Contras

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Contras nicaraguayens
Image illustrative de l'article Contras

Idéologie
Objectifs Lutte contre les Sandinistes
Statut Inactif
Fondation
Date de formation 1979
Pays d'origine Drapeau du Nicaragua Nicaragua
Actions
Mode opératoire Lutte armée
Zone d'opération Zones rurales du Nicaragua à l'exception de la côte Pacifique, du río Coco au río San Juan
Période d'activité 1979 - 1990
Organisation
Membres 23 000
Financement Trafic de drogue, États étrangers
Guerre civile nicaraguayenne

Les Contras (terme espagnol signifiant « contre-révolutionnaires »), appelés aussi « Résistance nationale », étaient des groupes armés en guerre contre le gouvernement sandiniste au Nicaragua. Le soutien que donnait les États-Unis à ces groupes sera fortement médiatisé par le scandale de l'Irangate.

Historique[modifier | modifier le code]

Initialement soutenus par la dictature argentine de Videla (entre autres car les mouvements activistes de gauche argentins participèrent à la guerre civile au Nicaragua de 1979 et à l'assassinat de l'ancien président Somoza[1]) et la CIA, les Contras utilisaient les méthodes de guérilla et opéraient des raids contre l'économie et l'administration, notamment dans le nord du Nicaragua à partir de bases arrières situées au Honduras. Les contras ne recherchaient pas tant une improbable conquête du pouvoir par les armes qu'à attiser le mécontentement populaire contre le gouvernement sandiniste en sabotant l’économie et les programmes sociaux. Des écoles et centres de santé sont attaqués, des récoltes détruites et des usines incendiées[2].

Composés de plusieurs groupes politiques anti-sandinistes, paysans propriétaires et tribus indigènes opposés à la collectivisation de leur terre, au rapprochement avec l'Union soviétique et au service militaire obligatoire, ils se sont unis en juin 1985 avec le soutien actif de la CIA et avaient un effectif compris entre 13 800 et 22 400 combattants en 1990 selon les sources[3] affrontant l'armée populaire sandiniste (EPS) comptant : 70 000 à 77 000 hommes, les 80 000 réservistes et miliciens et les 15 000 membres du ministère de l'Intérieur.

Le 26 mars 1983, le village de Rancho Grande est attaqué par la contra, parmi les morts se trouve le docteur Pierre Grosjean, médecin-chercheur français, au Nicaragua depuis six mois. En 1986, trois autres Européens dont le Français Joël Fieux et deux Nicaraguayens, membres des collectifs d'alphabétisation, sont abattus dans une embuscade[4].

En , ces groupements prennent le nom de RN (Résistance nicaraguayenne)[5]. Ils constituent toutefois une force affaiblie par la corruption et les revers militaires[6]. Mais surtout les Contras ne seront jamais très populaires ; selon un sondage de l'Inter-American Research Center, en 1988, 47 % des nicaraguayens interrogés rejetaient la responsabilité de la guerre sur les Contras contre 16 % sur les Sandinistes[7].

L'accord de cessez-le-feu du prépara le désarmement et la réintégration progressive des Contras dans le jeu politique démocratique, conduisant à l'organisation d'élections. Le bilan direct de cette guerre civile est estimé à 30 000 morts. Le , les élections sont gagnées par une coalition de centre-droit dirigée par Violeta Chamorro. Dans les années 1990, quelques Recontras se formèrent à nouveau.

Exactions[modifier | modifier le code]

L'ancien commandant contras Edgar Chamorro témoigne devant la Cour internationale de justice des crimes de guerre érigés selon lui en stratégie :

« Une partie importante de mon travail en tant qu'officier de communication visait à améliorer l'image de la FDN (Force démocratique nicaraguayenne, la plus importante milice « contre-révolutionnaire »). C'était un défi, car tuer des prisonniers et des civils soupçonnés de collaboration avec les sandinistes étaient des pratiques habituelles. En parlant avec des officiers de la FDN dans les camps le long de la frontière hondurienne, j'ai souvent entendu des remarques telles que "je lui ai coupé la gorge". La CIA n'a pas découragé de telles tactiques. Au contraire, l'agence m'a sévèrement critiqué lorsque j'ai admis à la presse que la FDN kidnappait et exécutait régulièrement des travailleurs de la réforme agraire et des civils. On nous a dit que le seul moyen de vaincre les sandinistes était de tuer, kidnapper, voler et torturer »[8].

