Dominique de Guzmán

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Saint Dominique
Image illustrative de l'article Dominique de Guzmán
Saint Dominique, fresque de Fra Angelico au couvent San Marco.
Maître général de l'ordre des Prêcheurs
Naissance 1170
(Espagne)
Décès 6 août 1221 
Bologne, Italie
Nationalité Espagnol
Canonisation 1234
Fête 8 août

Dominique de Guzmán (Domingo Núñez de Guzmán), né vers 1170 en Espagne dans un milieu aisé et mort le 6 août 1221 à Bologne, est un religieux catholique, fondateur de l'ordre des frères prêcheurs appelés couramment « dominicains ». Canonisé par l'Église en 1234, il est célèbre sous le nom de saint Dominique. Autrefois fêté le 4 août puis le 6 août jour de sa « naissance au ciel »[1], il est fêté le 8 août depuis le Concile Vatican II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dominique est né à Caleruega, dans l'actuelle province de Burgos, dans la Vieille-Castille à 80 kilomètres de Burgos.

Dans la source la plus ancienne relative à la vie de Saint Dominique, le Libellus de principiis Ordinis Praedicatorum (Petit livre sur les débuts de l’Ordre des Prêcheurs) de Jourdain de Saxe, le nom de ses parents n’est pas indiqué. Il est en revanche indiqué que : « Une vision le montra à sa mère portant la lune sur le front ; ce qui signifiait évidemment qu'il serait un jour donné comme lumière des nations, pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres à l'ombre de la mort ». Jourdain de Saxe ajoute que : «  Les parents de l'enfant, et particulièrement un certain archiprêtre, son oncle, s'occupèrent avec soin de son éducation et le firent dès le début instruire à la manière ecclésiastique »[2]. L’absence de mention du nom des parents dans cette source peut s’expliquer par le fait que Jourdain de Saxe ne prétend pas donner une biographie du saint mais plutôt, comme le titre de l’œuvre l’indique, exposer l’histoire des débuts de l’ordre dominicain.

Le second biographe de Saint Dominique, Pierre Ferrand, auteur d’une Legenda Sancti Dominici se borne à indiquer que son père se nommait Felix et sa mère Jeanne (Juana). Ce n’est qu’au début du XVe siècle qu’apparaît l’indication selon laquelle Dominique aurait appartenu à la prestigieuse famille des Guzman, ducs de Medina Sidonia. Cette information est contenue dans un récit de Pero Tafur, Andanças e Viajes[3] (Voyages et Aventures, 1435-1439), qui est lui-même dédié à Don Fernando de Guzman, commandeur de l’Ordre de Calatrava. L’auteur, passant à Bologne, indique que le saint y est enterré et qu’il était de la famille des Guzman par son père. Le rattachement de Saint Dominique à cette lignée nobiliaire n’est pas autrement prouvé.

Selon la légende, après avoir été en pèlerinage à l'abbaye Saint-Dominique de Silos, la mère de Dominique (Dominicus en latin, ce qui signifie celui qui appartient au Seigneur) aurait vu en songe, pendant sa grossesse, un chien tenant une torche allumée dans la gueule, pour éclairer le monde. Ce songe résume la vie du futur saint dont le prénom a été choisi en référence à Dominique de Silos, avec de plus un jeu de mot en latin sur les futurs dominicains, dominicanes (les chiens du Seigneur)[4].

Dominique étudie la théologie et la philosophie à Palencia. À l'âge d'environ 25 ans, en 1196, il entre comme chanoine au chapitre des chanoines réguliers d'Osma. Il se distingue de bonne heure par la ferveur de son zèle et par son talent pour la prédication : « Aussitôt celui-ci se mit à briller parmi les chanoines comme l'étoile du berger, le dernier par l'humilité du cœur, le premier par la sainteté. Il devint pour les autres le parfum qui conduit à la vie, semblable à l'encens qui embaume dans les jours d'été. Chacun s'étonne de ce sommet si rapidement et si secrètement atteint dans la vie religieuse ; on le choisit pour sous-prieur, jugeant qu'ainsi placé sur un piédestal élevé, il verserait à tous les regards sa lumière et inviterait chacun à suivre son exemple »[5]. Dominique apparaît effectivement dans une charte datée du 13 janvier 1201 avec la qualité de sous-prieur du chapitre d'Osma.

