T-64

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T-64
Un T-64A ukrainien après révision.
Un T-64A ukrainien après révision.
Caractéristiques de service
Service À partir de 1967 (dans l'Armée soviétique)
Utilisateurs Drapeau de la Russie Russie

Ukraine Ukraine
Drapeau de la Biélorussie Biélorussie
Drapeau de l’Ouzbékistan Ouzbékistan

Production
Concepteur KMDB
Année de conception 1951 à 1962
Constructeur Usine de Malyshev à Kharkiv
Production ~13 000 exemplaires entre 1963 et 1987.
Caractéristiques générales
Équipage 3 (pilote, tireur, chef d'engin)
Longueur 6,54 m (9,225 m avec le canon)
Largeur 3,41 m
Hauteur 2,17 m
Masse au combat 36 à 42,4 t suivant les modèles.
Blindage et armement
Blindage Blindage composite de type Composition K à triple couche équivalent de 20 à 450 mm d'acier

T-64BV : blindage réactif explosif Kontakt-1 supplémentaire.

Armement principal T-64 : : 1 canon à âme lisse 2A21 de 115 mm (37 obus).

T-64A : canon à âme lisse 2A26 ou 2A46 de 125 mm (36 obus).

Armement secondaire 1 mitrailleuse coaxiale PKT de 7.62 mm (2000 coups) et 1 mitrailleuse lourde NVS 12.7 mm antiaérienne sur la coupole du chef de char (300 coups).
Mobilité
Moteur Turbo-Diesel 5DTF à 5 cylindres opposés.
Puissance 700 ch (515 kW kW) à 2 800 tr/min
Transmission Double à 7 vitesses plus 1 marche-arrière.
Suspension barre de torsion renforcées avec des amortisseurs hydraulique.
Vitesse sur route 60,5 km/h sur route, de 30 à 45 km/h sur tout terrain.
Puissance massique De 19,4 à 16,5 ch/tonne suivant les modèles.
Réservoir De 815 ℓ à 730 ℓ suivant les modèles.
Autonomie 500 km, 700 km avec deux réservoirs externes de 185 ℓ


Un char T-64 au musée national de la Grande guerre patriotique de Kiev.

Le char d'assaut soviétique T-64, à sa mise en service à la fin des années 1960, était un concentré de technique et d'innovation, il fut le premier des chars dits de la troisième génération. Tous les modèles soviétiques postérieurs s'en inspirèrent, comme le T-80. Il provoqua aussi en Occident, par réaction, le renouvellement du parc de blindés, pendant lequel furent conçus des chars comme le Léopard II et le M1 Abrams. Mais paradoxalement, cette complexité fut aussi un échec, car elle rendit nécessaire la production du T-72, pour que l'industrie de l'URSS puisse produire des chars en nombre suffisant. Bien qu'il ne soit plus produit depuis 1987, de nombreux exemplaires sont encore en service, particulièrement en Ukraine et en Russie.

La genèse[modifier | modifier le code]

Le projet 430[modifier | modifier le code]

Des études pour un nouveau char commencèrent dès 1951. Le bureau KB-60M fut formé à l'usine n°75 de Kharkov, par les ingénieurs revenant de Nijni Taguil, A. A. Morozov en prit la tête. Un projet nommé objet 430 donna naissance à trois prototypes qui furent testés à Kunbika en 1958. Ces véhicules présentaient des caractéristiques qui allaient révolutionner la conception des blindés derrière le rideau de fer. Pour la première fois, un moteur à cylindres opposés extrêmement compact, le 4TD, conçu par le bureau d'étude moteur de l'usine, était utilisé. De plus la transmission, comprenait deux boîtes de vitesses latérales située de part et d'autre du moteur. Le résultat de ces deux innovations était un compartiment moteur très court, la grille du moteur étant situé juste derrière la tourelle. Le volume du compartiment moteur était presque deux fois plus réduit que celui du T-54. Le système de refroidissement devenait extracteur et une nouvelle suspension légère avec des roues métalliques creuses, de petit diamètre et de chenilles avec patins en caoutchouc.

