Borinage

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Les communes constituant le Borinage[réf. nécessaire]
Carte du Borinage en 1933 avec toutes les lignes de chemins de fer et vicinal.
Carte du Borinage avec les lignes de Chemins de fer et vicinaux. (sans les raccordements industriels)

Le Borinage est une région belge située en Région wallonne dans la province de Hainaut, à l'ouest et au sud-ouest de la ville de Mons, à l'extrémité ouest du sillon Sambre-et-Meuse. C'est un ancien site minier qui donnait jadis du charbon à l'affleurement, notamment dans la forêt Charbonnière. Les veines se prolongeaient au-delà de la frontière franco-belge et on a retrouvé le charbon du côté français plus en profondeur, la surface étant recouverte de sédiments tertiaires. Plus tard, les hommes ont creusé des mines. La technique évolua si bien que l'exploitation de charbonnages de taille considérable fit du Borinage un des berceaux de la révolution industrielle après l'Angleterre. Il est constitué exclusivement de dix-huit anciennes communes qui sont par ordre alphabétique : Boussu, Dour, Ciply, Cuesmes, Élouges, Flénu, Frameries, Hainin, Hornu, Jemappes, La Bouverie, Pâturages, Quaregnon, Warquignies, Wasmes, Wasmuel, Wihéries et enfin Tertre isolé au nord de la Haine.[réf. nécessaire]

Toponymie et orthographe[modifier | modifier le code]

Le nom de « Borinage » vient de « borin » désignant ici les ouvriers de la mine[1], auquel est ajouté le suffixe en, -age, donne un sens de collectif, de groupe (Le Robert donne : Borinage, nom commun : ensemble des borins et aussi leur travail.), même si, en français, ce suffixe a de plus en plus un sens péjoratif[réf. nécessaire].

Deux hypothèses existent quant à l'étymologie du mot borain, e :

  • la première hypothèse viendrait du fait que le terme viendrait du grec Βορέας (Boreas), mot désignant le vent du nord, par le latin boreas, que l’on retrouve dans le français borée.
  • l'autre origine possible du mot serait le verbe néerlandais boren qui signifie « forer », « creuser ». Cette seconde hypothèse est à relier avec l'industrie minière qui a fortement marqué la région.

En ce qui concerne l’orthographe du mot, il faut préférer borin, borinne, plus proches du nom de la région. L’orthographe borain a dû être reconstruite de façon savante, sur le féminin borenne (en dialecte) qui aurait donné, par étymologie populaire, boraine, donc borain au masculin.

Géographie[modifier | modifier le code]

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Les communes suivantes font partie du Borinage[2]:

De même que font partie du Borinage les localités d’Hainin et Thulin (rattachées à la commune d’Hensies depuis la fusion des communes de 1977) et les localités de Jemappes, Cuesmes, Flénu et Ghlin (rattachées à la commune de Mons depuis la fusion des communes de 1977).

Cours d'eau

Le principal cours d’eau du Borinage est la Haine. Cette rivière parcourt la région d’est en ouest et récolte notamment les eaux de la Trouille à la limite actuelle de Jemappes et de Mons.

En effet, historiquement, avant la fusion des communes opérée en 1977, le territoire de Jemappes s'étendait jusqu'au quartier du Pont-Canal, juste avant l'avenue de Jemappes (en ce compris la rue Grand'-Route). Mais par la suite cette partie de Jemappes avait alors fait l'objet d'une urbanisation, et constituait un des faubourgs de Mons-Centre.

La limite entre Jemappes et Mons avait entre-temps disparu à la suite de la fusion de ces deux sections, afin de former l'actuelle ville de Mons.

Jusqu’à la fin des années 1960, le Borinage était également traversé par le canal Mons-Condé. Ce dernier a été rebouché au début des années 1970 et l’autoroute E19 a été construite sur son emplacement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Industrie minière[modifier | modifier le code]

L'exploitation des mines dans le Borinage remonte à une époque très ancienne. D'après l'inspecteur des mines C. Payot-Descharmes, autour de Mons, vers l'an mil, il existe de nombreuses mines de charbon. À cette époque, la houille est exploitées par les fourfeyeux (fouilleurs). On ne creuse pas de puits car les veines affleurent. Dès que l'exploitation présente des difficultés, on remblaye les excavations et on recommence à un autre endroit[4].

