Jardins byzantins

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Les jardins byzantins sont un ensemble de styles de jardins développés sous l'empire romain d'Orient du IVe au XVe siècles.Bien que les jardins byzantins ne comportent pas beaucoup de sources concrètes, ils ont été très importants dans la vie quotidienne des byzantins. Les jardins byzantins sont aujourd’hui connus par les historiens à travers les différentes descriptions faites de ceux-ci dans les textes et les œuvres d’art, puisqu’aucun site archéologique de ces jardins n’a été découvert à ce jour[1]. La plupart des sources portent sur le Mesokepion (jardins du palais de Constantinople) et sur les jardins de la ville de Nicée. Après la prise de Constantinople par Mehmet II, la plupart des jardins byzantins semblent avoir été détruits (les anciens jardins ont très souvent été bâtis).L’importance de ces parcelles de terre diffère d’un jardin à l’autre. Alors que certains sont consacrés à la survie de la population byzantine, d’autres sont construits pour impressionner la galerie. Les Byzantins iront même jusqu'à voir les jardins comme étant une représentation du paradis sur terre en le comparant au jardin d’Éden[1].


Histoire et influences[modifier | modifier le code]

Les jardins byzantins sont très largement héritiers des jardins grecs, romains et perses de l'Antiquité, mais marqué par l'influence chrétienne (comme la plupart des arts byzantins). Avec les jardins perses sassanides, les jardins byzantins sont une des bases des jardins d'Islam, car la majorité du monde musulman méditerranéen est situé sur d'anciennes provinces byzantines (Bétique, Maurétanie, Égypte, Asie mineure), et les artistes byzantins ont très souvent été sollicités par les souverains musulmans.

Les origines romaines des jardins byzantins remontent en partie à l’époque romaine. C’est d’ailleurs sous la domination byzantine du territoire romain que l’art des jardins se transmet d’une culture à une autre. Ainsi, puisque les Romains croyaient que les jardins étaient un art honorable pour les hommes, les Byzantins développent leur propre création dans ce même état d’esprit[2]. Cependant, les Byzantins ajoutent une touche particulière à leurs jardins puisqu'ils sont très reliés à la religion et à la bible. Ainsi, le psaume 128 :2, commande de manger le fruit de dur labeur après avoir travaillé la terre[2]. D’ailleurs, certains jardins sont bâtis dans l’esprit de recréer le jardin d’Éden, soit le paradis sur terre[3]. Tout comme les empereurs romains, les souverains byzantins développeront l’art de la construction des jardins au fil du temps. Ainsi, Héraclius 1er  (575-641) construisit des jardins de légumes et des parcs; Théophile (813-842) encouragera fortement la construction de palais avec de somptueux jardins dotés de mosaïques; Basile 1er (811-886) bâtira le célèbre Mesokepion, un jardin palatial ; Constantin VII (905-959) fera rédiger de nombreux écrits concernant les jardins; Michael IV (1010-1041) reconstruit l’église Anargyroi impliquant la construction de plusieurs bains, fontaines et pelouses. Enfin, Jean III (1192-1254) innove dans le domaine de l’agriculture à Nicée[2].

Les jardins permettaient aux Byzantins d’atteindre un certain niveau de prestige. Il était donc commun de retrouver de prestigieux jardins dans les villas des Byzantins qui permettent de démontrer la richesse de ces aristocrates[2]. Les jardins occupent également une place très importante chez les paysans qui survivent principalement grâce à ces petites plantations qui leur font office de terre agricole à défaut d’être propriétaire terrien[4].   


Les potagers[modifier | modifier le code]

Bien que ce type de jardin ne correspond pas aux jardins palatiaux, il n’en reste pas moins que ceux-ci font partie intégrante de l’habitation du paysan byzantin. En effet, ces petits lopins de terre servent principalement à assurer la survie familiale. Ainsi, qu’il se situe au cœur de la maison, à côté de celle-ci ou encore imbriqué dans l’habitation, le jardin est un élément très important[4]. Puisque les paysans ne possèdent pas tous des champs pour y cultiver certains produits, ils doivent impérativement se tourner vers cette alternative qui permet de cultiver simultanément des céréales et des légumineuses qui sont à la base de l’alimentation des paysans[4]. Ce jardin comprend également un verger et un potager où l’on trouve des légumes de toutes sortes. Ce réseau de plantation est également très bien protégé par des palissades et des fossés[5]. Ces espaces verts font même face à une réglementation très sévère en ce qui concerne les intrusions et les vols de récoltes[4]. Très bien entretenus, ces jardins font l’objet de divers soins fournis par les paysans afin d’augmenter la production des récoltes. Ainsi, ils sont arrosés avec l’eau d’un puis, labourés de nombreuses fois et ils bénéficient d’engrais animal[4].


