Église Saint-Sulpice de Chars

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Église Saint-Sulpice
L'église Saint-Sulpice
L'église Saint-Sulpice
Présentation
Type romane, gothique, renaissance
Date de construction XIIe siècle, XVIe siècle
Destination initiale culte
Propriétaire commune
Destination actuelle culte
Protection Logo monument historique Classé MH (1912)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Val-d'Oise
Commune Chars
Localisation
Coordonnées 49° 09′ 38″ N 1° 56′ 23″ E / 49.160511, 1.93968549° 09′ 38″ Nord 1° 56′ 23″ Est / 49.160511, 1.939685  

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L'Église Saint-Sulpice est une église catholique paroissiale située rue de l'Église à Chars, commune du Val-d'Oise. Elle a été édifiée dans une unique et longue campagne de travaux et achevée entre 1145 pour la nef et les bas-côtés, et 1210 pour la partie haute du chœur. Le plan est celui des plus grandes églises à l'apogée de l'architecture romane, et l'élévation suit dans ses grandes lignes la conception d'origine. Le chœur témoigne en même temps de la transition vers l'architecture gothique qui se manifeste sur ses niveaux supérieurs, et préfigure les cathédrales gothiques de Picardie. L'élévation ambitieuse sur quatre étages est particulièrement remarquable et absolument rare, car n'existant que dans cinq autres églises françaises. Tout l'intérieur de l'église est d'une grande élégance, même si certains remaniements du XVIe siècle détonnent, dont notamment trois piles nues de la croisée du transept. Ces remaniements affichent surtout le style gothique flamboyant, alors que le nouveau clocher du troisième quart du XVIe siècle est entièrement de style Renaissance. Rapidement reconnue comme l'un des principaux monuments religieux d'Île-de-France, l'église de Chars a fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840, annulé cependant cinq ans plus tard en raison d'un début de restauration maladroit. Entre 1868 et 1870, ce sont les habitants de Chars par leurs dons et trois curés successifs par leur engagement qui permettent la restauration de l'édifice. L'État se désengage jusqu'au second classement intervenant par arrêté du 12 mars 1912[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Plan restitué à la fin du XIIe siècle. Sont marqués en noir les éléments toujours en place au début du XXe siècle.
Les voûtes du XIIe siècle de la nef ; vue depuis la 4e travée.
Vue depuis la partie sud du déambulatoire sur la tribune nord du chœur ; en haut, galerie ouverte du XIIIe siècle.
Clé de voûte de la 3e travée de la nef.
Exemple de chapiteau roman.

Aucune mention de l'église Saint-Sulpice de Chars antérieure au XIIe siècle n'est connue. Les caractéristiques architecturaux de la nef et du transept permettent de les dater du milieu du XIIe siècle, et le portail occidental aurait été construit en 1145. À l'instar d'autres églises contemporaines de la région, la nef et les bas-côtés sont initialement recouverts d'un plafond en bois. Lors des travaux pour le voûtement de la nef vers 1160, la partie supérieure des colonnes engagées flanquant les grosses piles est coupée juste en dessous des tailloirs primitifs, et les nouvelles colonnes sont directement appliquées sur les anciennes, sans rupture de style. Des arcades doivent être construites entre les travées de la nef, accompagnées de leurs arcs-doubleaux, et des colonnettes supplémentaires doivent être ajoutées dans la suite des doubleaux et des nervures des voûtes. Les travées des bas-côtés sont déjà séparées par des arcades servant à supporter la charpente des toits en appentis, et le voûtement rend ainsi les piles symétriques. Mais leur configuration ne laisse pas de place pour des colonnettes supplémentaires correspondant aux formerets : l'architecte les fait donc retomber sur des têtes grimaçantes à côté des autres colonnes, et le long des murs des deux bas-côtés, ce ne sont non seulement les formerets qui retombent sur des masques, mais également les ogives. Cette solution esthétiquement maladroite a permis d'éviter d'encombrer davantage les bas-côtés par des colonnes supplémentaires[2],[3].

