Jacques Rigaut

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Jacques Rigaut
Jacques Rigaut portrait.jpg
Rigaut sur une photographie de Man Ray (détail).
On peut distinguer, sur la tempe de Rigaut, un pistolet tenu par Tzara.
Biographie
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Jacques Georges Rigaut, né le dans le 7e arrondissement de Paris[1] et mort par suicide le à Châtenay-Malabry (Seine), est un écrivain dadaïste français.

Admiré par Breton et Man Ray[B 1],[R 1], habitués aux actes de provocation, il est un des agitateurs les plus actifs du groupe Dada parisien. Sa vie éphémère a fasciné Drieu La Rochelle à qui il a inspiré trois récits (La Valise vide, Le Feu Follet, Adieu à Gonzague).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un cadre du grand magasin Le Bon Marché, il est d’abord un élève brillant au collège Stanislas[B 2], puis au lycée Montaigne, où il obtient un prix de récitation et de français, puis il devient passable et dissipé au lycée Louis-le-Grand où il se fait remarquer par son excentricité[B 2].

En , il devance l'appel et s'engage dans l'armée afin de pouvoir choisir un secteur moins dangereux[B 3]. D'abord affecté au service automobile à Paris, il part au front dans l'artillerie lourde, en Lorraine, au début de l'année 1918. Après l'armistice, il reste sous les drapeaux jusque fin 1919. De retour à Paris, il commence à fréquenter les milieux littéraires et devient l'ami de Drieu la Rochelle, qui fera de lui le héros de La Valise vide, puis du Feu follet et de L'Adieu à Gonzague. Il rencontre le peintre mondain Jacques-Émile Blanche, qui l'engage comme secrétaire particulier, une fonction qu'il occupera de 1919 à 1923[B 4].

Ses premiers écrits, Propos Amorphes, sont publiés en 1920 dans la revue Action. La même année, il entre en contact avec les membres du groupe Dada, par l'intermédiaire de son amie Simone Kahn. Il publie un texte intitulé simplement « Jacques Rigaut » dans le numéro 17 de Littérature[2].

Dandy désargenté, vivant chez ses parents, il devient un grand consommateur d’opium, de cocaïne et d'héroïne.

En octobre 1924, il rencontre Gladys Barber à Paris[B 5], une jeune Américaine fortunée venue en France pour divorcer, qu’il suit à New York, début 1925. Bien qu'il vive dans des conditions matérielles pénibles, il y fréquente les milieux aisés et élégants, et épouse Gladys Barber le [B 5], mais elle le quitte rapidement, lassée de sa toxicomanie. De plus en plus esclave de l'héroïne et de l'alcool, il vit misérablement à New York jusqu’en [B 5], date à laquelle il revient subitement en France et reprend une vie mondaine dans une maison prêtée par le surréaliste Paul Chadourne.

En 1929 il entreprend une série de cures de désintoxication[B 6], infructueuses, en clinique à La Malmaison, puis en août à Saint-Mandé. En octobre, il entre dans une maison de repos à Châtenay-Malabry appelée « La Vallée aux loups » (qui fut la maison de Chateaubriand). Après avoir passé une soirée à Paris avec un vieil ami, Jacques Porel, le matin du Jacques Rigaut rentre à Châtenay-Malabry, où il se suicide d’une balle de revolver tirée en plein cœur. Il est enterré le au Cimetière de Montmartre, 32e division, avec sa cousine Marcelle Chantal.

Louis Malle se réfère à Jacques Rigaut lorsqu'il tourne en compagnie de Maurice Ronet le film Le Feu follet. Il le cite comme point de départ de ce premier film vraiment personnel austère et essentiel et résume sa situation en décrivant un adolescent à qui la vie d'adulte est impossible à concevoir et dont le suicide est un choix de vie[3].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Parfois considéré comme un « écrivain sans œuvre »[4] Jacques Rigaut a laissé une œuvre fragmentaire, composée de nombreux maximes et aphorismes. Il est ainsi présenté comme un « Chamfort noir [5]» par Gallimard, lors de la publication en 1970 de ses écrits réunis par Martin Kay.

