Une semaine de bonté

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Une semaine de bonté
ou les sept éléments capitaux
Auteur Max Ernst
Genre Surréalisme
Éditeur Jeanne Bucher
Lieu de parution Paris, France
Date de parution avril-décembre 1934
Type de média Livre d'artiste, « roman-collage »[1]
Série 5

Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux est un livre d'artiste ou « roman-collage[1] » surréaliste de Max Ernst, publié en cinq livrets entre avril et décembre 1934 par Jeanne Bucher à Paris.

Genèse[modifier | modifier le code]

Château de Vigolino (it) où Max Ernst séjourne en août 1933.

Max Ernst s'est déjà essayé à deux reprises au roman-collage avec La Femme 100 têtes (1929) et Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel (1930). Lors d'un séjour de trois semaines en août 1933 à Vigoleno (it), en Italie, chez Maria Ruspoli, duchesse de Gramont, il découpe des illustrations provenant de différents livres afin de procéder à des collages surréalistes[1]. Une invitée de la maison,Valentine Hugo, réveillée par le bruit « bruit bizarre et assez régulier » des ciseaux de l'artiste, évoque la présence de ce dernier :

« Dans cette chambre était Max Ernst. Par la porte fermée, un petit claquement métallique résonnait sèchement. Je ne comprenais pas, mais je compris le jour où, feuilletant un gros livre en très mauvais état pris dans une bibliothèque — c'était Le Paradis perdu avec les grandes images de Gustave Doré — je m'aperçus que les gravures étaient pour la plupart détachées et de grands morceaux découpés[2]. »

Provenance des illustrations[modifier | modifier le code]

Une des gravures de Gustave Doré pour Le Paradis Perdu de John Milton utilisées par Max Ernst.

Parmi les sources possibles de l'artiste, ont pu être identifiés un roman de Jules Mary, Les Damnées de Paris (1883), un volume contenant des gravures de Gustave Doré[3] et des gravures sur bois de femmes atteintes de crises d'hystérie, d'après des photographies prises par Jean-Martin Charcot à l'Hôpital de la Salpêtrière[4].

Publication[modifier | modifier le code]

Parmi les 184 collages, 182 sont retenus et publiés en cinq livrets entre avril et décembre 1934 par Jeanne Bucher, marchande d'art à Paris, à près de 800 exemplaires[5],[1]. Chacun comporte une couleur spécifique ainsi que des titres qui en constituent le seul texte : un jour de la semaine, un « élément » (symbole récurrent au cahier) et un « exemple » (figure ou thème récurrent au cahier)[1]. La série devait être publiée en sept livrets mais face aux faibles ventes des quatre premiers, les trois derniers jours sont rassemblés dans le cinquième volume, qui comporte des citations d'auteurs tels que Marcel Schwob, Jean Arp, André Breton ou Paul Éluard[1].

Structure des livrets[modifier | modifier le code]

Volume Couleur du livret Jour de la semaine Élément Exemple
Premier livret Violet Dimanche La boue Le lion de Belfort
Deuxième livret Vert Lundi L'eau L'eau
Troisième livret Rouge Mardi Le feu La cour du dragon
Quatrième livret Bleu Mercredi Le sang Œdipe
Cinquième livret
Jaune
Jeudi Le noir Le rire du coq
L'île de Pâques
Vendredi La vue L'intérieur de la vue
Samedi Inconnu La clé des chants

Analyse[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

Première exposition (2006)[modifier | modifier le code]

Les collages originaux sont exposés pour la première fois au Museo de Arte Moderno (en) en mars 1936 à l'initiative de Paul Éluard, à l'exception de cinq planches, probablement jugées indécentes[1],[6].

Seconde exposition (2008-2009)[modifier | modifier le code]

Rachetée par Daniel Filipacchi au travers de sa société « Isidore Ducasse Foundation »[7],[6], la collection n'est plus présentée au public jusqu'en 2008, date à laquelle Werner Spies parvient à convaincre la fondation de lui prêter les œuvres pour une série d'expositions passant à l'Albertina de Vienne du 20 février au 27 avril 2008[8], au musée Max Ernst à Brühl du 10 mai au 7 septembre 2008, à la Kunsthalle de Hambourg du 19 septembre 2008 au 11 janvier 2009, à la Fundación cultural MAPFRE de Madrid du 11 février au 31 mai 2009 et au musée d'Orsay de Paris du 30 juin au 13 septembre 2009[1].

