Rue de Lille (Paris)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ne doit pas être confondu avec Liste des rues de Lille.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rue de Lille.
7e arrt
Rue de Lille
La rue de Lille en direction du musée d'Orsay.
La rue de Lille en direction du musée d'Orsay.
Situation
Arrondissement 7e
Quartier St. Thomas d'Aquin
Invalides
Début Rue des Saints-Pères
Fin Rue Aristide-Briand
Morphologie
Longueur 1 060 m
Largeur 9,74 m
Historique
Création vers 1640
Dénomination décision du Conseil général du
Ancien nom Rue de Bourbon
Géocodification
Ville de Paris 5625
DGI 5686

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Rue de Lille

La rue de Lille se situe à Paris dans le 7e arrondissement. Longue de 1 060 mètres, elle commence rue des Saints-Pères et se termine rue Aristide-Briand.

Elle peut désigner par métonymie, notamment l'École des langues orientales (qui occupe le no 2 depuis 1873) ou le parti gaulliste (UNR, UDR, puis RPR) qui occupait le no 123 de 1958 à 2001.

Ce site est desservi par la station de métro Solférino.

Odonymie[modifier | modifier le code]

La voie fut dénommée rue de Bourbon[1] dès son ouverture[2] et jusqu'en 1792, en hommage à la dynastie régnante. Pour effacer la référence royale et pour saluer la défense héroïque lors du siège de Lille en 1792, la rue prit dès lors le nom de rue de Lille. Elle fut à nouveau la rue de Bourbon sous la Restauration, de 1815 à 1830[3]. Depuis la Monarchie de Juillet, la rue a retrouvé son nom révolutionnaire, ce qui est un cas rare ; à Paris, les excès odonymiques de la Révolution ont le plus souvent été définitivement balayés dès le Premier Empire.

Histoire[modifier | modifier le code]

La rue a été ouverte en 1640 dans le Pré-aux-Clercs[4]. Elle finissait alors dans la grande prairie, là où était stocké le bois flotté en provenance du Morvan, s'effaçant à peu près dans l'axe de la rue de Bellechasse[5].

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire[modifier | modifier le code]

