Abbaye Saint-Germer-de-Fly

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Abbaye Saint-Germer-de-Fly
Église abbatiale et sainte-chapelle
Abbatiale, vue de l'abside depuis le sud-est.
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Rattachement Diocèse de Beauvais
Début de la construction 1135-1206 / 1259-1270
Style dominant gothique primitif
Protection Logo monument historique Classé MH (1840) (abbatiale et chapelle)[1]
 Inscrit MH (1930) (autres vestiges)[2]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Picardie
Département Oise
Commune Saint-Germer-de-Fly
Coordonnées 49° 26′ 35″ N 1° 46′ 48″ E / 49.44306, 1.7849° 26′ 35″ Nord 1° 46′ 48″ Est / 49.44306, 1.78  

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Abbaye Saint-Germer-de-Fly

L’abbaye Saint-Germer-de-Fly, anciennement abbaye de Flay, est une ancienne abbaye de bénédictins fondée au VIIe siècle par saint Germer, son premier abbé. Détruite une première fois par les Vikings vers le milieu du IXe siècle, elle est de nouveau ravagée par Rollon au début du Xe siècle, puis reconstruite au XIIe siècle à l'initiative de l'évêque de Beauvais. L'ancienne abbaye est située en Picardie, dans le département de l'Oise, sur la commune de Saint-Germer-de-Fly. Hormis un certain nombre de vestiges, ne restent de la puissante abbaye du Moyen Âge que l'église abbatiale, de style gothique primitif, et la saint-chapelle, de style gothique rayonnant. La première a été construite entre 1135 et 1206 environ et est devenue l'église paroissiale de l'actuel village de Saint-Germer-de-Fly. D'un point de vue architectural, avec son mélange de styles roman et gothique, elle est considérée comme un exemple caractéristique de la première génération gothique, et ceci, non par ses dimensions ou sa beauté, mais par son caractère novateur. C'est l'un des plus anciens témoignages de l'art gothique en France. La seconde a été construite pendant les années 1260 et n'apporte pas d'innovations architecturales, mais elle représente aujourd'hui l'un des rares exemples des nombreuses saintes-chapelles édifiées partout en France entre 1240 et 1260 environ. Par le raffinement de son architecture et la maîtrise remarquable dans son exécution, elle est un chef-d'œuvre de l'art rayonnant et reflète cet art à son apogée. Les deux édifices sont classées monuments historiques très tôt par liste de 1840[1], et se retrouvent ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise. Les autres vestiges sont inscrits en 1930, puis en 1983[2].

Historique[modifier | modifier le code]

La fondation et la vie de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Germer, personnage marquant du VIIe siècle, fonde cette abbaye et en devient le premier abbé. Germer, fils de Rigobert, est par sa mère allié à la famille du roi Clotaire II. Il est ainsi mêlé à l’administration des affaires publiques. À la mort de sa femme Domane, il prend l’habit religieux des mains de saint Ouen, archevêque de Rouen, qui lui indique le territoire de Fly afin d’y ériger un monastère.

Une abbaye importante s’y élève bientôt, qu'il dirige jusqu'à sa mort, un 24 septembre vers l’an 658. Le nom de l'abbaye est aussi attesté sous la forme Flay[3], selon l'étymologie du lieu mentionné en 864 sous la forme latinisée Flaviacum. Les Vikings ravagent l’abbaye, une première fois en 850. Elle est de nouveau ruinée et rasée par Rollon en 902.

L'abbaye étant abandonnée après les incursions vikings, le roi attribue ses biens à l'évêché de Beauvais, afin que les terres ne soient pas spoliées.

En 1036, Druon, évêque de Beauvais, fait réédifier l’abbaye qu’il appelle Saint Germer de Fly. En 1132, les reliques de saint Germer, qui se trouvent jusqu'alors dans la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, y sont partiellement transférées. L'abbaye rejoint l'Ordre cistercien.

La reconstruction de l'abbatiale est alors décidée et les travaux peuvent rapidement commencer grâce à de généreuses donations. Ils se poursuivent jusqu'en 1167, date à laquelle ils sont interrompus en raison de la crise intervenue dans la communauté à la suite de l'élection controversée de l'abbé Hildegaire II.

En 1200, à la mort de l'abbé Hugues le Pauvre, les moines élisent Saint-Eustache, prêtre natif du Beauvaisis et ancien secrétaire de l'évêque de Beauvais Philippe de Dreux, comme abbé. « Nous avons élu votre secrétaire, homme honorable, simple et droit, à qui on rend témoignage de toutes parts », écrivent-ils à Philippe de Dreux. Eustache reste abbé jusqu'à sa mort, le 7 septembre 1211, mais doit parfois abandonner l'abbaye pour aller prêcher en Languedoc touché par l'hérésie cathare, ou pour aller en Angleterre, où le pape Innocent III l'envoie comme légat pontifical.

Acte de l'official de Beauvais du 11 mai 1248

.

En 1246, l'abbé Guillaume de Villaines vend toutes les possessions anglaises de l'abbaye. Un acte de l'official de Beauvais en date du 11 mai 1248 mentionne la vente à l'abbaye Saint-Germer-de-Fly, par Richard de Grez, de Saint-Félix, et son épouse, d'une « une pièce de terre arable qu'ils avaient de l'héritage d'Asceline d'Amuchy, tante maternelle dudit Richard » pour la somme de cent dix sous parisis.

Au XIIIe siècle, Pierre de Wessencourt, 25e abbé de Saint-Germer de 1259 à 1272, fait édifier, au chevet de l'abbatiale, la chapelle de la Vierge, qui ressemble à la Sainte-Chapelle de Paris, de onze ans son aînée. Le 20 avril 1259, aux côtés de Guillaume de Grès, 61e évêque de Beauvais, il en fait la dédicace à Saint-Germer. Elle est reliée au chevet de l'église (dans l'axe) par un passage étroit. Celui-ci se compose de trois travées éclairées par de petites baies à quatre lancettes, surmontées de gâbles à l'extérieur. De style gothique, sa destination est de servir de chapelle funéraire, et Pierre de Wessencourt y fait transporter les restes de saint Eustache, l'ancien abbé de 1200 à 1211, enterré jusque-là dans l'abbatiale.