Le char conservait un canon D-10TS de 100 mm et un blindage à l'avant de 120 mm. Comme il ne présentait pas une supériorité évidente en termes de caractéristiques de combat par rapport au T-55, qui entrait alors en service, Morozov décida que la construction en série présentait trop d'inconvénients pour trop peu d'avantages pratiques. Cependant les études sur le dérivé objet 430U, avec un canon de 122 mm et un blindage de 160 mm démontraient que le char avait le potentiel pour regrouper la puissance de feu et le blindage d'un char lourd sur un châssis de char moyen. En conséquence, on lança un nouveau projet, l'objet 432.

Le projet 432[modifier | modifier le code]

Le canon retenu pour ce nouveau char était un puissant D-68 (2A21), à âme lisse de 115 mm. Un nouveau choix risqué fut pris : celui de remplacer le chargeur humain par un automate électro-hydraulique, une première mondiale. La réduction de l'équipage à trois personnes permit un travail important de gain de masse, le véhicule ne devant théoriquement peser plus que 30,5 tonnes au lieu des 36 de l'objet 430. La hauteur de caisse diminua elle de 76 mm.

Cependant, l'entrée en service des canons de char L-7 britanniques et M-68 américains, montés respectivement sur les chars Centurion et M-60, obligea l'équipe de développement à une autre première audacieuse, l'adoption d'un blindage composite, selon un procédé nouvellement créé, dénommé à l'ouest Combinaison K. Cette protection était constituée par une épaisseur d'alliage d'aluminium entre deux couches d'acier à haute résistance. En conséquence, la masse du prototype dépassa finalement trente quatre tonnes. Mais comme le moteur étant dorénavant un 5TDF de 700 ch, toujours étudié localement, la mobilité restait excellente, bien supérieure au T-62, alors en service. L'objet 432 fut prêt en septembre 1962 et dès octobre 1963, les chaînes de fabrication furent prêtes et la production de série était lancée à l'usine de Kharkov. Le , le gouvernement soviétique l'acceptait au service en tant que T-64.

Description technique[modifier | modifier le code]

Un T-64 au musée national de la Grande guerre patriotique de Kiev.

Le char reprend la silhouette générale du T-55, basse avec une tourelle hémisphérique au centre du châssis. Le train de roulement est lui complètement différent : il comprend six petites roues de route régulièrement espacées et quatre galets de retour, le barbotin est à l'arrière, et la roue tendeuse à l'avant. Des amortisseurs équipent de chaque côté la première et la dernière roue.

Le conducteur prend place dans un étroit habitacle à l'avant, par une écoutille, avec trois épiscopes. Situé juste en dessous de la base du canon, il est flanqué par deux grands réservoirs de carburant. Sur le glacis, une lame brise-lames et deux phares. Une lame rétractable, servant au char à préparer des positions de tir sans l'aide des troupes du génie, occupait la partie basse de l'avant caisse.

Au milieu, une grande tourelle très arrondie, biplace : le chef de char à droite, le tireur à gauche, chacun avec son écoutille. Sur la partie supérieure avant de la tourelle apparaît une protubérance sur toute la longueur abritant le viseur principal TPDB-43 et son télémètre optique à coïncidence. Le chef de char dispose de deux petits projecteurs orientables, dont un à infrarouge OU-3GK pour le tir de nuit et d'un périscope TKN-3 lui permettant une observation sur tout l'azimut. Devant, la trappe du tireur, le périscope de tir de nuit, TPN-1-432. Sur l'arrière de la tourelle, une petite trappe avec un volet qui sert à l'éjection de la douille de l'obus tiré et sur chacun des côtés de la tourelle, une main courante.

À l'intérieur, le canon D-68 surplombe le carrousel de l'automate de chargement 6EZ10, qui couvre le fond du puits de tourelle. À sa gauche est placée une mitrailleuse PKT de calibre 7,62 mm, le tout étant pointé et stabilisé par le système hydraulique 2A18 « Siren ».

Le compartiment moteur est séparé par un grand réservoir, il abrite sous la grille du système de refroidissement le moteur 5TDF et ses deux boîtes de vitesses latérales à sept rapports entraînant chacune son barbotin. Les trois réservoirs internes ont une contenance de 730 litres, s'y ajoutent des petits réservoirs intégrés tout le long des deux garde-boue, d'une capacité de 140 l, auxquels peuvent être adjoints deux grand bidons cylindriques largables contenant chacun 200 l. Ces 1270 l de gazole offrent au char une autonomie de 700 km. Comme tous les chars soviétiques depuis le T-55, il est possible de produire un écran de fumée, en injectant du gazole directement dans le pot d'échappement. En opérations, le char embarque deux schnorkels rangés sur la grille du moteur, lui permettant le franchissement de fleuve à une profondeur de 5 mètres.