Portail du no 1 de la rue de Lille.
Ancienne entrée du couvent des Théatins.
  • no 26 : vestiges du couvent des théatins. Installés à Paris en 1644, les théatins achetèrent, grâce à la générosité du cardinal Jules Mazarin, une maison située à l'emplacement de l'actuel no 23 quai Voltaire, qui pouvait abriter 25 religieux. Ils décidèrent de faire construire une église, placée sous l'invocation de Sainte-Anne-la-Royale, en l'honneur d'Anne d'Autriche. Les travaux furent entrepris en 1661 sur des plans donnés par un architecte militaire, Maurizio Valperga. Dès octobre 1662, le général des théatins remplaçait celui-ci par un élève de Borromini, Camillo-Guarino Guarini, qui imagina un édifice baroque énorme et compliqué[9],[10] , dont le coût excédait les possibilités financières des théatins. Guarini abandonna le chantier en 1666 alors que seuls les bras et la croisée du transept avaient été construits. On se borna alors à couvrir le transept qui devint la nef de l'église. Le bâtiment fut ensuite terminé par l'architecte Nicolas Liévain vers 1720-1721. Des vestiges de la façade orientale sont visibles dans la cour du no 13 quai Voltaire, tandis que l'ancienne chapelle Saint-André-Avelin, construite par Liévain, subsiste, quoique remaniée, dans la cour du no 30 rue de Lille. Avaient en outre été créés deux passages ouverts sur le quai et sur la rue par des portails réalisés par l'architecte Pierre Desmaisons. Celui sur la rue de Lille a été conservé et constitue le no 26 de cette voie. Le portail donne accès à un vestibule sur lequel s'ouvrent les escaliers desservant les immeubles élevés de part et d'autre du passage. La cour rectangulaire est ornée d'un ordre dorique. L'ensemble a été gravé par La Marcade.
  • no 30 : immeuble de rapport construit pour les Théatins en 1730.
  • Îlot nos 33-37 rue de Lille, rue de Verneuil, rue du Bac et rue de Beaune : ancienne halle Barbier qui, transformée, devint la caserne des Mousquetaires-Gris.
  • no 34 : Carle Vernet a vécu dans cette immeuble.
  • no 41 : le restaurant Le Télégraphe est installé dans l'ancienne maison des Demoiselles du téléphone, au décor Art nouveau.
  • no 43 : durant la Première Guerre mondiale, le 14 novembre 1918, deux avions militaires survolant Paris s'écrasent, l'un dans la Seine et l'autre sur le toit de ce bâtiment, démolissant une cheminée[11].
  • no  45 : Théodore de Gargan y habita de 1840 à janvier 1848
  • no 46 : immeuble abritant la présidence de l'École pratique des hautes études (EPHE)
  • no 48 : construit à l'étage, le Temple de l'église protestante baptiste a une structure de métal et a été l'un des premiers bâtiments reconstruits sur les ruines des destructions de la Commune.
Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.
no 67, entrée de l'hôtel de Pomereu (CDC).
no 64, entrée de l'hôtel de Salm.
  • Lors du percement de la rue de Solférino :
    • Deux maisons construites en 1777 pour le maître-menuisier Jean Desjardins par l'architecte Jean-Baptiste Louis Élisabeth Le Boursier, dont un hôtel qui fut loué à Jacques Stuart, grand amiral de la Jamaïque, puis au duc de Berwick.
    • no 72 : deux hôtels jumeaux construits en 1784 par l'architecte Antoine-Charles Aubert pour Claude-Louis, marquis de Saisseval, capitaine de dragons et spéculateur immobilier, ami de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, et son beau-père, M. du Roure, entre la rue de Bourbon et le quai d'Orsay. La composition ménageait deux portes cochères symétriques sur la rue de Bourbon, une façade unique vers la Seine, ornée d'un ordre colossal[13]. Sous la Révolution française, l'hôtel de Saisseval abrita les répétitions de la messe de la fête de la fédération peu avant le 14 juillet 1790 : Talleyrand, appelé par le roi à célébrer celle-ci alors qu'il connaissait mal le rite, la répéta plusieurs jours devant une cheminée de cet hôtel, notamment aidé par Mirabeau, parfois en parodiant joyeusement le culte[14].
  • no 71 : Boniface de Castellane (1867-1932) a vécu dans cette maison entre 1918 et 1921.
