Michel Chasles

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Michel Chasles
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Michel Chasles (1793-1880)

Naissance
Épernon (France)
Décès (à 87 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de la France Française
Domaines Mathématiques
Institutions École polytechnique (1841-1851)
Faculté des sciences de Paris (1845-1880)
Diplôme École polytechnique
Renommé pour Relation de Chasles
Rapport anharmonique
Fonction harmonique (théorème de Chasles)
Distinctions Médaille Copley (1865), Commandeur de la Légion d'honneur en 1866[1], son nom est sur la Liste des soixante-douze noms de savants inscrits sur la tour Eiffel

Compléments

Signature

Signature de Michel Chasles

Michel Chasles, né le à Épernon (Eure-et-Loir)[2] et mort le à Paris, est un mathématicien français. On lui doit d'importants travaux en géométrie projective, où il montra toute la richesse de la notion de rapport anharmonique, ainsi qu'en analyse harmonique, avec la représentation de certains potentiels.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Michel Chasles est le fils de Charles Henri Chasles (1772-1853) et de Catherine Émilie Hardouin (1771-1849) [3].

A sa naissance, pendant la Révolution française, il est prénommé Floréal, mais, pour revenir à un prénom plus traditionnel, un jugement en date du 22 septembre 1809 l'autorise à lui substituer celui de Michel.

Son père, Charles Henri Chasles, est marchand de bois et a une activité dans les ponts et chaussées[3] ; il a été membre du conseil général du département d'Eure-et-Loir et président du tribunal de commerce de Chartres.

Le frère de Michel Chasles, Adelphe Chasles (1795-1868) a été député-maire de Chartres et conseiller général d'Eure-et-Loir[4].

Michel Chasles a pour oncle paternel Pierre-Jacques-Michel Chasles, un ancien chanoine de la cathédrale de Chartres, député à la Convention, père du littérateur Philarète Chasles, lui-même père d'Émile Chasles, professeur de littérature étrangère à la faculté des lettres de Nancy.

La famille Chasles est aujourd'hui complètement éteinte.

Études[modifier | modifier le code]

Michel Chasles fait premières études à l'Ecole secondaire de Chartres qui a ouvert ses portes le 10 décembre 1804, dans un immeuble situé rue Saint-Michel qui précédemment avait hébergé l'Ecole centrale de Chartres. La direction de son école est assurée par M. Gasnier, attaché à l'Université de Paris et docteur en Sorbonne.

En 1806, 5ème et 6ème classe de latinité, il obtient un second accessit en thème. (distribution des prix en date du 16 août 1806)

En 1807, 3ème et 4ème classe de de latinité, il lui est attribué un premier accessit en thème et un second accessit en poésie latine. (distribution des prix en date du 14 août 1807)

En 1809, inscrit en classe de physique et de mathématiques, première division, il y obtient un accessit[5].

Il entre ensuite au lycée impérial à Paris, où en 1812 il obtient un premier prix de mathématiques (distribution des prix du 14 août 1812).

Il entre ensuite à l’École polytechnique[3]. Entré en 1812, 19ème sur 184, il passe en 1ère division en 1813 où il est 15ème. En 1814, terminant 12ème, il est déclaré admissible dans les services publics

Il s'illustre durant la bataille de la barrière du Trône le .

Carrière[modifier | modifier le code]

À la fin de sa scolarité, il obtient une place dans le service du Génie militaire (8ème sur 10) mais préfère céder celle-ci au bénéfice d'un camarade nommé Coignet (arrivé 11ème) d'origine modeste[6] à la demande du père de celui-ci, venu le rencontrer à Paris.

Il se présente aux examens de l'École polytechnique à la fin de l'année scolaire 1814-1815 et est classé 2ème sur la liste de mérite arrêtée par le jury, mais, faute de place, il ne peut intégrer le service des Pont et chaussées qu'il souhaitait.

Déçu de ne pas avoir été admis dans les Pont et chaussées et ayant peu de goût pour l'armée, il retourne alors chez ses parents à Chartres où il reçoit son condisciple Gaëtan Giorgini, sorti premier de polytechnique. Il publie plusieurs articles dans la Correspondance sur l'École polytechnique.

