John Heartfield

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John Heartfield
Stamps of Germany (DDR) 1971, MiNr 1646.jpg

Timbre à l'effigie de John Heartfield

Naissance
Décès
(à 76 ans)
Berlin, Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Autres noms
John Tom Harry Heartfield
Nom de naissance
Helmut Herzfeld
Nationalité
Activités
Formation
Mouvement
Distinction
Académie des arts à Berlin-Est
Tombe de Heartfield au cimetière de Berlin.

Helmut Herzfeld, dit John Heartfield, né à Berlin-Schmargendorf le , mort à Berlin le est un artiste allemand. Il fut, avec George Grosz, l'un des premiers à utiliser la technique du photomontage et, proche de Dada, membre du Parti communiste d'Allemagne (dès 1919), et, à partir de 1928, il devint selon Aragon le « prototype de l'artiste antifasciste »[1]. En effet, la plus grande partie de son travail est consacrée à la création d'affiches dénonçant la montée du nazisme et illustre, à partir de 1930, les couvertures du journal ouvrier Arbeiter Illustrierte Zeitung (A.I.Z.) qui publiera en couverture 237 photomontages.

Les nazis comprennent la puissance de ses montages et lancent un faux AIZ baptisé ABZ qui publie des photomontage d'un certain Schwertwart qu'on tente de faire passer pour Heartfield.[réf. nécessaire]

Si le photomontage s'inscrit dans un certain nombre de problématiques esthétiques liées à Dada (notamment par rapport à l'utilisation du tract et par rapport au collage), les compositions brutales de Heartfield relèvent en premier lieu d'un rapport à la production et à la diffusion des images au sein de la société qui est politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance[modifier | modifier le code]

Helmut Herzfeld est l'aîné d'une famille de 2 enfants, dont le père écrivain, se nomme Franz Herzfeld et sa mère Alice Herzfeld. En 1895, son père est condamné à l'emprisonnement. La famille déménage alors en Suisse puis, plus tard, à Salzbourg en Autriche. En 1899, ses parents disparaissent en des circonstances qui, encore aujourd'hui ne sont pas totalement expliquées, abandonnant ainsi leurs enfants. Helmut est alors recueilli dans une famille d'accueil.

Ses études[modifier | modifier le code]

Il débute en 1905 une formation de libraire à Wiesbaden, à laquelle il ajoute des études d'arts appliqués à l'école de Munich de 1908 à 1911. Il travaille ensuite en 1912 en tant que graphiste publicitaire, à Munich[2]. Parce que ce travail ne lui suffisait pas pour vivre, il débute, la même année, des études l'École des arts et de l'artisanat de Berlin-Charlottenbourg[2]. En 1915, il commence son service militaire et en automne de cette même année, fait la connaissance de George Grosz.

À partir de 1916, il se fait officiellement appeler « John Heartfield », protestant ainsi contre le nationalisme dominant en Allemagne, et marquant son goût de l'Amérique libre[2]. Dans les années suivantes, il fonde en collaboration avec son frère Wieland Herzfelde l'édition Malik-Verlag à Berlin. Son frère a également modifié son patronyme en ajoutant un « e » à Herzfeld.

Exils et retour à Berlin Est[modifier | modifier le code]

Il se réfugie en Tchécoslovaquie dès 1933, après l'accession d'Adolf Hitler à la chancellerie de la République de Weimar. Avant l'invasion de la Tchécoslovaquie, en 1938, Heartfield fuit vers l'Angleterre. Le , Heartfield retourne en Allemagne, en RDA, et vit à Leipzig jusqu'en 1956. Il travaille avec son frère pour différents théâtres (Berliner Ensemble, Deutsches Theater[2]), maisons d'édition et organisations de la RDA.

En 1951, il fait un infarctus du myocarde, puis un second en 1952. Il reprend son travail seulement en 1954. Au mois de juin de cette même année, l'écrivain Stefan Heym réclame l'admission de Heartfield à l'académie des arts. En 1956, Heartfield déménage à Berlin et est élu membre actif de l'Académie allemande des arts de Berlin[réf. souhaitée]. Le 7 octobre 1957, lors de son voyage en Chine, l'ambassadeur de la RDA lui remet le Prix national de l'art et de la littérature[réf. souhaitée], en 1960 il obtient le titre de professeur[Où ?]. En 1962, il retombe gravement malade. Son frère publie la même année « John Heartfield, son œuvre et sa vie ».

John Heartfield meurt en 1968 à Berlin-Est à l'âge de 76 ans. Il est enterré au cimetière de Dorotheenstadt.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Après son adhésion au Parti communiste allemand en 1918, John Heartfield, contrairement à la plupart des artistes Dada, à l'exception de Grosz et de son frère Wieland, ne considère pas son art comme une fin en soi mais comme un moyen de faire œuvre de militantisme, considérant le photomontage comme un outil de propagande efficace. Ses thèmes récurrents sont la lutte contre le racisme et le nazisme, contre les atrocités de la guerre, la dénonciation de la complicité du Capital et des forces destructrices, et l'annonce d'une nouvelle société meilleure[2].

Travaillant le plus souvent sur commande, Heartfield réalise des couvertures et illustrations de livres et de revues ainsi que des affiches et des tracts.

