Pierre Lombard

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Pierre Lombard
Image illustrative de l'article Pierre Lombard
Enluminure : Pierre Lombard écrivant
Biographie
Naissance vers 1100
Lumellogno (Piémont)
Ordination sacerdotale avant 1147
Décès 20 juillet 1160
Paris
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 29 juin 1159
Évêque de Paris
1159 – 1160
Précédent Thibaud Maurice de Sully Suivant

Pierre Lombard (en italien Pietro Lombardo et en latin Petrus Lombardus)  (Lumellogno, un hameau de Novare, v. 1100 - Paris, 20 juillet 1160), fut un théologien scolastique et un évêque français du XIIe siècle d'origine italienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Lombard naquit dans le Piémont, à Lumellogno, un hameau de Novare, probablement entre 1095 et 1100. La famille Lombard était probablement pauvre, mais on ne sait rien de certain concernant ses origines sociales, ou l'éducation qu'il reçut dans sa jeunesse. Les trente premières années de sa vie restent des pages blanches pour les historiens.

Son éducation commença fort probablement en Italie dans les écoles des cathédrales de Novare et de Lucques. Le patronage d'Otto, évêque de Lucques et de saint Bernard lui permit de quitter l'Italie et de continuer ses études à Reims et Paris.

Pierre Lombard arriva à Paris en 1136. Il n'y a aucun fait bien établi se rapportant à ce qu'il y fit jusqu'en 1142 quand on le retrouve comme auteur et enseignant reconnu. À Paris, il entra en contact avec Pierre Abélard et Hugues de Saint-Victor, qui étaient parmi les principaux théologiens de ce temps. Vers 1145, il devint « magister », c'est-à-dire professeur, à l'école de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Comment il réussit à gagner sa vie, avant de commencer à percevoir un revenu comme enseignant et la prébende de son canonicat, est un mystère.

L'enseignement de Lombard lui apporta rapidement la reconnaissance. On peut supposer que sa renommée est ce qui incita les chanoines de Notre-Dame à lui demander de rejoindre leur chapitre. Il était considéré un théologien célèbre vers 1144. L'école parisienne des chanoines n'avait pas compté dans ses rangs de théologien éminent depuis plusieurs années. Les chanoines de Notre-Dame appartenaient à la famille des Capétiens, ou à des familles qui leur étaient apparentées de près par le sang ou par le mariage, à des rejetons de la noblesse d'Île-de-France ou de la Vallée orientale de la Loire, ou à des parents de fonctionnaires royaux. Au contraire, Pierre ne pouvait s'appuyer sur aucun parent, sur aucun lien avec des ecclésiastiques ni sur aucun patronage politique en France. Il semble donc qu'il ait été accueilli par les chanoines de Notre-Dame uniquement pour ses mérites et ses connaissances.

On ne sait pas exactement quand il fut ordonné prêtre. Il devint sous-diacre en 1147. Il prit part, comme expert théologique, au Concile de Reims et peut-être au consistoire de Paris l'année précédente. Quelque temps après 1150 il devint diacre, puis archidiacre vers 1156, ou peut-être dès 1152. En 1159, il fut appelé au siège épiscopal de Paris et consacré approximativement à la date de la fête de saints Pierre et Paul, le 29 juin 1159.

Son règne comme évêque fut bref. Il mourut le 21 ou le 22 juillet 1160. On ne peut guère connaître sa façon d'administrer ni ses objectifs parce qu'il a laissé bien peu d'actes épiscopaux. Son épitaphe et tombeau se trouvaient dans la collégiale Saint-Marcel à Paris avant qu'elle fût détruite sous la Révolution. L'épitaphe mentionnait sa gloire comme auteur des Quatre Livres de Sentences[1] et de commentaires sur les Psaumes et les épîtres de Paul.

Pierre Lombard, fut, croit-on, le premier docteur nommé par l'Université de Paris.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de son enseignement, il élabora, suite à une originale méthode basée sur les Questions / Discussions, une méthode scolastique aux fins de l'enseignement des Maîtres de l'Université, le Livre des Sentences (1152), où pour la première fois, dans l'enseignement universitaire, on faisait la distinction entre l’Écriture et la théologie ; ce livre, cette Somme, servit entre autres de modèle à Thomas d'Aquin.

Son œuvre la plus connue était Libri quatuor sententiarum, le Livre des Sentences . Il servit de manuel théologique de base dans les universités médiévales, des années 1220 au XVIe siècle et était encore commenté un siècle plus tard. Il n'y a aucune œuvre dans la littérature chrétienne, à part la Bible elle-même, que l'on ait commenté aussi souvent. Tous les grands penseurs médiévaux, d'Albert le Grand et Thomas d'Aquin à Guillaume d'Ockham et Gabriel Biel, étaient sous son influence. Même le jeune Martin Luther écrivit encore des commentaires sur les Sentences.

Les Quatre Livres de Sentences sont une compilation de textes bibliques, joints aux passages correspondants des Pères de l'Église et de beaucoup de penseurs médiévaux, dans le domaine entier de la théologie chrétienne. Le génie de Pierre Lombard s'est appliqué à la sélection des passages, qu'il essayait de concilier quand ils semblaient défendre des points de vue différents, et à l'arrangement de la matière dans un ordre systématique. C'est ainsi que les Quatre Livres de Sentences commencent avec la Trinité au Livre I, s'occupent ensuite de la création au Livre II, traitent du Christ, sauveur de la création déchue, au Livre III, et parlent des sacrements, qui communiquent la grâce du Christ, au Livre IV.