Sous tout l'Ancien Régime, Chars dépend de l'archidiocèse de Rouen et du doyenné de Meulan. Le patronnage de la cure appartient au début pour moitié au seigneur Thibauld Ier de Gisors, et pour l'autre moitié à Thibauld le Jeune. Le premier ne tarde pas à donner sa part à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, ce que l'archevêque de Rouen, Rotrou de Warwick, confirme dans une charte de 1170. Trois ans plus tard, il atteste dans une autre charte que Thibauld le Jeune laisse lui aussi sa part à la même abbaye. En 1173 également, l'abbé Lecelin installe un curé du nom de Guillaume, le premier qui soit connu. L'église n'est toutefois pas encore achevée, et c'est peut-être pour cette raison que Thibauld II de Gisors décide de la donner à une autre abbaye, en l'occurrence la puissante abbaye de Saint-Denis, dès 1176. Les moines de Saint-Martin de Pontoise conservent seulement quelques privilèges, ce qui ne semble pas leur convenir, car des contestations se manifestent, et les deux abbayes concluent un accord en 1177. L'abbaye de Saint-Denis est censée investir tous les moyens nécessaires pour assurer un achèvement rapide des travaux, mais rien ne semble être entrepris avant le début du siècle suivant, quand le chœur est enfin terminé[4].

L'amorce des nervures des voûtes primitives du transept et du chœur indique bien que ces voûtes ne sont pas antérieures au XIIIe siècle. La galerie de circulation ouverte en encorbellement au niveau de la naissance des voûtes remonte à la même époque, mais la rosace dans le mur septentrional du croisillon nord semble encore dater de la fin du XIIe siècle. Les voûtes du déambulatoire sont également du XIIe siècle, ce qui montre que la construction du chœur avait déjà commencée avant la reprise de l'église par l'abbaye de Saint-Denis. Les absidioles en hémicycle disposées en chapelles rayonnantes autour du déambulatoire sont par ailleurs bien caractéristiques du XIIe siècle et de l'architecture romane. Grâce à des analogies avec d'autres églises, notamment l'abbatiale de Saint-Germer-de-Fly, la partie basse du chevet de l'église de Chars peut effectivement être situé entre 1160 et 1175 environ. Cette datation ne concorde pas avec les chapiteaux à crochets visibles dans les tribunes du chœur, indiquant le style Architecture gothique gothique primitif. C'est cette rupture de style qui permet de conclure à une interruption des travaux de gros œuvre entre 1175 et 1210 environ[5].

Après son achèvement complet au premier quart du XIIIe siècle, l'église reste ensuite inchangée jusqu'à l'effondrement du clocher central au XVIe siècle, exception faite d'une petite baie à tête tréflée aménagée au XVe siècle en haut du mur sud du chœur. Se dressant au-dessus de la croisée du transept, le clocher avait déterminé la largeur réduite de la nef et des croisillons. Rien n'est connu sur lui. Tous les doubleaux du carré du transept et toutes les voûtes adjacentes sont refaites (celle de la dernière travée de la nef, celles du transept et celles du chœur), et trois des quatre piles de la croisée du transept sont également rebâties. Uniquement la pile à l'angle nord-est subsiste donc du XIIe siècle. D'autres remaniements ont lieu à la même occasion : les fenêtres de la dernière travée de chacun des bas-côtés sont agrandies ; les chapiteaux romans de ces travées sont supprimés côté est ; l'arcade derrière le triforium côté ouest du croisillon nord et s'ouvrant initialement sous les combles du bas-côté nord est refaite ; les baies du triforium du croisillon sud sont refaites ; et la première et la dernière chapelle rayonnante sont reconstruites à pans coupés. Les trois autres reçoivent cette nouvelle forme à partir de l'appui des baies, qui sont donc elles aussi remplacées. Une large baie centrale flanquée de deux baies plus étroites remplacent les trois baies identiques en plein cintre d'origine. Finalement, le nouveau clocher est bâti au-dessus de la dernière travée du bas-côté sud. Au-dessus du second étage, la date de 1562 est gravée, ce qui indique que les travaux commencent au plus tard en 1561, mais ils ne sont achevés qu'en 1576, date gravée sur la balustrade au sommet de la tour[6].