L'abbaye souffre beaucoup de la guerre de Cent Ans : l'église perd notamment sa façade occidentale et les voûtes de six des travées de la nef. En 1414, les troupes du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, détruisent la première travée de la nef et les deux tours qui encadrent la façade occidentale. Au début du XVIe siècle, un mur provisoire est élevé à l'ouest, qui sert encore aujourd'hui de façade.

En 1644, l'abbaye Saint-Germer-de-Fly est confiée à la congrégation de Saint-Maur. Les moines de Saint-Maur entreprennent la réforme de l'abbaye. L’abbaye Saint-Germer-de-Fly fonctionne jusqu'à la Révolution française. Déclarée bien national et vendue, ses bâtiments sont détruits en 1790. Seules sont restées l'abbatiale et la Sainte-Chapelle, qui sont rendues au culte pour servir d'église paroissiale au village de Saint-Germer-de-Fly.

La construction de l'abbatiale et son évolution[modifier | modifier le code]

Si l'histoire de l'abbaye est très bien documentée, ce n'est pas le cas de la construction de l'abbatiale. Tous les auteurs de toutes les époques se sont rendu compte de l'importance de l'abbatiale de Saint-Germer pour l'évolution de l'architecture religieuse et de la grande valeur de l'édifice, mais la datation exacte a encore longtemps suscitée des débats. Elle n'est pas facilitée par l'homogénéité de l'ensemble, qui ne s'est évidemment pas construit dans une seule génération, ni par la cohabitation d'éléments du vocabulaire de l'architecture romane avec les premières expressions de l'architecture gothique. Si Eugène Lefèvre-Pontalis indique déjà en 1886 l'importance de l'événement de la restitution du bras de saint Germer à l'abbaye en 1132 pour le déclenchement de la construction de l'abbatiale actuelle, l'on a longtemps situé le début des travaux entre 1140 et 1160, avant qu'une monographie de Jacques Henriet en 1985 ne parvienne à proposer une argumentation concluante pour un début des travaux vers 1135, sous l'abbé Léodegaire. Les travaux se poursuivent sous ses successeurs Fulbert (1145-1163) et Gérard Ier (1163-1167), et s'interrompent avec l'élection controversée d'Hildegaire. La date de la reprise des travaux reste impossible à déterminer, mais se situe vraisemblablement sous l'abbatiat d'Hugues de Clermont (1172-1180). Plusieurs parties de l'église sont en tout cas consacrées par l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, en 1206. Cette date peut correspondre à l'achèvement, sinon de l'église entière, mais au moins de ce qu'il en reste, le massif occidental disparu pouvant dater du XIIIe siècle. En revanche, la datation de la sainte Chapelle est facilité par une inscription sur l'un de ses vitraux, qui précise que l'abbé Pierre de Wessencourt élu en 1295 est le fondateur de cette chapelle, et qu'il choisit comme lieu de sépulture le vestibule de cette même chapelle, servant de passage vers l'abbatiale. Pierre de Wessencourt meurt en 1272, et il est effectivement enterré dans le passage[4],[5].

Pendant la guerre de Cent Ans, apparemment entre 1380 et 1390, le massif occidental et une grande partie de la nef sont détruits. Cet événement pourtant marquant n'a pas laissé de traces concrètes dans les archives, mais la façade occidentale avec ses deux tours, les voûtes des six premières travées de la nef et les voûtes des tribunes de la nef n'ont jamais été reconstruites. Quant au mur méridional du bas-côté sud, il présente des fenêtres caractéristiques de la fin du XIVe siècle, et sept voûtes du bas-côté sont refaites à la même époque. Or, une cloison provisoire tient toujours lieu de façade, et le mur actuel n'est bâti qu'au début du XVIe siècle. C'est une période pendant laquelle quelques réparations et de petits remaniements ont lieu, avec notamment l'édification d'arc-boutants entre les deux dernières travées de la nef qui ont gardé leur voûte, et à l'ouest du transept. Mais le XVIe siècle est aussi l'époque pendant laquelle s'écroule la flèche dressée au-dessus de la croisée du transept. Une réparation et remise en état global sont seulement entreprises sous les mauristes à partir de 1697 et jusqu'en 1754. Un portail est aménagé dans le mur occidental en 1739 ; le clocher en charpente de 60 m de hauteur au-dessus du carré du transept est refait à neuf vers 1740 ; les arcs-boutants internes du chevet sont consolidés ; les voûtes des tribunes du chœur sont réparées ; et en 1754, une fausse voûte en charpente plâtrée est jetée sur les six premières travées qui avaient perdu leurs voûtes au XIVe siècle[6],[7].

Préservation et restauration[modifier | modifier le code]

La disparition des édifices attenant à l'église pendant la période révolutionnaire fragilisent le côté nord, à tel point qu'il est nécessaire de reconstruire le bras nord du transept et le bas-côté nord en 1808[réf. nécessaire].

L'abbatiale et la sainte-chapelle sont toutes les deux classées monuments historiques très tôt par liste de 1840[1], et se retrouvent ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise. Un premier état des lieux est dressé en 1843 par l'architecte Émile Boeswillwald, dont le rapport recommande la démolition de l'abbatiale et la seule conservation de la sainte-chapelle. Sans surprise, le rapport suscite une vague de protestations. Une seconde expertise est commandée à Gourlier, dont les conclusions sont en totale opposition avec celles de Bœswilwald. Malgré tout, Bœswilwald est chargé de la restauration de la chapelle, alors que seulement des menus travaux sont exécutés dans l'église à partir de 1873. Après la Première Guerre mondiale, des mesures de sauvegarde sont enfin envisagées et confiées à l'architecte en chef des monuments historiques H. Chaine. Ces travaux s'échelonnent sur la période de 1920 à 1938 environ et ne sont que ponctuels. Concrètement, ils portent sur la reprise de la façade occidentale ; le rétablissement de chaînages au-dessus des pignons des bas-côtés en 1922 ; la réfection des toitures de l'ensemble du transept et de la nef en 1924 et 1926 ; la restauration du parement et des contreforts au nord de la nef et à l'est du croisillon sud ; et la reprise des piédroits des fenêtres hautes du chœur en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, la restauration s'est limitée à l'enlèvement des badigeons dans le déambulatoire et dans le bas-côté nord, et à la réouverture des baies de la galerie dans la dernière travée de la nef. Globalement, ces restaurations du XXe siècle ont respecté la substance de l'édifice et n'ont apporté aucune modification radicale. Dans la sainte-chapelle par contre, les vestiges de polychromie à l'intérieur ont été victimes de l'intervention de Bœswilwald, et à l'extérieur, les gâbles au-dessus des fenêtres et les pinacles ont été reconstitués de toutes pièces en sacrifiant la substance d'origine[8].

