Sire Gauvain et le Chevalier vert

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Première page du manuscrit original de Sir Gawain and the Green Knight

Sire Gauvain et le Chevalier vert (en anglais Sir Gawain and the Green Knight) est un roman de chevalerie en vers allitératifs datant de la fin du XIVe siècle. Il est, avec Les Contes de Canterbury (de Chaucer) et Pierre le laboureur (de William Langland), l'une des toutes premières grandes œuvres de la littérature anglaise.

Il esquisse une aventure de Gauvain, l’un des chevaliers de la Table Ronde du roi Arthur. Il ne subsiste qu’un seul manuscrit du poème, le Cotton Nero A.x., conservé à la British Library[1] ; il inclut également trois autres poèmes, dont le célèbre Pearl. Ces quatre poèmes narratifs, écrits dans un dialecte du moyen anglais du nord des Midlands de l'Ouest[2], sont probablement l'œuvre d'un unique auteur, resté anonyme, et appelé dans les études le « Pearl Poet ».

Dans ce récit, Gauvain accepte un défi lancé par un mystérieux guerrier entièrement vert. Ce « Chevalier vert » permet à tous de le frapper avec sa hache, mais en échange, celui qui l’aura frappé doit accepter de subir le même coup un an et un jour plus tard. Gauvain accepte et le décapite d’un seul coup, mais le Chevalier se relève, prend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. Les aventures que vit Gauvain sur le chemin menant à ce rendez-vous permettent de classer cette œuvre dans les légendes arthuriennes impliquant chevalerie et loyauté.

Le principal intérêt du poème réside, outre son intrigue complexe et sa riche langue, dans les nombreux symboles et thèmes qu’il renferme : tout, du Chevalier vert au défi en passant par la ceinture donnée à Gauvain comme protection, est chargé de sens et prend racine dans les cultures et folklores celtique et germanique, entre autres. Les critiques comparent souvent Gauvain à des œuvres similaires plus anciennes, comme les contes irlandais où apparaît Cúchulainn, afin de trouver des explications possibles aux symboles et thèmes du poèmes. Un poème plus tardif, The Greene Knight, relate en grande partie la même histoire que Gauvain, mais la relation qui les unit n’est pas claire.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

Gauvain décapitant le Chevalier vert - enluminure du manuscrit Cotton Nero A.x (f. 94b) XIVe siècle

Tout commence à la cour du roi Arthur, à Camelot, lors de festivités et échanges des cadeaux. Un chevalier vert gigantesque survient, armé d'une hache, et propose un jeu. Il demande à ce que quelqu'un prenne sa hache et lui en donne un seul coup, qui devra être rendu par le Chevalier vert un an et un jour plus tard. Gauvain se porte volontaire pour le relever. Il décapite le Chevalier vert, mais celui-ci se relève et va chercher sa tête tout en rappelant à Gauvain sa promesse. Il ne lui donne avant de s'en aller que le nom de Chapelle verte, où il recevra le coup fatal. L'année s'écoule alors jusqu'au jour de la Toussaint, et Gauvain se prépare à affronter les rigueurs de l'hiver à travers le pays. Il parcourt une longue route vers le Pays de Galles, et les conditions climatiques sont pour lui plus difficiles à supporter que les monstres qu'il doit souvent affronter.

La veille de Noël, alors qu'il erre dans une forêt, il prie la Vierge Marie de lui trouver un endroit pour entendre la messe le lendemain, et, comme par enchantement, un château apparaît à la lisière de la forêt. Il se nomme le château de Hautdésert, et appartient au seigneur Bertilak qui accueille Gauvain avec chaleur et joie. Étant donnée la fatigue du chevalier, le seigneur lui propose de rester et de se reposer quelques jours avant de repartir. Gauvain décline l'offre, car il doit avant tout retrouver la Chapelle verte. Bertilak le rassure aussitôt et lui apprend qu'elle n'est située qu'à quelques milles de là. Gauvain accepte donc de rester durant trois jours. Ils s'en vont à la messe de Noël où Gauvain rencontre la femme du seigneur, jeune et d'une grande beauté, accompagnée d'une femme âgée et laide.

Du fait des festivités, Bertilak propose un jeu à Gauvain, connu sous le nom d'« échange des gains » : ce que, durant trois matins, Bertilak gagnera dans une chasse à coure, Gauvain l'aura en échange de ce que lui, resté à se reposer au château, aura gagné dans sa journée.

Le premier jour, alors que Gauvain dort encore, la femme du seigneur se glisse dans sa chambre et cherche à le séduire. Gauvain résiste, et réussit à contenir ses ardeurs en n'acceptant qu'un unique baiser. Le soir, Bertilak rentre de la chasse avec un magnifique cerf qu'il donne à Gauvain, avant de recevoir en contre-partie le baiser que Gauvain avait eu. Le deuxième jour, la jeune femme se glisse de nouveau dans la chambre de Gauvain, et réussit cette fois à lui voler deux baisers. Ces deux baisers seront donnés à Bertilak le soir même en échange d'un sanglier.

Le dernier jour, de plus en plus insistante, la jeune femme réussit à donner trois baisers à Gauvain. Mais elle ne s'arrête pas là, et veut lui offrir un gage de son amour. Après avoir refusé une bague, Gauvain se voit offrir une ceinture verte aux pouvoirs magiques importants, qui protège celui qui la porte de la mort. Après avoir considéré la terrible épreuve qui l'attend le lendemain, Gauvain accepte la ceinture, mais ayant promis à la belle dame de n'en toucher mot au seigneur, il ne donne à Bertilak que trois baisers, en échange de quoi il n'obtient qu'un renard.

Le lendemain, alors que Gauvain est conduit par un homme de Bertilak jusqu'à la Chapelle verte, ce dernier lui propose de garder la vie sauve et de s'enfuir, sans que personne ne s'en aperçoive. Gauvain refuse catégoriquement une telle issue, et s'approche peu à peu de la Chapelle verte. L'endroit ressemble davantage à un sanctuaire païen qu'à une chapelle, et Gauvain entend le bruit d'une faux que l'on aiguise. Le Chevalier vert apparaît enfin, et lui demande de se préparer à recevoir son châtiment.

Gauvain s'agenouille, mais, au premier coup de faux, se retire brusquement. Le Chevalier vert se moque de cet accès de peur, et s'apprête à lui donner le deuxième coup, qu'il arrête à quelques centimètres de sa peau. Enfin, le Chevalier vert lève une dernière fois sa faux, et l'abat à peine sur le cou de Gauvain où il ne laisse qu'une légère entaille.