L'église Saint-Sulpice fait partie des 934 premiers bâtiments classés monument historique par liste de 1840, dont seulement cinq autres églises sur le territoire de l'actuel département du Val-d'Oise[1]. Un premier état des lieux sommaire indique que l'église de Chars se trouve « dans un état de délabrement fâcheux », et au moins 14 000 francs sont demandés pour financer des travaux, alors que la commune et la fabrique ne peuvent réunir que 30 francs par an[7]. Des premiers travaux de restauration exécutés très maladroitement provoquent toutefois un déclassement dès 1845, et l'église continue de se dégrader. Bâtie sur un terrain marécageux, elle est sensible aux vibrations des trains circulant sur la nouvelle ligne de chemin de fer de Pontoise à Dieppe, et les murs se tassent. En 1868, le curé Huan lance une souscription pour financer des travaux de restauration, et la fabrique dépense la somme de 60 000 francs pour refaire les contreforts du chevet, deux arc-boutants, trois piliers du chœur, le mur extérieur derrière le triforium de l'abside et deux baies du bas-côté nord. En 1870, on a l'idée malencontreuse de rehausser le sol de la nef et des bas-côtés pour les aligner sur le même niveau que le transept, ce qui implique l'enterrement des bases des colonnes. En 1890, le curé Plaissonnet fait enlever les couches de badigeonss recouvrant tout l'intérieur de l'église pour faire ressortir de nouveau les détails de l'architecture d'origine, et peu de temps après, le curé Picard fait nettoyer plusieurs chapelles rayonnantes. L'engagement des habitants et de ces trois curés successifs sauve l'église de la ruine certaine, l'Étant s'abstenant complètement du financement des travaux. Eugène Lefèvre-Pontalis estime qu'après la restauration trop radicale de la collégiale Notre-Dame de Poissy par Eugène Viollet-le-Duc, l'église Saint-Sulpice de Chars représente le monument le plus intéressant de tout le département de Seine-et-Oise. Finalement, l'église est de nouveau classée par décret du 12 mars 1912. En 1944, sous la Seconde Guerre mondiale, le souffle de bombes tombant à proximité emporte les vitraux, qui sont remplacés par des puzzles de couleurs trop criantes[8],[9],[1].

Description[modifier | modifier le code]

Vue en direction de l'abside.

Aperçu général[modifier | modifier le code]

Comme ne manque pas de le souligner Eugène Lefèvre-Pontalis, l'église de Chars est semblable à l'abbatiale de Saint-Germer sous de nombreux égards. Issue d'une longue et unique campagne de construction, l'église Saint-Sulpice observe le plan caractéristique des plus grandes églises de l'apogée de l'architecture romane, et représente l'une des rares églises du Vexin français bâties sur un plan parfaitement homogène et symétrique. Les reconstructions du XVIe siècle relativisent bien entendu quelque peu ce constat, avec notamment la construction d'un clocher s'élevant au-dessus de la dernière travée du bas-côté sud au lieu de la croisée du transept, mais l'organisation de l'intérieur de l'église reste en tout cas inchangé jusqu'à présent. D'orientation régulière est-ouest, avec une toute petite déviation vers le sud-ouest, l'église se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de ses bas-côtés ; d'un transept non saillant ; d'un chœur composée d'une travée droite et d'une travée en hémicycle pour l'abside ; d'un déambulatoire ; et de cinq chapelles rayonnantes ordonnancées autour du déambulatoire. Une sacristie sans caractère a été collée devant le croisillon sud. Le vaisseau central conserve la même largeur d'un bout à l'autre de l'édifice. Ses travées sont légèrement barlongues, sauf celle de la croisée qui est carrée. Les travées des bas-côtés, un peu moins larges que celles du vaisseau central, sont également carrées, alors que les croisillons sont plus longues que larges. L'ensemble des travées est voûté sur croisées d'ogives, sauf l'abside et les absidioles en hémicycle, qui sont recouvertes respectivement d'une voûte à cinq compartiments et de voûtes tripartites, rayonnantes à partir d'une clé de voûte latéral. Du fait de la période de construction, l'élévation du chœur appartient déjà à l'architecture gothique primitive, et toutes les voûtes sont également gothiques. En effet, toutes les voûtes refaites au XVIe siècle portent encore les caractéristiques du XVe siècle et sont de style gothique flamboyant, mais sans nervures décoratives supplémentaires. Les massifs octogones remplaçant trois des quatre piles de la croisée s'accordent moins bien avec le style de l'édifice, mais la plupart des autres remaniements sont plus discrets. Le clocher est une œuvre de la Renaissance qui détonne à côté d'un édifice du XIIe siècle[10],[11].

Nef et bas-côtés[modifier | modifier le code]

Nef, vue en direction du portail depuis le carré du transept.
Bas-côté sud, avec à gauche des chapiteaux du XVIe siècle.