Mairie - ancien grenier.
Enceinte avec tour.

Les différents autres vestiges de l'abbaye sont inscrits par arrêté du 5 avril 1930, puis cet arrêté est annulé et remplacé par un nouvel arrêté en date du 27 juin 1983[2]. L'inscription porte concrètement sur :

  • les façades et toitures du bâtiment d'entrée avec son passage voûté et de la porterie ;
  • l'ancienne infirmerie de l'abbaye, avec son escalier et son trumeau avec cheminée) ;
  • l'ancien dortoir des moines ;
  • les vestiges du cloître et de la salle capitulaire ;
  • le logis abbatial, ainsi que les boiseries provenant du logis abbatial et remontées dans les grand et petit salons et la salle à manger du bâtiment du XIXe siècle dit le Château ;
  • la tour dite Tour Guerrière et deux autres tours de l'enceinte ;
  • le colombier ;
  • l'ancien grenier de l'abbé (actuellement mairie) ;
  • les parties subsistantes du mur d'enceinte ;
  • le sol des anciens bâtiments conventuels et du cloître, y compris son aire et les cours, avec les vestiges archéologiques qu’ils peuvent renfermer ;
  • les sols de l'ancien jardin de l'abbé et de l'ancien jardin des moines ;
  • l'étang des moines ;
  • les façades et toitures des bâtiments de la ferme actuelle remontant au XIXe siècle ;
  • l'escalier également du XIXe siècle du bâtiment dit le château et l'allée de tilleuls[2].

Description de l'abbatiale[modifier | modifier le code]

Aperçu général[modifier | modifier le code]

Plan de l'abbatiale.
Intérieur de l'église.

Orientée irrégulièrement sud-ouest - nord-est, l'abbatiale suit un plan cruciforme parfaitement symétrique. Elle se compose d'une nef de huit travées barlongues accompagnée de deux bas-côtés étroits ; d'un transept largement saillant dont chaque croisillon se compose de deux travées, celle de l'extrémité plus développée ; d'un chœur d'une travée droite suivi d'une abside en hémicycle ; de deux collatéraux flanquant la travée droite du chœur ; d'un déambulatoire ; et d'initialement cinq chapelles rayonnantes. Celle de l'axe a été remplacée par le passage reliant la saint-chapelle à l'église, et celle du nord a disparu à une date indéterminée. La largeur du vaisseau central reste identique sur toute sa longueur, et il en va de même des bas-côtés, des premières travées des croisillons et des collatéraux du chœur. Ces vaisseaux secondaires sont moitié moins larges que le vaisseau central. Les travées des bas-côtés et collatéraux sont à peu près carrées. C'est également le cas de la croisée du transept, qui équivaut à deux travées de la nef ou à quatre travées des bas-côtés. Comme les deux travées des extrémités des croisillons, la première travée de la nef est plus profonde. Ainsi, les proportions des différentes parties de l'église suivent un schéma bien simple[9].

L'abbatiale est de dimensions généreuses : elle mesure 63,75 m de longueur, plus de 19 m voire 27,50 m de large au niveau du transept, et plus de 19 m de haut sous les voûtes du vaisseau central. En incluant la sainte-chapelle, l'ensemble des deux édifices atteint une longueur totale de 99 m[10]. Les deux tours du massif occidental n'ont jamais été reconstruites après leur destruction, et le clocher central s'étant dressé sur la croisée du transept a été remplacé par un clocher en charpente à la période classique. La façade occidentale et le mur méridional de la nef ne sont plus d'origine, et le croisillon nord a également subi des remaniements. Sinon, le plan de l'église, sa structure et son élévation n'ont pas évolué depuis le début du XIIIe siècle. Seulement les arc-boutants de la nef et du transept et quelques baies à réseau flamboyant côté nord-est ne sont pas authentiques, et les six premières voûtes de la nef ont été refaites en bois. L'élévation intérieure porte sur quatre étages dans l'ensemble de l'édifice, ce qui est assez exceptionnel, tout comme par ailleurs le respect d'une même conception architecturale tout au long de la construction, qui a dû s'échelonner sur une période de soixante-dix ans, pendant laquelle bien d'évolutions stylistiques se sont produites. Le premier niveau est celui des grandes arcades faissant communiquer le vaisseau central avec les bas-côtés et le déambulatoire ; le premier étage est celui des galeries ; le second étage comporte des ouvertures sur les combles des galeries ; et le troisième étage est celui des fenêtres hautes. Une particularité de Saint-Germer sont en effet les larges galeries voûtées courant tout autour au niveau du premier étage, avec un éclairage direct par l'extérieur. Elles ne sont remplacés par un étroit triforium aux extrémités du transept, et sans doute au revers de la façade d'origine. Le chevet est toujours dépourvu d'arc-boutants, qui n'étaient pas encore connus à la période de sa construction[11].

L'élévation et l'agencement global de l'abside sont encore clairement d'inspiration romane. L'arc plein cintre règne sur presque toutes les fenêtres et arcs de décharge, y compris pour les galeries, ainsi que sur les doubleaux des galeries. Les hautes voûtes sur croisées d'ogives adoptent par contre le tiers-point pour les ogives, doubleaux et formerets. Dans les murs d'extrémité du transept, les arcs de décharge du rez-de-chaussée et les fenêtres hautes sont également en tiers-point. Ainsi, l'église est aujourd'hui considérée comme expression du style gothique primitif, et même comme l'une des premières expressions de ce style à l'époque de transition du roman vers le gothique. L'impression intérieure de l'édifice est fortement altérée par les badigeons anciens, qu'il n'est pas question de renouveler car non authentiques ; or, leur présence fait paraître les murs sales et tachés. Les badigeons n'ont été enlevés que dans le déambulatoire et le bas-côté nord. De même, la nef se présente encore comme au XIXe siècle avec les fenêtres des galeries bouchées ; en revanche, l'église a été largement préservée de restaurations maladroites ou trop radicales portant atteinte à sa substance[12].