Évolutions[modifier | modifier le code]

Le T-64A[modifier | modifier le code]

Dès le début de la production, le bureau d'étude commença à travailler sur une version qui permettrait de conserver un avantage dans le domaine de la puissance de feu, l'objet 434. Dans ce but, on adapta le tout nouveau et puissant canon de 125 mm de l'usine d'armement de Perm, lui aussi à âme lisse, le D-81T. Cela entraîna de nombreuses modifications, le chargeur devenant un EZ10 avec 28 coups dans le carrousel et une cadence de 8 coups par minute, le stabilisateur, un 2E23, couplé au nouveau viseur TPD-2-1. La conduite de tir de nuit fut aussi adaptée, avec le périscope TPN-1-43A, qui bénéficiait de l'illumination d'un puissant projecteur infrarouge de type L2G monté sur partie gauche du masque de canon. La protection fut améliorée, la fibre de verre remplaçant l'alliage d'aluminium dans le blindage et de petites plaques montées sur ressorts le long des garde-boue, connu sous le nom de jupe Gill, largement espacées, furent adaptées pour couvrir le haut de la suspension et les réservoirs latéraux. Elles se révélèrent cependant extrêmement fragiles et sujettes à une dégradation rapide, ce qui provoqua bien souvent leur démontage. Des rangements furent créés sur le pourtour de la tourelle, avec un casier sur la droite et trois petites boîtes sur l'avant gauche. Les schnorkels furent montés à l'arrière de celle-ci. Enfin on monta un système de protection NBC et on agrandit un peu les écoutilles.

Les prototypes furent testés en 1966 et 1967, et la production débuta environ après le six centième exemplaires de T-64, il fut mis en service dans l'armée rouge, sous la désignation de T-64A. Devant la réussite de ce modèle, l'ingénieur en chef Morozov fut décoré de l'Ordre de Lénine. Destiné aux troupes d'élite, le T-64A fut alors constamment remis à niveau au fur et à mesure que les équipements disponibles s'amélioraient. Après seulement trois ans de service et de production une première modernisation intervint. Elle améliorait :

  • la conduite de tir, par le remplacement des viseurs respectivement par un TPD-2-49 et un TPN-1-49-23 et de la stabilisation par le montage d'un système 2E26.
  • la radio, par le montage d'une R-123M
  • la vision de nuit avec un TBN-4PA pour le conducteur et un TNP-165A pour le chef de char. Ce dernier vit en outre son poste de combat transformé par le montage d'un tourelleau stabilisé armé de la mitrailleuse antiaérienne NSVT de 12,7 mm X108 pointée électriquement grâce un viseur optique PZU-5 et alimenté par 300 coups. Elle était donc utilisable de l'intérieur du véhicule, évitant au chef de véhicule d'avoir à s'exposer pour l'utiliser, comme sur les précédents chars. La possibilité de monter un système anti-mines KMT-6 était également ajoutée.

Une version dérivée, conçue pour le commandement et nommée T-64AK apparut dans le même temps. Elle embarquait une radio R-130M avec antenne télescopique de 10 mètres, utilisable uniquement en position statique (elle doit être haubanée), un périscope d'artillerie PAB-2AM, et une centrale de navigation TNA-3, le tout pouvant être alimenté par un générateur auxiliaire à essence.

En 1976, c'est l'armement principal qui est amélioré, par le montage d'un D-81TM (2A46-1), stabilisé par un 2A28M2, alimenté par un automate 6AZ10M. Le viseur de nuit est échangé contre un TNPA-65 et le moteur devient polycarburant, en acceptant soit du gazole, soit du kérosène, soit de l'essence. La production d'abord poursuivie à côté de la variante B, s'arrête en 1980.

Mais la plupart des T-64A sont encore modernisés après 1981, par le montage d'une batterie de six lance-grenades fumigène 902A de 82 mm de chaque côté du canon et le remplacement des plaques Gill par des jupes en caoutchouc beaucoup plus durables. Certains, après 1985, semblent même avoir été dotés d'une couverture de briques réactives Kontact-1 comme sur le T-64BV, voire de viseurs à télémètre laser TPD-K1, en lieu et place du TPD-2-49. Les T-64 quant à eux furent quasiment tous modernisés en T-64R, entre 1977 et 1981, par la réorganisation des rangements externes et des schnorkels, de façon similaire à ce qui existait sur les T-64A.

