Isabelle Blume

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Isabelle Blume
Illustration.
Fonctions
Secrétaire d'Etat à la Marine
Biographie
Nom de naissance Isabelle Grégoire
Date de naissance
Lieu de naissance Baudour, Borinage
Date de décès (à 82 ans)
Nationalité Belge Drapeau : Belgique
Parti politique Parti ouvrier belge, PSB, Parti communiste belge
Religion Protestante

Isabelle Blume, née Isabelle Grégoire, est une femme politique belge, née à Baudour, dans le Borinage, le et morte le . Elle est une figure du féminisme belge et de la lutte contre le fascisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d'un pasteur protestant, diplômée comme régente littéraire, elle étudie la théologie à Genève, puis épouse David Blume en 1913, lui aussi pasteur protestant. Durant la Première Guerre mondiale, le couple est actif dans la résistance à l'occupant allemand et très engagé socialement. Après la guerre, Isabelle et David Blume s'installent à Bruxelles. Isabelle Blume suit alors une formation d'assistante sociale à l'École ouvrière supérieure où elle deviendra enseignante.

Féminisme[modifier | modifier le code]

Elle se rapproche, dès le début des années 1920, des milieux socialistes bruxellois où elle est vite remarquée pour ses qualités de tribun. Elle commence alors une intense activité militante en faveur de la cause des femmes. Elle signe des éditoriaux sur le sujet dans Le Peuple et publie une série d'articles intitulés La démocratie conjugale qui feront scandale jusque dans les rangs socialistes. Isabelle Blume s'y engage avec véhémence pour l'égalité homme-femme dans tous les domaines. Elle milite, en particulier, pour le droit de vote des femmes, leur droit à l’enseignement et leur protection au sein du couple. En 1928, elle est désignée comme secrétaire nationale des Femmes socialistes et prend la direction du Comité d’action féminine

Dès les années 1930, elle milite pour une "maternité consciente" c'est-à-dire, l'usage de la contraception[1].

Pendant ce temps, son mari David Blume, qui a abandonné sa tâche de pasteur, est entré au ministère de l'éducation où il crée le réseau des bibliothèques publiques dont il exerce la fonction de directeur. Il a également une activité de penseur politique. Il publie un essai intitulé Christianisme et socialisme en 1926 et un pamphlet contre Mussolini en 1936.

En 1932, Isabelle Blume devient conseillère communale d'Uccle. En 1936, elle est élue députée socialiste de Bruxelles et devient la deuxième femme (avec Alice Degeer-Adère) élue dans cette assemblée par un électorat encore complètement masculin (la première étant Lucie Dejardin)[1] . Elle y siégera jusqu'en 1954. Le premier discours qu’elle prononce au parlement s’intitule À travail égal, salaire égal.

En 1935, elle participe à la création de la Commission du travail féminin (composée de 4 femmes et 10 hommes). Son rôle est consultatif, elle est chargée de renseigner le gouvernement sur le travail féminin. Dans le cadre de cette Commission et avec A. Lagasse, Isabelle Blume publiera un rapport proposant des mesures contre l'insalubrité et la pénibilité de certains métiers[1].

Isabelle Blume a une position féministe abolitionniste. En , avec Marguerite De Riemaecker (PSC-CVP) et Suzanne Grégoire (PCB), elle dépose une proposition de loi abolitionniste au nom de l'égalité des sexes. Cette loi modifie la réglementation de la prostitution et renforce les sanctions envers les souteneurs. Cette loi sera finalement adoptée le [1].

Antifascisme[modifier | modifier le code]

À côté de son engagement féministe, Isabelle Blume se lance, dès le début des années 1930, dans la lutte contre le fascisme. Elle prononce des discours sur ce thème dans des usines à Hambourg et à Brême et n’a de cesse d’attirer l’attention du monde politique belge sur le danger de l’Allemagne nazie. Elle s'oppose notamment à la politique de neutralité de la Belgique et au tournant « autoritaire » du POB dans la deuxième moitié des années 1930[2].

En 1933, elle témoigne en leur faveur au procès des objecteurs de conscience anarchistes Hem Day et Léo Campion[3].

En 1934, elle participe à la Conférence mondiale des femmes contre la guerre et le fascisme qui prend place à Paris et est organisée par le mouvement "Amsterdam-Pleyel"[1].

En 1936, elle s’engage dans la guerre d’Espagne du côté des républicains. Elle se rend plusieurs fois en Espagne et organise la solidarité envers les réfugiés et les orphelins. Elle y gagne son surnom de pasionaria belge.