Intérieur[modifier | modifier le code]

Déambulatoire[modifier | modifier le code]

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Le déambulatoire se compose de cinq travées de forme trapézoïdale, délimitées intérieurement et extérieurement par des lignes courbes en segment de cercle. Les cinq voûtes d'ogives sont donc distinctes de celles des chapelles rayonnantes. Ces dernières sont peu profondes et éclairées chacune par trois fenêtres, dont celle du centre plus grande. La voûte à trois segments présente des nervures composées simplement d'un gros tore, convergeant vers une clé de voûte circulaire décorée de masques d'animaux, à l'intersection de l'arcade extérieure du déambulatoire. Les supports des voûtes du déambulatoire sont des piles composées, avec toutefois des particularités du côté du rond-point de l'abside. Entre les chapelles rayonnantes, les piles sont cantonnées de trois colonnes correspondant aux doubleaux et aux arcades ouvrant sur les chapelles, et de quatre colonnettes correspondant aux ogives et aux doubleaux des arcades. Derrière le rond-point, les doubleaux du déambulatoire et les ogives retombent sur des culs-de-lampe afin de ne pas trop encombrer l'espace[13],[14].

Abside[modifier | modifier le code]

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Le rond-point de l'abside se distingue par son apparence élancée, grâce au soulignement de la verticalité par les faisceaux de trois longues colonnettes des ogives et formerets des hautes-voûtes, retombant jusqu'au sol, et par des corniches au seuil des fenêtres de la galerie et au niveau de la coursive en hauteur, permettant de mieux apprécier la distance et ainsi la hauteur. Si, au premier regard, l'élévation du rond-point semble se composer de cinq travées rigoureusement identiques, le décor se singularise en réalité par une grande richesse du vocabulaire. Les variations du décor se manifestent sur cinq plans : les corbeilles des chapiteaux, la forme des oculi au-dessus des baies de la galerie, les cordons surmontant les arcs de décharge de la galerie, la moulure des ogives et les clés de voûte. Au niveau du rez-de-chaussée, les grandes arcades s'ouvrant sur le déambulatoire décrivent des ogives surhaussées, dont l'intrados se découpe dans un profil de bâtons brisés. Dans la région, ce motif apparaît plus communément sur les portails extérieurs des églises de la période de 1130 / 1150. Comme déjà évoqué, les piles composées sont particulières et réunissent trois types de supports : les nervures du déambulatoire retombent sur des culots puis sur les chapiteaux du premier ordre, les grandes arcades retombent sur des chapiteaux puis des colonnes engagées, et les faisceaux de trois colonnettes correspondant aux hautes-voûtes sont directement adossés aux piles, sans chapiteaux. Le décor végétal domine sur les chapiteaux et sur les culots, avec beaucoup de feuilles d'eau relativement lisses au premier ordre, disposées dans une seule rangée et formant parfois des volutes ; puis les compositions deviennent plus complexes en hauteur et la superposition de plusieurs rangs de feuillages devient plus fréquent. Ces chapiteaux sont proches de celles de l'abside de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, qui sont par contre moins variés, et de celles de la cathédrale Saint-Étienne de Sens[15],[16].

L'étage des galeries montre une disposition innovante. Depuis le rond-point, les fenêtres ne s'ouvrent pas sur les combles du déambulatoire, mais sur une large galerie, recevant directement le jour par des baies extérieures et voutée d'arêtes (la plupart de ces voûtes s'étant perdu). La galerie se compose de trois ouvertures plein cintre dans la travée droite du chœur, et de deux ouvertures gémellées dans le rond-point (manquantes dans la travée d'axe). Elles reposent sur les chapiteaux de quatre colonnettes, dont celles du centre sont positionnées l'une derrière l'autre. Le motif des tailloirs se continuent sur les faisceaux de colonnettes retombant depuis les hautes-voûtes. Au-dessus, les oculi épousent tous des formes différentes et sont agrémentés d'un décor différent finement ciselé, et les arcs de décharge sont également surmontés de cordons arborant à chaque fois des motifs différant : pointes-de-diamant, étoiles ou frettes. Les motifs géométriques sont de provenance anglo-normande mais ont rapidement connus une large diffusion dans l'Oise et dans le Vexin français. La galerie elle-même est assez sobre, les larges doubleaux plein cintre des voûtes retombant sur de simples dosserets au revers du mur extérieur, sans chapiteaux. Quant au second étage, il est constitué d'ouvertures rectangulaires aujourd'hui bouchées, destinées à l'aération des combles de la galerie. Saint-Germer est la première église où paraît cet étage, qui ne connaîtra qu'une diffusion très limité (église Saint-Sulpice de Chars, cathédrale Notre-Dame de Paris...). En haut, les ouvertures sont délimitées par les corbeaux sculptés en masques sur lesquels s'appuie la coursive en encorbellement. Vers l'extérieur, cette coursive adopte la forme d'une corniche répétant le profil des tailloirs des baies de la galerie. C'est sur la corniche que se situent les chapiteaux du second ordre. La coursive qu'elle supporte permet à la fois l'entretien des baies hautes, dont le seuil se situe toutefois à plus de deux mètres au-dessus, et un allégement de la structure. Rien n'est à dire sur les baies hautes, qui sont de simples ouvertures plein cintre sans remplage. Autour de ces baies, les formerets et les ogives de la voûte de l'abside sont pourvus d'un très fin décor géométrique d'une grande fantaisie, et la grande demi-clé de voûte est d'une inventivité tout à fait exceptionnelle[15],[16].

Transept[modifier | modifier le code]

Croisillon sud, mur d'extrémité.
Croisillon sud, mur oriental.