La haute nef de quatre travées est la première partie construite. Elle est suffisamment haute pour laisser la place à des fenêtres hautes sur les murs gouttereaux, mais ne mesure que 4,16 m de large entre deux piles. Avant la construction des voûtes, la nef faisait 4,92 m de large. Les arcades séparant les travées de la nef sont en tiers-point, et s'accompagnent d'arc-doubleaux. Les arcades faisant communiquer la nef avec les bas-côtés sont également en tiers-point, bien qu'encore romanes. Les chapiteaux de ces arcades ainsi que celles séparant les travées des bas-côtés sont décorés de feuilles d'acanthe, de rinceaux, de chimères et de quelques personnages. L'un des chapiteaux du sud se retrouve à l'identique dans le déambulatoire de la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Au-dessus des arcades latérales, les murs de la nef sont nus, mais encore plus haut, une baie plein cintre se trouve dans l'axe de chaque travée. Les chapiteaux supérieurs de la nef sont du même style que les chapiteaux déjà décrits, bien qu'une quarantaine d'années les sépare. Les ogives des voûtes du XIIe siècle présentent deux tores encadrant une rangée d'étoiles ou de pointes-de-diamant, alors que celles du XVIe siècle présentent des nervures prismatiques. La voûte de la quatrième travée de la nef remontant à cette époque possède une clé ajourée. La clé de la première travée affiche une masque encadrée de feuilles d'acanthe ; la suivante arbore huit têtes de monstres ; et la troisième l'agneau pascal comme symbole du Christ entourée de quatre têtes couronnées. Le même agneau entre dans le blason de l'archevêque de Rouen, et les rois sont vraisemblablement les quatre premiers Capétiens. Quant aux bas-côtés, les baies des trois premières travées du bas-côté nord et des deux premières travées du bas-côté sud sont d'origine, mais les chapiteaux le long du mur du bas-côté sud ont été remplacés au XVIe siècle. C'est aussi le cas des chapiteaux du côté des croisillons, à l’extrémité orientale des bas-côtés[12],[13].

Transept[modifier | modifier le code]

Croisillon nord.
Face est du croisillon nord.

Le transept a la même hauteur que la nef, et comme déjà indiqué, les croisillons ne dépassent pas en longueur la largeur des bas-côtés. L'élévation n'est par contre pas du tout la même et se distingue notamment par la présence d'une galerie de circulation ouverte à la hauteur de la naissance des voûtes, et d'un triforium. Du côté des murs latéraux des croisillons, il s'agit même de tribunes, car en l'absence de murs de refend, la galerie s'ouvre directement sur les combles du déambulatoire côté est. Côté ouest, des arcades derrière la galerie l'ouvraient sur les combles des bas-côtés, mais ces ouvertures ont été bouchées à l'époque moderne. Le croisillon nord est le mieux conservé et s'organise sur quatre niveaux. Dans le mur du fond, s'ouvre une porte plein cintre, et au-dessus, une étroite fenêtre plein cintre avec un large ébrasement. Une corniche prenant appui sur six corbeaux ornés de grosses billettes sert de base aux trois arcades plein cintre du triforium, reposant sur quatre colonnettes à chapiteaux. L'arcade du centre est très surhaussée et flanquée de deux oculi, et l'ensemble de ces ouvertures s'inscrit dans un grand arc de décharge plein cintre, rehaussé d'un boudin dégagé et de fines moulures. Une fenêtre en tiers-point s'ouvre derrière l'étroite galerie du triforium. Plus haut encore, la galerie de circulation ouverte en encorbellement repose sur six corbeaux sculptés en masques, et une baie en tiers-point s'ouvre directement sous le formeret de la voûté. Les faces latérales du croisillon sont éclairées de la même façon, et elles sont également dominées par la galerie de circulation en hauteur. Côté est, un oculus s'ouvre en dessus des arcades des tribunes. L'on ne trouve que deux arcades de même hauteur de chaque côté, surmontées par un oculus, et il n'y a pas de corbeaux en dessous des arcades. Le croisillon sud est semblable, mais les oculi du triforium sont entourées de moulures du XIIIe siècle, et une rosace se substitue à la baie haute sous le formeret. Les arcades des tribunes ont été remaniées au XVIe siècle. Les angles du carré du transept sont occupés par des massifs de maçonnerie octogones dépourvus de chapiteaux, et entourés de larges doucines à la base, sauf pour la pile du nord-est demeurant inchangée depuis le XIIe siècle. Elle porte des chapiteaux à crochets et les amorces des ogives du XIIIe siècle. Les voûtes du XVIe siècle ont des nervures prismatiques, comme la voûte contemporaine de la dernière travée de la nef[14].

