Hamites

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Carte ethnographique allemande de 1932 montrant les Hamites comme un des trois sous-groupes de la « race caucasienne  » avec les « Sémites » et les « Aryens » (Indo-Européens) (Meyers Blitz-Lexikon).
Carte représentant les domaines linguistiques en accord avec la théorie linguistique hamitique. Les langues sémitiques sont représentées en orange, ce qui était alors considéré comme le domaine des « langues hamitiques » est représenté en rouge-orangé, azur, cyan et chartreuse.
Carte en T stylisée représentant l'Afrique comme le foyer des descendants de Ham, l'Asie celui des descendants de Sem, et l'Europe celui des descendants de Japhet (Guntherus Ziner, 1472).

Les termes Hamites, Hamitiques, Chamites, Chamitiques, Khamites et Khamitiques (du nom biblique de Ham) sont d'anciens termes de linguistique et d'ethnologie qui désignaient un sous-groupe de la « race caucasienne  » (Europoïde), regroupant, en complément des populations sémites, les populations originaires d'Afrique du Nord, de la Corne de l'Afrique, de l'Arabie du Sud, ainsi que les anciens Égyptiens, parlant des langues afro-asiatiques autres que les langues sémitiques.

L' « hypothèse hamitique » suggérait que la race hamite était supérieure aux populations noires d'Afrique subsaharienne. Cette théorie affirmait, sous la plume de Charles Gabriel Seligman, que toutes les avancées significatives dans l'histoire de l'Afrique étaient l'œuvre de Hamites qui avaient émigré en Afrique centrale en tant que bergers, amenant avec eux les innovations techniques et civilisatrices qu'ils avaient développées. Les modèles théoriques des langues hamitiques et de la race hamitique furent considérés comme valides et liés jusqu'au début du XXe siècle. Ces thèses furent particulièrement contestées à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

« Race hamitique »[modifier | modifier le code]

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le terme provient du nom biblique des Hamites, qui seraient, selon la Table des peuples de l'Ancien Testament, les descendants de Ham (ou Cham), fils de Noé.

Le mot a connu diverses graphies. Les traducteurs français des œuvres originales écrites en anglais ou en allemand écrivent, suivant leur inspiration, Kamite, Hamite ou Chamite. Denise Paulme écrit « kamite », cependant que Henri Labouret utilise « hamite »[1],[2]. André Leroi-Gourhan et Jean Poirier font une distinction entre les « Chamites » qui, partant de l'Égypte se seraient avancés en Afrique orientale et les « Hamites » dont ils font des proto-berbères qui, après avoir suivi le littoral nord-africain, auraient occupé le Maghreb tout entier[3]. Cette distinction effectuée par Leroi-Gourhan et Poirier correspond à la distinction habituelle entre « Hamites orientaux » (Égyptiens, Bedjas, Gallas, Somalis, etc.) et « Hamites septentrionaux » (Berbères, Touaregs, Peuls, Guanches) effectuée par la plupart des auteurs[4].

L'hypothèse hamitique[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à partir des années 1880 la présentation d'une « race hamitique » regroupant les Berbères, les Égyptiens, les Abyssins, les peuples de la Corne de l'Afrique et certains groupes d'Afrique Orientale (Massaï, Tutsi-Hima) se répandit, pour résoudre les contradictions entre tradition biblique, faits observés attestant l'existence de civilisations sophistiquées (Babylone, Sumer, Égypte pharaonique, Éthiopie...) et divers dégradés intermédiaires vis-à-vis des modes de vies perçus comme plus primitifs en Afrique. Les peuples hamites (chamites) sont alors perçus comme capables d'édifier des civilisations plus évoluées, sorte de races plus ou moins intermédiaires, vestiges d'une « coulée blanche » (Gobineau) en Afrique dont les Berbères, Peuls, Somali, Maasaï ou Tutsi seraient les vestiges, et se distinguant du reste de la population « négroïde ».