Le transept provient de la même campagne de construction que le chœur et affiche le même style, mais le croisillon nord a été remanié. La croisée du transept est marqué par les quatre piles cantonnées qui la délimitent, supportant les hautes arcades en tiers-point s'ouvrant sur les croisillons et le vaisseau central, ainsi que le clocher central. La puissance de ces piles tient compte du poids plus élevé de la flèche d'origine. Elles sont flanquées chacune de quatre colonnes et de quatorze colonnettes engagées, mais seulement treize de ces supports montent jusqu'au sommet, les autres correspondant aux bas-côtés ou collatéraux. Les colonnes correspondent aux arcades ; les colonnettes aux doubleaux et formerets, sachant que les hautes arcades disposent de deux doubleaux chacune. La voûte du carré du transept est percée d'un trou de cloches de 90 cm de diamètre.

L'élévation des murs latéraux des croisillons reprend la disposition des travées du rond-point de l'abside, sauf que les ouvertures rectangulaires au deuxième étage manquent. Les murs sont nus à leur place. Au rez-de-chaussée, les arcades des travées d'extrémité ne correspondent pas à des collatéraux, étant donné que ces travées font saillie sur les façades latérales de l'église. Elles ouvrent donc sur des niches de faible profondeur, comportant des enfeux ou des groupes sculptés. Le décor en bâtons brisé de l'intrados cède la place à des tores. Au niveau de l'étage, l'on ne trouve pas une large galerie mais un étroit triforium dans les travées d'extrémité, mais cela ne change rien pour l'apparence extérieure en regardant depuis la croisée. Pour venir aux murs d'extrémité nord et sud, ils sont nus au niveau du rez-de-chaussée. À l'étage, l'on trouve un triforium de deux baies gémellées, séparées par une colonne engagée qui ne correspond à aucune retombée de voûtes : sa vocation est de conserver le même rythme d'agencement des murs, pour des raisons esthétiques. Le triforium est ajouré par l'arrière, ce qui représente une innovation architecturale à l'époque de construction. Au nord, ce triforium a toutefois disparu sans laisser de traces, remplacé par deux baies plein cintre modernes. La coursive commence à un niveau inférieur qu'ailleurs, étant donné que le seconde étage ne comporte pas d'ouvertures. Ainsi, les fenêtres hautes peuvent être plus élevées. Elles se présentent sous la forme d'un triplet de trois baies plein cintre, dont la première dépasse en hauteur les autres[17],[18].

Nef et bas-côtés[modifier | modifier le code]

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La nef et les bas-côtés ont été bâtis en dernier lieu, et leur achèvement peut être situé au début du XIIIe siècle, mais l'on ne note que d'infimes différences par rapport à la travée droite du chœur. Même les chapiteaux répondent à la même structure et la même disposition, sauf une série au revers des grosses piles en direction des bas-côtés, dont la sculpture est plus fruste. Globalement, une telle unicité de style est exceptionnelle dans de grandes églises construites pendant plusieurs générations, et la reconstruction des murs méridional et occidental après leur destruction sous la guerre de Cent Ans n'affecte que très peu l'espace intérieur. Jusqu'à quatre tirants en fer par travée ont dû être posés afin d'assurer la stabilité des murs. Les voûtes d'ogives de la haute nef, dont seulement les deux dernières subsistent d'origine, retombent sur des faisceaux d'une colonne et quatre colonnettes. La première correspond aux doubleaux, les dernières aux ogives et formerets. Comme au chœur, les grandes arcades n'ont pas de doubleaux. Les voûtes des bas-côtés retombent sur des faisceaux de la même composition, adossés aux grosses piles et aux murs gouttereaux. Comme déjà dans le transept, les grandes arcades ne sont plus décorés de bâtons rompus, et leur profil a été simplifiée sur les cinq premières travées en comptant depuis le portail occidental. Les bases des sixièmes et septième piliers sont portées 1,55 m plus haut pour tenir compte de la présence de stalles dans les deux dernières travées de la nef. Du triforium, l'on ne perçoit plus que les arcs de décharge[19],[20].

Extérieur[modifier | modifier le code]

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L'extérieur est pour l'essentiel le reflet de l'agencement intérieur. Le déambulatoire, les collatéraux du chœur et les bas-côtés de la nef forment un étage à part entière, exactement de même profondeur que le rez-de-chaussée. Le long de la nef, la superposition de deux rangées de fenêtres trahit l'existence d'un étage ; du côté de l'abside, les chapelles rayonnantes avec leurs toitures coniques font saillie devant le déambulatoire et soulignent bien l'étage des galeries. La façade du chevet est sans doute la mieux réussie sur le plan esthétique grâce à la répétition des contours en hémicycle sur trois niveaux, et une forme des toitures qui épouse exactement la forme des murs. Il peut paraître surprenant que les haut murs de l'abside tiennent toujours sans arcs-boutants, voire sans contreforts, car les colonnes engagées coiffés de chapiteaux coniques que l'on trouve à leur emplacement peuvent difficilement remplir leur mission. En haut, le mur de l'abside est couronné d'une corniche beauvaisine plus élaborée que d'habitude. Elle se compose d'arcatures plein cintre non pleines, qui s'entrelacent avec un second rang d'arcatures de même taille, allégées par des dentelures. Ces arcatures retombent sur des corbeaux, reliés entre eux par de petites arcades, dans lesquelles s'inscrivent deux arcatures encore plus petites. Les fenêtres plein cintre sont surmontées par un cordon de pointes-de-diamant retombant sur des masques. Plus bas, les murs de l'étage de galerie sont épaulés par des contreforts à ressauts, qui s'enserrent entre les chapelles rayonnantes. Entre la première chapelle et le croisillon sud, une tourelle d'escalier tient lieu de contrefort. La corniche est composée d'un gros tore et d'un rang de feuilles d'acanthe. Les fenêtres sont simplement décorées d'un sourcil. Sur les chapelles rayonnantes, l'ornementation est exactement identique. Elles disposent en outre chacune de deux contreforts à ressauts extrêmement plats. Les baies de gauche et de droite des chapelles sont de même format que les baies de la galerie ; les baies centrales sont quant à elles nettement plus grandes[19],[21].