Chœur et déambulatoire[modifier | modifier le code]

Autel dans l'hémicycle du chœur.
Chapelle absidiale reconstruite au XVIe siècle.

Le chœur est plus élevé que le reste de l'église. Il épouse une forme en fer à cheval et comporte une travée droite et une abside en hémicycle, ou à cinq pans à la hauteur des murs extérieurs au-dessus du déambulatoire. Les arcades de la travée droite sont à peine brisées, alors que celles de l'abside communiquant avec le déambulatoire sont en tiers-point et très surhaussées. Elles sont également richement moulurés avec notamment un gros boudin entre deux rangs de bâtons brisés, surmonté par deux tores et un cordon mouluré. Ce décor dérive de l'influence normande. Les chapiteaux sont sculptés en feuillages inclinés ou recourbés en forme de bourgeons. Il est à noter que l'une des colonnes du nord avec son chapiteau a été remplacé par une mauvaise copie. La distance entre les grosses piles de l'abside n'est que de 1,30 m. Comme dans la nef, les faisceaux de colonnes sont ceints de bagues au niveau du sommet des arcades. Ces bagues s'alignent ici sur un bandeau délimitant les arcades des tribunes. Elles sont identiques aux arcades des faces latérales des croisillons en haut de la travée droite du chœur, sauf que l'oculus est à quatre lobes. En haut de l'abside avec ses pans étroits, il n'y a de la place que pour une unique baie plein cintre entre deux piliers, surmontée par un oculus et un arc de décharge cette fois-ci en tiers-point. Les oculi entourés de petites feuilles des tympans au nord et au sud sont du XIIe siècle, alors que ceux des trois autres arcades proviennent du XIIIe siècle. En dessus des arcs de décharge, les murs sont ajourés par des oculi supplémentaires donnant toujours sur les combles du déambulatoire. À ce niveau, seulement l'oculus au nord remonte au XIIe siècle. En face, au sud, une baie à tête tréflée du XVe siècle se substitue à l'oculus. Tout en haut, l'on trouve toujours la galerie de circulation ouverte en encorbellement, et une baie en tiers-point sous chacun des formerets. Les baies sont cantonnées de colonnettes à chapiteaux et surmontées par un tore. Les voûtes à nervures prismatiques proviennent de la réfection du XVIe siècle, et la clé de voûte de l'abside présente trois fleurs de lys[15].

Dans sa partie en hémicycle, le déambulatoire conserve cinq voûtes d'ogives du XIIe siècle, reconnaissables par leurs nervures en profil d'amande qui rayonnent à partir d'une petite rosace de feuillages. La voûte de la travée de l'extrémité orientale est ornée à son sommet de quatre masques grimaçantes. La clé de voûte pendante de la travée du sud date du XVIe siècle ; c'est cette voûte qui a été refaite. Les chapelles rayonnantes ont des voûtés séparées et s'ouvrent derrière des arcades, et elles sont séparées par des piles flanquée de onze colonnettes. Sauf la partie basse des murs de la chapelle de l'extrémité orientale et des deux chapelles voisines, les chapelles ont été entièrement rebâties au XVIe siècle et sont à pans coupés. Les nervures des voûtes pénètrent directement dans les colonnes, sans chapiteaux. Les clés de voûte laissent apercevoir des écus mutilés sous la Révolution française, et l'une porte le nom de Jehan Leduc, mais l'on ignore à qui il correspond. — Dans son ensemble, le chœur permet d'observer une transition du roman vers le gothique du bas vers le haut. D'après Bernard Duhamel, le chœur relèverait cependant d'une pensée architecturale unique et ambitieuse, et son élévation à quatre étages serait absolument exceptionnelle ; il n'y aurait que cinq autres exemples en France. Ainsi, le chœur de Chars « préfigure, à l'échelle d'une paroisse de village, ce que seront les chœurs des grandes cathédrales gothiques de Senlis, de Noyon et de Laon. À lui seul, il permet de considérer l'église de Chars comme l'un des monuments religieux les plus intéressants du Val-d'Oise, du Vexin français et peut-être de toute l'Île-de-France »[16],[17].

Extérieur[modifier | modifier le code]

Fenêtre romane de bas-côté et corniche de modillons.
Clocher et croisillon sud.

