Ismaël

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Ismaël
Description de cette image, également commentée ci-après

Ismaël et sa mère Agar dans le désert.
Peinture réalisée par François-Joseph Navez (1820)

ישׁמעאל

Ascendants
Abraham (père)
Agar (mère)
Descendants
Nebajoth
Kédar
Adbeel
Mibsam
Mischma
Duma
Massa
Hadad
Théma
Jethur
Naphisch
Kedma
Mahalath
Famille
Isaac
Zimran
Yokshan
Medan
Madian
Ishbak
Shouah

Ismaël (en hébreu : ישׁמעאל Išma`e’l « Dieu a entendu [ma demande] » ; en arabe : إسماعيل Ismāʿīl) est un personnage de la Genèse et du Coran. Il est le premier fils d'Abraham, tandis que sa femme et demi-sœur Sarah reste stérile. Sa mère Agar était la fille de Pharaon et la servante égyptienne de Sarah ; cette union est suggérée à Abraham par Sarah elle-même.

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Abraham accepte la proposition de Sarah qui, pour avoir un fils, lui donne sa servante égyptienne Agar comme femme. Tombée enceinte, Agar méprise Sarah, qui la maltraite en retour. Agar fuit dans le désert, où un ange lui dit de rentrer et d'obéir à Sarah. Il lui prédit une descendance nombreuse et lui dit d'appeler son fils Ismaël car Dieu a entendu son humiliation. Cette rencontre a lieu au puits Lakhaï-roï[1], entre Qadès et Béréd. Agar enfante Ismaël lorsqu'Abraham a 86 ans[2].

Un jour, Dieu apparaît à Abraham pour lui proposer une alliance, et lui prédit qu'Ismaël engendrera douze princes et une grande nation. En signe de cette alliance, Abraham circoncit Ismaël à 13 ans.

Sarah donne finalement un fils à Abraham, appelé Isaac. Alors qu'on fête le sevrage d'Isaac, Sarah demande à Abraham de chasser Ismaël, pour qu'Isaac n'ait pas à partager l'héritage avec son frère. Elle craignait également les ambitions d'Agar. Abraham en est contrarié, mais Dieu lui dit de toujours écouter Sarah car l'alliance passe par Isaac, et prédit qu'il fera une grande nation d'Ismaël. Alors Abraham chasse Ismaël et sa mère[3].

Agar et Ismaël, munis de pain et d'une outre d'eau qu'Abraham leur a donnés, errent dans le désert de Beer-Sheva. Lorsque l'outre est vide, Agar jette Ismaël sous un arbuste et s'en éloigne pour ne pas assister à sa mort. Puis Dieu lui fait voir un puits, auquel elle remplit l'outre pour Ismaël. Ils s'installent au désert de Paran. Il devient archer et sa mère lui fait épouser une Égyptienne.

Lorsqu'Abraham meurt, Ismaël l'enterre avec Isaac. Ismaël a 12 fils, qui deviennent chefs de peuple : l'aîné Nebajoth, Kédar, Adbeel, Mibsam, Mischma, Duma, Massa, Hadad, Théma, Jethur, Naphisch et Kedma[4]. Sa fille Mahalath épouse Ésaü, fils d'Isaac, et plaît à ses beaux-parents Isaac et Rébecca[5]. Ismaël meurt à 137 ans[6].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

En hébreu, ishma'-'êl signifie « Dieu entendra (sa demande)». L'auteur biblique crée ce nom théophore par un jeu de mots. Il peut être relié à l'onomastique Shumu’il, nom d'une confédération de tribus proto-bédouines des Šumu’il[7].

Dans le judaïsme et dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Le texte de la Bible précise qu'Ismaël et ses descendants (Ismaélites) formeront une glorieuse nation mais que l’Alliance sera poursuivie avec Isaac, le fils de Sarah[8]. « Dieu dit : Certainement Sara, ta femme, t'enfantera un fils ; et tu l'appelleras du nom d'Isaac. J'établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. A l'égard d'Ismaël, je t'ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l'infini; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. »[9] La Bible précise aussi qu'Ismaël fut recueilli auprès de son peuple et que ses fils habitèrent depuis Havila jusqu'à Schur, qui est en face de l'Egypte, en allant vers l'Assyrie. Il s'établit en présence de tous ses frères (Genèse 25 : 18).

Quand on envisage la relation entre Ismaël et Isaac, on ne peut s’empêcher de faire le lien avec l’antagonisme entre Jacob et Esaü. Fils aîné d’Isaac, Esaü symbolise négativement la force physique dépourvue de compréhension. Sa volonté de tuer Jacob renforce cette image négative. Si la rivalité entre Ismaël et Isaac présente certains points communs avec celle existant entre Esaü et Jacob, elle comporte aussi des différences importantes. Esaü est considéré comme un personnage négatif par les Midrashim et les commentaires rabbiniques pour lesquels le Royaume d’Edom (Esaü étant considéré comme l’ancêtre des Edomites) est identifié à l’Empire romain, ce qui fait d’Esaü l’ennemi des Juifs. Ismaël, quant à lui, demeure imprégné d’une charge positive, même s’il ne porte pas l’Alliance. Une autre bénédiction lui sera donnée lorsque Dieu dit à Abraham qu’Ismaël formera une grande nation. Ismaël est certes le perdant de la rivalité qui l’oppose à Isaac, mais il ne subit pas du tout le sort manichéen d’Esaü. D’ailleurs, Ismaël demeure un prénom juif populaire, et il y a plusieurs rabbis Ismaël dans la Michnah et le Talmud, mais aucun Esaü[10].