Les jardins fruitiers[modifier | modifier le code]

Représentation des jardins byzantins au travers de nombreuses scènes où Saint Anne est représentée.

C’est avec l’aide des enluminures qu’il est possible de savoir ce que cultivaient les Byzantins, puisque les textes n’en parlent que très peu. Ainsi, ces dernières nous montrent clairement que l’on cultivait des légumes tels que les pois et les citrouilles[5]. Pour les vergers, on retrouve des enluminures qui montrent bien que les figuiers, les pommiers, les cerisiers et les amandiers y étaient cultivés[5]. Par ailleurs, les jardins fruitiers n’abritaient pas uniquement des arbres : « […] un nombre important d’enluminures nous montre des épis de blé mûrissants au milieu d’arbres fruitiers, par exemple des figuiers, tandis que le sol est défoncé à la bêche comme dans les jardins et non à l’araire; ceci conduit à croire que l’on cultivait aussi des céréales dans ces jardins.»[5]. Ainsi, la limitation des engrais, que l’on pouvait trouver à l’époque dans les pâturages d’élevage bovin, forçait les Byzantins à exploiter les jardins de façon à maximiser la production de céréales dans ces endroits clos[5]. Les vignes étaient également cultivées dans ces jardins fruitiers, même si l’on en retrouve dans les champs.


Jardin d'agrément[modifier | modifier le code]

Les jardins byzantins étant presque tous des jardins d’agrément, il est donc intéressant de se pencher sur les composantes de ceux-ci. La principale source qui nous permet de décrire ces jardins provient de la description du jardin de Sainte-Anne datant du début du XIVe siècle, par Théodore Hyrtakenos un littéraire. L’iconographie de l’Annonciation d’Anne est très riche en détail et c’est à travers l’analyse d’Hyrtakenos que l’on est en mesure de retracer certains éléments essentiels des jardins byzantins. On retrouve également certaines représentations de jardins dans les diverses mosaïques byzantines, particulièrement dans celles du monastère de Daphni[3].Tout comme les jardins romains, les jardins byzantins sont marqués par l'utilisation de mosaïques (voir Mosaïque byzantine) et par l'utilisation de bassins et jeux d'eau.Un nombre important d’arbres, des murets et parfois même d’oiseaux sont retrouvés dans ces jardins.

Les jardins byzantins sont des endroits clos et généralement non visibles de l’extérieur. Ainsi, le muret est un élément important dans ce type de jardin puisqu’il permet d’assurer l’isolement de celui-ci. D’ailleurs, le jardin de Sainte-Anne est constitué d’un petit muret de pierre, une caractéristique importante qui est d’ailleurs retrouvée dans plusieurs mosaïques représentant des jardins byzantins[3].

Les arbres font également partie intégrante des jardins byzantins. Le Cyprès est très souvent retrouvé dans les jardins byzantins puisqu’ils permettent de mieux préserver le jardin du regard extérieur. D’ailleurs, plusieurs types d’arbres sont mentionnés dans la description fournie par Hyrtakenos du jardin de Sainte-Anne, tout comme ils sont présents dans les mosaïques du monastère de Daphni. Ainsi, cet auteur parle de nombreux buissons, de Cyprès, d'oliviers, de lauriers, de pins, de myrtes, de pommiers, de poiriers, de figuiers, de cerisiers et de grenadiers[1]. De plus, toujours selon Hyrtakenos, toutes ces plantations respectent rigoureusement la science du jardinage puisque les arbres sont plantés à une certaine distance les uns des autres et regroupés par espèces[1]. Bref, le jardin byzantin idéal serait constitué d’arbres fruitiers, de conifères, de plantes, de buissons ainsi que diverses espèces de fleurs[3].

Les fontaines font également partie intégrante des jardins byzantins et ces dernières sont d’ailleurs très représentatives de cet art. En effet,il est possible d’associer divers éléments artistiques byzantins à ces fontaines, comme le montre l’usage fréquent de la pomme de pin[1]. Les fontaines occupent généralement une place centrale dans ces lieux clos et elles représentent le principal témoignage de l’art byzantin retrouvé en ces lieux. Ainsi, Théodore Hyrtakenos situe la fontaine du jardin de Sainte-Anne au milieu de celui-ci[1]. Cet élément central du jardin byzantin constitue une œuvre d’art en soi. Dans le cas de celle du jardin de Sainte-Anne, cette fontaine est constituée de deux bassins construits avec trois différentes couleurs de marbres. La fontaine est ornée de sculptures animalières et est surmontée d’une pomme de pin d’où jaillissent les jets d’eau[1]. Sur la mosaïque du monastère de Daphni, la fontaine occupe également une place de choix, puisqu’elle est située au premier plan. Cette dernière est probablement aussi grandiose que la fontaine du jardin de Sainte-Anne puisqu’elle est constituée de trois bassins d’eau et, elle aussi, est surmontée d’une pomme de pin[3].  