La façade occidentale était achevée avant le milieu du XIIe siècle et est donc aussi ancienne que la nef. Le portail s'ouvre sous une multiple archivolte en plein cintre, ornée de boudins dégagés, de petits trous carrés et d'un cordon de palmettes. Des chapiteaux, ne subsistent que des vestiges méconnaissables, et les deux rangées de quatre colonnettes ont entièrement disparu. Depuis le rehaussement du sol de la nef en 1870 (voir ci-dessus), l'on accède à l'église par six marches d'escalier, et la porte a été montée plus haut de sorte que sa partie supérieure occupe l'emplacement du tympan. La façade est structurée verticalement par les quatre contreforts de la nef et des bas-côtés, entrecoupés par des glacis presque verticaux, et horizontalement par un bandeau mouluré. Il sert d'imposte aux baies plein cintre des bas-côtés, et délimite l'arcade décorative au-dessus du portail. Ses trois arcs plein cintre, dont celui du centre est plus large et plus élevé, sont cantonnés de colonnettes à chapiteaux, et ornés d'un cordon de palmettes. Un gâble plein sommé d'une croix celtique domine ce portail, arborant des cordons d'étoiles le long des rampants. Le pignon de la nef est percé d'un oculus primitif. Quant aux baies des bas-côtés, elles sont flanquées de colonnettes à chapiteaux, et leurs archivoltes en plein cintre se composent d'un boudin, d'une gorge, d'une baguette et d'un rinceau. Ces baies sont identiques sur la façade occidentale et sur les murs latéraux des bas-côtés, exception faite de la quatrième fenêtre du nord et de la troisième et quatrième fenêtre du sud, repercées au XVIe siècle. Il est à signaler que l'ornementation primitive de plusieurs fenêtres ne subsiste plus que sous la forme de fragments, beaucoup de blocs sculptés ayant été remplacés par des copies. Les contreforts à ressauts des bas-côtés ont tous été refaits. Les murs des bas-côtés et de la nef sont couronnés par des corniches de modillons, dont certains ont été remplacés. Ces restaurations respectent l'architecture d'origine. Les baies hautes de la nef sont plein cintre et sans ornementation[18],[9].

Le clocher se situe à l'emplacement de la quatrième travée du bas-côté sud. De style Renaissance, il est attribué sans preuve aux architectes Pierre et Nicolas Le Mercier et exécuté entre 1561 et 1576 par les artisans Gilles Vivian et Jean Bretel, tous de Pontoise. Ce clocher volumineux et dépourvu de flèche est ajouré d'une baie abat-son par face au niveau de premier étage, et de deux baies au second étage, surmontées par des frontons respectivement triangulaires et en arc de cercle. Les contreforts strictement verticaux sont entrecoupés par des entablements moulurés d'ordre composite en haut de chacun des trois niveaux, avec, peu avant leur sommet, une frise se poursuivant sur les faces du clocher. Une tourelle d'escalier octogonale flanque le clocher au sud et monte jusqu'au début de second étage. Cet escalier constitue le seul moyen d'accès au triforium et aux galeries du transept et du chœur[19],[20].

Les contreforts d'angle du croisillon nord ont tous été renforcés. Le portail nord est encadré par un boudin continu retombant sur des bases de colonne. Les moulures de l'archivolte se répètent au-dessus de la baie plein cintre qui surmonte le portail. Les deux baies en tiers-point éclairant le triforium et la partie supérieure du transept sont entourées de cordons d'étoiles. Au sud, la rosace appareillée en haut du mur pignon demeure inchangée depuis la fin du XIIe siècle. Elle mesure 3,45 m de diamètre et est cernée de deux boudins, de deux gorges et d'un rang d'étoiles. Le remplage assez complexe s'articule autour d'un oculus central décoré d'étoiles et de crochets, servant d'appui à huit colonnettes à chapiteaux rayonnant autour et reliées entre elles par des arcs plein cintre, ornés également de cordons d'étoiles. Les extrémités des huit festons de la rose sont agrémentés d'oculi entre les rayons. Des rosaces d'une telle envergure sont rares à l'époque romane, et celle de Chars peut être considéré comme un exemple particulièrement remarquable, d'autant plus qu'elle n'a pas subi le moindre remaniement. Elle a été recopiée au début du XIIIe siècle sur l'église Saint-Symphorien de Nesles-la-Vallée[21].