À peine a-t-il reçu l'entaille que Gauvain bondit vers son adversaire, estimant avoir tenu sa promesse jusqu'au bout. C'est alors qu'il se retrouve face à son adversaire souriant, qui lui explique qu'il est l'un des meilleurs chevaliers sur cette terre, car son seul péché a été de vouloir rester en vie. Il lui avoue ensuite qu'il n'est autre que Bertilak, et la seule épreuve qu'a passée Gauvain se trouvait dans l'enceinte même du château, quand sa femme l'a tenté. Ayant par trois fois repoussé ses avances, il n'avait accepté que la ceinture verte, d'où l'entaille du dernier coup de hache. Bertilak explique alors que tout avait été manigancé par Morgane la Fée, la vieille dame que Gauvain avait vu en compagnie de la femme de Bertilak à la messe de Noël, pour effrayer la Reine Guenièvre et mettre Camelot à l'épreuve.

Mortifié, Gauvain repart pour Camelot, avec la ceinture comme souvenir de son cuisant échec. Alors que lui-même ne peut accepter son manque de courage, la cour, bien moins exigeante, rit à son aventure et tous décident de porter une ceinture verte pour la célébrer.

Roman de chevalerie[modifier | modifier le code]

Gauvain sous les traits d'un chevalier parfait : combattant, aimant, et dévot. (The Vigil par John Pettie, 1884, huile sur toile, Londres, Tate Gallery.)

Sire Gauvain et le chevalier vert est avant tout un roman de chevalerie (appelé romance dans les pays anglo-saxons). Gauvain possède toutes les caractéristiques du chevalier arthurien idéal. « Il n'est assurément pas un homme moyen, pas plus que la contrepartie d'un chevalier ayant jamais existé ; au contraire, il est le meilleur des chevaliers, il rassemble en lui les meilleurs éléments de tous les chevaliers ayant jamais vécu ». Il est un instrument de « courage, humilité, courtoisie et loyauté » : sa morale est remarquable et ses manières infaillibles. Sa position de neveu d'Arthur reflète ses caractéristiques personnelles proches de la perfection. « Il est le chevalier féodal chrétien idéal, qui ne représente pas seulement le plus haut niveau atteint par le comportement humain, mais qui présente à notre évaluation ces qualités en un homme vivant à une époque qui les admirait entre toutes, comme l'époque féodale de façon générale »[3].

Le seul faux pas de Gauvain est d'accepter la ceinture de la dame. « Bien qu'il soit le plus grand des chevaliers, il reste un simple humain »[4]. Ce geste peut être considéré comme un acte d'orgueil, et sa blessure comme une punition pour cela. Et « [...] lorsque le cou de Gauvain est entaillé, celui de toute la cour l'est. Chacun reçoit la lame pour être libéré de cet orgueil. Gauvain est le cou de la cour et, avec Arthur, sa tête : il est le plus fidèle soutien d'Arthur, il est la meilleure source d'orgueil chevaleresque de la cour, et il est le meilleur chevalier en termes de prouesses et de courtoisie »[4]. Néanmoins, cette faute souligne l'humanité de Gauvain. À la fin du poème, lorsqu'il découvre que le Chevalier vert avait connaissance de la ceinture, il est embarrassé[4]. Sire Gauvain souligne le fait que nombreux ont été les grands hommes à avoir été tentés par des femmes. Mais il est rendu « d'autant plus humain par cette petite faute »[3]. Ce faux pas rend Gauvain plus réel et lui attire la sympathie du lecteur. Dans The Meaning of Sir Gawain and the Green Knight, Alan Markman affirme : « C'est la fonction du héros de romance, je crois, que de se dresser comme champion de la race humaine et, en se soumettant à des épreuves étranges et sévères, de démontrer les capacités humaines à faire le bien ou le mal »[3].

Le lecteur s'attache à cette vision humaine de Gauvain au sein du romantisme du poème. Cette seule erreur montre son humanité, mais elle n'altère pas toutes ses qualités chevaleresques. Gauvain « nous montre ce qu'est la conduite morale. Nous n'égalerons sans doute jamais son comportement, mais nous l'admirons pour nous avoir montré le chemin »[3].

Forme des vers[modifier | modifier le code]

Un exemple de « bob and wheel » dans Sire Gauvain (vers 146-150) :

(bob)
ful clene
(wheel)
for wonder of his hwe men hade
set in his semblaunt sene
he ferde as freke were fade
and oueral enker grene

Sire Gauvain et le Chevalier vert est écrit dans un alphabet latin comportant plusieurs caractères archaïques tels le yogh. Il est rédigé dans un style représentatif de ce que les linguistes appellent la « renaissance allitérative » (Alliterative Revival) du XIVe siècle. La forme allitérative de cette période ne se focalise pas sur un compte métrique des syllabes et sur les rimes, mais se base sur l’accord entre une paire de syllabes accentuées au début du vers et une autre paire à la fin. Le vers est toujours marqué par une pause permettant de respirer, la césure, après les deux premiers accents, divisant le vers en deux parties[2].

S’il suit en grande partie le style de son époque, l’auteur de Sire Gauvain fait montre d’une plus grande liberté envers les conventions que ses prédécesseurs. Il divise ses vers en groupes de longueur variable, et termine ces « stances » par une section rythmique de cinq vers appelée bob and wheel : un vers à une seule accentuation de rime A (le « bob ») et quatre vers à trois accentuations de rimes BABA (le « wheel »), tous ces vers étant allitératifs[2]. Le poème entier se compose de 2 530 vers, divisés en quatre parties et 101 stances[5].

Situation géographique : le voyage de Gauvain[modifier | modifier le code]

Plusieurs critiques ont tenté de reconstituer les éléments du poème concernant le voyage de Gauvain vers la Chapelle verte pour trouver leurs correspondants sur une carte du monde réel. Sont par exemple mentionnées les îles d'Anglesey, aujourd'hui une île unique au large du Pays de Galles[6]. Au vers 700, il est dit que Gauvain passe la « Holy Head », que la plupart des critiques assimilent soit à Holywell, soit à l'abbaye cistercienne de Poulton, à Pulford. Holywell est associé à la décapitation de sainte Winefride, dont l'histoire est la suivante : Winifred était une vierge de la région qui fut décapitée par un souverain local après qu'elle eut repoussé ses avances. Son oncle, un autre saint, remit sa tête en place et guérit la blessure, ne laissant qu'une cicatrice blanche. La ressemblance entre cette histoire et celle de Gauvain fait de cette région une localisation plausible pour le voyage[7].