Au XIIIe siècle, l'exploitation est déjà très active dans la région, comme le prouve un acte daté du 2 juin 1248 [5]. En vertu de cet acte, le nombre total des puits est limité. On ne peut pas travailler de la Pentecôte à la mi-septembre (fête de la Sainte-Croix), en raison des travaux agricoles.

C'est dans le sud du bassin, à Frameries, Pâturages, Wasmes, Dour et dans le bois de Boussu que les premières exploitations sont signalées, à cause de l'effleurement des veines. La propriété des mines est un privilège de la Haute justice. Le seigneur a le pouvoir, dans son domaine, d'extraire la houille par lui-même ou par convention.

La houille est portée à dos de mulet depuis les fosses pour être embarquée sur de petits bateaux sur la Haine puis l'Escaut. Parallèlement, des carrières et des fours à chaux sont en exploitation au Bois de Boussu et dans la vallée du Hanneton. Cela est dû à la superposition de couches de calcaire et de grès dévonien avec celles de houille. Cette coexistence des deux industries dure jusqu'au XVIIIe siècle.

En 1619, les archiducs Albert et Isabelle promulguent des chartes fixant la nature du droit de charbonnage, pour le seigneur et les concessionnaires. C'est l'apparition du droit perpétuel et inamovible du concessionnaire, tant qu'il remplit les charges de sa concession.

Au début du XVIIIe siècle, l'industrie houillère prend de plus en plus d'extension, mais seules les têtes de veines sont exploitables. Il n'est pas possible de creuser à cause de l'eau.

La « machine à feu », invention de Thomas Newcomen, révolutionne l'industrie minière. L'eau qui envahit les puits peut être pompée. On peut extraire le charbon à de plus grandes profondeurs. On connaît notamment la machine du Bois de Boussu, inaugurée en 1747, décrite dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Les lois abolitives de la féodalité de 1793 et l'occupation française placent les mines boraines sous la loi du 21 avril 1810, qui fonde le droit minier en France. Les concessionnaires antérieurs à cette loi deviennent propriétaires de leurs concessions sans formalité préalable. Il se constitue alors dans le Borinage une grande quantité de petites concessions, de formes très irrégulières, constituées parois de groupes de veines superposés qui s'enchevêtrent.

Entre 1822 et 1829, la production va plus que doubler dans la région, passant de 602 000 à 1,26 millions de tonnes, ce qui représente plus que la production totale de la France et l'Allemagne à l'époque. Le Borinage exportait son charbon principalement en France et en Flandre[6].

La nécessité de descendre toujours plus bas et le coût grandissant des appareillages d'extraction et de surface amènent, dans la deuxième partie du XIXe siècle et au XXe siècle, des fusions de sociétés toujours plus importantes telles que la S.A. des Charbonnages Unis de l'Ouest de Mons, la S.A. des Charbonnages du Levant du Flénu ou la Compagnies des Charbonnages belges.

En 1920, on compte 17 sociétés exploitantes qui emploient 37 447 ouvriers. L'ensemble des concessions couvrent une superficie 28 161 ha. La production totale est de 4 966 290 tonnes [7].

Après la Seconde guerre mondiale, commence la construction de l'Europe. La Belgique signe en 1951 le Traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (C.E.C.A.) qui la solidarise avec la République fédérale d'Allemagne, la France, l'Italie, les Pays Bas et le Grand-duché de Luxembourg.

L'ouverture des frontières, en faisant baisser les prix de revient du charbon et le coût élevé de la main-d’œuvre entraînent une diminution sensible des recettes des sociétés charbonnières. Malgré une aide de la Communauté européenne et de l'État belge, ces sociétés doivent se résoudre à diminuer leur production. De nombreux puits sont fermés.

L'insuffisance de rentabilité des veines trop minces et trop accidentées va provoquer la fermeture de toutes les mines boraines et la ruine de toute la région qui fut très longtemps la plus industrialisée du pays. En 1957, sur 64 800 personnes employées dans le Borinage, 23 000 travaillaient dans l'industrie du charbon. Seules 7 000 personnes travaillaient dans les services, alors qu'en Belgique dans son ensemble, 49 % étaient employés dans le secteur tertiaire[8].

Des études effectuées en 1959 et 1961 estiment que la majorité des mines doivent fermer. Certaines, qui ont entrepris des travaux de modernisation très coûteux, sont encore rentable et pourraient être conservées (Vedette, Crachet-Picquery, ...). Ce n'est pas le cas. Le 31 mars 1976, le Siège des Sartis à Hensies, dernier charbonnage du bassin encore en activité, ferme ses portes.