Rigaut n'a publié de son vivant qu'un très maigre corpus de textes courts. L'essentiel est constitué de cinq textes rédigés entre 1920 et 1922 pour Littérature (en comptant la reproduction de son témoignage au Procès Barrès), auxquels s'ajoutent seulement les « Propos amorphes » publiés dans Action et neuf aphorismes laconiques publiés dans la revue américaine The Little Review en 1923.

En 1934, son ami Raoul Roussy de Sales, avec l'aide de Théodore Fraenkel[B 7], réunit des textes de Rigaut, parfois inédits, sous le titre Papiers posthumes, publiés par l'éditeur des surréalistes Au sans pareil. L'expérience est renouvelée par Martin Kay en 1970.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la série télévisée américaine Criminal Minds (Esprits criminels) - dont tous les épisodes commencent et se terminent par une citation - l'épisode 4 de la saison 1, intitulé Plain Sight (Les Yeux dans les yeux), commence par cette citation traduite de Jacques Rigaut : « Don't forget that I cannot see myself. My role is limited to being the one that looks in the mirror » (« n'oubliez pas que je ne peux pas voir qui je suis, et que mon rôle se limite à être celui qui regarde dans le miroir »).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

  • « Propos amorphes », Action, no 4,‎ , p. 30-31
  • « Jacques Rigaut », Littérature, no 17,‎ , p. 5-8 (lire sur Wikisource)
  • « Roman d'un jeune homme pauvre », Littérature, no 18,‎ , p. 18-20 (lire sur Wikisource)
  • « Fable », catalogue du Salon Dada, 6-30 juin 1921, p. 6
  • « Mae Murray », Littérature (nouvelle série), no 1,‎ , p. 18 (lire sur Wikisource)
  • « Un brillant sujet », Littérature (nouvelle série), no 2,‎ , p. 20-21 (lire sur Wikisource)
  • « Lignes », The Little Review,‎ automne-hiver 1923-1924, p. 54 (lire sur Wikisource)

Œuvres plastiques[modifier | modifier le code]

  • Quoi, Qui, Quand, trois tableaux exposés au salon Dada de 1921.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Emak Bakia. Film 35 mm, noir et blanc. Durée 7 minutes. Cinépoème réalisé par Man Ray. Interprété par Rose Wheeler, Kiki et Jacques Rigaut. 1926.

Publications posthumes[modifier | modifier le code]

  • Lord Patchogue. La Nouvelle Revue Française n°203, , Paris. Réédition Les éditions du Chemin de fer, 2011, avec des illustrations de Frédéric Malette et une postface de Jean-Luc Bitton.
  • Papiers Posthumes. Au sans pareil, , Paris.
  • Agence Générale du Suicide. Jean-Jacques Pauvert, 1959, Paris.
  • Agence Générale du Suicide. Éric Losfeld, Le Terrain vague, 1967, Paris.
  • Écrits. Édition établie et présentée par Martin Kay, N.R.F. Gallimard, 1970, Paris.
Ce cadavre exquis, écrit à six mains, date sans doute de 1926. On le suppose rédigé lors d'une nuit arrosée au Café de Madrid à Guéthary. Dédié au « Chinois Inconnu », ce court texte multiplie provocations et impertinences diverses.
  • Lord Patchogue, Editions du chemin de fer, postface de J.-L. Bitton, illustrations de Frédéric Malette, 2011.
  • Agence Générale du Suicide, suivi de Lord Patchogue, Je serai sérieux comme le plaisir, Roman d'un jeune homme pauvre, Pensées et aphorismes. Voix d'encre, 2015, Montélimar.

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Bibliographie, monographie[modifier | modifier le code]

  1. p. 237
  2. a et b p. 21
  3. « [Rigaut et son ami François-Poncet] se doutaient que leur classe n'échapperait pas au sort de celles qui les avaient précédées. [...] L'autre élément, et pas le moindre, pour comprendre les motivations des engagés volontaires était qu'on leur laissait le choix des armes et des régiments. Un privilège qui leur permettait d'accroître les chances de sauver sa peau. » p. 94
  4. p. 127
  5. a b et c p. 24
  6. p. 25
  7. p. 485
  • Laurent Cirelli, Jacques Rigaut, portrait tiré, Paris, Le Dilettante, , 144 p. (ISBN 978-2-84263-016-4)