En 1203, Dominique accompagne son évêque, Diego de Acebo, chargé par le roi Alphonse VIII de Castille d'une ambassade auprès du roi de Danemark afin d'obtenir une princesse en mariage pour l'infant.

Contre les cathares[modifier | modifier le code]

Saint Dominique recevant le rosaire des mains de Notre-Dame, atelier de Nicola Porta.

Traversant ce qu'on appelle aujourd'hui l'Occitanie, Dominique y rencontre l'hérésie cathare. Certains des éléments qui déclencheront la Réforme protestante sont déjà présents à cette époque. La richesse de l'Église, en particulier, fait scandale parmi des chrétiens qui finissent par se laisser séduire par les idées des vaudois et des cathares.

Jusqu'à la fin du XIIe siècle, les papes avaient tenté d'enrayer le phénomène sur deux plans : des campagnes militaires menées par des évêques dont les victoires sanglantes restaient sans lendemain et des prêches menés avec faste par les cisterciens avec saint Bernard à leur tête comme ce fut le cas à Albi en 1145. Ici aussi sans résultat. L'Église ne parvient pas, à cette époque, à contrer l'hérésie adoptée par une partie du peuple tandis que les théologiens adverses allient à leur culture religieuse un style de prêche qui touche les petites gens. L'hérésie est finalement condamnée en 1184, confondant les deux mouvements pourtant distincts.

À son retour du Danemark, après un deuxième voyage en 1205, Dominique passe par Rome et Cîteaux, puis s'arrête en Languedoc, apparemment résolu à combattre l'hérésie à la demande du pape Innocent III . Alors qu'il voulait avec son évêque Diego de Acebo évangéliser les Coumans d'Ukraine, il aurait reçu l'ordre du pape d'assister les cisterciens qui tentaient en vain de rechristianiser les albigeois[6]. Pour concurrencer une institution cathare comparable, Dominique établit à Prouille dès 1206 le premier monastère de femmes (noyau des futures dominicaines), en utilisant l'ancienne église et quelques dépendances, dont la majeure partie est donnée par Guillaume et Raymonde Claret. En 1207 Dominique fera partie du colloque de Pamiers, appelé aussi « colloque de Montréal » qui sera le dernier débat contradictoire entre les cathares et l'Église. Saint Dominique reçoit une apparition de la Vierge en 1208 à Prouille qui se montre à lui sous le vocable de Notre-Dame du Rosaire. Les Dominicains sont dès le début d'ardents propagateurs du rosaire, méthode de méditation sur la vie du Christ.

L'assassinat du légat du pape, le cistercien Pierre de Castelnau, imputé à Raymond VI de Toulouse, déclenche en 1209 la croisade des Albigeois et Dominique suit les croisés dans les places conquises cherchant à obtenir des conversions.

Le 25 avril 1215 il s'établit à Toulouse, avec quelques proches, dans des bâtiments donnés par Pierre Seila (ou Pierre Seilhan), visibles aujourd'hui au 7, place du Parlement. Foulques, évêque de Toulouse, collaborateur de Dominique depuis 1206, les autorise à prêcher dans tout le territoire de Toulouse. Au mois de novembre, Dominique et Foulques sont à Rome, au IVe concile du Latran : là, avec le pape Innocent III, ils projettent l'établissement d'un ordre des Prêcheurs, moines qui s'engagent à la pauvreté et la prédication mais après une solide formation doctrinale pour mieux réfuter les hérésies[7].

À la même époque, Simon de Montfort, à la tête d'une armée de croisés, extermine les Albigeois par le fer et par le feu (1205-1215). Dominique opère un grand nombre de conversions par la seule persuasion ; il ne prend aucune part à la guerre, ne voulant d'autres armes que la prédication, la prière et les bons exemples.

Fondation de l'ordre des Prêcheurs[modifier | modifier le code]

Lorenzo Lotto, Prédication de saint Dominique à Recanati

Ainsi, et peut-être inspiré par le tout récent ordre mendiant de François d'Assise, Dominique fonde en 1216 l'ordre des Prêcheurs, mieux connu aujourd'hui sous le nom de Dominicains qui seront, à l'inverse des Franciscains invités à s'instruire sans relâche. Un an avant la constitution officielle de l'ordre, Innocent III demande à Dominique de s'inscrire dans une tradition existante. Une règle inspirée de celle de saint Augustin sera choisie, et c'est le pape suivant Honorius III, qui autorise l'établissement de l'ordre en décembre 1216 selon certains ou en janvier 1217.

