoteur du projet SENS, pensent que ce record pourra largement être dépassé par un effectif croissant d'individus en bonne santé, si l'on donne à la recherche les moyens nécessaires.

En 2008, la longévité moyenne (espérance de vie) des Italiens était la plus forte d'Europe et une des plus élevées au monde : les hommes y vivent en moyenne 80,4 ans (ils dépassent de peu les Suédois avec 80,3 ans) tandis que les femmes vivent 85,3 ans[10].

Longévité animale[modifier | modifier le code]

Ne figurent ici que quelques records de longévité attestés pour des espèces communes vivant en captivité. Par ordre croissant :

  • Souris domestique : une souris peut vivre plus de deux ans en captivité, mais la souris de laboratoire Yoda avait plus de 4 ans en 2004[11]
  • Rat : longévité potentielle de l'espèce estimée à 5,5 ans[4]. Record de longévité 7 ans et 3 mois[12]
  • Cochon d'Inde : mort en 1979, Snowball a vécu 14 ans et 11 mois[11].
  • Lapin : record de longévité détenu par Hazel, un lapin nain gris de 16 ans[2]
  • Loup gris : record de longévité 20 ans[13]
  • Chinchilla : longévité potentielle de l'espèce estimée à environ 20 ans. Record de longévité décerné à Bouncer qui a fêté ses 27 ans en 2008[11].
  • Chien : longévité potentielle de l'espèce variable selon les races. Elle est de l'ordre de 10 à 12 ans pour un gros chien, 15 ans pour un petit[4]. Le record est de 29 ans, 5 mois et 7 jours (Bluey, un chien de ferme en Australie né en 1910)[14]
  • Chat domestique : longévité potentielle de l'espèce estimée à 20 ans[1]. Record de longévité 38 ans et 3 jours[2]
  • Grand murin, une chauve-souris : longévité potentielle de l'espèce estimée à 20 ans[15]
  • Poisson rouge : longévité potentielle de l'espèce estimée à plus de 30 ans. Record de longévité : Tish qui a vécu 43 ans et Goldie qui l'a rattrapé en 2003[2]
  • Baleine Bleue : record de longévité 110 ans[13]
  • Tortue étoilée de Madagascar : record de longévité 190 ans attesté (Tu'i Malila)
  • Tortue géante des Seychelles : record de longévité 250 ans reporté (Adwaita)
  • Arctica islandica, un coquillage : l'espèce animale la plus âgée jamais découverte avec un record de 507 ans vivant dans l'océan Atlantique nord[16],[17].
  • les homards ne possèderaient aucun facteur de mortalité par le vieillissement[18]. Un homard américain de 20 kg, pêché en 1977, avait un âge estimé à cent ans[11].
  • Les méduses turritopsis nutricula seraient potentiellement immortelles car capables d’inverser le processus de vieillissement lorsque soumises à des conditions de stress, et ainsi de retourner à une forme juvénile après avoir atteint la maturité sexuelle[19]

Longévité végétale[modifier | modifier le code]

Le record de longévité serait détenu par un bosquet d’épicéas (Picea abies) découvert en Suède en 2008, dont l'âge a été estimé par la technique de datation au carbone 14 à 7 890 ans pour l'un d'eux, et 5 600 et 4 800 ans pour les deux autres. Mais un individu isolé, nommé Old Tjikko, de la même région possède un système racinaire dont l'âge a été estimé à 9 550 ans par datation au carbone 14, même si la partie aérienne n'a « que » 600 ans[20],[21].

Auparavant, le record était attribué à un spécimen de pin de Bristlecone (Pinus longaeva) situé dans les White Mountains en Californie portant la cote WPN-114 et surnommé Prometheus, qui avait environ 4 844 ans lorsqu'il fut coupé en 1964. L'arbre le plus âgé encore en vie serait un pin de Bristlecone (Pinus longaeva) surnommé Mathusalem dont l'âge a été estimé à 4 789 ans lorsqu'il fut étudié en 1957 par Schulman et Harlan[22].

Il existe un Houx royal de Tasmanie (clone) de 43 000 ans[23] [24].

Une colonie de Posidonia oceanica détiendrait le record de l’organisme vivant le plus vieux du monde, avec un âge estimé entre 12 000 à 200 000 ans, son âge maximum étant théorique puisque la région qu'elle occupait était émergée il y a 10 000 à 80 000 ans[25].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Des êtres, peuples ou créatures à la longévité exceptionnelle apparaissent régulièrement dans les mythes, légendes, contes et fictions du monde entier.

Dès l'Antiquité, les mythologies du monde mentionnent divers êtres à la longévité très supérieure à l'espérance de vie humaine moyenne (sans parler des divinités qui sont immortelles). La mythologie grecque connaît la figure de Tithon, aimé par Éos, déesse de l'Aurore : elle demande pour lui à Zeus l'immortalité, mais oublie de demander aussi la jeunesse éternelle, de sorte que Tithon vieillit pour l'éternité jusqu'à ce que Zeus, pris de pitié, le change en cigale. En dehors des mythes, des légendes se forment très tôt sur les peuples fabuleux. L'historien grec Hérodote mentionne ainsi les Éthiopiens Longue-Vie ou Macrobies qui vivent extrêmement longtemps[26].

