Parti politique réformé

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Le Staatkundig Gereformeerde Partij (SGP), littéralement parti politique réformé, est un parti politique néerlandais fondamentaliste chrétien protestant. Après avoir fait partie du groupe parlementaire eurosceptique Europe libertés démocratie, il rejoint le groupe des Conservateurs et réformistes européens en juin 2014.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le parti a été créé en 1918 sous l'impulsion du pasteur Gerrit Hendrik Kersten. Depuis 1922 jusqu'à aujourd'hui, le SGP a été représenté sans discontinuer dans la seconde Chambre des États généraux néerlandaise (Tweede Kamer van de Staten-Generaal), d'abord avec un député, et depuis 1925 avec 2 ou 3. C'est le seul des partis néerlandais créés avant la Seconde Guerre mondiale qui existe encore sous cette dénomination en 2013.

Dans les années 1920, il proposait à chaque débat annuel sur le budget la suppression de la nonciature apostolique aux Pays-Bas. Un autre parti protestant, pourtant allié au parti catholique au sein du gouvernement, votait en faveur de cette proposition, sans qu'elle aboutisse, jusqu'au jour où, dans le but de faire tomber la coalition gouvernementale, les libéraux et les sociaux-démocrates l'appuyèrent, provoquant effectivement cette chute. Cet événement est dénommé par les historiens "la nuit de Kersten".

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kersten a dénoncé la résistance contre les nazis, sous prétexte qu'ils avaient été envoyés par Dieu en punition pour la désécration du dimanche. En 1941, il refusa également de signer une protestation de l'assemblée des églises néerlandaises contre la persécution des Juifs. Il aurait toutefois aidé la résistance à évacuer des Juifs de Rotterdam vers des refuges en Hollande du Sud. Cet acte humanitaire ne lui fut pas crédité à la fin de la guerre et il fut déchu de son mandat de parlementaire et du droit de se représenter aux législatives. Il mourut trois ans plus tard, après avoir consacré la fin de sa vie à l'écriture d'ouvrages théologiques.

Relations avec les autres partis[modifier | modifier le code]

Lors des discussions pour former une coalition gouvernementale après les élections de 2003, le CDA (parti démocrate-chrétien), vainqueur des élections, souhaitait étendre la coalition à la ChristenUnie (un parti chrétien plus modéré sur le plan religieux et plutôt progressiste sur le plan socio-économique) et au SGP, mais les libéraux du VVD refusèrent cette option, surtout en raison de la position de ce parti envers les droits des femmes[1].

Même la ChristenUnie a pris ses distances vis-à-vis du SGP, son leader avait déjà déclaré en 2002 que "Si le SGP ne modifie pas sa position concernant les femmes sur les listes électorales communes formées avec la ChristenUnie (CU), ce dernier parti suspendra toute forme d'association aux prochaines élections municipales" [1].

Le SGP a connu des dissensions internes à ce sujet, notamment pendant la préparation des élections municipales de mars 2006, le SGP exigeant une fois de plus des listes sans femmes dans les communes où les deux petits partis protestants ne présentaient qu'une seule liste. Un bourgmestre, un échevin et des conseillers communaux du SGP ont rendu leur carte du parti pour protester contre cette attitude en décembre 2005[2]. Après ces élections communales, le leader de ChristenUnie a déclaré que "Je constate que dans les communes où nous nous étions associés au SGP nous n’avons pas progressé", alors que dans quelques communes où le SGP avait rompu avec la ChristenUnie parce qu’elle avait placé une femme sur sa liste, la ChristenUnie avait bel et bien progressé[3].

En septembre 2006, le maire SGP de Soest, Arie Noordergraaf, qui figurait en cinquième position, a été retiré de la liste de son parti aux élections législatives pour avoir affirmé à plusieurs reprises que les femmes devaient pouvoir devenir bourgmestres ou échevines[4].

Financement public[modifier | modifier le code]

Depuis plusieurs années, des plaintes ont été déposées contre le SGP par des femmes estimant inconstitutionnelle et contraire aux traités internationaux signés par les Pays-Bas le refus de ce parti d'admettre des femmes comme membres à part entière, et a fortiori de les présenter comme candidates. Le 13 novembre 2003, l'Institut Clara Wichmann, qui a pour objectif l'émancipation de la femme, a officiellement porté plainte pour discrimination à l'égard des femmes contre le parti réformé constitutionnel SGP. L'Institut a également porté plainte contre l'État néerlandais, parce que le parti bénéficie d'une subvention publique.