Sociologie et politique[modifier | modifier le code]

Langue[modifier | modifier le code]

La langue régionale parlée au Borinage est une variété de picard.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Le Borinage abrite une importante communauté protestante depuis la Réforme. Une des plus anciennes églises protestantes de Belgique a été édifiée à Dour, en 1827. Les protestants représentent environ 5 % de la population à la fin du XIXe siècle[9]. C'est dans ce contexte que Vincent van Gogh séjourne dans le Borinage comme évangéliste, entre 1878 et 1880.

Les Borains (venant de Jemappes) tués par la Garde civique de Mons le 17 avril 1893 (Le Petit Journal, mai 1893).

Socialisme[modifier | modifier le code]

Le Borinage est l'un des berceaux du Parti socialiste belge fondé en 1885 et dont le texte fondateur est la Charte de Quaregnon adoptée en 1894. Le fait qu'elle ait été approuvée à Quaregnon et non à Mons s'explique par les événements de 1893. Début avril, la Chambre belge rejette une proposition de loi tendant à instaurer le suffrage universel. La Commission syndicale du POB décide alors qu'il y a lieu de décréter la grève générale. Dès le 13 avril, les troubles atteignent une telle violence qu'Henri Pirenne écrit : Les chefs du parti ouvrier s'épouvantent de la tournure des événements. Au Palais de la Nation, l'épouvante est plus grande encore. [10] Le 17 avril une colonne de manifestants progresse depuis Jemappes vers Mons. À la hauteur du lieu-dit Pont-Canal (où s'éleva longtemps la maternité du même nom), quelques compagnies de la Garde civique barrent le passage. Celle-ci tire alors sur la foule des manifestants. On relève sept morts et de nombreux blessés. Le lendemain, la Chambre vote le principe du suffrage universel qui devint effectif l'année suivante, principe tempéré cependant par le vote plural (plus d'une voix pour les capacitaires, les pères de famille, etc.).

Le grave incident à la frontière de Mons et Jemappes provoqua une telle colère dans le monde ouvrier que celui-ci refusa que le Congrès du POB prévu pour 1894 se tienne à Mons. C'est ainsi que le texte fondateur du POB porte le titre de Charte de Quaregnon où s’est finalement tenu le congrès.

Situation socio-économique[modifier | modifier le code]

Les conditions économiques et sociales y sont toujours très dures, avec une reproduction de la misère tempérée par les réformes de l'État-providence dans les années 1960.

Culture[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

La 'Maison van Gogh', à Cuesmes

Les films suivants ont pour cadre le Borinage :

Cinéastes :

Peinture[modifier | modifier le code]

La Bible de van Gogh (à Cuesmes)

Dessin[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Écrivains :

Scénariste et dessinateur de bandes dessinées :

Photographie[modifier | modifier le code]

  • Norbert Ghisoland (1878-1939), né à La Bouverie et mort à Frameries où il travaillait.

Musique[modifier | modifier le code]

Chanteur

Chorale

Festival

Chanson

Imprimerie[modifier | modifier le code]

  • Le Hainaut est de toutes les provinces celle où l'imprimerie s'est le plus développée vers 1850. C'est particulièrement dans les localités où l'industrie charbonnière était en pleine activité, et où la population s'était accrue dans une si grande proportion, que le besoin d'avoir une presse s'est fait sentir. La première imprimerie du Borinage fut établie à Pâturages par Pierre-Philippe Caufriez. Il y publia en 1844 un journal hebdomadaire sous le titre de L'Écho du Borinage. Caufriez a fait paraître un Almanach borain[14].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le comédien Jean-Claude Derudder, né à Quiévrain en 1943, participe à des spectacles en patois picard du Borinage.

Folklore[modifier | modifier le code]

Gastronomie[modifier | modifier le code]

  • La Bière Darbyste est une boisson fermentée à base de figues, d'orge et de blé non maltés, de sucre et de blanc d'œufs. La recette aurait été popularisée par les frères darbystes, à l'origine d'une communauté anglo-protestante dans le Borinage. Elle a été classée parmi les 5 meilleures bières du monde par le New York Times.
  • Le pagnon borain est un type de tarte au sucre.