Photomontage[modifier | modifier le code]

D'un point de vue technique, le photomontage ne se différencie qu'a peine du simple collage et, comme lui, nécessite un savoir-faire minimal, une paire de ciseaux, un matériel photographique de base à agencer. Il s'en écarte pourtant. Avant tout, le collage, tel qu'il est pratiqué dans les cercles Dada au milieu des années 1920, a pour volonté d'exhiber clairement sa propre élaboration en tant qu'image - c'est un moyen d'expression en soi qui revient à rompre la continuité traditionnelle de l'image peinte, en insistant sur la diversité des papiers utilisés (textures, couleurs) et en rendant visibles les procédés de collage (ligne de coupe, ruptures, déchirures, espaces vides). À l'inverse, le processus du photomontage - qui n'a pourtant aucune prétention réaliste - efface ces procédés au profit d'une nouvelle continuité, constituant l'affiche comme un amalgame indécelable d'éléments iconographiques. Là où le collage s'expose lui-même comme une représentation factice et se présente comme une pratique sceptique[Quoi ?], le photomontage forme un nouvel illusionnisme à des fins de propagande : avant le procédé de collage, ce qui doit être reçu de l'image est un propos politique, une dénonciation. C'est en cela que les photomontages de Heartfield sont à la fois des falsifications et, pour un auteur tel que Günther Anders, une manière de décomposer la réalité pour la « rectifier » : « Quand il construit, ce n’est pas pour fuir la réalité comme les constructeurs de chimères classiques — Klinger, Böcklin ou les surréalistes —, mais afin de rendre le monde invisible pour la première fois visible à un œil non armé[3]. » Évidemment, ce « monde invisible » désigne les intentions cachées que Hitler et le mouvement nazi occultent derrière une visibilité en apparence sincère :

« Si le fascisme tient à se rendre tout particulièrement visible dans ses manifestations, c’est pour que ses propres intérêts restent invisibles. La méfiance qu’on nourrit à l’égard du monde visible doit donc être d’autant plus grande à l’égard du fascisme qu’il utilise la visibilité comme un paravent. Un défilé de mai allemand, par exemple, est si énormément visible qu’il semble ne rien y avoir derrière. »

— Günther Anders, « Sur le photomontage »

Exemples[modifier | modifier le code]

L'enjeu du photomontage chez Heartfield est donc, en premier lieu, cette force de confrontation qu'il peut avoir avec l'imagerie fasciste au sein même de l'espace public - en tant qu'affiches notamment, puisque le photomontage permet tout un jeu d'agrandissement, de rupture d'échelles, de reproduction et de diffusion (entre 1932 et 1933, grâce à l'héliogravure, les photomontages de Heartfield étaient distribués en format poster dans les rues de Berlin). Quelques exemples :

Ensemble d'affiches de 5 doigts à la main.
  • 5 doigts à la main, avec 5 tu terrasses l'ennemi, alors votez le 5 pour le Parti Communiste ![4] : bon exemple d'agrandissement symbolique, puisque l'image joue d'un seul motif (une main sale, une main d'ouvrier) devenant monumental car isolé sur un fond blanc, qui met également en valeur la typographie - et, donc, l'appel au vote, le slogan. En revanche, à cet isolement répond les méthodes spectaculaires d'affichage qui en multipliant la dite main, reconstruisent en creux et de manière fragmentée, l'un des lieux commun du montage révolutionnaire : le poing levé et la mise en abîme de ce geste (comme on le voit chez Gustav Klucis).
  • Adolf, le Surhomme avale de l'or et recrache des insanités ou il débite de la camelote (publié dans A.I.Z. le 17 juillet 1932)[5] : l'idée d'une image composite formée d'autres images est reprise, d'autant plus que la référence à la radiographie (image scientifique par excellence) renforce, dans l'esprit de l'époque, l'idée que la photographie représente une forme de réalité à l'inverse de la peinture (et ce, même si l'affiche est explicitement caricaturale et allégorique).
  • Hourrah, il n'y a plus de beurre ! (publié en couverture d'A.I.Z. en 1935)[6] : c'est une parodie de l'esthétique propagandiste. Heartfield montre une famille à table autour d'un portrait du Führer. La mère, le père, les enfants et le chien essaient tous d'avaler quelques pièces de métal (chaînes, fusils, etc). Le titre vient se confronter à une citation d'Hermann Göring justifiant les restrictions alimentaires : « Le fer a toujours produit une Nation forte, le beurre et la viande ne font qu'engraisser le peuple».

Hommage dans la culture contemporaine[modifier | modifier le code]

  • Le groupe de rock-industriel Laibach, a nommé une de leur chansons de l'album Opus Dei en hommage à Heartfield, sous le nom Herzfelde, en reconnaissance de son influence au sein du mouvement dadaïste dont le groupe s'est largement inspiré.
  • Hourrah, il n'y a plus de beurre ![6] a inspiré la chanson Mittageisen de Siouxsie and the Banshees en 1979. La chanson est sortie en single, en reprenant l'image comme pochette. Hurray, the Butter is All Gone! est également le titre d'une chanson de Blurt parue sur leur album Poppycock en 1986.
  • Le groupe Discharge a utilisé l'image Paix et fascisme pour leur compilation Never Again en 1984[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Aragon, Les Collages, écrits de 1923 à 1965, Édition Hermann (31 mars 2003).
  2. a, b, c, d et e « Biographie de John Heartfield », Dictionnaire de la peinture, sur larousse.fr (consulté le 4 mai 2015).
  3. Günther Anders, « Sur le photomontage », Tumultes, janvier 2007 (no 28-29), p. 105-117.
  4. a et b http://www.johnheartfield.com/john_heartfield_montageFiveFingersA53.html
  5. http://www.johnheartfield.com/john_heartfield_montageAdolfSuperman94.html
  6. a et b http://www.johnheartfield.com/john_heartfield_montageButterIsAll.html
  7. (en) Stephen Thomas Erlewine, [httphttp://www.allmusic.com/album/system-of-a-down-mw0000040168 « Fiche de System of a Down de System of a Down »], sur allmusic.com (consulté le 4 mai 2015)
  8. (en) Dean McFarlane, « Fiche de Never Again de Discharge », sur allmusic.com (consulté le 4 mai 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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