Le croisillon sud est flanqué aux angles par les mêmes contreforts à ressauts que la galerie du chœur. Cependant, ils se transforment en échauguettes octogonales en hauteur, avec une trompe entre deux contreforts. L'une de ces échauguettes contient un escalier pour accéder à la coursive supérieure depuis le triforium. Les murs gouttereaux du triforium se terminent par la même corniche beauvaisine que le mur de l'abside, et les fenêtres hautes sont également les mêmes. L'étage des baies hautes est placé en retrait par rapport à celui du triforium, moyennant un glacis. Il en va de même du mur d'extrémité du croisillon, et de tous les côtés, les baies extérieures du triforium sont les mêmes que celles des galeries du chœur. Au rez-de-chaussée, le mur oriental du croisillon sud garde le réseau flamboyant d'une fenêtre bouchée. Le mur d'extrémité du croisillon se termine par un pignon presque nu au-dessus du triplet déjà évoqué. Le rez-de-chaussée est composée de deux arcs de décharge en tiers-point, qui évitent que le mur doit partout atteindre la même épaisseur que le triforium se trouvant au-dessus. Quant au mur gouttereau occidental du croisillon, il ne contient plus de fenêtre au niveau du triforium, mais le rez-de-chaussée présente un beau portail roman à triple archivolte : celui du milieu est décoré de bâtons brisés, les autres sont toriques. Le tympan est nu, mais la porte est surmontée par un linteau arborant une arcature trilobée en bas-relief[19],[21].

Façade occidentale.

La façade méridionale a été fortement remanié. S'étant agi de réparations exécutées pour assurer la pérennité de l'édifice et non de restaurations ou de transformations en vue d'adapter l'esthétique au goût de l'époque, la nef et le bas-côté ont ainsi perdu leur homogénéité. Seul l'étage des fenêtres hautes reste proche de son état d'origine, même si les deux premières fenêtres sont bouchées. L'on rencontre le même type de baies qu'à ce même niveau sur le transept et le chœur, et le mur se termine par la même corniche beauvaisine. Les contreforts à ressauts très aplatis se retrouvent sur les chapelles rayonnantes, ce qui montre une fois de plus le souci d'harmonie des maîtres d'œuvre du XIIIe siècle. L'étage de la galerie est recouvert d'un toit en appentis. Seulement la première travée semble conserver sa fenêtre d'origine ; les quatre travées suivantes sont aveugles, et les deux dernières ont été remaniées au début du XVIe siècle, avec construction d'un contrefort à pinacle. Les fenêtres sont postérieures ; une est déjà murée. Au niveau du rez-de-chaussée, une fois de plus, la fenêtre d'origine ne subsiste que dans la première travée, mais les travées suivantes présentent de belles fenêtres de la fin du XIVe siècle ou du début du XVIe siècle, avec une lancette unique à tête trilobée, entourée de moulures[19],[22].

La façade occidentale ne manque pas d'attrait, bien qu'issue d'une réparation provisoire. Elle fait appel à la brique pour le mur de la nef, matériau qui ne paraît pas ailleurs sur l'édifice, et elle fait cohabiter trois styles différents : le style gothique pour les piles cantonnées de multiples colonnettes, vestiges des tours du massif occidental détruit vers 1380 / 1390 ; le style flamboyant pour les fenêtres, dont celle du milieu avec un réseau raffiné ; et le style classique pour le portail. En plus des arrachements des tours, plusieurs indices trahissent toujours le caractère initialement provisoire de la façade, dont le mauvais appareil en petits moellons irréguliers en dessous des baies des bas-côtés, ou le massif de maçonnerie à droite, incluant un glacis recouvert de tuiles et reposant sur une base en briques. Finalement, une petite porte Renaissance est à remarquer à gauche de la façade.

Description de la sainte-chapelle[modifier | modifier le code]

Plan de la chapelle.

Aperçu général[modifier | modifier le code]

La sainte-chapelle, officiellement appelée chapelle de la Vierge, est un édifice de style gothique rayonnant à nef unique, se composant de quatre travées barlongues et d'une abside polygonale à sept pans, dont le premier et le dernier sont encore droits. Le mur occidental est flanqué de deux tourelles d'escalier, et il est précédé par un vestibule de trois petites travées barlongues reliant la chapelle au déambulatoire de l'abbatiale. Ce vestibule ou passage remplace la chapelle rayonnante du centre, mais du fait de son style et de son édification en même temps avec la chapelle de la Vierge, doit être considéré comme en faisant partie. La chapelle possède deux accès : un portail dans la première travée au nord, ainsi que le passage, pourvu lui-même d'un portail dans la première travée au sud.

Historiquement, cinquante ans seulement séparent la chapelle de la Vierge de la nef de l'abbatiale ; stylistiquement, au moins quatre-vingt ans les séparent. Pendant cette période relativement courte, l'architecture romane a muté vers le style gothique primitif, qui s'est ensuite confirmé, puis cédé la place au style rayonnant, qui en 1259 est déjà à son apogée. En effet, quand Pierre de Wessencourt devient abbé en cette année et lance bientôt après le chantier, le style rayonnant a déjà laissé de belles œuvres, et la chapelle de la Vierge n'innove donc pas dans l'architecture comme l'avait fait l'abbatiale au siècle précédent. Elle entre dans une longue lignée de saintes-chapelles bâties entre 1240 et 1260 comme chapelles abbatiales et royales. Or, la plupart de ces édifices ayant disparu, la chapelle de la Vierge de Saint-Germer est aujourd'hui un témoin exceptionnel de ce type de créations. Par la qualité de son exécution et la finesse de son décor, elle peut être considéré comme un chef-d'œuvre de grande valeur, et de nombreux détails inspirés d'édifices antérieurs reçoivent ici une nouvelle qualité[23].

