Monastère Nea Moni de Chios

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Monastères de Daphni, de Hosios Loukas et Nea Moni de Chios *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Vue du monastère à vol d'oiseau
Vue du monastère à vol d'oiseau
Coordonnées 38° 22′ 26″ nord, 26° 03′ 21″ est
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Subdivision Égée-Septentrionale, Nome de Chios
Type Culturel
Critères (i) (iv)
Superficie 3,7 ha
Zone tampon 5 816 ha
Numéro
d’identification
537
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1990 (14e session)

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Monastères de Daphni, de Hosios Loukas et Nea Moni de Chios
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Le monastère Néa Moní (nouveau monastère) de l’île grecque de Chios est un édifice d'époque byzantine inscrit dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1990. Cet édifice religieux vieux de près de mille ans se situe sur le Mont Provaetion sur  l’île de Chios. Cette île fait aujourd’hui partie de la Grèce et se trouve à près d’une dizaine de kilomètres des côtes turques actuelles. Quant au monastère, il est blotti dans une vallée cachée à 11 km à l’ouest de Chios.

La fondation du monastère[modifier | modifier le code]

La fondation du monastère de Nea Moni remonte au XIe siècle. Ce lieu emblématique de l’époque byzantine et du christianisme oriental doit sa fondation au pouvoir impérial comme le démontrent les nombreuses chrysobulles. La construction du monastère de Nea Moni remonte à l’époque de l’empereur Constantin IX Monomaque. Depuis la mort de Constantin VIII Porphyrogénète en 1028, l’empire est dirigé par ses filles Zoé et Théodora[1]. Mais l’administration bicéphale de l’empire étant plutôt chaotique en raison des velléités qui subsistaient entre les deux sœurs Porphyrogénète a causé des divisions entre d’une part la population et d’autre part les fonctionnaires, les uns favorables à Théodora Porphyrogénète et les autres à Zoé. Pour mettre fin à ce désordre, il a été décidé de marier l’une des deux sœurs ce que Zéo accepta sans trop de contrariété. Elle maria donc Constantin qui devint empereur, le neuvième de ce nom, et qui régna de 1042 à 1055. Dans les décennies précédant son avènement sur le trône et la construction de Nea Mon, il se produisit un événement qui allait donner un caractère sacré à l’emplacement de l’actuel monastère. La légende raconte, selon ce que rapporte l’abbé Nikophoros en 1804, que trois moines ayant trouvé refuge sur le Mont Provateion afin d’y vivre en retrait, auraient aperçu pendant la nuit, une lumière scintillante au bas de la montagne[2]. Le lendemain, ils s’y rendirent et mirent le feu au bosquet prétextant que si l’endroit où ils aperçurent la lumière demeurerait indemne, il s’agirait d’un signe de Dieu tout comme l’avait été le buisson ardent  que Moïse aperçut[3]. Leur pressentiment fut confirmé puisqu’ils trouvèrent une icône de la Vierge Marie qui pendait à une branche du buisson qui ne s’était pas consumé par les flammes. Les moines firent un rituel religieux avec l’icône après quoi ils construisirent une chapelle à l’endroit où elle fut trouvée[3]. Cet événement, selon ce qu’en dit l’historienne et spécialiste de l’histoire byzantine Doula Mouriki se serait déroulé sous le règne de l’empereur Michael IV, entre 1034 et 1041[3]. L’histoire de Nea Moni raconte par ailleurs que les moines de Chios auraient rendu visite à Constantin Monomaque qui se trouvait en exile sur l’île voisine de Mytilène. Lesdits moines auraient fait part de leur prophétie à l’effet que son exil prendrait fin et qu'il pourrait rejoindre Constantinople pour y être couronné empereur. Les moines sollicitaient par ailleurs son aide afin d’y ériger un tombeau à la gloire de la Vierge si leur prophétie s’avérait vraie[3]. Constantin, après avoir reçu les moines à Constantinople tint sa promesse faite auprès d’eux. L’historien Henry Maguire qualifie la construction de Nea Moni de mélange «d’intérêts impériaux et de patronage[4]».

Christianisme oriental et monachisme[modifier | modifier le code]