Au chapitre de Bologne (1220), Dominique donne ses premières structures à l’ordre des frères prêcheurs. À sa tête est placé un maître général auquel sont soumis tous les prêcheurs. Un chapitre général est réuni tous les ans, élaborant les règlements de l’ordre et disposant du pouvoir judiciaire. La règle de l’ordre est celle des chanoines de saint Augustin. Elle accorde une large place à la prière liturgique et à la méditation. L’ordre ne doit avoir ni revenus, ni propriétés, et doit pratiquer la mendicité conventuelle. Seule est admise la possession du couvent par la communauté et de livres par chacun des frères. Chaque couvent se transforme en maison d’étude (studium) et chaque province dispose de centres d’études biblique et théologique. Les prêcheurs se fixent dans les villes universitaires (Bologne, Paris, Toulouse, Oxford, Cologne) où la qualité de leur enseignement leur permet de briguer rapidement les chaires de faculté.

Il emploie ses dernières années à répandre son institut, qui bientôt compte de nombreux couvents en France, en Italie, en Espagne.

Le 6 août 1221, Dominique meurt à Bologne après une longue maladie. Il est canonisé le 3 juillet 1234 par Grégoire IX, qui fixe sa fête au 4 août (un an avant que l'ordre fondé par Dominique ne soit impliqué par le pape dans une nouvelle méthode de lutte contre l'hérésie : l'Inquisition), la date du 6 août étant réservée à la fête de la Transfiguration et celle du 5 à la fête de Notre Dame des neiges[8].

Rôle historique[modifier | modifier le code]

S. Dominique, "Marteau des hérétiques", et l'Inquisition[modifier | modifier le code]

Dominique présidant un autodafé, par Pedro Berruguete (c. 1660), musée du Prado, Madrid

La tradition lui a donné le titre de "Marteau des hérétiques", ou "Marteau des hérésies", qu'il partage avec S. Antoine de Padoue. Certains le regardent comme le premier inquisiteur, et disent qu'il fut chargé d'exercer ces fonctions dans le Languedoc. Dans son Histoire de France, Jules Michelet, historien positiviste, veut voir en lui le « terrible fondateur de l'Inquisition ». Les Dominicains eux-mêmes, au Moyen Âge, ont accrédité cette légende : Bernard Gui, l'un des plus célèbres inquisiteurs, qualifie Dominique de « premier inquisiteur » dans une biographie du fondateur. Un tableau de Pedro Berruguete montre Dominique devant un autodafé et prêt à envoyer des hérétiques au bûcher — tableau sans doute à la gloire de Dominique, le peintre ayant réalisé plusieurs tableaux à la demande de Tomás de Torquemada. En réalité, Dominique est mort en 1221, date à laquelle l'Inquisition n'existait pas encore, et ne combattit jamais que par le prêche. La première personne à porter le nom d'inquisiteur, Conrad de Marbourg, reçoit ce titre en 1231.

La « légende noire » qui provient de cette erreur historique est, selon Michel Roquebert, d'autant plus dommageable à Dominique qu'elle a été forgée par les Dominicains eux-mêmes à une époque où ils s’enorgueillissaient de combattre l'hérésie[9].

Dévotion au rosaire[modifier | modifier le code]

La dévotion au Rosaire fut répandue par le bienheureux Alain de la Roche, disciple et frère de Dominique de Guzman.

Sources de sa biographie[modifier | modifier le code]

Le libellus de Jourdain de Saxe, successeur de Dominique à la tête de l'Ordre des Prêcheurs, est à la base de l'historiographie primitive. Ce libellus date probablement d'avant la canonisation qui eut lieu en 1234, et semble postérieur au 25 décembre 1231, date du décès de Foulques de Toulouse[10]. Jourdain de Saxe indique qu'aucun texte n'a été écrit avant le sien, et qu'il s'appuie d'une part, sur « ce qu'il a vu et entendu personnellement », et d'autre part sur « ce qu'il a connu des commencements de l'Ordre par la relation des frères primitifs »[11]. Plusieurs frères peuvent être identifiés qui ont pu l'aider à écrire son récit, comme Bertrand de Garrigue, Jean de Navarre, ou frère Ventura de Vérone, prieur de Bologne. À partir de ce libellus, Pierre Ferrand, autre dominicain, va écrire une vie de Dominique destinée à la liturgie. Entre 1237 et 1242, il remanie le libellus et le réduit d'un tiers, en rajoutant toutefois des éléments sur l'enfance du saint. À partir de la biographie de Pierre Ferrand, Constantin d'Orvieto écrit une seconde biographie, nettement plus hagiographique, à la demande du chapitre général de l'Ordre en 1245.