Les contes philosophiques mettent parfois en scène des peuples à la longévité différente de celle des humains. C'est notamment le cas de Micromégas de Voltaire, paru en 1752.

Dans la littérature fantastique à partir du XIXe siècle, la longévité exceptionnelle d'un personnage est souvent utilisée comme signe de sa nature non humaine ou surnaturelle. Ainsi, dans Le Portrait de Dorian Gray de l'écrivain irlandais Oscar Wilde, paru en 1890, Dorian Gray cesse de vieillir et vit démesurément longtemps grâce aux propriétés magiques de son portrait. Dans le registre du merveilleux, certaines histoires et univers de fantasy mettent en scène des peuples à la longévité bien plus grande que celle des humains, par exemple les elfes et les dragons dans la Terre du Milieu créée par l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien dans la première moitié du XXe siècle. Les récits et les univers de science-fiction imaginent parfois des peuples extraterrestres à la longévité très différente de celle des humains. Les univers d'anticipation mettent souvent en scène un futur dans lequel l'espérance de vie de l'humanité est nettement plus longue que l'actuelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Éducation de votre chat... sur le site de la Ligue Valaisanne pour la Protection des Animaux
  2. a, b, c et d édition 2007 du livre Guinness des records
  3. Le chat de race sur le site de l'Amicale européenne des persans, consulté en nov. 2011
  4. a, b, c, d et e Gériatrie, par Collectif, Laurence Aveline, Monographie, Collection : Modulo pratique, dirigé par Didier Mallay, Chapitre 1, page 13.
  5. J. Vallin, F. Meslé, J. N. Biraben. Séminaire sur les aspects biologiques et sociaux de la mortalité. Fiuggi, 11-18 mai 1980, Population, 1980, vol. 35, no 6, p. 1191-1197.
  6. Définitions lexicographiques et étymologiques de « longévité » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  7. A. ly et al. Mécanismes et pathologies du vieillissement, 2013 Lire en ligne, page 2
  8. (pt) « Vanderlan Nader: Brasileiro de 128 anos: O Homem mais Velho do Mundo, vive na Amazônia. »,‎ 2012-05-04 (consulté le 4 janvier 2014)
  9. A. Thoisnier-Desplaces, Charles Louis Lesur, Annuaire historique universel; ou, Histoire politique pour 1818-61,‎ 1825 (lire en ligne)
  10. Elles sont dépassées légèrement par les Françaises, avec 85,4 ans, mais la moyenne globale est favorable aux Italiens, tous sexes confondus. The Lancet, 18 novembre 2008
  11. a, b, c et d Guiness Book
  12. (en) Debbie Duncommon, Rat Health Care
  13. a et b Records attestés par espèce, classé par nom scientifique sur www.demogr.mpg.de
  14. Le plus vieux chien du monde sur Terra Nova, consulté en novembre 2011
  15. Muséum national d’Histoire naturelle, p. 74.
  16. (en) Munro, D. et Blier, P.U., « The extreme longevity of Arctica islandica is associated with increased peroxidation resistance in mitochondrial membranes », Aging Cell, vol. 11, no 5,‎ 2012, p. 845-55 (lien DOI?)
  17. (fr) Futura-sciences : Ming, l’animal le plus âgé du monde, est plus vieux que prévu
  18. (en) http://science.howstuffworks.com/environmental/life/zoology/marine-life/400-pound-lobster1.htm
  19. Stefano Piraino, Ferdinando Boero, Brigitte Aeschbach et Volker Schmid, « Reversing the Life Cycle: Medusae Transforming into Polyps and Cell Transdifferentiation in Turritopsis nutricula (Cnidaria, Hydrozoa) », Biological Bulletin, vol. 190, no 3,‎ juin 1996, p. 302 (lien DOI?)
  20. James Owen in Stockholm, Sweden, « Oldest Living Tree Found in Sweden », National Geographic News,‎ April 14, 2008 (consulté le 20 avril 2008)
  21. « Le doyen des arbres : un épicéa vieux de près de 8 000 ans » (consulté le 20 avril 2008)
  22. Gymnosperm Database
  23. « The Oldest Living Plant Individual », Botanical Electronic News,‎ 8 Nov 1996 (consulté le 3 mai 2014)
  24. « LE BOTANISTE FRANCIS HALLÉ NOUS RACONTE L'EXTRAORDINAIRE CRÉATURE QU'EST L'ARBRE : Entretien réalisé par Frédéric Joignot pour Le Monde Magazine en janvier 2006 » (consulté le 3 mai 2014)
  25. (en) Sophie Arnaud-Haond et coll, « Implications of Extreme Life Span in Clonal Organisms: Millenary Clones in Meadows of the Threatened Seagrass Posidonia oceanica », PLoS ONE, vol. 7, no 2,‎ 1er février 2012, e30454 (lien DOI?)
  26. Hérodote, Enquête, III, 17-25.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Muséum national d’Histoire naturelle, Cahiers d’habitats Natura 2000 : Connaissances et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire, Tome 7, Paris, La documentation Française, 353 p. (lire en ligne), « Myotis myotis (Borkhausen, 1797) », p. 74-77

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