Intérieur de la chapelle[modifier | modifier le code]

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La chapelle de la Vierge se présente comme une véritable cage de verre, les vitraux prenant toute la place entre les supports des voûtes, que ce soit au nord, à l'est et au sud, et les murs sont réduits aux soubassements des fenêtres. Les soubassements, les voûtes et les faisceaux de colonnettes, soit toute l'œuvre en maçonnerie, était initialement polychrome. Les voûtes des quatre travées droites sont établies sur des croisées d'ogives quadripartites ordinaires, et les clés de voûte sont petites et discrètement décorées de feuillages. La voûte de l'abside comporte huit voutains rayonnant autour d'une clé centrale. Les formerets des voûtes délimitent directement les fenêtres. Leurs chapiteaux sont placés plus hauts que les autres, directement à côté des chapiteaux des meneaux des fenêtres. Tous ces chapiteaux sont de petites dimensions et très discrets, et il n'y a que les chapiteaux hauts. La verticalité des colonnettes est ainsi mise en exergue, effet qui augmente encore grâce à leur minceur.

La forme élancée des fenêtres contribue également à une sensation de hauteur et de légèreté qui imprègne l'espace. Toutes les fenêtres possèdent un remplage selon les mêmes dispositions, sauf que les fenêtres de l'abside ne comportent qu'un seul au lieu de trois meneaux, du fait de leur étroitesse. Les baies des travées droites se composent ainsi de deux groupes de deux lancettes à têtes tréflées, chaque groupe étant surmonté par un oculus quadrilobe, et l'ensemble par un hexalobe au sommet. Dans l'abside, chacune des deux lancettes par baie est surmontée par un quadrilobe, et ces derniers sont surmontés par un hexalobe. Les proportions des fenêtres larges correspondent aux baies de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle de Paris, alors que le réseau est inspiré des arcatures plaquées sur les soubassements des fenêtres du croisillon sud de Notre-Dame de Paris. À Saint-Germer, comme souvent à la période rayonnante, les soubassements sont également agrémentés d'arcatures aveugles en bas-relief, qui reflètent en quelque sorte le dessin des fenêtres. Sous chaque lancette, se trouve une arcade à tête tréflée, et les écoinçons sont occupés par des trèfles. Sous les baies à quatre lancettes, le meneau central se poursuit jusqu'en bas, et subdivise les quatre arcatures décoratives en deux groupes.

Le portail septentrional qui desservait simplement le jardin de l'abbé s'ouvre sous un arc en anse de panier, peu courant à l'époque, et il est flanqué de deux arcatures telles que celles des soubassements. L'ensemble portail et arcatures est surmonté d'un tympan, agrémenté de deux trèfles et d'un grand hexalobe redenté, forme relativement rare mais figurant également, entre autres, sur Notre-Dame de Paris (dans le croisillon nord). L'extrados du tympan et l'intrados de l'arc en anse de panier sont garnies de petites feuilles recourbées en crochets. On les retrouve sur le portail en tiers-point sans tympan qui s'ouvre au centre du mur occidental. Le soubassement à arcatures en bas-relief est ici aussi haut que le sommet du portail. Dans les écoinçons, se trouvent des quadrilobes inscrits dans des cercles, ainsi que des trèfles. En bas de la grande rosace qui domine l'extrémité occidentale de la chapelle, existe une étroite tribune dont la balustrade est composée de quadrilobes. Cette balustrade relie les colonnettes du dernier doubleau entre eux. La rosace est donc placée en retrait, et ménagée dans un carré de mur dépassant en hauteur l'intérieur de la chapelle. Ainsi, la rosace peut prendre une dimension plus importante, les écoinçons peuvent être ajourés, et l'on résout le problème de l'incompatibilité entre le profil des voûtes en tiers-point et la forme ronde de la rosace. Son réseau se compose de seize festons, dont la partie extérieure est bipartite, avant de se terminer par des têtes tréflées butant contre des quadrilobes[24].

Intérieur du vestibule[modifier | modifier le code]

Sommet d'une verrière.
Soubassement de fenêtre.

Le vestibule est de quatre mètres moins large que la chapelle et composée de trois travées barlongues. Chacune est ajourée au nord et au sud d'une grande baie, toutes identiques, sauf la première au sud, modifiée dans sa partie inférieure après la création d'un petit portail. Comme dans la sainte-chapelle, les fenêtres remplissent tout l'espace disponible sous les formerets, n'épargnant qu'un soubassement qui, ici, est de faible hauteur. Mais pour ajouter une touche au raffinement, les baies ne s'inscrivent pas sous les formerets, mais sont ménagées dans un mur se trouvant juste derrière, un peu comme au revers du mur occidental de la chapelle. Cette solution a permis une maximisation des surfaces vitrées. Les baies sont globalement une miniaturisation des baies latérales de la chapelle, sauf que les quadrilobes au-dessus de chaque paire de lancettes sont remplacés par des hexalobes : en dépit des dimensions réduites, le remplage n'est donc pas simplifié. La mouluration des soubassements diffère de la chapelle : tous les meneaux des fenêtres descendent jusqu'à un banc en pierre proche du sol, et les arcatures plaquées sont remplacées par deux rangs de feuille d'acanthe. Cette même disposition se trouve dans la septième chapelle au sud de la nef de Notre-Dame de Paris. L'exécution fait preuve de grand soin et de virtuosité. Les multiples colonnettes des piliers composées sont fasciculées afin d'obtenir des lignes verticales plus fines. Plus encore que la chapelle, le vestibule représente une œuvre de l'art rayonnant au sommet de son développement, et n'a d'égal que la basilique Saint-Urbain de Troyes. Il abrite le tombeau de l'abbé Pierre de Wessencourt[25].

Extérieur[modifier | modifier le code]

Élévation latérale.
Vestibule.

L'extérieur met en scène la même régularité que l'intérieur. La filigranité est telle que les trumeaux disparaissent presque entièrement derrière les contreforts, pourtant étroits. Ils sont scandés par plusieurs larmiers et se terminent par une frise de feuilles d'acanthe. Deux petites gargouilles regardent vers la gauche et la droite, et un pinacle facetté forme le couronnement. Au-dessus du mur gouttereau, les pinacles sont reliés entre eux par une balustrade de lancettes à têtes tréflées. S'y superposent les gâbles ajourés des fenêtres, garnis de crochets et sommés d'un fleuron. L'intérieur du gâble contient un grand trèfle au-dessus des baies larges, et un quadrilobe dans un cercle au-dessus des baies étroites de l'abside. Les gâbles se superposent également en partie à une large corniche de feuillages en haut des murs. Sur l'archivolte des fenêtres, apparaissent des moulures prismatiques rappelant le profil des faisceaux de colonnettes à l'intérieur. Il est toutefois à déplorer que tout ce décor ne provient que des restaurations effectuées vers le milieu du XIXe siècle par E. Bœswilwald, pratiquement plus rien n'est authentique, même si les dispositions reflètent parfaitement l'esprit de l'architecture d'origine.