Nea Moni n’est pas le seul monastère de ce genre à avoir été construit. Comme l’indique le site de l’UNESCO, les monastères de Daphni et de Hosios Loukas ont également été reconnus comme faisant partie du patrimoine mondial[5]. La construction de tels bâtiments n’est pas fortuite puisqu’elle reflète le dynamisme du christianisme oriental ainsi que du monachisme. Nea Moni en est l’illustration parfaite par son architecture et la splendeur de ses fresques et mosaïques. Bien que l’on ait attribué initialement sa fondation à des motifs mystiques on doit néanmoins s’intéresser à l’expansion du monachisme pour bien saisir les raisons qui sous-tendent la construction de Nea Moni. Au courant des VIIIe et IXe siècles survient une crise au sein du christianisme oriental qui a pour effet de remettre en cause le culte des icônes. Ce courant que l’on appelle iconoclasme devient alors la politique officielle de l’Église Byzantine que les empereurs veillent à mettre en application[6]. Seuls les moines n’y adhèrent pas et demeurent iconodoules[6]. Avant la période iconoclaste, le monachisme avait été plutôt marginal dans l’Église[6]. Mais avec l’avènement de l’iconoclasme, le monachisme se transforme et s’organise. L’historien Alain Ducellier écrit au sujet du monachisme : «… les moines jusqu’ici totalement étrangers à la gestion des biens matériels, parfois richement dotés, surtout depuis l’iconoclasme, mais incapables de gérer des biens qui restaient à l’abandon, deviennent au tournant du XIe et du XIIe siècle, d’excellents gestionnaires[7].» La construction de Nea Moni traduit en quelque sorte l'expansion du monachisme oriental et de son importance après la victoire des iconodoules sur l'iconoclasme.

Architecture[modifier | modifier le code]

L’architecture byzantine et les mosaïques sont caractéristiques de la période dite de « renaissance » du XIe siècle. Les mosaïques décorent les murs et les plafonds, une partie du dôme, la nef et le sanctuaire. Elles sont faites de pierres naturelles et de verre. Le monastère de Nea Moni demeure aujourd’hui un des vestiges particulièrement intéressant de l’époque byzantine. Le site est aujourd’hui préservé et constitue un attrait touristique important pour Chios notamment en raison de son architecture et de ses mosaïques vieilles de près de mille ans. Nea Moni présente certaines spécificités qui ont attiré l’attention des historiens de l’art et de l’architecture. Charalambos Bouras a été l’un de ceux qui s’est intéressé à l’histoire et à l’architecture du Monastère de Nea Moni. L’une des particularités qui a été soulevées par Bouras est la transition entre le dôme – en forme octogonale – et la base  - en forme carrée[8]. Ce type de construction est tout à fait audacieux compte tenu des moyens de l’époque où elle a été bâtie. Nea Moni n’est toutefois pas le seul édifice ayant ce type d’architecture puisque les monastères de Hosios Loukas et de Daphni ont aussi un dôme octogonal dont le poids repose sur huit piliers dont l’alignement prend la forme d’un carré[9]. Selon l’historien Charalambos Bouras, cette transition architecturale serait correspondrait a celle du XIe siècle et plus spécifiquement à l’époque du règne de Constantin IX Monomaque[10]. Pour Bouras, le dôme de Nea Moni s’inscrirait dans un contexte de renaissance de l’architecture chrétienne primitive et s’inspirerait du mausolée de Constantin de l’église des Saint Apôtres de Constantinople construite au IVe siècle[11]. Bouras émet également une hypothèse selon laquelle la forme quadratique de la base de la voûte serait due aux besoins particuliers de la liturgie d’une église monastique. Cette hypothèse a cependant été remise en doute par Robert Ousterhout qui voit – dans  la forme octogonale du dôme et la transition vers une base carrée comme on peut le voir à Nea Moni – plutôt une influence de l’architecture arabe comme le démontrent plusieurs édifices du XIe siècle dans les régions d’Assouan et d’Alep[12]. La présence de nombreuses ambassades entre le monde byzantin et le monde arabe aurait permis certains contacts ayant occasionnés l’échange de savoirs en matière d’architecture[13]. Quelle que soit l’inspiration architecturale du bâtiment, le monastère de Nea Moni demeure un monument ecclésiastique qui s’inscrit dans le monachisme du XIe siècle et qui reflète la grandeur et la vigueur du christianisme oriental. Si Nea Moni n’est pas l’unique église monastique à disposer d’un dôme octogonal, elle doit son originalité à l’organisation de l’espace intérieur mais également à la proportion particulièrement faible du sanctuaire par rapport à la hauteur du dôme[14]. En effet, lorsqu’on compare la coupe longitudinale des monastères de de Panagia Krina et de Hosios Loukas, on s’aperçoit à quel point la hauteur de la nef  de Nea Moni est importante par rapport au reste du bâtiment. Le monastère subit un séisme majeur en 1881 provoquant l’effondrement du dôme et la restauration n’a pu être que partielle à ce jour.

Les mosaïques de Nea Moni et l'iconographie ecclésiale[modifier | modifier le code]

