Nos ancêtres les Gaulois

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Nos ancêtres les Gaulois est une expression utilisée aux XIXe et XXe siècles pour évoquer la Gaule indépendante d'il y a vingt siècles. Expression typique du « roman national », elle sous-tendait notamment le récit de l'histoire de France dans les manuels scolaires de la Troisième République. L’ascendance gauloise, culturelle ou génétique, est un sujet récurrent encore repris par des personnalités politiques.

Premier chapitre Les Gaulois et les Romains, dans Histoire de France, cours élémentaire, 1913, sous la direction d'Ernest Lavisse.

Historique[modifier | modifier le code]

Depuis le haut Moyen Âge, la monarchie franque se prévaut d'une origine troyenne[1]. L'ascendance gauloise s'affirme à partir du XVIIe siècle mais ce sont surtout les révolutionnaires de 1789, voulant supprimer les privilèges des aristocrates, se targant de cette origine francique, qui imposent cette théorie d'ancêtres gaulois. Elle repose sur l'idée d'une nation gauloise unifiée alors qu'à l'époque de la conquête romaine, la Gaule constituée de nombreuses tribus n'est pas une entité politique bien définie[2] et s'étend au delà des frontières nationales de l’hexagone. Malgré ce récit des origines, les historiens favorables à la Révolution remplacent ainsi « les ancêtres troyens par les ancêtres gaulois et font de Vercingétorix une célébrité »[3].

Ce mythe des origines fait partie du « roman national[4] » écrit au cours du XIXe siècle par différents historiens (Amédée Thierry, Henri Martin, Ernest Lavisse) voulant déterminer une origine et une frontière à la France. Cette vision des origines de la France est remise en cause par le développement historiographique de la fin du XXe siècle[5].

L'expression « Nos ancêtres les Gaulois » est en particulier associée à la mémoire d'Ernest Lavisse, qui enseignait :
« Autrefois notre pays s'appelait la Gaule et les habitants s'appelaient les Gaulois » (cours élémentaire, 1), ou « Il y a deux mille ans la France s'appelait la Gaule » (cours moyen, 5).
« Nous ne savons pas au juste combien il y avait de Gaulois avant l'arrivée des Romains. On suppose qu'ils étaient quatre millions » (conclusions du livre I du cours moyen).
« Les Romains qui vinrent s'établir en Gaule étaient en petit nombre. Les Francs n'étaient pas nombreux non plus, Clovis n'en avait que quelques milliers avec lui. Le fond de notre population est donc resté gaulois. Les Gaulois sont nos ancêtres » (cours moyen, 26).
« Dans la suite, la Gaule changea de nom. Elle s'appela la France » (cours élémentaire, 14)[6].

La formule emblématique « Nos ancêtres les Gaulois » se trouve chez Lavisse dans un passage du Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (commencé en 1878 et publié en 1887):

« Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu'il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Faisons-leur aimer nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroi de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d'Arc, Bayard, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes car c'est un malheur que nos légendes s'oublient, que nous n'ayons plus de contes du foyer, et que, sur tous les points de la France, on entende pour toute poésie que les refrains orduriers et bêtes, venus de Paris. Un pays comme la France ne peut vivre sans poésie. »[7]

Bien que, pendant un certain temps, les livres scolaires aient été les mêmes en métropole et dans les territoires d'outre-mer, cet enseignement, dans les colonies françaises, a été adapté aux populations locales. Ainsi en 1949 le manuel d'histoire de Bonnefin et M. Marchand, intitulé Que se passait-il en Algérie à l'époque où tel événement arrivait en France ?[8].

Héritage[modifier | modifier le code]

Si la langue gauloise a légué moins de mots à la langue française contemporaine que le vieux bas francique, elle est en revanche présente dans la toponymie : noms de villes et régions historiques ayant repris pour beaucoup celui de la civitas du peuple gaulois correspondant, hydronymie du Bassin de la Seine...

L’analyse de l’ADN de fossiles, de sépultures et d’individus contemporains européens et français a permis de retracer en grande partie l’histoire des populations peuplant l’Europe et la France depuis la préhistoire jusqu’à nos jours[9],[10],[11],[12]. C'est une population essentiellement gauloise qui peuplait au cours du Ier millénaire le territoire correspondant à la France continentale moderne[13].

La place des Gaulois dans la formation de la nation française a été instrumentalisée au début du XXe siècle par certains mouvements nationalistes luttant contre l'immigration[14].

Aspect satirique[modifier | modifier le code]

Nos ancêtres les Gaulois est également le titre d'un livre de fiction satiro-comique d'André Chamson édité en 1958. Henri Salvador, qui trouvait cette expression comique dans la bouche de l'un de ses professeurs antillais, avait raconté l'anecdote à Boris Vian en 1958, qui aussitôt lui écrivit les paroles de la chanson Faut rigoler[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Colette Beaune, Naissance de la nation France, Gallimard, (lire en ligne)
  2. Brunaux 2008, p. 105.
  3. Suzanne Citron, L'histoire de France, autrement, Éditions de l'Atelier, , p. 14.
  4. Construction mythifiée de l'histoire de France, héritée de Michelet et adaptée par Lavisse au public populaire de l'école primaire et du foyer familial. Cf. Dominique Borne, Quelle histoire pour la France ?, Éditions Gallimard, , p. 87.
  5. Brunaux 2008, p. 104.
  6. Suzanne Citron, Le mythe national, l'histoire de France revisitée, Éditions de l'Atelier 2008 : books.google.fr
  7. Concours de recrutement de professeurs des écoles, 2006 cndp.fr
  8. Cliché : Nos ancêtres "Les Gaulois"
  9. (en) Iñigo Olalde et Carles Lalueza-Fox, « Modern humans' paleogenomics and the new evidences on the European prehistory », STAR: Science & Technology of Archaeological Research, vol. 1, no 1,‎ , p. 1–9 (DOI 10.1179/2054892315Y.0000000002, lire en ligne)
  10. Guido Brandt, Anna Szécsényi-Nagy, Christina Roth et Kurt Werner Alt, « Human paleogenetics of Europe--the known knowns and the known unknowns », Journal of Human Evolution, vol. 79,‎ , p. 73–92 (ISSN 1095-8606, PMID 25467114, DOI 10.1016/j.jhevol.2014.06.017, lire en ligne)
  11. Guido Brandt, Wolfgang Haak, Christina J. Adler et Christina Roth, « Ancient DNA reveals key stages in the formation of Central European mitochondrial genetic diversity », Science (New York, N.Y.), vol. 342, no 6155,‎ , p. 257–261 (ISSN 0036-8075, PMID 24115443, PMCID 4039305, DOI 10.1126/science.1241844, lire en ligne)
  12. (en) Iosif Lazaridis, Nick Patterson, Alissa Mittnik et Gabriel Renaud, « Ancient human genomes suggest three ancestral populations for present-day Europeans », Nature, vol. 513, no 7518,‎ , p. 409–413 (ISSN 0028-0836, PMID 25230663, PMCID 4170574, DOI 10.1038/nature13673, lire en ligne)
  13. Jean-Louis Brunaux, « Nos ancêtres les Gaulois... », L'Histoire, no 326,‎ (lire en ligne) :

    « C'est donc bien une population essentiellement gauloise qui peuplait au cours du Ier millénaire le pays qui allait devenir la France »

  14. Béatrice Bouniol, Carole Reynaud-Paligot, « Nos ancêtres gaulois », une invention du XIXe siècle], 20 septembre 2016, La Croix
  15. Philippe Boggio, Boris Vian, Paris, Flammarion, , 418 p. (ISBN 2-08-066734-3), p. 385

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]