L’invasion de la Belgique par l’armée allemande l’oblige à fuir en Angleterre avec le gouvernement belge tandis que son fils Jean Blume s’engage dans la résistance et est déporté. À Londres, elle participe au gouvernement de Camille Huysmans en tant que Secrétaire d'État à la Marine et s'occupe du service social des marins.

Soutien aux réfugiés[modifier | modifier le code]

Durant la Guerre d'Espagne elle porte secours au camp républicain et aide à l'accueil de réfugiés espagnoles ( et basques )[4].

Elle parle en faveur des réfugiés juifs d'Allemagne au Parlement à plusieurs reprises, ainsi que sur la situation des Juifs internés dans le camp de Merksplas[4].

Communisme[modifier | modifier le code]

Après la guerre, elle prend position dans la question royale contre le retour de Léopold III. Elle met toutes ses capacités d’oratrice et de polémiste au service de ce nouveau combat.

Arborant un philosoviétisme convaincu, elle plaide depuis longtemps pour un rapprochement entre socialistes et communistes. En , avec notamment Luc Somerhausen et Léo Collard, elle adresse une lettre collective d'une tonalité nettement gauchisante au conseil général du Parti socialiste, dans celle-ci elle déplore l'abandon tacite de son adhésion au marxisme, l'opportunisme systématique des dirigeants et l'absence de consultation de la base socialiste[5].

Elle est exclue du Parti socialiste en 1951 et siège comme députée indépendante jusqu'en 1954, mais elle adhère au Parti communiste belge seulement à partir de 1964. Elle entre au Comité central du parti et est élue en 1965 conseillère communale d'Hornu.

Elle continue à participer activement à la lutte contre le fascisme et la guerre. Prix Staline de la Paix en 1953, elle s'implique intensément dans le Conseil Mondial de la Paix, dont elle devient coprésidente (1965-66) et enfin présidente (1966-69), fonction qu'elle doit abandonner pour avoir exigé le retrait des troupes soviétiques de Tchécoslovaquie lors du Printemps de Prague. Elle poursuit ensuite jusqu'à sa mort son activité de militante et de conférencière. Au cours de sa carrière, elle rencontre de nombreuses personnalités du XXe siècle, comme Nehru, Indira Gandhi, Mao Tse Toung, Nasser, Sadate, Ho Chi Minh et Allende.

En tant que femme féministe, communiste et révolutionnaire, Isabelle Blume est la cible de nombreuses critiques voulant la faire passer pour une "hystérique" aux "mœurs légères" et aux "bavardages" incessants[1].

Descendance[modifier | modifier le code]

Elle est la mère de Jean Blume, homme politique et journaliste communiste belge. Ses autres enfants furent Edith Goldschlager et Alain Blume, colonel dans l'armée de l'air belge. Elle est la grand-mère d'Alain Goldschlager, spécialiste de la littérature de la Shoah et de l'antisémitisme ainsi que de Marianne Blume, auteur de Gaza dans mes yeux[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Eliane Gubin, Catherine Jacques, Encyclopédie d'histoire des femmes. Belgique, XIX - XXème siècles, Bruxelles, Racine, , p 84
  2. Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010, p. 89.
  3. Jean-François Füeg, « Deux anarchistes devant le Conseil de Guerre. Hem Day - Léo Campion 1933 », sur calameo.com (consulté le 2 janvier 2020)
  4. a et b Helmut Gruber, Pamela Graves (éditeurs), Women and Socialism - Socialism and Women: Europe Between the World Wars, , p. 260
  5. Martin Conway, Les chagrins de la Belgique, Bruxelles, Centre de recherche et d'information socio-politiques, , 526 p., p. 241-242

4. Sophie Cordenos, Isabelle Blume, une figure montoise du féminisme; La Gauche n°79, LCR; 9 december 2016, p. 9

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Conway, Les chagrins de la Belgique, Bruxelles, Centre de recherche et d'information socio-politiques, , 526 p. 
  • José Gotovitch, Isabelle Blume, Bruxelles, Fondation J. Jacquemotte, 1976.
  • José Gotovitch,  Grégoire Isabelle, dans Dictionnaire des femmes belges, Bruxelles, Racine, 2006, p. 289-292.
  • Suzanne van Rokeghem, Jacqueline Aubenas, Jeanne Vercheval-Vervoort, Des femmes dans l'histoire en Belgique, depuis 1830, Bruxelles, Luc Pire, 2006, p. 137-138.
  • Éliane Gubin, Leen Van Molle, Femmes et politique en Belgique, Éditions Racine, Bruxelles, 1998.
  • Hugh Robert Boudin, "Blume-Grégoire, Isabelle", dans : Dictionnaire historique du protestantisme et de l'anglicanisme en Belgique du 16e siècle à nos jours, Arquennes, 2014.