L’une des particularités de Nea Moni est sans nul doute, ses mosaïques. Ces dernières ont même fait l’objet d’une étude approfondie par l’historienne Doula Mouriki. Bien  que les mosaïques de Nea Moni aient certaines particularités qui lui sont propres, elles s’inscrivent dans une période d’essor de l’art byzantin. Ce développement artistique, qui se produit entre les Xe et XIIe siècles, correspond à une période où l’empire byzantin cumule victoires et prospérité[15]. L’historien Louis Bréhier écrit au sujet de cette époque : « Jamais les empereurs et les particuliers n’avaient disposé de telles richesses, jamais les fondations n’atteignirent un pareil luxe, jamais l’autorité impériale n’avait joui d’un tel prestige. L’art de la mosaïque, cette tapisserie brillante, tendue pour l’éternité, s’est renouvelé[15].» L’art que l’on retrouve dans les monastères byzantins comme à Nea Moni traduit la grande influence de l’art que l’on retrouve à Constantinople[16]. Quant aux matériaux utilisés, nous savons que les mosaïques sont faites de tesselles – des petits morceaux de pierre et de métaux – provenant de marbre, de calcaire mais aussi de métaux précieux comme l’or[17]. Leur confection prenait un temps considérable et leur coût s’avérait tout aussi élevé. Il ne fait donc pas de doute que la construction de tel monument ait impliqué la participation du pouvoir impérial et patriarcal[17].  Par ailleurs, les mosaïques de Nea Moni révèlent avec clarté l’existence de principes de base régissant l’iconographie après la victoire de l’orthodoxie sur l’iconoclasme des VIIIe et IXe siècles[18]. Selon les principes en question, il s’agissait de reproduire à l’intérieur de l’église, le symbolisme cosmologique de l’Univers[18]. Le premier principe de base est la présence du Christ Pantocrator  au sommet du dôme représentant ainsi la figure de souverain de l’univers. Selon le second principe, le décor de l’église doit respecter le calendrier des fêtes liturgiques ; c’est-à-dire selon leur importance et le moment auquel elles surviennent dans le temps[19]. Il y a donc une hiérarchie des personnages qui sont disposés de manière verticale – les moins importants au bas de l’église et les plus importants plus haut, près du Pantocrator[19]. Il faut également ajouter que l’importance hiérarchique des représentations dans l’église est conditionnée par la littérature exégétique et les événements les plus marquants de la vie du Christ[19]. À ces principes guidant l’iconographie des églises byzantines au XIe siècle, s’ajoutent deux concepts importants.  Le premier étant l’incarnation et la vie du Dieu-homme sur terre comme étant une condition essentielle à la réalisation de la divine providence et le salut de l’humanité[19]. Le second étant la gloire du Pantocrator, souverain de l’univers et juge, qui symbolise en quelque sorte son retour soit l’accomplissement de la divine providence[19].

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athène, Commercial Bank of Greece, , p. 21
  2. Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athène, Commercial Bank of Greece, , p.21
  3. a, b, c et d (en) Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athènes, Commercial Bank of Greece, , p.22
  4. (en) Henry Maguire, « The Mosaics of Nea Moni : An Imperial Reading », Dumbarton Oaks Papers, Homo Byzantinus : papers in Honor of Alexander Kazhdan, Vol.46,‎ , p.206
  5. « Monastères de Daphni, de Hosios Loukas et Nea Moni de Chios », sur UNESCO (consulté le 2 mars 2017)
  6. a, b et c Alain Ducellier, Byzance et le Monde orthodoxe, Paris, Armand Colin, , p.241
  7. Alain Ducellier, Byzance et le Monde orthodoxe, Paris, Armand Colin, p.247
  8. (en) Robert Ousterhout, « Originality in Byzantine Architecture : the case of Nea Moni », Journal of Society of Architecture Historians, Vol.51 No.3,‎ , p.49
  9. (en) Robert Ousterhout, « Reviewed work : Nea Moni on Chios. History and Architecture by Charalambos Bouras and D.A.Hardy », Journal of Society of Architectural Historians, Vol.42 No.3,‎ , p.298
  10. (en) Robert Ousterhout, « Reviewed work : Nea Moni on Chios. History and Architecture by Charalambos Bouras and D.A. Hardy », Journal of Society of Architectural Historians,‎ , p.298
  11. (en) Robert Ousterhout, « Reviewed work : Nea Moni on Chios. History and Architecture by Charalambos Bouras and D.A. Hardy », Journal of Society of Architectural Historians, Vol.42 No.3,‎ , p.298
  12. (en) Robert Ousterhout, « Originality in Byzantine Architecture : the case of Nea Moni », Journal of Society of Architectural Historians, Vol.51, No.1,‎ , p.58
  13. (en) Robert Ousterhout, « Originality in Byzantine Architecture : the case of Nea Moni », Journal of Society of Architectural Historians, Vol.51, No.1,‎ , p.58
  14. (en) Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athènes, Commercial Bank of Greece, , p.33
  15. a et b Louis Bréhier, Le monde byzantin. La civilisation byzantine, Paris, Éditions Mimésis, , p.438
  16. Louis Bréhier, Le monde byzantin. La civilisation byzantine, Paris, Éditions Mimésis, , p.430
  17. a et b (en) Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athènes, Commercial Bank of Greece, , p.42
  18. a et b (en) Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athènes, Commercial Bank of Greece, , p.199
  19. a, b, c, d et e (en) Doula Mouriki, The Mosaics of Nea Moni on Chios, Athènes, Commercial Bank of Greece, , p.200

Sur les autres projets Wikimedia :