Il existe également trois sources non dominicaines qui décrivent même succinctement la vie de Dominique de Guzman. La Chronique de Robert d'Auxerre est rédigée en 1207-1208, à l'époque des événements qu'elle rapporte. Par contre, l'Historia Albigensis du cistercien Pierre des Vaux-de-Cernai est écrite vers 1213, quelques années après les événements. Enfin, Guillaume de Puylaurens écrit une Chronique des événements longtemps après, entre 1250 et 1273. Ces trois auteurs ont une grande autorité. Ils font ressortir des inexactitudes dans les textes de Jourdain de Saxe, qui manquait sans doute de moyens d'information[12].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Saint Dominique est souvent représenté muni d'une croix, d'un livre et d'un globe terrestre. Une étoile lui pare le front tandis qu'un chien noir et blanc portant une torche enflammée dans sa gueule l'accompagne et que des lys l'entourent. On l'associe à des qualités de prédication.

« Ce chien portant une torche vient, d'un rêve que la mère de saint Dominique fit alors qu'elle était enceinte de lui. Dans ce rêve elle enfantait d'un chien portant une torche qui embrasait le monde entier. Saint Dominique reprit donc cet emblème en disant qu'il serait ce chien qui embraserait le monde de la vérité. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nominis : Saint Dominique
  2. http://www.dominicains.fr/menu/nav_institut/Qui-sommes-nous/Textes-fondateurs/Libellus-de-Jourdain-de-Saxe
  3. http://depts.washington.edu/silkroad/texts/tafur.html#prologue (texte en anglais)
  4. Pedro de Ribadeneyra, Les Vies des saints et fêtes de toute l'année, Vibès,‎ 1857, p. 65
  5. http://www.dominicains.fr/menu/nav_institut/Qui-sommes-nous/Textes-fondateurs/Libellus-de-Jourdain-de-Saxe/Le-chanoine-d-Osma
  6. Jourdain de Saxe, Libellus de pricipiis ordinis praedicatorum, 14-20
  7. Laurent Albaret, Les Inquisiteurs, Éditions Privat,‎ 2001, p. 45
  8. Saint Dominique de Gusman
  9. Michel Roquebert, Saint Dominique, la légende noire, Paris, Perrin, 2003.
  10. Marie-Humbert Vicaire, Saint Dominique et ses Frères, Évangile ou Croisade, p. 33
  11. Marie-Humbert Vicaire, Saint Dominique et ses Frères, Évangile ou Croisade, p. 34
  12. Marie-Humbert Vicaire, Saint Dominique et ses Frères, Évangile ou Croisade, p. 42

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Saint Dominique de Claudio Coello, musée du Prado, Madrid

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Touron, Vie de saint Dominique avec une histoire abrégée des ses premiers disciples, 1739
  • Henri-Dominique Lacordaire, Vie de Saint Dominique, 1841 (9 éditions), Paris
  • Jean Guiraud, Saint Dominique, Lecoffre, 1899, 212 p. (a été traduit en anglais, plusieurs éditions)
  • Pierre Mandonnet, Saint Dominique : l'idée, l'homme et l'œuvre, Desclée De Brouwer, 1938
  • Marie de la Trinité, op, Frère Dominique : Le cœur au large ! (1952), Cerf, 2006
  • p. Marie-Humbert Vicaire, op, Saint Dominique, la Vie apostolique, 1965, Cerf, coll. « Chrétiens de tous les temps », Paris, 216 p.
  • p. Marie-Humbert Vicaire, op, Saint Dominique en Languedoc, Cahiers de Fanjeaux no 1 (1966), Privat, Toulouse
  • p. Marie-Humbert Vicaire, op, Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade (1967), Cerf, coll. « Chrétiens de tous les temps », Paris, 2007, 190 p.(ISBN 9782204013840)
  • Michel Roquebert, Saint Dominique : la légende noire, Paris, Perrin, 2003
  • p. Marie-Humbert Vicaire, op, Histoire de saint Dominique, Cerf, coll. « Histoire », Paris, 2004, (ISBN 2204074098)

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