Le voyage de Gauvain le conduit ensuite directement dans la région du dialecte de l'auteur, où se trouvent les localisations possibles du château de Hautdésert et de la Chapelle verte. On estime que Hautdésert se trouve dans la région de Swythamley, dans le nord-ouest de Midlands, qui correspond à la description du poème. On sait en outre que la région abritait au XIVe siècle tous les animaux chassés par Bertilak (cerf, sanglier et renard)[8]. La Chapelle verte serait soit à Ludchurch, soit au moulin de Wetton, ces deux endroits correspondant aux descriptions données par l'auteur[9].

L'auteur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pearl Poet.

Si le nom de l'auteur (ou des auteurs) de Sire Gauvain est inconnu, une lecture avertie de ses œuvres permet de déduire quelques éléments à son sujet. Le manuscrit est connu dans les milieux académiques sous la référence Cotton Nero A.x., d'après le système employé par un de ses possesseurs, Robert Bruce Cotton (1570/1 – 1631), un collectionneur de manuscrits anglais[1]. Avant d'entrer en sa possession, le manuscrit se trouvait dans la bibliothèque de Henry Saville, de Yank (Yorkshire)[10],[11]. On ne sait pas grand-chose du manuscrit, ou de son auteur, avant cela. Puisqu'il a été daté du XIVe siècle, le Pearl Poet était donc contemporain de Geoffrey Chaucer, auteur des Contes de Canterbury quoiqu'il soit peu plausible qu'ils se soient un jour rencontrés[12],[13]. On considère souvent que les trois autres œuvres se trouvant avec le manuscrit de Sire Gauvain (Pearl, Patience et Cleanness) furent écrites par la même personne. Cependant, le manuscrit en lui-même est de la main d'un copiste, non de celle du poète original[14]. Rien d'explicite ne permet donc d'affirmer que les quatre poèmes du manuscrit proviennent de la même plume. Cependant, une analyse comparative du dialecte, de la versification et de la diction tend à appuyer l'hypothèse d'un auteur commun[14].

Pour ce qui est de son identité, elle reste indéfinissable. Ce que l'on sait aujourd'hui de lui tient surtout du domaine des connaissances générales, comme l'écrit J. R. R. Tolkien en introduction à sa traduction :

« C'était un homme sérieux et dévot, quoique non dénué d'humour ; il s'intéressait à la théologie et s'y connaissait quelque peu, mais à la façon d'un amateur sans doute, plutôt que d'un professionnel ; il connaissait le latin et le français et avait lu de nombreux livres français, romans comme d'enseignement ; mais son foyer était les West Midlands d'Angleterre ; ce que montrent avec force sa langue, son mètre et ses décors[15]. »

Il a souvent été suggéré que John Massey de Cotton, comte de Cheshire, puisse être le Pearl Poet[16]. Un autre poème, St. Erkenwald, lui a parfois été également attribué. Il apparaît dans un manuscrit séparé de celui de Sire Gauvain, dont certains critiques estiment l'écriture à une époque postérieure à celle du poète. L'attribution de St. Erkenwald à l'auteur de Pearl est encore controversée et généralement rejetée[14].

Récits similaires[modifier | modifier le code]

Cúchulainn, héros de la mythologie celtique irlandaise devant faire face à une épreuve similaire à celle de Gauvain (Cúchulain Slays the Hound of Culain par Stephen Reid, 1904).

Le plus ancien récit connu comprenant un jeu du décapité est le conte en moyen irlandais Bricriu’s Feast, qui ressemble à Sire Gauvain en de nombreux points : par exemple, comme le Chevalier vert, l’adversaire de Cúchulainn feint de lui asséner trois coups avec sa hache avant de le laisser aller sain et sauf. Un tel échange apparaît également dans la Vie de Caradoc, un récit en moyen français imbriqué dans la Première Continuation de Perceval ou le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes. Dans cette histoire, une différence notable apparaît en la personne de l'adversaire de Caradoc : c'est son propre père, venu éprouver son honneur. Lancelot du Lac est mis à l'épreuve de manière similaire dans Perlesvaus, lorsqu’un chevalier lui demande de trancher sa tête, ou de mettre la sienne en danger. Lancelot la coupe à contrecœur, promettant de revenir dans un an pour mettre sa tête en péril. Lorsque Lancelot revient, les habitants de la ville l’acclament et annoncent qu'ils ont enfin trouvé un véritable chevalier ; il n’était apparemment pas le premier à avoir subi cette épreuve.

Hunbaut et La Fille à la mule présentent Gauvain dans des situations similaires. Hunbaut atteste d'une variante intéressante : Gauvain tranche la tête de l'homme avant de lui retirer le manteau magique qui le maintenait en vie avant que celui-ci ait pu réagir[17]. Il existe également plusieurs récits dans lesquels des chevaliers luttent pour repousser les avances de femmes voluptueuses, par exemple Yder, le Lancelot-Graal, Hunbaut et Le Chevalier à l'épée, ces deux derniers impliquant Gauvain. La tentatrice est souvent la fille ou la femme d'un seigneur auquel le chevalier doit un certain respect, et le héros est mis à l'épreuve pour savoir s'il restera chaste en des circonstances difficiles[17].

Le retour de Gauvain tel que représenté dans le manuscrit original.

Dans la première branche du Mabinogion, un recueil gallois médiéval, Pwyll échange pour un an sa place avec Arawn, seigneur d'Annwn (l'Autre Monde). Son apparence est modifiée pour qu'il puisse lui ressembler exactement, mais Pwyll ne couche pas avec la femme d'Arawn pendant toute cette année, ce qui établit une amitié durable entre les deux hommes. Cette histoire est peut-être à l'origine de l'épreuve de séduction durant laquelle Gauvain essaie de résister à l'épouse du Chevalier vert. L'histoire de Sire Gauvain et le Chevalier vert peut donc être considérée comme un récit combinant des éléments du jeu de décapitation avec une version celtique du jeu de séduction, étant donné qu’Arawn est heureux de constater que Pwyll a su résister à la tentation de la chair. Certains critiques s'opposent à cette interprétation, car Arawn semble avoir accepté que Pwyll puisse coucher avec sa femme, ce qui n'en ferait plus une « épreuve de séduction » per se, ces épreuves impliquant d'ordinaire un seigneur et une dame conspirant pour séduire un chevalier, apparemment contre la volonté du seigneur[18]. En outre, dans les deux histoires, une année s'écoule entre avant la fin du défi.

The Greene Knight est un poème qui conte également une histoire très proche de celle de Sire Gauvain[19]. L’intrigue est simplifiée, les buts sont plus développés et certains noms sont différents. Un autre poème, The Turke and Gowin, commence avec un Turc entrant à la cour du roi Arthur[20]. À la fin de ce poème, le Turc demande à Gauvain de lui trancher la tête, qui s'exécute. Le Turc loue alors Gauvain et le couvre de présents. On peut aussi comparer Sire Gauvain à The Carle off Carlile pour la scène où Carl, un seigneur, ordonne à Gauvain de le frapper avec sa lance avant de se courber pour recevoir le coup[21]. Gauvain obéit et attaque, mais le Carl se relève en riant, sans trace de blessure. À la différence de Sire Gauvain, aucun coup en retour n’est demandé ou donné[17]. De tous ces récits, seul Sire Gauvain implique un personnage entièrement vert, et il est également le seul à lier Morgane au défi[17],[20].

Rapports à la chrétienté et symboles religieux[modifier | modifier le code]

Les critiques ont souligné les ressemblances entre la ceinture qu'offre la femme de Bertilak à Gauvain, et le fruit qu'offre Ève à Adam dans le jardin d'Éden.
(Adam et Ève, Lucas Cranach l'Ancien, 1513, huile sur bois, 73 × 62 cm, Würzburg, Mainfränkisches Museum)

Les interprétations chrétiennes du poème ont pris de nombreuses formes. L'écu au pentacle de Gauvain peut être vu comme un symbole de sa foi en la protection de Dieu et du Christ[22]. Certains critiques comparent Sire Gauvain aux trois autres poèmes que contient son manuscrit. Chacun a un thème chrétien très fort, ce qui pousse les critiques à voir Sire Gauvain à travers un prisme similaire. En le comparant au poème Cleanliness (ou Purity), par exemple, ils le considèrent comme l'histoire de la chute apocalyptique d'une civilisation, Camelot dans le cas présent. En suivant cette interprétation, il se retrouve dans une situation similaire à celle de Noé, à l'écart de sa société et averti par le Chevalier vert, alors considéré comme le représentant de Dieu, de la ruine prochaine du royaume[23], que Gauvain ne subira pas lui-même puisqu'étant jugé digne après son épreuve. Cependant, le roi Arthur et ses chevaliers jugent mal cette expérience et se mettent à porter eux-mêmes des ceintures. Dans Cleanliness, les hommes qui sont sauvés « ne peuvent éviter le châtiment divin à leurs sociétés respectives, et dans Sire Gauvain et le Chevalier vert, ne peut ralentir seul la chute de Camelot, bien que son aventure puisse servir à souligner le caractère inéluctable de l'effondrement de cette société à ceux qui peuvent l'interpréter correctement »[23]. L'un des points majeurs que cette ressemblance implique signifie que « la révélation et le salut accordés par Dieu ne peuvent être expérimentés que directement et individuellement, et il leur est donc impossible d'être retraduits dans le monde des condamnés »[23]. À travers cette description de Camelot, l'auteur révèle une inquiétude pour sa société, dont il croit la chute inévitable, qui entraînera la destruction finale voulue par Dieu[23]. Le poème a été écrit vers l'époque de la Peste noire et de la Révolte des paysans, deux événements qui amenèrent le peuple à croire que leur monde était véritablement sur le point de connaître une fin apocalyptique, et qui influencèrent la littérature et la culture[23]. D'autres critiques sont dubitatifs envers cette vision étant donné que le Chevalier vert est, en fin de compte, contrôlé par la fée Morgane, une figure fortement maléfique du cycle arthurien. Il est donc difficile de le voir comme un représentant de Dieu, de quelque façon que ce soit[22].

Si le personnage du Chevalier vert n'est généralement pas considéré comme une représentation du Christ, les critiques reconnaissent l'existence de ressemblances entre ces deux personnages. Lawrence Besserman explique que « le Chevalier vert n'est pas une représentation figurative du Christ ; mais l'idée de la nature divine/humaine du Christ fournit un cadre conceptuel médiéval qui soutient la description sérieuse/comique que fait le poète des qualités et faits surnaturels/humains du Chevalier vert »[24]. Ce parallèle dans la dualité est un exemple de l'influence et de l'importance de l'enseignement chrétien et de l'image de Jésus à l'époque de l'auteur de Sire Gauvain.

Les critiques ont également noté l'influence chrétienne mise en parallèle dans la conclusion du poème. Après le retour de Gauvain à Camelot et le récit qu'il fait de l'acquisition de sa ceinture, le poème s'achève sur une brève prière et une référence au « Dieu couronné d'épines » (« the thorn-crowned God »)[25]. Besserman estime que « avec ces derniers mots, le poète redirige notre attention de la ceinture circulaire vers la Couronne d'Épines circulaire (une double image de l'humiliation/triomphe du Christ) »[24].

Tout au long du poème, Gauvain voit sa dévotion et sa foi éprouvées à plusieurs reprises. Lorsqu'il entreprend son voyage vers la Chapelle verte, sa détresse est telle qu'il n'y échappe qu'en priant la Vierge Marie. Comme il poursuit sa route, il est de nouveau en proie à l'angoisse en pensant à sa rencontre inéluctable avec le Chevalier vert. Mais au lieu de prier de nouveau Marie, Gauvain place sa foi dans la ceinture que lui a donnée la femme de Bertilak[26]. Dans une perspective chrétienne, ce comportement conduit à des conséquences désastreuses et embarrassantes pour lui-même, comme il se voit forcé de réexaminer sa foi dans les principes chrétiens après que la ceinture s'avère n'être rien d'autre qu'une attrape[26].

En outre, certains voient une analogie entre l'épreuve de Gauvain et celle qu'Adam subit en Éden, telle que décrite dans la Bible. Adam a succombé à Ève, tout comme Gauvain a été vaincu par la femme de Bertilak en acceptant la ceinture[26]. Bien qu'il ait péché, à la fois en plaçant sa foi dans la ceinture et en ne se confessant pas après avoir été attrapé, le Chevalier vert lui pardonne et « permet à Gauvain de devenir un meilleur chrétien à travers ses erreurs mêmes »[27]. C'est à travers les différents jeux auxquels il a participé et les épreuves qu'il a endurées que Gauvain comprend et trouve sa place dans le monde chrétien. On peut dès lors lier cette situation à la locution latine Felix Culpa, qui signifie littéralement « Heureuse faute » et que l'on retrouve dans le mythe du péché originel. Gauvain commet un péché[28] dont les effets sont finalement bénéfiques pour lui-même : il obtient le pardon, est sauvé de la disgrâce et sort grandi dans sa foi de cette expérience.

La couleur verte[modifier | modifier le code]

Dans ce Saint Wolfgang et le Diable par Michael Pacher, 1471-1475, huile sur bois, 103 × 91 cm, Munich, Alte Pinakothek, le Diable est vert. Des poètes contemporains, comme Chaucer, ont également associé le vert au diable, si bien que les critiques ont dressé des liens semblables dans leurs analyses du Chevalier vert[29].

Les multiples interprétations, parfois contradictoires, de la couleur verte font que son sens exact dans le poème reste ambigu. Dans la littérature et le folklore anglais, le vert est traditionnellement employé pour symboliser la nature et ses attributs, la fertilité et la renaissance. Des récits médiévaux lui font représenter l'amour[30] et les désirs basiques, naturels de l'homme[31]. Le vert est également lié à la sorcellerie et aux maléfices des fées et autres esprits. Certains l'associent même à la pourriture et à l'empoisonnement[32]. Lorsqu'il est combiné à l'or, comme dans le cas du Chevalier vert et de la ceinture, il est signe de disparition de la jeunesse[33]. Dans la tradition celte, on évitait de porter du vert pour son association avec la malchance et la mort. La ceinture verte, portée à la base comme protection, se transforme en symbole de honte et de lâcheté. Finalement, elle est adoptée comme symbole d'honneur par les chevaliers de Camelot, impliquant une transformation du bien en mal, puis en bien de nouveau, et utilisant à la fois les connotations de pourriture et de régénération de la couleur verte[24],[29].

Le Chevalier vert[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chevalier vert.

Le Chevalier vert apparaît dans deux autres textes déjà mentionnés : The Greene Knight et la ballade incomplète King Arthur and King Cornwall[34], dans lesquels il a pour nom « Bredbeddle ». The Greene Knight raconte peu ou prou la même histoire que Sire Gauvain, tandis que King Arthur and King Cornwall est un récit à part, dans lequel le Chevalier vert est l'un des champions d'Arthur.

D'autres textes présentent des personnages semblables au Chevalier vert. Par exemple, dans Le Morte d'Arthur de Thomas Malory, Gareth, frère de Gauvain, affronte « two brethren whych were called the Grene Knyght and the Rede Knyght » (« deux frères appelés le Chevalier vert et le Chevalier rouge »). On trouve également un « Chevalier vert » dans les histoires de Saladin : c'est un guerrier sicilien avec un écu de sinople et un heaume orné des bois d'un cerf. Saladin éprouve du respect pour ce combattant honorable et tente de l'inclure dans sa garde personnelle[35]. Dans le Coran, le personnage d'Al-Khidr est appelé l'« Homme vert » (الخضر en arabe). Il met par trois fois Moïse à l'épreuve en accomplissant des actes en apparence mauvais, mais qui se révèlent être finalement de nobles gestes, destinés à empêcher de plus grands maux ou à révéler de grands bienfaits. Al-Khidr et le Chevalier vert servent tous deux d'enseignants à des hommes saints et droits (Gauvain, Moïse), qui voient leur foi et leur obéissance éprouvées par trois fois. Il a été suggéré que le personnage du Chevalier vert ait été un descendant littéraire d'Al-Khidr, ramené en Europe par les Croisés et mélangé à l'imagerie celtique et arthurienne[36].

Malgré ces ressemblances, le Chevalier vert est le premier de ces personnages à être réellement vert[37]. De par son étrange couleur, de nombreux critiques voient en lui une manifestation de l'Homme vert, une figure courante de l'art médiéval. D'autres le considèrent comme une incarnation du Diable lui-même[24]. Une interprétation fait du Chevalier vert le « Seigneur d'Hadès », venu défier les chevaliers de Camelot. Gauvain, le plus courageux d'entre eux, se montre donc l'égal d'Hercule en l'affrontant, liant l'histoire à la mythologie grecque[32]. Une autre interprétation possible du Chevalier vert est d'en faire la fusion de ces deux divinités, représentant en même temps le bien et le mal, la vie et la mort, comme des cycles autonomes. Cette interprétation s'accorde avec les attributs positifs et négatifs de la couleur verte et correspond au thème énigmatique du poème[24].

Le pentangle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pentagramme.
Un « pentangle » ou pentacle d'or sur fond rouge, emblème de Gauvain

De nombreux critiques accordent une importance particulière au pentagramme dessiné sur l'écu de Gauvain. Le poème marque la première apparition connue du mot « pentangle » dans la langue anglaise, et c'est le seul endroit où il sert d'emblème à Gauvain : l'écu de celui-ci arbore le plus souvent un aigle[38]. Le poème décrit le pentagramme comme un signe de fidélité, issu de l'époque de Salomon, et comme un « nœud sans fin ». Plusieurs stances sont dédiées à la description des vertus de Gauvain, représentées par les cinq pointes du pentagramme. La façon dont le poète fait ressortir ce symbole a poussé certains critiques à croire qu'il s'agissait d'une allégorie ou d'une représentation du poème entier[38].

Les universitaires comparent le « pentangle » au traditionnel pentacle, auquel la croyance populaire attribuait des propriétés magiques. On l'appelait Drudenfuss en Allemagne, où il était placé sur des objets domestiques pour empêcher le mal de pénétrer dans la maison[39]. Ce symbole était également associé aux enchantements qui, récités ou gravés sur une arme, permettaient d'invoquer des forces magiques. Cependant, les preuves qui permettraient de relier le pentacle occulte au « pentangle » de Gauvain sont maigres[40],[39].

D'autres pointent du doigt la description du pentacle, au vers 625, comme « un signe de Salomon ». Salomon, troisième roi d'Israël au Xe siècle av. J.-C., est généralement réputé pour sa grande sagesse. Cependant, dans Sire Gauvain, le poète fait référence au sceau magique présent sur l'anneau du roi, marqué d'un pentacle, qu'il reçut de l'archange Michel. Ce sceau donnait à Salomon un pouvoir sur les démons[41].

La ceinture[modifier | modifier le code]

Une autre femme du cycle arthurien, la Dame de Shalott, porte une ceinture médiévale.
(The Lady of Shallot, John William Waterhouse, 1888, Londres, Tate Gallery.)

Les critiques débattent souvent de la possible signification sexuelle de la ceinture (girdle) que la femme de Bertilak offre à Gauvain. Les partisans de cette idée la comparent à des éléments d'autres histoires, telles que la Chanson des Nibelungen. Dans ce récit, Brunehilde est convaincue d'avoir eu des rapports sexuels avec la mauvaise personne, sa ceinture volée servant de preuve[42]. Les interprétations féministes considèrent la ceinture (appelée love lace – « lacet d'amour » – à une reprise dans le texte) comme un symbole du pouvoir féminin. Elles s'appuient sur la définition qu'avait à l'époque lace, qui pouvait aussi signifier « toile », « nœud coulant » ou « piège »[43]. Les critiques qui considèrent le poème à travers le prisme chrétien estiment que la foi que place Gauvain dans la ceinture remplace sa foi en Dieu pour être sauvé du coup de hache[44]. Il ne faut pas pour autant confondre l'interprétation de la ceinture comme un « symbole sexuel » avec les considérations actuelles qui font de la ceinture un « sous-vêtement »[45],[42]. Au XIVe siècle, une ceinture se portait « autour de la taille, employée pour serrer des vêtements ou pour y suspendre une épée, une bourse, etc. ». Cette définition de la ceinture est proche de celle de l'époque de la rédaction de La Chanson des Nibelungen[46].

La ceinture donnée à Gauvain est « of a gay green silk, with gold overwrought »[47], sans doute pour rappeler les couleurs du Chevalier vert. Le renard que Bertilak attrape alors même que Gauvain accepte la ceinture reçoit le nom de « Sir Reynard the Red »[48] avant d'être dépecé. On peut distinguer ici deux images importantes par rapport au chevalier soumis à la tentation : le choix des couleurs, et la peau du renard. Le rouge apparaît au moins sur l'écu de Gauvain[49], et le symbole de la fourrure est très tôt présenté comme le reflet d'une certaine nature humble, propre à Gauvain[50].

La blessure[modifier | modifier le code]

La blessure au cou que subit Gauvain est un symbole important, représentant de façon métaphorique son péché : ne pas avoir échangé tous ses gains avec Bertilak le fait souffrir de cette blessure. Lorsque Gauvain conserve la ceinture au lieu de la remettre à ce dernier, il montre un défaut humain : son « désir de préserver sa vie mortelle »[51]. Ainsi, la blessure qui en résulte est son châtiment pour n'avoir pas tout donné de sa propre volonté. Finalement, lorsqu'elle guérit, elle devient un symbole des péchés pardonnés de Gauvain. Elle ne sert pas de souvenir douloureux, mais plutôt de souvenir positif. Puisque Gauvain réalise qu'il a péché et l'accepte, il est sauvé. Qui plus est, il se fait un devoir de se rappeler cette faiblesse. Cependant, Gauvain ne peut pas compter sur la seule blessure pour lui rappeler ses errements, puisqu'elle finit par guérir. À la place, il accepte et porte la ceinture comme un symbole. Gauvain la porte non pas simplement pour qu'elle lui rappelle son passé, mais afin d'être durablement libre de ses péchés. Mais de par sa nature de mortel, Gauvain échoue. La tâche qui s'impose à lui n'est pas d'oublier ses erreurs, mais d'apprendre à partir d'elles[52].

Les nombres[modifier | modifier le code]

Le poète accentue le symbolisme des nombres pour ajouter de la symétrie et du sens au poème. Par exemple, trois baisers sont échangés entre Gauvain et l'épouse de Bertilak, elle tente par la suite Gauvain pendant trois jours, Bertilak part chasser trois fois, et le Chevalier vert frappe trois fois Gauvain avec sa hache. Le chiffre deux apparaît également de façon répétée, comme dans les deux décapitations, les deux confessions et les deux châteaux[53]. Les cinq pointes du pentacle, indique le poète, représentent les vertus de Gauvain, car il est « fidèle de cinq façons et cinq fois de chaque »[54]. Le poète poursuit en décrivant les façons dont Gauvain est vertueux : ses cinq sens sont parfaits, ses cinq doigts ne lui font jamais défaut, et il se souvient toujours des cinq blessures du Christ comme des cinq joies de la Vierge Marie. Le cinquième « cinq » est Gauvain lui-même, qui incarne les cinq vertus morales du code de chevalerie : « amitié, générosité, chasteté, courtoisie et piété »[55]. Toutes ces vertus résident, selon l'expression du poète, dans le « Nœud Infini » du pentacle, qui s'entrelace à l'infini et n'est jamais brisé[56]. Ces relations étroites entre symboles et foi permettent des interprétations allégoriques rigoureuses, notamment au sujet du rôle physique joué par l'écu dans la quête de Gauvain[57]. Ainsi, le poète en fait l'épitomé de la perfection chevaleresque à l'aide du symbolisme des nombres[58].

Le chiffre cinq apparaît également dans la structure même du poème. Sire Gauvain contient 101 strophes, traditionnellement organisées en quatre livres de 21, 24, 34 et 22 strophes. Ce découpage est cependant sujet à débat, les critiques estimant qu'ils sont l'œuvre d'un copiste et non du poète. Le manuscrit original inclut une série de lettres majuscules ajoutées après coup par un autre scribe, et certains critiques pensent que ces ajouts correspondent à une tentative de rétablir le découpage original. Ces lettres divisent le manuscrit en neuf parties. La première et la dernière sont longues de 22 couplets, la deuxième et l'avant-dernière ne contiennent qu'un couplet, et les cinq parties du milieu contiennent 11 couplets. Dans la littérature médiévale, le nombre onze est associé à la transgression (étant supérieur d'une unité à dix, nombre associé au Décalogue). Ainsi, cet ensemble de cinq fois onze (55 couplets) forme un mélange parfait de transgression et de rectitude, suggérant que Gauvain est innocent dans sa faute[58].

Étude des thèmes hors du contexte religieux[modifier | modifier le code]

Tentation et mise à l'épreuve[modifier | modifier le code]

Les chevaliers de l'époque du poème devaient concilier le code chevaleresque masculin et les règles féminines de l'amour courtois.
(God Speed!, Edmund Blair Leighton, 1900, huile sur toile, collection particulière.)

Au cœur de Sire Gauvain et le Chevalier vert se trouve la mise à l'épreuve de Gauvain et de son respect des règles de la chevalerie. La fable de tentation typique de la littérature médiévale présente une série d'aventures constituant des épreuves ou « preuves » de vertu morale. Les histoires décrivent souvent les échecs de plusieurs individus avant la mise à l'épreuve du personnage principal[59]. Réussir aux épreuves octroie souvent l'immunité ou la bonne fortune. Que Gauvain réussisse les épreuves de son hôte est d'une importance capitale pour sa survie, même s'il l'ignore. C'est seulement fortuitement, ou par « courtoisie instinctive », que Gauvain parvient à les réussir[60].

En plus des lois de la chevalerie, Gauvain doit respecter un autre corps de lois, celles de l'amour courtois. Le code de l'honneur des chevaliers les oblige à faire tout ce que leur demande une damoiselle. Gauvain doit accepter la ceinture donnée par la Dame, mais il doit également tenir la promesse faite à son hôte de lui offrir tout ce qu'il a remporté durant la journée. Gauvain choisit de garder la ceinture par peur de mourir : il rompt donc sa promesse à son hôte, mais honore la dame. En apprenant que son hôte était en fait le Chevalier vert, il réalise que, bien qu'il ait accompli sa quête, il a échoué à être vertueux. L'épreuve démontre le conflit entre l'honneur et les devoirs du chevalier. En rompant cette promesse, Gauvain pense avoir perdu son honneur et échoué dans ses devoirs[61].

Chasse et séduction[modifier | modifier le code]

Les critiques ont fréquemment pointé du doigt les parallèles entre les trois scènes de chasse et les trois scènes de séduction de Sire Gauvain. Ils s'accordent généralement en pensant que la scène de chasse au renard présente des similitudes claires avec la dernière scène de séduction, lorsque Gauvain accepte la ceinture que lui offre la femme de Bertilak. Il craint pour sa vie, tout comme le renard, et cherche un moyen de ne pas mourir sous la hache du Chevalier vert. Comme son alter ego, il s'en remet à la tromperie pour y échapper. Le renard emploie des ruses si différentes des deux autres proies, et si inattendues, que Bertilak a beaucoup plus de mal à l'attraper. De la même façon, Gauvain trouve les avances de sa femme bien plus imprévisibles dans la troisième scène de séduction, et a par conséquent beaucoup plus de mal à lutter contre elles que précédemment. Elle passe d'un style de langage évasif, typique de l'amour courtois, à une façon de parler plus assurée. Sa robe, relativement modeste jusqu'alors, devient soudain voluptueuse et révélatrice. Les critiques considèrent que tous ces éléments sont clairement liés[62].

Les scènes du cerf et du sanglier sont plus difficiles à lier. Les critiques ont tenté de rapprocher ces deux animaux des réactions de Gauvain dans les scènes de séduction parallèles. Les tentatives d'association de la chasse au cerf avec la première scène de séduction ont dessiné quelques similitudes. Comme à la cour, la chasse au cerf devait se faire dans les règles. Les femmes offraient souvent des faveurs à leurs soupirants en fonction de la manière dont ils chassaient et dépeçaient leur proie, allant jusqu'à assister au dépeçage du cerf[62]. Les « hyndez » (biches) décrites tout d'abord sont probablement des cerfs élaphes, une espèce avec de grandes ramures, comme le wapiti, tandis que le « dos and of oþer dere » (biches et autres cerfs) qui suit fait vraisemblablement référence au daim, plus petit[63]. La séquence décrivant la chasse au cerf est relativement classique et dépourvue de violence, avec un air de relaxation et d'euphorie. La première scène de séduction est dans la même veine, sans avances physiques ouvertes. Tout l'échange est dépeint avec une touche humoristique. Il semble n'y avoir aucun danger[62].

La scène du sanglier est beaucoup plus détaillée. À l'époque, il était beaucoup plus difficile d'en chasser un plutôt qu'un cerf : s'y attaquer avec une simple épée revenait à défier un chevalier en combat singulier. Dans la scène de la chasse, le sanglier commence par fuir, mais finit par être acculé dans un ravin. Il se retourne pour faire face à Bertilak, prêt à combattre. Celui-ci met pied à terre et parvient à tuer le sanglier dans la lutte qui s'ensuit. Il lui tranche la tête et la brandit. Dans la scène de séduction, la femme de Bertilak, comme le sanglier, s'avance un peu plus, déclarant qu'elle connaît la réputation romantique de Gauvain et qu'elle mérite d'y goûter. Il parvient cependant à parer ses coups, affirmant qu'elle en sait certainement déjà plus que lui sur l'amour. Les deux scènes peuvent être vues comme la représentation d'une victoire morale[62].

Nature contre chevalerie[modifier | modifier le code]

William F. Woods soutient l'influence de la nature sur les événements et les personnages du poème. Il la présente comme un thème majeur de Sire Gauvain, où elle représente une forme d'ordre chaotique implicite dans tout le poème. Le cavalier vert qui surgit dans la cour paisible d'Arthur peut être vu comme une icône représentant le désordre de la nature. Celle-ci est présentée dans le poème comme rude et indifférente, allant jusqu'à menacer l'ordre des hommes et la vie à la cour. Au fur et à mesure que le poème avance, on peut la voir envahir et déranger cet ordre durant les événements majeurs (symboliquement ou à travers la nature profonde de l'homme), tout d'abord avec l'irruption du Chevalier vert, puis lorsque Gauvain doit lutter contre la tentation que lui impose la femme de Bertilak, et enfin lorsque Gauvain brise le serment fait à Bertilak et au Chevalier vert en choisissant de garder la ceinture verte, faisant passer sa propre survie avant la vertu. La nature est une force sous-jacente, elle semble être la partie de l'homme qui l'empêchera à jamais d'être parfait (au sens chevaleresque), ce que représente la ceinture[64].

Là où Woods affirme que la nature fournit un ordre fort au poème, soit une autre sorte de perfection, Richard Hamilton Green croit que le poète visait la quête de la perfection chevaleresque plutôt que la nature. D'après Green, Sire Gauvain « contient les idéaux chevaleresques de la classe gouvernante anglaise ». Green admet que la nature est une autre force du poème (le Chevalier vert représentant ce « monde de mystères »), mais plutôt que la présenter comme une dominatrice inévitable de l'homme, il affirme que l'auteur crée un « monde obscur d'échecs potentiels » et prévient contre « les pouvoirs maléfiques qui pourraient corrompre jusqu'aux hommes et aux institutions les plus vertueux ». Il y a là une différence subtile entre les deux critiques : si Woods prétend que le poète ôte la responsabilité de ses actions à Gauvain à travers la nature, Green soutient que la chevalerie est l'ordre le plus grand et vertueux qui est présenté par le poète. Gauvain lui-même est censé représenter l'idéal héroïque, mais il n'est pas dénué de défauts : le poète ne « transforme pas le vice en vertu uniquement pour le confort général ». Gauvain est véritablement imparfait, et c'est par sa leçon d'humilité qu'il trouve la rédemption[65].

Jeux[modifier | modifier le code]

Le terme « gomen » (jeu) apparaît dix-huit fois dans Sire Gauvain. Sa ressemblance avec le terme « gome » (homme), qui apparaît vingt-et-une fois, a amené quelques critiques à envisager un lien dans la signification des deux, peut-être pour représenter la nature déchue (au sens de la chrétienté) de l'homme[22]. À l'époque, le jeu peut avoir été considéré comme une épreuve de valeur, comme lorsque le Chevalier vert défie la cour dans son « jeu de Noël »[22]. Le « jeu » consistant à échanger des dons était très courant dans les cultures germaniques. Si un homme recevait un cadeau, il devait offrir au donneur un cadeau encore meilleur, ou risquer de perdre tout honneur, presque comme un échange de coups dans un combat (ou dans un « jeu du décapité »)[66]. Le poème s'articule autour de ces deux jeux : tout d'abord un échange de décapitations, puis un échange de victoires. Ils peuvent sembler sans lien au premier abord. Cependant, on apprend par la suite que c'est l'honnêteté qui détermine la survie du héros au premier jeu, tandis que la seconde victoire dépend de sa pureté. Encore une fois, les deux éléments apparaissent dans d'autres histoires. Comme il fut précisé précédemment, le jeu du décapité est apparu pour la première fois dans le récit en moyen irlandais Bricriu's Feast. Cependant, le lien entre les résultats est propre à Sire Gauvain[2],[15].