Il en va de même du vestibule, dont l'ornementation est légèrement différente. La corniche est formée de quadrilobes au lieu des arcatures ; l'oculus au sommet des gâbles est celui des baies de l'abside de la chapelle ; et les contreforts se terminent par un long glacis garni de deux rangs de crochets, avec une petite grenouille en bas. Le petit portail de la première travée au sud n'a pas été touchée par les restaurations du XIXe siècle et donne une version simplifiée et miniaturisée du décor des fenêtres. Entre le vestibule et la chapelle, s'interposent des tourelles d'escalier qui dépassent d'un étage la hauteur des murs gouttereaux. À l'instar des contreforts, ils sont scandés de glacis, mais les deux niveaux supérieurs sont décorés d'arcatures plaquées surmontées par des gâbles ajourés. La balustrade à la naissance de la toiture de la chapelle fait également le tour des tourelles, bien qu'aucun espace de circulation ne soit laissé libre. L'étage supérieur des tourelles est toutefois d'un diamètre légèrement réduit, et les colonnettes des arcatures aveugles manquent donc. Les arêtes de la petite flèche en pierre sont garnies de multiples crochets, et les huit faces de la flèche sont couvertes d'écailles. — Le toit de la chapelle comporte un pignon à l'ouest ; le toit du vestibule est à deux croupes afin de laisser libres la grande rosace de la chapelle. Il est à noter que le raccordement entre le vestibule et le déambulatoire est un peu maladroit, car les contreforts de l'abside masquent en partie la première travée du vestibule[12],[26].

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Abbatiale et chapelle », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a, b, c et d « Vestiges de l'abbaye », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Claude Fleury, Histoire ecclésiastique, vol. 7, Paris, Aux dépens des libraires Associés,‎ 1781, 682 p. (lire en ligne), p. 179.
  4. Bideault et Lautier 1987, p. 293-294 et 301-302.
  5. Régnier 1906, p. 81.
  6. Bideault et Lautier 1987, p. 294-295.
  7. Régnier 1906, p. 82 et 84.
  8. Bideault et Lautier 1987, p. 310.
  9. Bideault et Lautier 1987, p. 296.
  10. Régnier 1906, p. 83.
  11. Bideault et Lautier 1987, p. 295-302.
  12. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 309.
  13. Bideault et Lautier 1987, p. 295-296, 298 et 300.
  14. Woillez 1849, p. S13-S14.
  15. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 297-298 et 300.
  16. a et b Woillez 1849, p. S14 et S17.
  17. Bideault et Lautier 1987, p. 300-301.
  18. Woillez 1849, p. S16-S17.
  19. a, b, c et d Bideault et Lautier 1987, p. 301.
  20. Woillez 1849, p. S14-S15.
  21. a et b Woillez 1849, p. S10-S12.
  22. Woillez 1849, p. S11.
  23. Bideault et Lautier 1987, p. 303 et 309.
  24. Bideault et Lautier 1987, p. 303-306.
  25. Bideault et Lautier 1987, p. 306-309.
  26. Régnier 1906, p. 87.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Besnard, L'église de Saint-Germer-de-Fly (Oise) et sa Sainte-Chapelle, Paris, E. Lechevalier,‎ 1913, 138 p.
  • Maryse Bideault et Claudine Lautier, Île-de-France gothique 1 : Les églises de la vallée de l'Oise et du Beauvaisis, Paris, A. Picard,‎ 1987, 412 p. (ISBN 2-7084-0352-4), p. 293-310
  • Jacques Henriet, « Un édifice de la première génération gothique : l'abbatiale de Saint-Germer-de-Fly », Bulletin monumental, Paris, Picard, vol. 143,‎ 1985, p. 93-142 (ISSN 0007473X) ; aussi dans : Jacques Henriet, À l'aube de l'architecture gothique, Besançon, Presses Univ. Franche-Comté,‎ 2005, 392 p. (ISBN 9782848671178, lire en ligne), p. 101-156
  • Dieter Kimpel, L'Architecture gothique en France 1130-1270, Paris, Flammarion,‎ 1990 (ISBN 978-2-08-010970-5)
  • E. Lambert, « L'abbatiale de Saint-Germer et l'école de Saint-Denis », Bulletin monumental, Paris, Société française d'archéologie, vol. 100, no I-II,‎ 1941, p. 47-63 (ISSN 0007473X)
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, Étude sur la date de l'église de Saint-Germer, Nogent-le-Rotrou, imprimerie de Daupeley-Gouverneur,‎ 1885, 22 p. (lire en ligne)
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, Nouvelle étude sur la date de l'église de Saint-Germer : réponse à M. de Dion, Caen, H. Delesques,‎ 1886, 18 p. (lire en ligne)
  • Philippe Bonnet-Laborderie et Laurent et Sylvie Lecomte, Deux chefs-d'œuvre de l'art gothique : L'église abbatiale et la « Sainte-Chapelle » de Saint-Germer-de-Fly, Beauvais, Groupe d’étude des monuments et œuvres d’art de l’Oise et du Beauvaisis (GEMOB),‎ 2006 (1re éd. 1997), bulletin n°80-81, 63 p. (ISSN 02240475)
  • Louis Régnier, « Saint-Germer », Congrès archéologique de France : séances générales tenues en 1905 à Beauvais, Paris / Caen, A. Picard / H. Delesques,‎ 1906, p. 81-88 (lire en ligne)
  • Eugène Joseph Woillez, Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvoisis pendant la métamorphose romane, Paris, Derache,‎ 1849, 492 p. (lire en ligne), S7-S18, ainsi que 15 planches

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]