  • no 75 : hôtel de Lannion, en fond de parcelle, hôtel construit en 1742-1744 pour Jean Charles Hocquart, par l'architecte Jean Damun. Il est semblable à l'hôtel mitoyen du no 78 rue de l'Université, édifié pour le même commanditaire ; les deux hôtels, se font face, à travers leurs jardins contigus. L'hôtel est d'abord loué à vie au comte de Lannion, pair de Bretagne. À partir de 1774, il abrite de nombreux locataires dont le comte de Vaudreuil, ami de la reine Marie-Antoinette, de 1782 à 1786. L'hôtel appartient ensuite aux sœurs Daru dont la famille possédait l'hôtel portant son nom au no 79 de la rue de Bourbon. La cadette, Mme Faget de Baure, loua l'hôtel à la comtesse de Boigne qui y a tenu salon sous la Restauration. Incendiés sous la Commune, le corps de logis sur rue et la porte cochère ont été remplacés par un immeuble édifié en 1898 par Frédéric Honoré. L'hôtel comporte sur le jardin un avant-corps central à trois pans orné de quatre pilastres ioniques au premier étage. Le pendant côté cour a disparu à la suite des destructions de la Commune.
  • no 77 : en fond de cour, hôtel particulier habité dans la première moitié du XXe siècle par le baron Napoléon Gourgaud (1881-1944) et la baronne, née Eva Gebhard (1876-1959), fille d'un riche banquier américain qu'il avait épousée en 1917. Ils y avaient accumulé une exceptionnelle collection de tableaux impressionnistes et modernes (dont une partie importante a été donnée par la baronne Gourgaud au musée national d'art moderne) ainsi que d'objets d'art. Le portrait de la baronne Gourgaud a été peint en 1923 par Marie Laurencin (Paris, collection du Centre Georges Pompidou).
  • no 78 : hôtel Beauharnais (autrefois dit hôtel de Torcy), construit par Germain Boffrand sur un terrain qu'il avait acheté en 1713 et revendu en cours de construction à Jean-Baptiste Colbert de Torcy. Acheté en 1803 par le prince Eugène de Beauharnais, qui a fait construire sur la cour un porche de style égyptien (1807) et réaliser une exceptionnelle décoration intérieure de style Empire. Acquis en 1817 par la Prusse qui y installe son ambassade, elle devient ensuite celle de l'Allemagne jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. C'est là qu'Herschel Grynszpan assassine le troisième conseiller de l'ambassade, Ernst vom Rath, le 7 novembre 1938 au matin. Aujourd'hui, elle abrite uniquement la résidence de l'ambassadeur allemand.
  • no 79 : emplacement de l'hôtel Daru, adresse parisienne de Stendhal, protégé de la famille Daru, en 1800, dans un bâtiment en fond de cour.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À ne pas confondre avec la Rue de Bourbon-le-Château.
  2. Elle porte déjà ce nom en 1672 sur le plan de Jouvin de Rochefort.
  3. « Rue de Lille », Nomenclature officielle des voies de Paris, paris.fr.
  4. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Éditions de Minuit, p.45.
  5. Voir le plan de Jouvin de Rochefort de 1672.
  6. Philippe Sollers, Les Voyageurs du Temps, Paris, Gallimard, 2009, pp. 205-206
  7. Martine Azoulai, « Germaine Cellier, le sens de la formule », Vanity Fair n°14, août 2014, pages 104-111.
  8. Libération en ligne du 16 juin 1999 : http://www.liberation.fr/societe/0101285338-christine-deviers-joncour-espere-remettre-les-juges-a-zero-l-ex-amie-de-roland-dumas-demande-l-annulation-de-l-instruction
  9. Il est connu par les planches gravées de l'ouvrage posthume de Guarini : Architettura civile (1737).
  10. Jacques-François Blondel, Architecture françoise, ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels & édifices les plus considérables de Paris, p. 290-292, chez Charles-Antoine Jombert, Paris, 1752-1756 [1]
  11. « 1914-1918 : la guerre aérienne dans le fonds de l'Excelsior », sur http://www.parisenimages.fr/ (consulté le 4 octobre 2014)
  12. Source : Alexandre Gady, Les hôtels particuliers de Paris, Paris, Parigramme, 2008, p. 278
  13. Une autorisation de portail fut délivrée par les Trésoriers de France le . Le projet fut reçu par la Chambre des bâtiments le (Arch. nat., Z1J 1123). L'élévation sur la Seine a été gravée par Le Campion.
  14. Source : G. Lacour-Gayet, « Talleyrand à l'Assemblée constituante », Revue de Paris, numéro du 15 juillet 1927, p. 67-68 ; Jacques Dyssord, Les belles amies de Talleyrand, Paris, 2001, chap. 21
  15. Gérard Socarrieu, Le Château de Vert-Bois à Rueil-Malmaison, dans La Victoire de Marianne, Rueil-Malmaison, 1992.
  16. LeMonde.fr : Emplois contestés du RPR : Jacques Chirac entendu comme témoin assisté
  17. Source : Alexandre Gady, Les Hôtels particuliers parisiens, Paris, Éditions Parigramme, 2008, p. 293

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Pérouse de Montclos (dir.), Le guide du patrimoine. Paris, Paris, Hachette, 1994.
  • M. Constans (dir.), La rue de Lille. L'hôtel de Salm, Paris, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, 1983(ISBN 2905118571).
  • Jean-Guy Godin, Jacques Lacan, 5 rue de Lille, Seuil, 1990.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :