Tommaso Campanella
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Tommaso Campanella est un moine dominicain et philosophe italien, né le 5 septembre 1568 à Stilo, mort le 22 mai 1639 à Paris.
Sommaire |
[modifier] Biographie
Tommaso Campanella est né le 5 septembre 1568 en Calabre, à Stilo, d'une famille analphabète. Il s'appelle à la naissance Jean-Dominique Campanella. Il entre à 14 ans dans l'ordre des Dominicains et prend alors le prénom de Tommaso.
Il séjourne à Naples en 1590 et publie une Philosophia Sensibus Demonstrata. Cette œuvre est marquée par les théories naturalistes, ce qui le fait être accusé d'hérésie et d'être condamné à être emprisonné. Il est ensuite libéré sous la condition de regagner la Calabre, mais il parcourt pendant une dizaine d'années l'Italie, se faisant fréquemment condamner pour ses idées.
Il a notamment fait la connaissance de Galilée à Padoue. Il le défendra plus tard. En 1598, il rejoint enfin son couvent de Calabre, mais semble avoir comploté pour instaurer une sorte de république théocratique. À nouveau arrêté, il est transféré à Naples où il est torturé et condamné à l'emprisonnement pour hérésie, en 1602.
Il restera vingt-sept ans en prison, écrivant là ses nombreuses œuvres et correspondant avec de nombreux savants. En 1623 est publiée La Cité du Soleil, une utopie de république fondée sur la raison et l'amour de Dieu.
Campanella est libéré en 1626. Il est cependant très rapidement emprisonné de nouveau, à Rome, jusqu'en 1629. Alors qu'il est en liberté surveillée, il se réfugie en France en 1634, où il termine sa vie.
[modifier] Philosophie
Campanella se déclarait hostile à Aristote.[1] Il avait conçu, vers le même temps que Francis Bacon, le projet de réformer la philosophie et de la ramener à l'étude de la nature, qu'il appelait le Manuscrit de Dieu. Il dérivait toutes nos connaissances de la sensation, et regardait toutes les parties du monde comme douées de sensibilité.
[modifier] Philosophie politique
Campanella fut monarchiste et papiste : il voulait un pape chef suprême de la chrétienté, pour former une communauté mondiale (De monarchia hispanica, 1620 et 1623, trad. 1997 ; De monarchia Messiae, 1633, trad. 2002). Il s'opposait à Machiavel dans son Atheismus triumphatis. Dans La Cité du Soleil il prôna une république philosophique utopiste, à la fois partisan d'une théocratie pontificale et du communisme, inspirée de Platon, mettant en oeuvre une polygamie destinée à la procréation astrologiquement assistée.
- "Maisons, chambres, lits, tout, en un mot, est commun entre eux. Tous les six mois, ls magistrats désignent à chacun le cercle, la maison et la chambre qu'il doit occuper... Tous les arts mécaniques et spéculatifs sont communs aux deux sexes. Seulement les travaux qui exigent plus de vigueur et qui se font hors des murs sont exécutés par les hommes... A chaque nouvelle, ainsi qu'à chaque nouvelle lune, on rassemble, après uin sacriufice, le Conseil. Tous les individus au dessus de vingt ans sont admis à donner leur avis sur l'état de la République, à faire valoir leurs plaintes contre les magistrats ou à leur accorder des éloges. Tous les huit jours, les magistrats se rassemblent; c'est-à-dire d'abord le Soleil, puis Sagesse, Puissance et Amour, qui ont chacun trois magistrats sous leurs ordres, chargés de la direction des arts dont ils ont la spécialité, ce qui fait douze magistrats. Puissance dirige tout ce qui concerne l'art militaire ; Sagesse ce qui regarde les sciences ; Amour s'occupe de la nourriture, des vêtements, de la génération et de l'éducation."
Ses traités politiques, comme De monarchia hispanica (1620) ou Le Monarchie delle nazimi (1638) voient comme réalisable l'unification de l'Europe sous la houlette d'une monarchie dominante, qu'il s'agisse de l'Espagne ou de la France.
[modifier] Bibliographie
[modifier] Œuvres
(par ordre chronologique d'édition)
- Philosophia sensibus demonstrata, Naples, 1ère éd. 1591. Il défend les dogmes de Bernardino Telesio. Trad. it. 1974.
- Prodromus philosophie instaurandae, Francfort, 1ère éd. 1617. Rédigé en 1595.
- De sensu rerum et magia, Francfort, 1ère éd. (1620). 1ère éd. du texte primitif italien par A. Bruers en 1925 (Del senso della cose e della magia).
- De Monarchia hispanica, 1ère éd. 1620 et 1623. Rédigé en 1598, à Stilo. Trad. : La Monarchie d'Espagne, Paris, 1997.
- Apologia pro Galileo, Francfort, 1ère éd. 1622. Rédigé en 1611. Texte et traduction par Michel Pierre Lerner. Paris, Les Belles Lettres, 2001. (Science et humanisme). ISBN 2-251-34509-4.
- Philosophia realis, Francfort, 1ère éd. 1623. Rédigé en 1614. Comprend la physique, la morale, l'économie et la politique.
- Civitas solis, Francfort, 1ère éd. 1623 (appendice à la Philosophia realis). La Cité du Soleil ou l'idée d'une république philosophique. Rédigé en 1602 en prison, publié à Francfort en (1623 en version latine, publié dans sa version italienne primitive en 1904 seulement. Traduit en français par François Villegardelle en 1841), in Voyages aux pays de nulle part, éd. par Francis Lacassin, Paris, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1320 p. Décrit la cité de Solar comme une utopie dans le genre de La République de Platon, mais socialisante et beaucoup plus radicale que celle de Thomas More. Dans ce monde idéal, tout est mis en commun. Mais la répartition des produits et des biens est réglée par des magistrats qui veillent attentivement à ce que chacun soit rétribué selon son mérite, selon ses œuvres : rien de ce qui lui est nécessaire n'est refusé à personne. Les Solariens ne connaissent pas l'égoïsme, car ils n'ont pas le sens de la propriété. On considère généralement que Civitas solis de Campanella forme l'appendice de sa Philosophia realis.
- Astrologia : Astrologicorum libri VI, Lyon, 1ère éd. 1629. Rédigé en 1613-1614 ; Astrologicorum libri VII, Lyon, 1630.
- Atheismus triumphatus, Rome, 1ère éd. 1631. Rédigé en 1606-1607. 1ère éd. de la version italienne primitive en 2004 par G. Ernst : L'Ateismo trionfato.
- Metaphysica, Paris, 1ère éd. 1638. Rédigé en 1602-1623. Ed. par G. Di Napoli, 3 t., Bologne, 1967.
- Philosophia rationalis, Paris, 1ère éd. 1638. Rédigé en 1612-1618. 5 traités comprenant la grammaire (1618), la dialectique, la rhétorique, la poésie, et l'histoire.
- Universalis philosophia, 1ère éd. 1638
- Aforismi politici, Turin, 1ère éd. anastatique 1941. Rédigé en 1607. Trad. fr. P. Caye et C. Monet, Université de Caen, 1993.
- Theologia, édition commencée en 1949 (!) Rédigé dès 1613. Ed. par R. Amario, prévue en 35 vol., en it.
- Chriroscopia, 1ère éd. 1995. Rédigé vers 1635, pour Richelieu. Ed. par Germana Ernst, revue Bruniana et Campanelliana, I, 1995 et II, 1999.
- Opuscoli astrologici, Milan, 1ère éd. 2003, par G. Ernst. Como evitare il fato astrale, Apologetico, Disputa sulle Bolle.
- Il a laissé des Lettres (Lettere) (éd. par Germana Ernst, Pise-Rome, 2000) et des Poésies (Scritti letterari) (trad. par Louise Colet, 1844).
- Oeuvres choisies : Opere sclete, par Alessandro D'Ancona, 1854, 2 t.
[modifier] Études
(par ordre chronologique)
- Michele Baldacchini, Vita e filosofia di Campanella, Naples, 1840.
- Antoine-Élisabeth-Cléophas Dareste de La Chavanne, Thomas Morus et Campanella, ou Essai sur les utopies contemporaines de la Renaissance et de la Réforme. Thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris, Paris, 1843.
- L. Blanchet, Campanella, 1920.
- François Ducros, Tommaso Campanella poète, Paris, 1969 (avec trad. de poèmes).
- « Campanella », article du Dizionario biografico degli Italiani, 1974, ad vocem.
- Germana Ernst, Religione, ragione e natura. Ricerche su Tommaso Campanella e il tardo Rinascimento, Milan, 1991.
- Michel-Pierre Lerner, Tommaso Campanella en France au XVIIe siècle. Napoli, Bibliopolis, 1995 (ISBN 88-7088-352-3).
- John M. Headley, Tommaso Campanella and the Transformation of the World, Princeton, 1997.
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2005 [1]
- Germana Ernst, Tommaso Campanella, le livre et le corps de la nature, trad. Rebecca Lenoir, Paris, Les Belles Lettres, 2006 (« L'âne d'or » ; n° 23) (ISBN 2-251-42031-2).
- Pascal Bouvier, Machiavel, Campanella... Image et imaginaire du politique, Paris, 2007.
- Jean Delumeau, Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008. 592 p. (ISBN 978-2-213-63634-4).
[modifier] Sources
- Luigi Amabile, Fra Tommaso Campanella, la sua congiura, i suoi processi e la sua pazzia, Naples, 1882, 3 t.
- Luigi Amabile, Campanella ne' castelli di Napoli, in Roma ed in Parigi, Naples, 1887, 2 t.
- Luigi Firpo, I Processi di Tommaso Campanella, éd. par Eugenio Canone, Rome, 1998.
[modifier] Notes et références
- ↑ Michel-Pierre Lerner, "Tommaso Campanella, juge d'Aristote, in Platon et Aristote à la Renaissance, Paris, 1976.
[modifier] Liens externes
[modifier] Source partielle
- Jean-Louis Voisin (dir.), Dictionnaire des personnages historiques, Pochotèque 1995, pp. 181-182.
- « Tommaso Campanella », dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang [sous la dir. de], Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 [détail des éditions] (Wikisource)
- Portail de la littérature
- Portail de la philosophie
- Portail de la Renaissance
- Portail des biographies
- Portail de l’Italie