En septembre 2005, le tribunal de La Haye a condamné le SGP sur base de la Convention sur les droits politiques de la femme du 31 mars 1953, précisant dans le jugement que "L’État n’a rien fait pour mettre fin à la discrimination des femmes par le SGP, il l’a au contraire soutenu en lui versant des subventions" (le SGP reçoit de l’État environ 800.000 euro par an). Le ministre de l’Intérieur a fait appel contre cette décision, mais en attendant le jugement en appel il a été obligé de mettre fin à la subvention de 800.000 euros par an, à partir du 1er janvier 2006.

Le 5 décembre 2007, le Conseil d'État a donné raison au SGP, forçant le gouvernement à verser la subvention (avec effet rétroactif): "Le Conseil d'État estime que la Convention internationale des femmes ne donne pas aux femmes le droit d'être membres de tous les partis politiques néerlandais. Elle contraint seulement les États à faire en sorte que les femmes puissent participer au processus démocratique. Il y a aux Pays-Bas suffisamment d'autres partis 'du spectre politique' auxquels les femmes peuvent s'inscrire. Le fait que le SGP n'admette pas que des femmes se portent candidates pour le parti ne porte donc pas atteinte au vote passif des femmes aux Pays-Bas. Les femmes qui souhaitent propager la philosophie du SGP peuvent aussi fonder leur propre parti." [1].

En février 2010, le quotidien chrétien progressiste Trouw titrait "Le SGP va écarter les femmes avec un truc – Les élues cèderont la place à un homme"[5].

Le 9 avril 2010, la Cour suprême des Pays-Bas (Hoge Raad) a décidé, dans le cadre d'un pourvoi en cassation faisant suite à la plainte de 2003, que l'État devait "prendre des mesures pour obliger le SGP à ne pas traiter les femmes différemment des hommes", notamment en ce qui concerne le droit de vote dans les instances internes. Cette décision est fondée sur la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes[6].

Principes et point de vue de SGP[modifier | modifier le code]

Principes[modifier | modifier le code]

Le programme du parti a été fondé en suivant la Bible. Selon le SGP, les mots de la Bible doivent être pris au pied de la lettre. Le parti a pour objectif une théocratie, car il croit que Dieu doit conduire le pays.

Plateforme[modifier | modifier le code]

La plateforme de son programme électoral d'élection en 2002 était:

  • mariage et famille
  • protection de la vie
  • soin des malades et des infirmes
  • sûreté

Points de vue controversés[modifier | modifier le code]

  • Le SGP a pour objectif l'établissement d'une théocratie aux Pays-Bas [7].
  • Le SGP veut interdire le travail des femmes.
  • Le SGP est opposé au droit de vote des femmes et refuse donc qu'elles deviennent membres du parti à part entière[1].
  • Le SGP est opposé à l'homosexualité. Il veut interdire par conséquent que des homosexuels puissent se marier et qu'ils puissent adopter des enfants.
  • Le SGP est un défenseur de la peine de mort.

Chefs du groupe et têtes de liste[modifier | modifier le code]

Chefs du groupe[modifier | modifier le code]

1922-1945 G.H. Kersten
1945-1961 P. Zandt
1961-1971 C.N. van Dis
1971-1981 H.G. Abma
1981-1986 H. van Rossum
1986-2010 Bas van der Vlies
2010-présent Kees van der Staaij

Têtes de liste[modifier | modifier le code]

Depuis 1986, B.J. (Bas) van der Vlies a été sans discontinuer la tête de liste du parti aux législatives (circonscription nationale). En 2010 C.G. (Kees) van der Staaij lui a succédé.

Communes[modifier | modifier le code]

Le SGP compte actuellement (2007) 5 bourgmestres, 40 échevins et 256 conseillers communaux dans 107 communes. Aux dernières élections municipales (mars 2006), les listes communes SGP/ChristenUnie ont obtenu plus de 50 % des voix dans quatre communes, les listes purement SGP dans six communes, toutes en province de Gueldre, où le SGP compte 3 élus sur les 53 du conseil provincial. Aux élections provinciales de mars 2007, le SGP a obtenu 13 sièges sur 564. Outre celles gérées par lui seul ou avec ChristenUnie, le SGP participe à des coalitions avec les sociaux-démocrates et/ou les libéraux dans certaines municipalités, y imposant par exemple le maintien de la fermeture des commerces le dimanche.

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Sources[modifier | modifier le code]