Fondamentalement, l'hypothèse hamitique affirme que toute chose de valeur trouvée en Afrique y fut apportée par les Hamites, supposés être une des trois branche de la « race caucasienne » avec les « Sémites » et les « Aryens ».

Ainsi selon Charles Gabriel Seligman, « Les civilisations africaines sont des civilisations kamitiques. L'histoire de ce continent est l'histoire de ces peuples. Les Kamites envahisseurs étaient des Caucasiens pasteurs - arrivant vague après vague - mieux armés et à l'esprit plus dégagé que les noirs agriculteurs nègres »[5]. Seligman envisage les Hamites/Kamites et les Sémites comme deux grandes branches d'une même famille originaire du Proche-Orient. Sortes d'Aryens d'Afrique (Aryens d'Orient ), apportant avec eux l'agriculture, le bétail, la métallurgie et la royauté, ils auraient conquis et civilisé les « Bantous » d'Afrique centrale et les « vrais nègres » d'Afrique de l'Ouest, ayant eux-mêmes à leur tour refoulé les peuples « pygmoïdes » et « forestiers »[6].

Selon les historiens Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, « durant au moins un siècle, celui de la mainmise coloniale, l’hypothèse hamitique […] a été une clé de voute de l’africanisme. L’explication de tout trait culturel par l’intervention de conquérants ou d’immigrants qualifiés de « Hamites » par opposition aux « Nègres en tant que tels », est devenue un schéma récurrent et omniprésent »[7]. Cette conception parcourt le XXe siècle, en dépit des travaux scientifiques qui la déconstruisent à partir des années 1960. Elle est en particulier reprise dans la région des Grands Lacs, où elle est un moteur idéologique du génocide de 1994 au Rwanda.

Classification[modifier | modifier le code]

Les Hamites étaient considérés comme un sous-groupe de la « race caucasienne ». Ainsi le Meyers Konversations-Lexikon divisait la « race caucasienne » en trois sous-groupes : « Hamites  », « Sémites  » et « Aryens » (peuples de langue indo-européenne)[8]. Selon Aleš Hrdlička, les Hamites étaient un des cinq sous-groupes de la « race caucasienne » avec les « Sémites », les « Nordiques », les « Alpins » et les « Mediterranéens »[9]. Le terme a également été utilisé pour désigner des types intermédiaires entre races caucasoïde et négroïde en Afrique et qui correspondent en partie à des peuples parlant des langues hamitiques.

Anthropologie physique[modifier | modifier le code]

Sur le plan anthropologique (l'étude des os et des caractères anatomiques), le terme « hamite » désigne un type humain rattaché au groupe proto-europoïde ou méditerranéen[10].

Pour Ashley Montagu « On rencontre à la fois parmi les Hamites du Nord et les Hamites de l'Est quelques-uns des plus beaux types de l'humanité »[11].

Linguistique[modifier | modifier le code]

Le terme était autrefois utilisé pour regrouper les langues afro-asiatiques non sémitiques (ces dernières étant alors décrites comme « hamito-sémitiques »). Mais en n'incluant pas les langues sémitiques cette catégorie ne constitue pas un groupe phylétique conforme à la classification linguistique, cette appellation est donc à présent désuète sous cette acception mais elle a été intégrée dans la famille des langues chamito-sémitiques synonyme de « langues afro-asiatiques », famille dont les langues sémitiques constituent l'une des branche.

Le terme « hamite » aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le terme « hamite » est moins employé de nos jours. Son histoire idéologique mouvementée, et aujourd'hui très controversée, fait qu'il a été progressivement délaissé et remplacé par de nouveaux termes. On lui substitue souvent le terme « afrasien », considéré comme moins connoté, renvoyant aux « afro-asiatiques ». Néanmoins la bipartition « conquérants hamites »/« nègres bantous » imprègne encore bien des schémas géopolitiques africains. Le terme a pu devenir un bloc discursif, servant d'argumentaire pour des idéologies ethniques insistant sur le clivage « naturel » entre « peuples envahisseurs » et « autochtones », qui se déclinent à l'infini dans la région des Grands lacs, utilisées entre autres dans la propagande du génocide contre les Tutsi, qui étaient perçus à tort comme colonisateurs hamites par les Hutu au Rwanda en 1994[12]. Récemment, Jean-Joseph Boillot et Rahmane Idrissa, dans leur ouvrage publié sur l'Afrique en 2015, utilisent les termes Chamites (Egyptiens, habitants de la Vallée du Nil) et Hamites (Berbères, Touaregs), aux côtés des Sémites (Arabes), pour classifier les populations blanches de l'Afrique du Nord en trois groupes[13].