Son point de doctrine le plus réputé et le plus controversé dans les Sentences était son identification de la charité avec l'Esprit Saint dans le Livre I, à la distinction 17. Selon cette doctrine, quand nous aimons Dieu et notre prochain, cet amour est littéralement Dieu; nous devenons divins et sommes absorbés dans la vie de la Trinité. Cette idée n'a jamais été déclarée hétérodoxe, mais peu de théologiens ont été disposés à suivre Pierre Lombard dans cet enseignement audacieux. Comparez avec l'encyclique Deus caritas est du pape Benoît XVI (2006).

Dans les Sentences également on trouve la doctrine selon laquelle le mariage est consensuel (et n'a pas besoin d'être consommé pour être considéré comme parfait, contrairement à l'analyse de Gratien). L'interprétation de Lombard a été plus tard reprise par le pape Alexandre III et a eu une importance considérable sur la compréhension du mariage par l'Église.

Pierre Lombard s'était proposé, par la composition de ce livre, de mettre un terme aux incertitudes et aux disputes des théologiens, en expliquant les dogmes par l'Écriture, la tradition et les Pères ; en les fixant par l'opinion des auteurs dont l'Église révérait depuis longtemps l'autorité. Mais il n'est pas facile d'arrêter l'activité des esprits, et Pierre Lombard vit sortir de son œuvre un résultat contraire à celui qu'il avait espéré. Les livres des Sentences devinrent, par leur forme même, un texte parfaitement disposé pour fournir des occasions de discussions et de recherches.

Lui-même ne s'était pas abstenu de questions délicates mais nécessaires à la compréhension du dogme de l'église latine, se proposant, et proposant à ses disciples des problèmes tels que ceux-ci : Pourquoi le Fils s'est-il incarné plutôt que le Père et le Saint-Esprit ? La première ou la troisième personne de la Trinité eût-elle pu se faire homme (liv. III, dist. 1re, C. 6)? Il n'a ce faisant pas fait preuve d'audace, reprenant les débats ayant eu lieu aux sept premiers Conciles Œcuméniques, en y favorisant les thèses venue de Saint Augustin. Ainsi la "quaestio"  : ""Dieu eût-il pu se revêtir de l'humanité sous la forme d'une femme (liv. III, dist. 1re, c. 2)", s'inscrit à la fois dans le sillage de l'augustinisme et du Cur Deus homo d'Anselme de Cantorbéry. La vigueur des débats théologiques du XIIe siècles, en matière de théologie trinitaire et de christologie[2], lui attirèrent des ennemis, quelques-uns passionnés, Jean de Cornouailles, Gautier, prieur de Saint-Victor, Joachim, abbé de Flore en Calabre, etc. ; d'autres plus modérés et plus équitables, au nombre desquels il faut compter les maîtres en théologie de Paris, qui se bornèrent à dresser, vers 1300, une liste des articles qu'ils n'approuvaient pas dans le livre des Sentences et s'accordèrent à ne pas les enseigner[3]. Le seul point théologique sur lequel il fut repris concernait le délicat problème des deux natures, divines et humaines dans le Christ.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Quatre livres de sentences (1150-1152, édition définitive 1155-1158), base de l'enseignement théologique jusqu'à la fin du Moyen Âge. Une traduction française est en cours, dont voici ce qui est publié :
    • Pierre Lombard, Les Quatre livres des sentences. Premier livre, trad. Marc Ozilou, Paris, Cerf (Sagesses chrétiennes), 2012, 45€, 592 pages, (ISBN 978-2-204-09656-0).
  • Mais il existe une traduction anglaise complète :
    • The Sentences. Book 1: The Mystery of the Trinity. Translated by Giulio Silano. Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies (PIMS), 2007. LVIIII, 278 pp. (ISBN 978-088844-292-5)  ;
    • Book 2: On Creation. Translated by Giulio Silano. Toronto, PIMS, 2008. XLVI, 236 pp. (ISBN 978-0-88844-293-2) ;
    • Book 3: On the Incarnation of the Word. Translated by Giulio Silano. Toronto, PIMS, 2008. XLVIII, 190 pp. (ISBN 978-0-88844-295-6) ;
    • Book 4: The Doctrine of Signs. Translated by Giulio Silano. Toronto, PIMS, 2010. 336 pp. (ISBN 978-0-88844-296-3).
  • Autres oeuvres :
    • Commentaire des Psaumes (Magna glossatura in Psalmos, vers 1160)
    • Commentaire des épîtres de Paul
    • Sermons

Études informatiques[modifier | modifier le code]

Thesaurus Librorum Sententiarum Petrei Lombardi. Enumeratio formarum, concordantia formarum, index formarum a tergo ordinatarum, Turnhout, Brepols, 1991.

Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard[modifier | modifier le code]

  • Thomas d'Aquin, Commentaire sur les sentences de Pierre Lombard (1254-1256), traduction en français du livre II par Aude Kammerer, 2006
  • Duns Scot, Commentaire sur le Ier et le IInd livre des sentences
  • Henri Gorichem (Henri de Gorkum, mort en 1431), Textus Sententiarum cum conclusionibus magistri Henrici Gorichem. Basle, 1502

Études[modifier | modifier le code]

  • Marcia Colish, Peter Lombard, Brill, Leiden/New-York/Koln, 1994, 2 vol.
  • Ph. Delhaye, Pierre Lombard, sa vie, son œuvre, Paris-Montréal, 1961.
  • André Vauchez, L'Église et la culture..., in Histoire du christianisme, Desclée, 1993, t. 5, p. 446 sqq.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Notre-Dame de Paris », sur fr.structurae.eu (consulté le 1er septembre 2010)
  2. CF. Dominique Chenu, la théologie au XII e s.)
  3. Dictionnaire des sciences philosophiques par une société de professeurs et de savants. Tome troisième, pp. 624 et sqq. publié en 1847 chez L. Hachette, Paris

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]