Sport[modifier | modifier le code]

Tourisme[modifier | modifier le code]

Le « Coq de Jemappes » commémore la Bataille de Jemappes.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Arnould, L'Histoire du Borinage, Librairie encyclopédique, Bruxelles, 1951 (OCLC 67061254)
  • Alain Audin, Mons-Borinage, Paul Legrain, Bruxelles, 1989 (OCLC 23007100)
  • Paul-Marie Boulanger et André Lambert, « La Dynamique d'un développement non durable : le Borinage de 1750 à 1990 », Espace, populations, sociétés, vol. 19, no 3,‎ , p. 311-324 (lire en ligne).
  • Guillaume Jacquemyns, La Vie sociale dans le Borinage houiller : Notes, statistiques, monographies, Bruxelles, Libraire Falk fils, , 490 p.
  • Jean Puissant, « Les Origines de la presse régionale socialiste dans le Borinage », Revue belge d'histoire contemporaine, t. V, no 3-4,‎ , p. 493-546 (lire en ligne).
  • Jean Puissant, L'Évolution du mouvement ouvrier socialiste dans le Borinage, Bruxelles, Palais des Académies, , 694 p. (ISBN 2-8031-0031-2, lire en ligne).
  • Jean Puissant, « Foi et Engagement politique : Quelques réflexions sur la signification sociale du réveil protestant dans le Borinage », Problèmes d'histoire du christianisme, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, vol. 11,‎ 1982, p. 9-26 (lire en ligne).
  • Pierre Ruelle (Communication à la séance mensuelle du 10 mars 1984), « Le Borinage de 1925 à 1935 : Un paysage intellectuel oublié », Bulletin de l'Académie royale de langue et de littérature françaises, vol. XLII, no 1,‎ , p. 52-69 (lire en ligne).
  • Pierre Tilly, Les Italiens de Mons-Borinage : une longue histoire, EVO, Bruxelles, 1996 (ISBN 9782870033180)
  • Marcel Capouillez, Les charbonnages du Borinage, Catalogue d'exposition, Grand Hornu, 1994
  • Collectif, Boussu, Hensies et Quiévrain, Mardaga, 1999 (ISBN 2870098804)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir aussi sur le site XMLittré
  2. « Les habitants de Wasmes, Quaregnon, Hornu, Boussu, Dour, Warquignies, Pâturages, Eugies, Flénu, Jemappes, Cuesmes, Wasmuèl se disent aujourd'hui Borains et personne ne songe à leur contester ce droit », Pierre Ruelle, Le vocabulaire professionnel du Houilleur borain. Étude dialectologique.
  3. « St. Ghislain, Belgium – Data Centers – Google », sur www.google.nl (consulté le 18 mai 2016)
  4. C. Payot-Descharmes, Guide du mineur et des concessionnaires de mines, dans la recherche et l'exploitation des mines de houilles en général et en particulier des mines du ci-devant Hainau français, Paris, 1826 (département du Nord
  5. Cet acte porte les signatures de Wautier, abbé de Saint-Ghislain, Julienne, abbesse de Sainte-Waudru, Jean d'Havré, chevalier et maire de Quaregnon, Bauduin de Hennin-Liétard, sire de Boussu, Jean Durpent, chevaler et Bauduin de Dour
  6. Adriaan Linters, Architecture industrielle en Belgique, Industriële architectuur in België, Industria architecture in Belgium, Pierre Mardaga, Liège, 1986, (ISBN 2-87009-284-9)
  7. Marcel Capouillez, Les charbonnages du Borinage, Grand Hornu, 1994, pp 16-17
  8. Alan S. Milward, The European rescue of the nation-state, Routledge, London, 2000, p. 41 (ISBN 0-415-21628-1)
  9. Jean Puissant 1982, p. 15-16.
  10. Henri Pirenne, Histoire de Belgique, Tome VII, Maurice Lambertin, Bruxelles, 1948, p. 319.
  11. http://www.sonuma.be/archive/le-circuit-de-la-mort-au-borinage
  12. http://www.fr.universcine.be/films/la-presence-desolee
  13. https://books.google.be/books?id=3KdTVxBLxRkC&lpg=PA272&ots=zIXtZXcAfq&dq=%22antonio%20cossu%22%20jemappes&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q=%22antonio%20cossu%22%20jemappes&f=false
  14. Aimé Nicolas Leroy, Arthur Dinaux, André Joseph Ghislain Le Glay, Archives historiques et littéraire du Nord de la France, et de Midi de la Belgique, Volume 7 ;Volume 13, p.128

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Laurent, Dictionnaire Borin-Français, Édition du Sablier, Ghlin, 1996