T-64B[modifier | modifier le code]

Parallèlement à la production de masse du premier modèle, le bureau d'étude continuait le travail sur de nouvelles versions. Les problèmes de mise au point du moteur 5TDF se firent jour alors même que la capacité de production locale se montre insuffisante face à une production du T-64A réalisée dans trois usines (usine Malyshev de Kharkov, usine Kirov de Léningrad et usine Uralvagonzavod).

Dès 1961, un modèle alternatif à l'objet 432, doté d'un moteur V-45 de 12 cylindre en V, l'objet 436 avait été étudié et trois prototypes furent testés en 1966 à l'usine de Chelyabinsk. L'ordre de développer un dérivé du 434 avec le même moteur donne l'objet 438, par la suite renommé en objet 439. Quatre exemplaires de ce char furent construits et testés en 1969, il montrèrent la même mobilité que la version de série, mais la production de série ne fut pas lancée. Il servirent cependant de base par la suite à la conception du compartiment moteur du T-72.

Au début des années soixante-dix, le bureau d'étude cherchait à améliorer encore le char. L'étude T-64A-2M, de 1973, avec son moteur plus puissant et sa tourelle au blindage amélioré, servit de base pour deux nouveaux projets :

  • l'objet 476 avec un moteur 6TD de 1000 ch qui servira de modèle par la suite pour le compartiment de combat du char T-80.
  • l'objet 447 qui embarquait une nouvelle conduite de tir avec un télémètre laser et capable de tirer des missiles par le canon.

Pour ce dernier, l'ordre fut donné de préparer sa production sous le nom de T-64B, ainsi que celle d'un dérivé (avec lequel il devait partager 95 % des composants) : l'objet 437, démuni du dispositif de guidage de missile pour des raisons de coût. Ce dernier sera presque deux fois plus produit sous la désignation T-64B1. Le , le T-64B et le T-64B1 sont déclarés bons pour le service, ils embarquent un canon amélioré le D-81TM (2A46-2), avec un stabilisateur 2E26M, un chargeur 6EZ40 et une conduite de tir 1A33, comprenant :

  • un calculateur balistique 1V517.
  • un viseur 1G21 avec télémètre laser.
  • un senseur de vent latéral 1B11

La capacité de gué passe à 1,8 mètre sans équipement. Le T-64B a la possibilité de tirer le nouveau missile 9K112 « Kobra » (code OTAN « AT-8 Songster ») guidé par ondes radio. Le véhicule emporte alors 8 missiles et 28 obus. Le boîtier de contrôle du missile est monté devant le tourelleau du chef de char et fut monté selon plusieurs variantes. Le T-64B1, lui n'emporte que 37 obus et sa dotation en 7,62 mm est de 2 000 coups contre 1250 pour le T-64B.

Ils sont modernisés en 1981 par le remplacement du canon par un 2A46M1 et du stabilisateur par un 2E42 et le montage de lance-grenades fumigènes 902A « Tutscha-1 » en deux groupe de quatre, de part et d'autre du canon. Deux versions de commandement très semblables au T-64AK, sont réalisées : les T-64BK et T-64B1K.

La décision, en octobre 1979, de mettre en production le moteur 6TD, et sa grande ressemblance avec le moteur 5TDF, permirent après quelques études de le monter à la fois dans les versions B et B1, mais aussi A et AK, donnant naissance aux nouveaux modèles T-64AM, T-64AKM, T-64BM et T-64B1M, qui furent acceptés au service en 1983.

Des études spécifiques portant sur la protection par le montage de briques réactives entre 1981 et 1983 donne naissance aux T-64BV et T-64B1V qui sont mis en service en 1985. Ils sont aussi pourvus de la nouvelle radio R-173, du viseur amélioré 1G46, les lance-pots fumigènes de type 902B « Tutscha-2 » sont alors montés en deux groupes de quatre sur la gauche de la tourelle pour pouvoir monter des briques sur l'avant de celle-ci et le blindage du glacis est renforcé par des plaques en applique.

La production cesse en 1987, toutes versions confondues, la production sortie des chaînes de montage a atteint près de 8 000 exemplaires.