Enfin, la mosaïque du monastère de Daphni nous laisse croire que le jardin était habité par différentes espèces d’oiseaux dont les chants étaient indispensables et ajoutaient beaucoup à la beauté du jardin. Ainsi, sur la mosaïque de Daphni, on peut identifier des paons, des perroquets et des rossignols[3]. D’ailleurs, il est intéressant de voir que les arbres, les oiseaux et la pomme de pin sont des symboles de fertilité et de procréation[3].  


Jardins palatiaux[modifier | modifier le code]

Les jardins palatiaux sont en fait une extension du palais lui-même. Très rares sont les palais qui ne possèdent pas de jardins à cette époque. En effet, comme il a été mentionné un peu plus haut, ces jardins servent principalement à impressionner la galerie et font partie des richesses nécessaires afin d'aller se tailler une place dans l’aristocratie byzantine. Ces jardins sont principalement composés de fontaines, d’arbres et de mosaïques. Les terrasses sont également très présentes dans ces jardins puisqu’elles permettent d’observer l’entièreté des jardins[6]. L’Anadendradion, le Mesokepion ainsi que le Mangana sont les parfaits exemples de ce type de jardins.

L’Anadendradion est le jardin du palais de Magnaura. Ce jardin probablement riche en arbres est accessible d’une chambre du château, il contient un canal qui se rend directement à l’autre bout du jardin qui est traversé par un pont[6]. Le jardin était également aménagé dans le cadre de fêtes ou de réceptions mondaines afin que les invités puissent en admirer la beauté[6].

Le Mesokepion est un jardin du Grand palais de Constantinople. Il a été construit sous le règne de Basile premier et il était probablement situé sur le niveau le plus bas du palais[7]. Il était un petit jardin paradisiaque clos qui avait probablement l’apparence d’un jardin creux. La description de ce jardin est surtout l’œuvre de Jean Géomètre qui fait allusion au Mesokepion lorsqu’il parle de son propre jardin en vers et en prose[7]. On retrouve également une brève description du jardin dans le texte de la Vita Basilii (la bibliographie de Basile le premier) qui mentionne que l’on y retrouvait une abondante quantité de plantes et que cet espace vert était irrigué en abondance[7].

Le Mangana quant à lui entoure complètement le monastère de Saint-Georges de Mangana. Construit par Constantin IX, ce complexe comprend également un hôpital et un palais[7]. Contrairement au Mésokepion, le Mangana était très grand et ouvert. Il était également situé plus haut que le palais ce qui lui donnait probablement l’allure d’un jardin volant[7]. Grâce à la description de Psellos, il nous est possible d’imaginer ce jardin grandiose. Ainsi, celui-ci comprenait deux immenses citernes qui permettaient d’approvisionner le canal et les bains[7]. De plus, l’intérieur du complexe comprenait plusieurs prairies de fleurs et des galeries couvertes qui permettaient aux gens d’y marcher[7]. Le jardin était construit sur deux étages. Sur l’étage le plus bas, on pouvait y pratiquer l’équitation et l’on percevait également la cime des arbres du deuxième palier, donnant ainsi l’impression d’un jardin flottant[7]. Les différentes descriptions de ces jardins nous permettent de constater que les paysages et les structures étaient différents d’un jardin à l’autre[7].


Les parcs d'attractions[modifier | modifier le code]

Les parcs et les jardins d’amusements n’étaient pas uniquement retrouvés à l’intérieur des palais, mais également à l’extérieur de ces enceintes privées. En effet, il est possible de voir que ces parcs sont décrits à travers certaines sources. Ainsi, le Philopation est un parc que l’on retrouve à l’extérieur des murs de Constantinople. Ce parc est surtout destiné à la chasse d’animaux sauvages[7]. 