Les chevets à pans coupés des cinq chapelles rayonnantes sont une bonne illustration du style flamboyant, avec notamment des contreforts décorés de pinacles garnis de crochets. Les baies des extrémités, plus larges que les autres, sont les seules à posséder un remplage. Il se compose de deux lancettes, surmontées de soufflets et mouchettes. Les oculi en dessus des chapelles rayonnantes, toutes refaites à l'époque moderne, n'éclairent pas le déambulatoire mais les tribunes du chœur. Les murs du chœur sont consolidés par six arc-boutants dans la prolongation des contreforts du déambulatoire. Ces arc-boutants en quart-de-cercle ont été rajoutés au XIIIe siècle, et leurs gargouilles variées indiquent bien cette époque. Au-dessus des arc-boutants, les contreforts plats d'origine subsistent. Les arc-boutants secondaires rectangulaires sont modernes, mais sans datation exacte. Ils se prolongent sous les combles du déambulatoire, où ils forment des arcades séparant les travées du déambulatoire entre elles. Cette disposition date également de l'époque moderne. Entre les arc-boutants, les fenêtres hautes du chœur sont des lancettes simples en tiers-point, décorées par des cordons d'étoiles retombant sur des têtes grimaçantes. La corniche à hauteur des seuils des fenêtres est entièrement refaite. En haut du mur, l'on retrouve une fois de plus une corniche de têtes grimaçantes, dont certaines manquent aujourd'hui[22].

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Mobilier[modifier | modifier le code]

Chaire à prêcher.

L'église de Chars ne compte que trois éléments de mobilier classés monument historique au titre objet :

  • La chaire à prêcher du premier quart du XVIIIe siècle, en bois taillé et mouluré[23] ;
  • L'aigle-lutrin de la même époque, en bois taillé et doré[24] ;
  • Une cloche en bronze de 1506[25]. C'est la seule parmi quatre cloches ayant survécu à la Révolution. Faite par les habitants de Chars d'après une inscription qu'elle porte, elle a été baptisée Marie et a dû commencer sa carrière dans l'ancien clocher[26].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maryse Bideault et Claudine Lautier, Île-de-France Gothique 1 : Les églises de la vallée de l'Oise et du Beauvaisis, Paris, A. Picard,‎ 1987, 412 p. (ISBN 2-7084-0352-4), p. 153-163
  • Bernhard Duhamel, Guide des églises du Vexin français : Chars, Paris, Éditions du Valhermeil,‎ 1988, 344 p. (ISBN 2-905684-23-2), p. 89-92
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, « L'Église de Chars (Seine-et-Oise) », Bulletin monumental, Paris / Caen, A. Picard / Henri Delesques, vol. 65,‎ 1901, p. 7-29 (ISSN 0007473X, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Notice no PA00080019 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 7-8 et 12-16.
  3. Duhamel 1988, p. 89.
  4. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 7-8.
  5. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 16-18 et 22.
  6. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 8 et 16-25.
  7. Henri Lemoine, « Les monuments historiques en Seine-et-Oise de 1810 à 1887 », Bulletin de la Commission des antiquités et des arts / Département de Seine-et-Oise, Rodez, Imprimerie P. Carrère, vol. 47,‎ 1935, p. 185-197 (ISSN 1146934X, lire en ligne) ; p. 190.
  8. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 9 et 29.
  9. a et b Duhamel 1988, p. 90.
  10. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 9 et planche après la p. 8.
  11. Duhamel 1988, p. 89-90.
  12. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 9-16.
  13. Duhamel 1988, p. 91.
  14. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 16-18.
  15. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 16-22.
  16. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 22-23.
  17. Duhamel 1988, p. 92.
  18. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 24-25.
  19. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 25-26.
  20. Séverine Charon, Hénin, Maria Pia Hutin-Houillon, Philippe Oyer et Bruno Sternberger, « Le patrimoine des communes du Val-d’Oise : Chars », Collection Le Patrimoine des Communes de France, Paris, Flohic Éditions, vol. II,‎ octobre 1999, p. 633-637 (ISBN 2-84234-056-6).
  21. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 26-27.
  22. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 21 et 26-29.
  23. « Chaire à prêcher », base Palissy, ministère français de la Culture.
  24. « Aigle-lutrin », base Palissy, ministère français de la Culture.
  25. « Cloche », base Palissy, ministère français de la Culture.
  26. Lefèvre-Pontalis 1901, p. 26.