Modernisations en Ukraine[modifier | modifier le code]

Après la désagrégation de l'URSS, l'Ukraine, où se trouvait l'usine d'origine du char et qui possédait de nombreux exemplaires de ce dernier, continua le développement de kits de modernisation du T-64.

Deux programmes aboutirent en 1999 :

  • le T-64BM2 remotorisé par 5TDFM de 850 ch, une nouvelle conduite de tir 1A43U, un nouveau chargeur 6AZ43 et la possibilité de tirer le missile 9K119 (code OTAN « AT-11 Sniper »).
  • le T-64U qui, en plus, monte une conduite de tir 1A45 (issue des T-80U et T-84), des optiques PNK-4SU et TKN-4S pour le chef de char et PZU-7 pour la mitrailleuse antiaérienne. Le chef de char est alors capable de conduire le char et de servir le canon directement, si le besoin s'en fait sentir.

Les deux modèles sont de plus protégés par des briques réactives du type Kontact-5, capables, maintenant, de résister également aux projectiles à énergie cinétique, contrairement aux premiers modèles, qui n'étaient efficaces que contre les attaques dite à énergie chimique (obus à charge creuse). Ces deux modèles peuvent aussi être remotorisés avec des moteurs 6TDF, capables de fournir 1000 ch.

Emploi[modifier | modifier le code]

Ce modèle de char resta longtemps secret, les occidentaux le confondirent souvent avec le T-72, plus rustique. Utilisé en Tchétchénie[1] lors des deux conflits, et encore en nombre limité, il ne fut jamais déployé à l'étranger.

L'URSS le réserva uniquement à ses unités d'élite, les régiments de chars indépendants et ceux des divisions blindées de la garde, qui se tenaient prêtes en RDA à attaquer les forces de l'OTAN ; le reste de l'armée rouge devant se contenter de T-72 ou même de T-62 et de T-55 modernisés. En cas de conflit en Europe de l'Ouest dans les années 1970 et 1980, il aurait vraisemblablement été un redoutable adversaire pour tous les chars occidentaux. Il reste très capable une fois modernisé, comme l'on fait les Ukrainiens, avec le T-64U. Il est raisonnable de le considérer alors comme aussi dangereux que le T-80 ou le T-84.

Le T-64 ne partage pas beaucoup des défauts du T-72, même s'il est souvent confondu avec ce char. En effet :

  • le chargeur automatique, hydraulique et non électrique, est beaucoup plus rapide (le cycle de chargement dure de 6 à 13 secondes) et fiable, moins sensible aux secousses lors des déplacements en tout-terrain. Il possède surtout un mode de tir en séquence qui alimente le canon en obus du même type dans un temps inférieur à 5 secondes. Il est aussi capable dans les versions modernes de tourner en sens inverse, permettant de conserver une bonne cadence de tir même en fin de chargeur.
  • sa conduite semble beaucoup moins éprouvante pour les équipages, du fait de commandes assistées et d'une suspension plus souple.
  • les munitions sont transportées au plus bas du puits de tourelle, diminuant sérieusement les risques de destruction du char par une détonation de ses propres obus.
  • le blindage, excellent dès le départ et constamment remis à niveau, reste capable (avec le déploiement de blindage réactif) d'arrêter des obus modernes.
  • la conduite de tir de la version B est très moderne.
  • le tourelleau du chef de char possède de bons équipements de vision, la mitrailleuse anti-aérienne peut être employée sous le blindage, il lui est aussi possible de prendre priorité sur le pointage du canon en cas d'urgence.

Cependant, il souffre de deux défauts traditionnels des chars soviétiques :

  • la faiblesse du pointage du canon en site négatif, -6°, lui interdit de nombreuses positions de tir en défilé à contre pente, le désavantageant dans les situations de défense.
  • le caractère exigu des compartiments de l'équipage, ce qui empêche son usage par des personnels de grande taille, oblige l'emploi de coffres à l'extérieur pour le stockage, et rend fatigantes les longues missions de combat.