Le Philopation est l’exemple parfait des parcs d’attractions. Ces parcs étaient bâtis dans le but d'en faire un petit terrain de chasse où l’on pouvait chasser de plus petits gibiers comme le lièvre, le sanglier et de petits cerfs[1]. Ces parcs étaient normalement situés près des pavillons ce qui permettait aux auditeurs d’assister à la partie de chasse[1]. Ces parcs devaient absolument être très bien entretenus, que ce soit pour les récoltes, l’aménagement du terrain ou encore l’élevage d’animaux. D’ailleurs, il est intéressant de voir que les Byzantins s’inspireront des conseils qui leur seront donnés par l’auteur et spécialiste agricole romain Columella qui rédigera les principales lignes d’entretien de ce type de jardin. Columella propose donc de garder ce type de jardin clos, de nourrir les animaux à la main en hiver et de s’assurer que le jardin possède un nombre considérable d’arbres fruitiers[1].

Le Philopation est l’un des seuls parcs d’attractions dont on possède des informations. Ainsi, ce parc d’attractions est situé au nord de Constantinople juste à l’extérieur des murs du palais de Blachernai. La première mention de ce parc remonte au IXe siècle et il semblerait que ce terrain de chasse impérial ait été utilisé jusqu’à la chute de Constantinople aux mains des Latins à la fin du XIIe siècle[7]. Ce terrain de chasse est décrit par plusieurs auteurs, dont le moine Georges, Eudes de Deuil et Jean Cinnamus. Le Philopation serait composé non seulement de paysages naturels, mais également de plusieurs constructions, dont des piscines, des canaux ainsi que des pavillons[7].


Jardins monastiques[modifier | modifier le code]

Les jardins monastiques sont également très importants dans la culture byzantine. Ceux-ci sont au cœur des monastères et seront cultivés pour divers produits. Pour certains monastères, les jardins sont essentiels pour leur survie quotidienne. Ils sont à la base même de la fondation des monastères et on y retrouve des vignobles, des légumes, des fruits et même des herbes[1]. Des installations complexes d’irrigation sont mises en place afin d’approvisionner les jardins en eau, comme le démontrent plusieurs évidences archéologiques de canaux ainsi que de bassins de réserve d’eau de pluie. Le travail manuel étant perçu comme une forme de méditation, c’est souvent en s’occupant des plantations que les moines et les sœurs passaient leurs journées. De plus, les hôpitaux étant souvent au cœur de ces monastères, on y retrouvait également des jardins médicinaux qui permettaient la production de remèdes[1]. Enfin, certains jardins étaient également consacrés à la reproduction d’un jardin paradisiaque sur terre. Cette version du paradis sur terre encourage les moines à faire grandir leur spiritualité en jardinant[1]. Bref, ces jardins monastiques sont très diversifiés et occupent différents buts.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (en) Antony Robert Littlewood et al., Byzantine garden culture, Washington D.C., Dumbarton Oaks, , 260p. p., p. 34; 67; 70; 105; 117; 121;
  2. a, b, c et d (en) Henry Maguire, Byzantine Court Culture from 829 to 1204, Washington D.C., Dumbarton Oaks, , 264p. p., p.16; 17;18
  3. a, b, c, d, e, f et g « Les jardins », sur Qantara patrimoine méditéranéen (consulté le 27 février 2017)
  4. a, b, c, d et e Michel Kaplan, Byzance, Paris, Belles lettres, , 304p. p., p.136
  5. a, b, c, d et e Michel Kaplan, « Quelques remarques sur les paysages agraires byzantins (VIe siècle-milieu XIe siècle) », Revue du Nord,‎ , p. 155-172
  6. a, b et c (en) Marie Luise Gothein, A History of Garden Art, New York, Hacker Art Books, , 459p. p., p.138
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Henry Maguire, « Gardens and Parks in Constantinople », Dumbarton Oaks Papers,‎ , p.251-264

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • GOTHEIN, Marie Luise, A History of Garden Art, New York, Hacker Art Books, 1928, 459 p.
  • KAPLAN, Michel, Byzance, Paris, Belles Lettres, 2007, 304 p.
  • KAPLAN, Michel, « Quelques remarques sur les paysages agraires byzantins (VIe siècle-milieu XIe siècle)»,  Revue du Nord, Vol. 62, no. 244, 1980,  p. 155-172.
  • LITTLEWOOD, Antony Robert et al., Byzantine garden culture, Washington D.C., Dumbarton Oaks, 2002, 260 p.
  • MAGUIRE, Henry, Byzantine Court Culture from 829 to 1204, Washington D.C., Dumbarton Oaks, 2004, 264 p.
  • MAGUIRE, Henry, «Gardens and Parks in Constantinople», Dumbarton Oaks Papers, no. 54, 2000, p. 251-264.
  • I. J, «Les jardins», Qantara patrimoine méditéranéen, [En ligne] http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=546 (consulté le 27 février 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]