La presse française est enthousiaste à la redécouverte des collages : pour Beaux Arts magazine, « si, du surréalisme, il ne fallait retenir qu'une œuvre, ce serait celle-là »[9]. La Croix estime que « l'onirisme qui se déploie ici n'a d'égal que le raffinement des collages assemblés d'une main invisible. Tout l'inconscient du surréalisme est là, rappelant en maints endroits l'inspiration cinématographique d'un Buñuel ou les collusions inattendues des cadavres exquis. En ne cessant de mutiler les corps en fragments anatomiques, pour mieux les recomposer à sa guise, Max Ernst prouve inlassablement combien toute création s'appuie nécessairement sur une destruction préalable. Et offre un fabuleux réservoir d'étonnements et de rêves »[10]. Selon Le Figaro, « la force onirique, l'impressionnant trouble du déjà-vu ensorcellent. Chaque viol perpétré par une statue de l'île de Pâques surgissant de derrière une tenture, chaque torture d'homme à tête d'oiseau, chaque femme à crinoline cernée de dragons, chaque mise en scène d'un crime toujours absurde : tout cela monte directement au cerveau. Et une fois vu, impossible d'oublier ces folies »[11]. Pour Libération, « cette manifestation, et l'ambitieux catalogue qui l'accompagne, ont le mérite de redonner vie à un épisode plutôt oublié du surréalisme »[12]. Enfin, Télérama juge que « bien avant l'ordinateur, Max Ernst prophétise les vertus du couper-copier-coller. En les magnifiant avec une perfection, une imagination, un humour dont l'informatique ne saurait être capable »[13].

Catalogues d'exposition[modifier | modifier le code]

Film documentaire[modifier | modifier le code]

Le film documentaire en noir et blanc de 18 minutes Une semaine de bonté ou les sept pêchés capitaux, réalisé par Jean Desvilles en 1961, met en scène l'œuvre de l'artiste[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

Articles et analyses[modifier | modifier le code]

  • Ines Lindner, Ursula Moureau-Martini (dir.), Julia Drost (dir.) et Nicolas Devigne (dir.) (trad. Aurélie Le Née), Max Ernst, l'imagier des poètes, Paris, PUPS, , 304 p. (ISBN 978-2-84050-575-4, lire en ligne), « Économie technique et effets surréels : stratégies de montage dans Une semaine de bonté », p. 129-144
  • François Albera, « Exposition au Musée d'Orsay. Une semaine de bonté de Max Ernst : « la robe déchirée du réel… » », 1895, no 58,‎ , p. 128-137 (ISSN 0769-0959, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Une semaine de bonté » (voir la liste des auteurs).

  1. a, b, c, d, e, f, g et h « Max Ernst - Une semaine de bonté - les collages originaux », sur musee-orsay.fr (consulté en août 2016)
  2. Gilles Magniont, « Une semaine de bonté », Le Matricule des anges, no 106,‎ (ISSN 1241-7696, lire en ligne)
  3. Dover 1976, note de préface.
  4. Inès Lindner 2008, p. 135
  5. Vincent Noce, « Max Ernst, des collages éminents », sur Libération.fr, (consulté en août 2016)
  6. a et b Philippe Dagen, « Quand Max Ernst découpait les albums de la duchesse », sur Le Monde.fr, (consulté en août 2016)
  7. Jérôme Dupuis, « Daniel Filipacchi : « Je réfléchis mieux sur mon bateau » », sur L'Express.fr, (consulté en août 2016)
  8. (en) « Max Ernst - Une semaine de bonté », sur albertina.at (consulté en août 2016)
  9. Emmanuelle Lequeux, « « Une semaine de bonté » à Vienne », Beaux Arts magazine, no 285,‎ , p. 144 (ISSN 0757-2271)
  10. Sabine Gignoux, « Quand Max Ernst découpait sa « Semaine de bonté » », sur La Croix.com, (consulté en août 2016)
  11. Éric Biétry-Rivierre, « Max Ernst en 184 scènes primales », sur Le Figaro.fr, (consulté en août 2016)
  12. Vincent Noce, « Max Ernst, des collages éminents », sur next.libération.fr, (consulté en août 2016)
  13. Gilles Macassar, « Une semaine de bonté », sur Télérama.fr, (consulté en août 2009)
  14. « Max ERNST, Une semaine de bonté ou les sept pêchés capitaux », sur arts-et-resonances.com (consulté en août 2016)