Génétique[modifier | modifier le code]

De nouvelles techniques de génétique des populations permettent aujourd'hui de dessiner des cartes des groupes humains, et de tenter de mieux comprendre leurs circulations passées, de leurs métissages (flux géniques) à travers les cent mille années d'histoire de l'homme moderne. De plus, ces recherches modernes ont montré qu'il existe une correspondance étroite entre les groupes linguistiques et les groupes génétiques. Les données génétiques, paléontologiques, historiques et linguistiques, permettent aujourd'hui de reconstruire peu à peu les multiples aspects de la diversité humaine[14]. Depuis le début des années 2010, les techniques d'extraction de l'ADN ancien (plusieurs milliers voire dizaines de milliers d'années) permettent de mieux comprendre l'histoire des peuplements humains.

Selon une étude de Hodgson et al 2014 portant sur l'ADN autosomal de nombreuses populations d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Europe, les langues chamito-sémitiques ont probablement été diffusées à travers l'Afrique et le Proche-Orient par une population ancestrale porteuse d'une composante génétique non-africaine nouvellement identifiée, que les chercheurs ont nommé « Ethio - Somali ». Ce composant « Ethio - Somali » se retrouve aujourd'hui principalement parmi les populations de langue chamito-sémitiques de la Corne de l'Afrique. Ce composant est proche du composant génétique non-africain que l'on retrouve chez les Maghrébins, et que l'on pense a divergé de toutes les autres ascendances non africaines il y a au moins 23 000 ans. Sur cette base, les chercheurs suggèrent que cette population dite « Ethio - Somali » est sans doute arrivée du Proche-Orient, durant la période pré-agricole, en Afrique du nord-est via la péninsule du Sinaï. Cette population s'est alors divisée en deux branches, avec un groupe qui s'est dirigé vers l'ouest, vers le Maghreb et l'autre vers le sud dans la Corne de l'Afrique[15].

D’après une étude de génétique des populations publiée en 2015 sur le premier génome séquencé d'un squelette de chasseur-cueilleur ancien d'Afrique subsaharienne, datant de 2500 ans av J.C., il a été proposé l'idée, par comparaison des populations actuelles avec ce génome ancien, que tous les Africains subsahariens modernes seraient légèrement mélangés avec une population d'origine eurasienne, qui était étroitement apparentée à la population actuelle de la Sardaigne et aux anciens agriculteurs du Néolithique européen qui étaient eux-mêmes issus d'une ancienne population du Proche-Orient. En Afrique subsaharienne, cette part d'ascendance eurasienne est bien plus importante chez les populations parlant actuellement des langues afro-asiatiques, notamment de la Corne de l'Afrique et des plateaux éthiopiens[16]. Par la suite, en février 2016, les auteurs de l'étude ont publié un erratum concernant leur étude. À la suite d'une erreur bio-informatique, l'influx de gènes eurasiens en Afrique a été un peu surestimé. Il y a bien eu une importante migration en Afrique de l'Est en provenance d'Eurasie. Cependant elle s'étend moins ailleurs en Afrique subsaharienne[17].