L'officier de la CIA en charge du programme, Duane Clarridge, reconnait également auprès du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, lors d'un entretien secret en 1984, que les Contras assassinaient régulièrement « des civils et des responsables sandinistes dans les campagnes, ainsi que des responsables de coopératives agricoles, des infirmières, des médecins et des juges »[9].

Dans un rapport publié en 1987, l'ONG Human Rights Watch accuse les Contras de nombreux massacres de paysans, assassinats de fonctionnaires et de travailleurs humanitaires et de viols.

Soutien de Buenos Aires et de Washington[modifier | modifier le code]

C'est d'abord la dictature argentine qui, à travers l'Opération Charly, a soutenu et entraîné les Contras. Ainsi, des forces d'unité spéciales, telles que le Bataillon d'Intelligence 601, dirigé en 1979 par le colonel Jorge Alberto Muzzio, ont entraîné les Contras, en particulier dans la base de Lepaterique[10]. L'Opération Charly était dirigée par le général Carlos Alberto Martínez, à la tête du SIDE et l'homme de Videla dans les services secrets, avec les généraux Viola et Valín[11].

Le président américain Jimmy Carter autorisa, fin octobre 1980, la création d'un programme secret de la CIA de soutien aux Contras, envoyant un million de dollars. La CIA collabora alors avec le Bataillon d'Intelligence 601 argentin, qui avait une base en Floride[11]. Au milieu des années 1980, l'ex-vice directeur de la CIA Vernon Walters et le chef des Contras Francisco Aguirre ont rencontré les généraux argentins Viola, Davico et Valin afin de coordonner les actions en Amérique centrale[11]. Le , le président Ronald Reagan autorise la CIA dirigée par William Casey à recruter et à appuyer les Contras, avec un budget de 19 millions de dollars américains.

En 1986, un avion de la CIA chargé de matériel destiné au contras est abattu par l’Armée populaire sandiniste[12].

En 1984, le Nicaragua décide de porter plainte contre les États-Unis à la Cour internationale de justice[13], ce qui aboutit en 1986 à un verdict appelant les États-Unis à « cesser d'employer l'usage illégal de la force contre le gouvernement sandiniste » en plaçant des mines sous-marines et en entraînant et appuyant les Contras. Les États-Unis avaient « rompu leur obligation dictée par le droit international de ne pas utiliser la force contre un autre État » et étaient condamnés à payer des réparations. Washington a déclaré que les États-Unis n'étaient pas soumis aux jugements de la Cour[14].

La fin de l'aide officielle, à la suite de la pression du congrès américain, conduit à un soutien clandestin en particulier par le biais de ventes d'armes à l'Iran, ce qui déclencha un scandale connu sous le nom d'Irangate.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Nicolas Albrecht, « Le commandant Zéro revendique la paternité de l’exécution de Somoza en 1980 », L'Humanité, 30 décembre 1998.
  2. « Création des Contras au Nicaragua | Perspective monde », sur perspective.usherbrooke.ca
  3. (fr) Raphaëlle Bail, « « Contras » et « compas », une même amertume », Le Monde diplomatique, décembre 2001.
  4. « Une petite guerre, si meurtrière pourtant », sur Volcans
  5. (fr) « Fiche sur le Nicaragua » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur le Quid.
  6. Jill Smolowe, « Nicaragua Is It Curtains? », Time,‎ (ISSN 0040-781X, lire en ligne)
  7. « Revista Envío - Sandinistas Surviving In a Percentage Game », sur www.envio.org.ni
  8. « War Against the Poor: Low-Intensity Conflict and Christian Faith », sur www.religion-online.org
  9. (en) « Arizona Republic from Phoenix, Arizona on October 20, 1984 · Page 22 », Newspapers.com,‎ (lire en ligne)
  10. (es) Darío Bermúdez, «Capítulos desconocidos de los mercenarios chilenos en Honduras camino de Iraq », La Nación, 25 septembre 2005
  11. a, b et c (es) María Seoane, Los secretos de la guerra sucia continental de la dictadura », Clarín, 24 mars 2006.
  12. (es) « El Gobierno de Nicaragua libera a Eugene Hasenfus », EL PAÍS,‎ (lire en ligne)
  13. Nom officiel du dossier : Military and Paramilitary Activities in and against Nicaragua (Nicar. v. U.S.), Jurisdiction and Admissibility, 1984 ICJ REP. 392 June 27, 1986
  14. (fr)http://news.google.com/newspapers?nid=1250&dat=19850119&id=_ZEcAAAAIBAJ&sjid=QGIEAAAAIBAJ&pg=5460,2059475

Liens externes[modifier | modifier le code]