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • Michel Sanouillet, Dada à Paris, Paris, CNRS Éditions, (1re éd. 1965), 652 p. (ISBN 2-271-06337-X)
  • Romi, Suicides passionnés, historiques, bizarres, littéraires, éditions Serg, 1964
  • Maurice Martin du Gard, Les Mémorables, Paris, Gallimard, N.R.F., 1999

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Bitton, dossier « Salut à Jacques Rigaut (1898-1929) », texte biographique, présentation correspondances et documents inédits, La Nouvelle Revue française, n° 571, Paris, Gallimard, 2004
  • Anon, « Jacques Rigaut », La Révolution Surréaliste, n° 12,
  • Jacques-Émile Blanche, « Sur Jacques Rigaut », Les Nouvelles Littéraires, Paris,
  • Vincent Teixeira, « Assez, j'y vais, j'y erre - Arthur Cravan, Jacques Vaché, Jacques Rigaut, “trois gais terroristes” dans les lettres françaises », Fukuoka University Review of Literature and Humanities, XLV/I-II,
  • Edmond Jaloux, « L'Esprit des livres - Papiers posthumes, par Jacques Rigaut », Paris, Les Nouvelles Littéraires,
  • Patrice Delbourg, « Jacques Rigaut, Brummell suicidaire », dans Les Désemparés – 53 portraits d’écrivains, Paris, Le Castor Astral, 1996

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • André Breton, Anthologie de l'humour noir, Paris, Sagittaire, 1940 ; rééd. Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1966
  • Dadaïstes et surréalistes, Paris, Gallimard jeunesse, , 90 p. (ISBN 978-2-070-52902-5)
  • Alain & Odette Virmaux, Cravan, Vaché, Rigaut, suivi de Le Vaché d'avant Breton : choix d'écrits et de dessins, Mortemart, Rougerie, 1982

Romans[modifier | modifier le code]

  • Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet (roman dont le héros Alain s'inspire à la fois de Drieu la Rochelle et de Rigaut), Paris, Gallimard, 1931 ; rééd. suivi de Adieu à Gonzague (confession dans laquelle Drieu s'adresse à son ami mort), Paris, Gallimard, 1972
  • Philippe Soupault, En joue ! (roman dont le protagoniste emprunte les traits à la fois de Jacques Rigaut, René Crevel et Pierre Drieu la Rochelle), Paris, Grasset, 1925 ; rééd. revue et préfacée par l’auteur, Paris, Lachenal & Ritter, 1984

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • Man Ray, Autoportrait, Paris, Laffont, 1964
  1. p. 152-153
  • Jacques Porel, Fils de Réjane, t. II, Paris, Plon, 1952
  • Georges Ribemont-Dessaignes, Déjà jadis ou Du mouvement Dada à l'espace abstrait, Paris, Julliard, coll. « Les Lettres nouvelles », 1958 ; rééd. Paris, Union générale d’éditions, 10-18, 1973
  • Philippe Soupault, Vingt mille et un jours, entretiens avec Serge Fauchereau, Paris, Belfond, 1980
  • Philippe Soupault, Mémoires de l'oubli (1914-1923), t. I, Paris, Lachenal et Ritter, 1981

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris, état-civil numérisé du 7e arrondissement de Paris, registre des naissances de l'année 1899, acte no 3 du 2 janvier 1899 (vue 1/2 de la numérisation). L'enfant est né le 30 décembre précédent à 2h du matin au domicile de ses parents situé au no 14 du Boulevard Raspail. Il est le fils de Georges-Maurice Rigaut, inspecteur au Bon Marché, et de Madeleine-Berthe Pascal.
  2. Jacques Rigaut, « Jacques Rigaut », Littérature, no 17,‎ , p. 5-8
  3. Philip French, Conversations avec Louis Malle, Denoël, 1993.
  4. « Jacques Rigaut, le plus beau : épisode 1/8 du podcast Les Années folles - La vie réinventée », sur France Culture, (consulté le )
  5. Jacques Rigaut, Écrit, Paris, Gallimard, , 288 p. (ISBN 2-07-027327-X), quatrième de couverture

Liens externes[modifier | modifier le code]

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