Une étude de Lazaridis et al publiée en juin 2016 a montré que la population à l'origine de ces gènes eurasiens en Afrique de l'Est étaient des fermiers issus du sud du Levant du Néolithique, cette ancienne population était assez apparentée à celle qui a donné les Européens du Néolithique, originaires d'Anatolie quant à eux, mais différenciée[18].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Labouret sur data.bnf.fr
  2. Henri Labouret sur Persée.fr.
  3. André Leroi-Gourhan et Jean Poirier, Ethnologie de l'Union française. T. I : Afrique, Presses Universitaires de France, 1953, pp. 82-83
  4. Robert Cornevin, Marianne Cornevin, Histoire de L'Afrique: L'Afrique précoloniale, 1500-1900, Payot, 1966, p.150
  5. Charles Gabriel Seligman, Les Races de l'Afrique, Payot, 1935, p.86, p.138
  6. Etienne Smith, L'Afrique 50 cartes et fiches, Ellipses, 2009, p.93
  7. Chrétien et Kanda [2013], p? 32.
  8. Meyers Konversations-Lexikon, 4e édition, 1885-90, Volume 11, 1888, p.476
  9. Aleš Hrdlička, The Races of Man in Scientific Aspects of the Race Problem, New York, The Catholic University of America Press, 1941, pp. 161-190
  10. Luca Cavalli-Sforza , Qui Sommes-nous ?, Flammarion, 1994 p. 171; Yaroslav Lebedynsky, Les Saces, Errance, 2006, p. 13 : «Les méditerranéens sont typiquement de taille moyenne, avec une ossature souvent légère, dolichocéphales avec un visage étroit aux traits fins et un nez bien prononcé».
  11. Ashley Montagu, An Introduction to Physical Anthropology – Third Edition, Charles C. Thomas Publisher, 1960, p.456 : « Among both the Northern and Eastern Hamites are to be found some of the most beautiful types of humanity »
  12. Étienne Smith [2009], p. 93.
  13. Jean-Joseph Boillot et Rahmane Idrissa, L'Afrique pour les nuls, EDI8, 2015, p.64
  14. Cavalli-Sforza, Qui sommes-nous?, ed. Flammarion, 1994, quatrième de couverture.
  15. (en) Jason A. Hodgson, Connie J. Mulligan, Ali Al-Meeri et Ryan L. Raaum, « Early Back-to-Africa Migration into the Horn of Africa », PLoS Genetics,‎ (DOI 10.1371/journal.pgen.1004393, lire en ligne)
  16. Ancient Ethiopian genome reveals extensive Eurasian admixture throughout the African continent, M. Gallego Llorente, E. R. Jones, A. Eriksson, V. Siska, K. W. Arthur, J. W. Arthur, M. C. Curtis, J. T. Stock, M. Coltorti, P. Pieruccini, S. Stretton, F. Brock, T. Higham, Y. Park, M. Hofreiter, D. G. Bradley, J. Bhak, R. Pinhasi, A. Manica, 8 octobre 2015, revue Science, http://www.sciencemag.org/content/early/2015/10/07/science.aad2879
  17. [1]
  18. Lazaridis et al. 2016, The genetic structure of the world's first farmers, doi: http://dx.doi.org/10.1101/059311

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Chrétien, Burundi, l'histoire retrouvée, Paris, Karthala, 1993
  • Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, Rwanda, racisme et génocide. L'idéologie hamitique, Belin, 2013
  • Lainé (Agnès), «Ève africaine ? De l’origine des races au racisme de l’origine», in Fauvelle-Aymar (François-Xavier), Chrétien (Jean-Pierre), Perrot (Claude-Hélène), dir., Afrocentrismes. L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, 2000, p. 105-125
  • Mc Gaffey, «Concepts of race in the historiograpy of Northeast Africa», Journal of African History, vol. VII, n° 1, 1966, p. 1-17
  • Frédéric Monneyron, L'Imaginaire racial, L'Harmattan, 2004
  • Edith R. Sanders, «The Hamitic Hypothesis; its origin and function in time perspective», Journal of African History, vol. X, n° 4, 1969, p. 521-532
  • Étienne Smith (éd.), L'Afrique, 50 cartes et fiches, Ellipses, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]