Variantes[modifier | modifier le code]

  • Objet 430 prototype de 1957 canon D-10T de 100 mm, blindage de glacis 120 mm, moteur 4TPD de 580 ch, 36 tonnes.
  • Objet 430U projet armé d'un canon de 122 mm, blindage de glacis 160 mm.
  • Objet 432 ou T-64, prototype de 1961 avec un canon D-68 de 115 mm, puis version initiale de production avec le même armement, environ 600 exemplaires produits.
  • Objet 436 version alternative de l'objet 432 motorisé par un V-45, construit en trois exemplaires.
  • Objet 443R ou T-64R refonte réalisée entre 1977 et 1981 des équipements externes du T-64 au standard T-64A.
  • Objet 434 ou T-64A, canon de 125 mm équipé des jupes blindées dites Gill, d'un viseur modifié et d'un amortisseur sur la quatrième roue de route.
  • T-64T variante expérimentale de 1963, avec une turbine à gaz GTD-3TL de 700 ch.
  • Objet 438 et Object 439 434 motorisés par un V-45 diesel.
  • Objet 446 ou T-64AK version de commandement apparue en 1972, avec une radio R-130M et son antenne télescopique de 10 m, un système de navigation TNA-3 et sans mitrailleuse antiaérienne, il embarque 38 obus.
  • Objet 447 ou T-64B, blindage redessiné, conduite de tir 1A33, capacité de tir du 9K112 « Kobra » (code OTAN « AT-8 Songster »), canon 2A46-2, stabilisateur 2A26M, chargeur 6EZ40.
  • Objet 437 ou T-64B1 identique au précédent mais sans le dispositif de contrôle de tir 9K112, il embarque 37 obus.
  • Objet 446B ou T-64BK et T-64B1K versions de commandement, avec une radio R-130M et son antenne télescopique de 10 m, un système de navigation TNA-3, sans mitrailleuse antiaérienne, ils embarquent 28 obus. Ils ont également un blindage réactif Kontakt et des lance-grenades fumigènes sur la gauche de la tourelle.
  • Objet 476 cinq prototypes remotorisés avec moteur 6TDF.
  • Objet 447AM-2 ou T-64BM2 blindage réactif Kontakt-5 et jupes de protection en caoutchouc, conduite de tir 1A43U, chargeur 6AZ43 et possibilité de tirer le missile 9K119 (code OTAN « AT-11A Sniper »), moteur 5TDFM de 850 ch.
  • Objet 447AM-1 ou T-64U modernisation ukrainienne, amenant les chars T-64B au standard du T-84, blindage réactif Kontakt-5, missile 9K120 Refleks B (code OTAN « AT-11 Sniper »), conduite de tir 1A45 « Irtysh », viseur TKN-4S (chef de char), PZU-7 (anti-aérien), vision de nuit TPN-4E « Buran-E », moteur 6TDF de 1000 ch.
  • BREM-64 véhicule de dépannage dérivé.

Modernisations[modifier | modifier le code]

  • T-64
    • mise au standard T-64R entre 1977 et 1981, réorganisation des équipements externes à l'imitation des T-64A.
  • T-64A/AK
    • refonte de 1972, amélioration de la conduite de tir (TPD-2-49 et TPN-1-49-23), apparition de la mitrailleuse NSVT sur tourelleau électrique, radio R-123M.
    • refonte de 1975, nouveau stabilisateur 2E28M, chargeur 6AZ10M, moteur polycarburant, canon 2A46-1 et viseur de nuit TNPA-65.
    • refonte de 1981, deux batteries de six lance-grenades fumigènes 902A, jupes en caoutchouc sur la suspension en lieu et place des protections Gill.
    • T-64AM,T-64AKM, certains exemplaires de toutes les séries remotorisés avec moteur 6TDF lors d'opérations de maintenance.
  • T-64B/B1/BK/B1K
    • refonte de 1981, 2 groupes de 4 lance-grenades fumigènes 902B, canon 2A26M1.
    • T-64BM,T-64B1M,T-64BMK et T-64B1MK, certains exemplaires de toutes les séries remotorisés avec moteur 6TDF lors d'opérations de maintenance.
    • T-64BV,T-64B1V,T-64BVK et T-64B1VK blindage réactif Kontakt, lance-grenades fumigènes sur la gauche de la tourelle.

Renseignements techniques (T-64BV)[modifier | modifier le code]

Dimensions[modifier | modifier le code]

  • Longueur (canon vers l'avant) : 9,295 m.
  • Longueur (caisse): 6,54 m.
  • Largeur : 3,6 m.
  • Hauteur : 2,17 m.
  • Masse : 42,4 t.

Équipage[modifier | modifier le code]

trois hommes :

  • chef de char
  • conducteur
  • tireur

Propulsion[modifier | modifier le code]

Développant 700 ch à 2 800 tr/min, consommation 170 à 200 litres pour 100 km.