Il n'est pas fait mention des femmes d'Ismaël dans les textes hébraïques, avant le Targoum Yonatan ben Uziel (XVIe siècle) vraisemblablement écrit sous pression de domination musulmane. On y décrit Ismaël ayant plusieurs femmes, une moabite nommée Adishah (arabe : Aïcha) et une autre femme Peḳimah (arabe : Fatima) demeurent les plus populaires[11] ; le "Sefer ha-Yashar" (Wayera), nomme une seule femme égyptienne nommée Meribah ou Merisah. Parmi ses petits-enfants, on observe des noms comme Machmad (Mahomet), Eli (Ali) et Omir (Omar)[réf. nécessaire]. Les noms de la famille d’Ismaël vont disparaître de la culture arabe[réf. nécessaire] jusqu'à l’avènement de l'islam dans la péninsule arabique.

Ismaël dans l'islam : critique[modifier | modifier le code]

Dans l'islam Ismaël et Isaac sont deux prophètes d'importance égale, sans aucune rivalité, tous deux aimés de leur père Abraham. Ismaël est le grand frère d’Isaac de 14 ans son ainé. Ces deux impétrants jouent toutefois un rôle différent dans la scène coranique et biblique. La Bible, écrit par les Hébreux puis par les chrétiens, soutient que "l'enfant unique" d’Abraham mise à l'épreuve lors du sacrifice humain, est Isaac. Le Coran, livre sacré des musulmans, affirme au contraire que l'enfant unique d’Abraham lors de l’épreuve du sacrifice est Ismaël. L'esprit partisan[réf. nécessaire] des deux récits saute au yeux, étant donné que d'une lignée d’Isaac naitra la nation juive, et que de l'autre lignée, celle d’Ismaël, viendra la nation arabe.

L'islam avance plusieurs arguments qui plaident pour Ismaël :

  • L'enfant sacrifié est un fils unique (consensus coranique). Le texte coraniques est toutefois formel : Ismaël est bien le fils d'Abraham avant et après la naissance d'Isaac.
  • Supériorité du scenario Ismaélite : Ismaël enfant unique durant 14 ans représente alors toute la descendance d’Abraham, et pas Isaac qui n'en forme qu'une partie. Cette mise en situation est la plus probable car elle amplifie la dimension dramatique du dilemme auquel doit faire face Abraham (entre devoir et sentiments). La mise à l'épreuve par dieu en sort ainsi renforcée.

De plus, il est mentionné dans le Coran, sourate 37, que grâce à ce sacrifice, Dieu a annoncé à Abraham une grande nouvelle. Et il est à noter que, d'après le Coran, ce sacrifice est fait à la Mecque, d'où la preuve évidente qu'il s'agit d’Ismaël et non Isaac.

Les musulmans considèrent qu'Ismaël est l'un des ancêtres des arabes. D'après le Coran, Ismaël reconstruisit avec son père Abraham la Ka'aba dont il ne restait que les fondations, alors que ce dernier avait au moins un siècle d'âge[12]. Abraham promet à Ismaël que le dernier des prophètes sera de sa descendance et que celui-ci persuadera de nombreuses nations à pratiquer la religion monothéiste de tradition Abrahamique.

Les douze fils d’Ismaël dont il est fait mention dans la Bible[13] ont été repris par la religion musulmane. Il est dit dans le Coran que deux d’entre eux s’établirent à La Mecque, où ils fixèrent leur demeure, à savoir : Nebajoth et Kédar. Celui-ci est l’ancêtre des Quraychites, la tribu de Muhammad (fondateur de l'islam).

Les douze tribus d’Ismaël reproduisent l'alliance divine, d'ailleurs le prophète Israël engendrera également le même nombre d'enfants. Il est à noter que Jésus avait aussi précisément douze apôtres. Les musulmans constatent des similitudes entre Ismaël et Jésus :

  • la naissance des deux personnages, est annoncée par l'ange Gabriel dans le même désert ;
  • les deux prophètes de l'islam sont condamnés à l’exil dès leur enfance ;
  • Ismaël et Jésus échappent au martyre avec l'aide de Dieu ;
  • le Coran présente Jésus comme « la parole de Dieu » tandis qu’Ismaël est celui qui « écoute Dieu ».

Le Coran qualifie Ismaël par deux fois « d’endurant[14]». Selon les textes islamiques, Ismaël échappe deux fois à la mort puisqu'il est sauvé lorsque l'ange Gabriel fait voir l'eau sacrée Zamzam à Agar, puis il est nouvellement épargné quand Abraham était sur le point de sacrifier son fils aîné dans la vallée de Mina.

Remarque[modifier | modifier le code]

Les descendants d’Ismaël sont appelés « Ismaélites » à ne pas confondre avec les « ismaéliens » qui sont les membres de l'ismaélisme, une branche du chiisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. en hébreu « au vivant qui me voit »
  2. Gn 16
  3. Gn 21,1-21
  4. Genèse 25,12-16
  5. Genèse 28,9
  6. Genèse 25,17
  7. (de) Ernst Axel Knauf, Ismael: Untersuchungen zur Geschichte Palästinas und Nordarabiens im 1. Jahrtausend v. Chr, O. Harrassowitz, , p. 45
  8. Genèse 17,19
  9. Mondo World, « ISAAC ET ISMAËL - Ancien Testament, ép.10 - VF »,‎ (consulté le 20 avril 2016)
  10. « 'I' comme 'Ismaël' », sur CCLJ - Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind,‎ (consulté le 1er mai 2016)
  11. « Ismaël, Ismaël », sur mb-soft.com (consulté le 18 avril 2016)
  12. Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Éditions Albin Michel, p.218
  13. Genèse 17,20
  14. Le Coran, « Les Rangs », XXXVII, 102, (ar) الصافات et Le Coran, « Les Prophètes », XXI, 85, (ar) الأنبياء

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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