En 1816, son père lui achète une charge d'agent de change à Paris. Il se rend souvent à l'Opéra de Paris et fréquente l'une de ses danseuses, Emilie Bigottini. Ayant peu d'intérêt pour son métier d'agent de change, sa charge est liquidée[7]. Il ne reprend qu'en 1828 ses publications scientifiques. En 1830, il répond à un concours de l'Académie de Bruxelles portant sur « l'examen philosophique des méthodes employées dans la géométrie récente et particulièrement de la méthode des polaires réciproques ». Son mémoire est largement salué et fournira sept ans plus tard la substance de son premier ouvrage, Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie.

Vivant à Paris en célibataire endurci, Michel Chasles y consacre sa vie aux mathématiques et à son enseignement. Du fait de la fortune de son père, Michel Chasles n'a pas besoin d'un emploi d'enseignant pour subvenir à ses besoins. Il accepte cependant en 1841, âgé de 48 ans, de devenir professeur de machines et d'hydraulique, d'astronomie et de géodésie à l’École polytechnique en remplacement de Félix Savary. Il occupe ensuite ce poste durant dix ans. En 1851, la direction de l'École décide d'attribuer la partie du cours sur les machines au cours de mécanique. Chasles choisit alors de démissionner. Hervé Faye le remplace en 1852 pour la géodésie, puis en 1854 le colonel Hossart et en 1855 le capitaine Laussedat.

En 1846, une chaire de géométrie supérieure est créée pour lui à la faculté des sciences de Paris[8]. Il inaugure son cours le . Il est enfin élu en 1851, âgé de 58 ans, membre de l'Académie des sciences (en remplacement de Guillaume Libri), dont il était correspondant depuis 1839.

Michel Chasles devient membre étranger de la Royal Society le . Ses travaux de géométrie lui valent la médaille Copley en 1865 et un collègue anglais lui décerne le titre d'« empereur de la géométrie[9] ».

Œuvre scientifique[modifier | modifier le code]

Son nom est attaché à la relation de Chasles, mais cette propriété était déjà utilisée longtemps avant lui. On lui doit aussi le théorème de Chasles, qui établit que toute fonction harmonique, c'est-à-dire toute fonction qui est une solution de l'équation de Laplace, peut se représenter par un potentiel de simple couche sur l'une quelconque de ses surfaces équipotentielles.

Il a inventé le terme homothétie, qu’il prononçait [omoteti] au lieu d'[omotesi] comme aujourd’hui. Il travailla aussi sur les homographies et la géométrie projective. Il a introduit le rapport anharmonique appelé aussi birapport de quatre points alignés.

Travaillant sur les coniques (cf. son ouvrage de 1865), il démontre le résultat suivant : « Soient cinq coniques (ellipses, paraboles ou hyperboles) dans un plan ; il existe 3 264 coniques tangentes à ces cinq-là » (ces coniques peuvent être réelles ou complexes)[10].

Historien des mathématiques, il publie en 1837 Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie dans lequel il réévalue le rôle de François Viète dans la mise en place de l'algèbre moderne[11].

Une mystification[modifier | modifier le code]

Dans son Apologie pour l'histoire[12], Marc Bloch rappelle une mésaventure humiliante survenue à Michel Chasles, éminent homme de sciences mais qui avait voulu se mêler d'histoire, un domaine où il n'entendait rien.

Le , le mathématicien présenta à l'Académie des sciences deux lettres du poète Jean de Rotrou concernant la fondation de l'Académie française. À partir du , il déposa une série de lettres inédites prétendument de Pascal, que le faussaire Denis Vrain-Lucas venait de fabriquer. Elles voulaient établir qu'avant Newton, l'auteur des Pensées avait découvert le principe de l'attraction universelle. Un savant anglais fit observer qu'on y trouvait des mesures astronomiques bien postérieures à la mort de Pascal. À la séance du , Prospère Faugère, auteur de nombreux travaux sur Pascal, contesta leur authenticité mais ne fut pas écouté, le prestige de Chasles et l'anglophobie prenant le pas. Approvisionné une nouvelle fois par Vrain-Lucas, Chasles montra alors des lettres où Galilée communiquait à Pascal les résultats de ses observations. Le savant anglais remarqua cette fois que dans une lettre de 1641, Galilée se plaignait de sa mauvaise vue, alors qu'il était complètement aveugle depuis près de quatre ans. Surgit alors une nouvelle lettre, postérieure à la précédente et datée de , dans laquelle un autre savant italien apprenait à Pascal que Galilée, dont la vue n'avait cessé de baisser, avait fini par la perdre entièrement[13].

Ses collègues de l'Institut prirent la chose avec bonne humeur, mais à l'étranger — à Londres en particulier — on fit des « gorges chaudes » du manque d'esprit critique des scientifiques français. Désabusé, le très candide Chasles dut faire l'humiliant aveu qu'il avait été mystifié par un habile faussaire qui le ridiculisa, lors du procès que lui intenta le mathématicien en 1870 (Vrain-Lucas montrant au juge la naïveté de Chasles[14]). D'autant que, comme on l'apprit plus tard, il avait acheté à Vrain-Lucas, pour 3 000 francs, d'autres lettres, d'Alexandre le Grand à Aristote, de Jules César à Vercingétorix, de César à Cléopâtre, toutes rédigées dans un faux vieux français. Chasles légua à sa mort sa collection à l'Institut, y compris les faux fabriqués par Vrain-Lucas. Il semblerait que s'il a admis que les documents relatifs à l'Antiquité étaient des faux, il n'aurait en revanche jamais été convaincu que la correspondance de Pascal était une forgerie. Les originaux des 27 000 faux documents ont été détruits pour la plupart. Il en reste 180, reliés en un seul volume conservé dans les archives de la Bibliothèque nationale[15].

Michel Chasles et Denis Vrain-Lucas ont fourni à Alphonse Daudet de quoi nourrir son roman, L'Immortel, paru en 1880[16].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Inhumation[modifier | modifier le code]

Michel Chasles a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 17) après ses funérailles à l'église Sainte-Clotilde[17]. Mais une tombe au cimetière Saint-Cheron de Chartres comporte également le nom de Michel Chasles et de plusieurs membres de sa famille[18].

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. « Michel Chasles », base Léonore, ministère français de la Culture
  2. Acte de naissance dans le registre de l'état civil de la commune d'Epernon, accessible en ligne, images 11 et 12/370 :http://www.archives28.fr/arkotheque/visionneuse/visionneuse.php?arko=YTo2OntzOjQ6ImRhdGUiO3M6MTA6IjIwMTctMDktMzAiO3M6MTA6InR5cGVfZm9uZHMiO3M6MTE6ImFya29fc2VyaWVsIjtzOjQ6InJlZjEiO2k6MjtzOjQ6InJlZjIiO2k6NTk5MDtzOjE2OiJ2aXNpb25uZXVzZV9odG1sIjtiOjE7czoyMToidmlzaW9ubmV1c2VfaHRtbF9tb2RlIjtzOjQ6InByb2QiO30=#uielem_move=0%2C0&uielem_rotate=F&uielem_islocked=0&uielem_zoom=64
  3. a, b et c Site de la bibliothèque de l'École polytechnique, onglet « Catalogues de la BCX → Famille polytechnicienne », recherche « Michel Chasles », résultat : « Chasles, Michel (X 1812 ; 1793-1880) ». Il y est précisé que Michel, initialement prénommé Floréal, a obtenu le changement de son prénom par jugement du .
  4. http://gw.geneanet.org/gntstarchaslesf?lang=fr&p=floreal+michel&n=chasles&oc=0
  5. Collège de la ville de Chartres, liste des jeunes gens qui ont été couronnés lors de la distribution des prix qui a eu lieu le samedi 12 août 1809 publiée dans le Mémorial administratif de la préfecture d'Eure-et-Loir n°293 du 25 octobre 1809.
  6. Eugène Rouché, « Michel Chasles (1793-1880) », sur SABIX, .
  7. http://www.sabix.org/bulletin/b5/chasles.html
  8. Arrêté ministériel de nomination du .
  9. Marcel Berger, Cinq siècles de mathématiques en France, Association pour la diffusion de la pensée française, , p. 107.
  10. Étienne Ghys, « Trois mille deux cent soixante-quatre… », sur Image des Maths, CNRS
  11. Michel Chasles, Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie, M. Hayez, 1837, p. 52 et suivantes.
  12. Texte en ligne. Cette mésaventure est au cœur de Mystification à l'Académie des Sciences de Jean-Paul Poirier, pour un public adolescent.
  13. André Vayson de Pradenne, Les fraudes en archéologie préhistorique, J. Millon, , p. 311
  14. Quelques exemples de lettres, allégées de leur ancien français de pacotille
  15. Vrain-Lucas, l'intrépide, par Michel Braudeau, Michel Braudeau, Le Monde, 12 juillet 2005
  16. Michel de Decker, Le Prince des imposteurs, Michel Lafon, , p. 253
  17. Le masque de Fer, « Échos de Paris », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  18. http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article3633
  19. Site Officiel : http://www.michelchasles.eurelien.net/

Liens externes[modifier | modifier le code]