  • Transmission: deux boîtes de vitesse latérales à sept rapports avant et un arrière.
  • Trois réservoirs internes contenant 740 litres de carburant, deux sur les garde-boue eux avec 140 litres et deux bidons cylindriques largables de 200 litres chacun, sur l'extrême arrière de la caisse.

Performances[modifier | modifier le code]

  • vitesse maximale sur route : 60,5 km/h.
  • vitesse maximale en tout-terrain : 35 km/h.
  • ratio de puissance : 16,2 ch/t.
  • autonomie : 500 km et 700 km avec réservoirs largables.
  • pression au sol : 0,9 kg/cm².
  • capacité de guéer à 1,8 m sans préparation et à 5 m avec ses shnorkels.
  • traverse une tranchée de 2,8 m de large.
  • franchissement d'un obstacle vertical de 0,8 m.
  • pente maximale 30°.

Armement[modifier | modifier le code]

  • canon à âme lisse de 125 mm 2A46M-1 (D-81TM) avec chargeur carrousel 6EZ-40 de 28 coups, cadence de tir à 8 coups par minute, 36 coups embarqués (8 x 9K-112 « Kobra » ou, selon le code OTAN : « AT-8 Songster », 28 obus). Les obus embarqués sont tous à charge séparée et stabilisé par ailettes, sont disponibles :
    • des anti-personnels (APERS) des modèles 3VOF-36, 3OVF-22 capable grâce à un détonateur à trois positions d'être plus ou moins perforant et la boîte à mitraille 3USh-3 projetant environ 4700 billes d'acier, mortelles à 500 m.
    • des obus flèches (APFSDS), 3VBM-17 ou 3VBM-19 ou plus anciens possédant une charge supplémentaire leur donnant une vitesse initiale de près de 1800 m/s.
    • des obus à charge creuse, 3VBK-25 ou 3VBK-21.
  • mitrailleuse coaxiale PKT de 7,62 mm avec 1250 coups.
  • mitrailleuse antiaérienne NSVT de 12,7 mm avec 300 coups, utilisable de l'intérieur.
  • 6 mortiers fumigènes 902B « Tutscha-2 » sur le côté gauche de la tourelle.

Équipements[modifier | modifier le code]

  • La conduite de tir 1A33, avec:
    • Le boîtier de guidage radio des missiles 9K112 Kobra (code OTAN « AT-8 Songster ») lancés par le canon.
    • Le stabilisateur hydraulique 2E28M (champ de tir vertical -5°20' à +15°15')
    • Le viseur de jour du tireur 1G46 avec télémètre laser incorporé.
    • Le viseur de nuit TPN-1-49-23 à infrarouge actif.
    • Le projecteur infrarouge L2G à gauche du canon pour l'illumination.
    • Le calculateur balistique 1V517.
    • La sonde anémométrique 1B-11.
  • Le tourelleau à commandes électriques du chef de char équipé de :
    • le viseur combiné jour nuit PKN-4S permettant le tir de l'armement principal et l'observation du champ de bataille sur 360°.
    • le viseur antiaérien PZU-6
    • le stabilisateur électrique 2 axes 2Z20 (champ de tir vertical -3° à +70°)
  • Une vision de nuit TPN-3-49 ou TPN-4 et TVN-4 pour le conducteur.
  • Une radio R-173M.
  • Une protection NBC, avec des détecteurs de radiations PAZ et une surpression généralisée de l'habitacle.
  • Une lame permettant de préparer ses positions de tir.
  • Deux schnorkels pour la traversée de fleuve à une profondeur de 5 mètres.
  • Un système de déminage KMT-6 peut être monté à l'avant.

Protection[modifier | modifier le code]

  • blindage composite en trois couches dit formule K, d'une épaisseur variant de 450 à 20 mm:
    • avant de la caisse: 120 mm d'acier, 105 mm de fibres de verre et 40 mm d'acier.
    • côtés de la caisse: 80 mm d'acier.
    • avant de la tourelle: 150 mm d'acier, 150 mm de fibres de verre et 40 mm d'acier.
  • des jupes en caoutchouc latérales protégeant le haut de la suspension.
  • couverture avec des briques réactives du type Kontact-1, sur :
    • l'avant et côtés de la tourelle
    • le glacis
    • les jupes latérales

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. République constitutive de la Fédération de Russie.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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