Dates et saisons[modifier | modifier le code]

Les critiques ont souvent mis en lumière les dates, saisons et cycles de Sire Gauvain. Le récit commence le Jour de l'An avec une décapitation, et culmine exactement un an plus tard, au Jour de l'An suivant. Gauvain quitte Camelot le jour de la Toussaint et arrive au château de Bertilak la veille de Noël. En outre, le Chevalier vert lui demande de le retrouver à la Chapelle verte dans « un an et un jour », un intervalle de temps fréquent dans la littérature médiévale. Certains critiques interprètent ces cycles temporels, qui commencent et s'achèvent en hiver, comme une tentative de la part du poète d'exprimer la chute inévitable de tout ce qui est bon et noble en ce monde. La sensation de chute inéluctable est renforcée par l'image de la chute de Troie. Le poème tout entier est borné par deux descriptions presque identiques de sa destruction, la première ligne étant « SIÞEN þe sege and þe assaut watz sesed at Troye » et la dernière (avant le « bob and wheel ») « After þe segge and þe asaute watz sesed at Troye »[23].

Interprétations contemporaines[modifier | modifier le code]

Interprétations féministes[modifier | modifier le code]

Les critiques féministes estiment que le poème dépeint le pouvoir des femmes sur les hommes. Par exemple, la fée Morgane et l'épouse de Bertilak sont les personnages les plus puissants de l'œuvre, en particulier Morgane, puisqu'elle a enchanté le Chevalier vert et est à l'origine de toute l'histoire. La ceinture et la cicatrice de Gauvain peuvent être considérées comme des symboles du pouvoir féminin, les deux diminuant la virilité du chevalier. Le passage rhétorique anti-féministe de Gauvain[67] dans lequel il rend les femmes fautives de tous ses problèmes et évoque les hommes qui ont succombé à leur ruse, appuie la thèse féministe selon laquelle le pouvoir ultime dans le poème est celui des femmes : Gauvain l'admet lui-même[43].

Le fait que Morgane soit à l'origine du jeu représente clairement une certaine quantité de pouvoir féminin ; cependant, l'histoire est centrée sur les hommes, et ce sont eux qui dictent le résultat final. La représentation de la Dame dans le poème suit le même schéma.

En surface, la femme de Bertilak semble être un personnage puissant[68]. Le fait qu'elle adopte un rôle masculin, en particulier dans la scène de la chambre à coucher, semble lui conférer un pouvoir supplémentaire ; mais ce n'est pas tout à fait le cas. Si la Dame est mise en avant, ce sont les sentiments de Gauvain qui sont exprimés, et c'est lui qui a le plus à gagner, ou à perdre, en se liant à elle[69]. Le personnage sur qui repose cette situation, et même cette relation, c'est bien le chevalier lui-même. La Dame a fait le premier pas, mais c'est Gauvain qui décide de ce qui découlera de ces actions[69]. De ce point de vue, elle n'est, au même titre que la femme en général, pas le personnage le plus important.

Dans la scène de la chambre à coucher, les représentations positives et négatives de la Dame sont toutes deux motivées par son désir[70]. Ce sont ses désirs et sentiments qui la font sortir du rôle féminin usuel et entrer dans celui de l'homme, lui faisant ainsi gagner du pouvoir[71]. Ces mêmes actions laissent penser que la Dame trompe son mari, ce qui a poussé certains critiques à la comparer à l'Ève biblique[26]. Sans compter qu'en poussant Gauvain à accepter sa ceinture, autrement dit la pomme, le pacte passé avec Bertilak (et donc le Chevalier vert) est brisé[72]. Dans ce sens, et à en juger par les scènes dans la chambre à coucher, il est clair qu'entre les mains de la Dame, Gauvain est un « homme bon séduit »[72].

Interprétations homosexuelles[modifier | modifier le code]

D'après le médiéviste Richard Zeikowitz, le Chevalier vert représente une menace pour l'amitié homosociale de son monde médiéval. Il estime que le narrateur du poème semble captivé par la beauté du chevalier, l'homoérotisant sous une forme poétique. L'attrait du Chevalier vert défie les règles homosociales de la cour d'Arthur et menace son mode de vie. Zeikowitz affirme également que Gauvain semble trouver Bertilak attirant au même titre que le narrateur. Celui-ci suit cependant le code homosocial et se lie d'amitié avec Gauvain. Les embrassades et baisers donnés et reçus par les deux hommes dans plusieurs scènes sont donc une manifestation homosociale et non homosexuelle. À l'époque, les hommes s'embrassaient fréquemment, sans que cela entre en conflit avec les règles de la chevalerie. Néanmoins, le Chevalier vert côtoie la limite entre homosocialité et homosexualité, montrant à quel point il était parfois difficile pour les auteurs médiévaux de distinguer les deux[73].

Carolyn Dinshaw affirme que le poème fut peut-être écrit en réaction aux accusations selon lesquelles le roi Richard II d'Angleterre aurait eu un amant. C'est une tentative pour rétablir l'idée que l'hétérosexualité était la norme chrétienne. Vers l'époque où fut rédigé le poème, l'Église commençait à s'inquiéter des baisers entre hommes. De nombreux religieux tentaient de faire la différence entre confiance et amitié que peuvent avoir les hommes et l'homosexualité. L'auteur du poème semble néanmoins avoir été à la fois attiré et repoussé par le désir homosexuel. Dans Cleanness, l'une de ses autres œuvres, il décrit minutieusement plusieurs péchés, et son obsession semble se poursuivre dans les descriptions du Chevalier vert dans Gauvain[74].

Au-delà de cela, Dinshaw propose de considérer Gauvain comme une figure féminine. Il est passif face aux avances de la dame Bertilak, tout comme lors de ses rencontres avec le seigneur Bertilak, où il joue un rôle féminin en embrassant ce dernier. Cependant, si le poème contient bien des éléments homosexuels, le poète ne les avance que pour établir l'hétérosexualité comme la norme dans le monde de Gauvain, en présentant les baisers entre la dame Bertilak et Gauvain de manière sexuelle, mais ceux entre Gauvain et le seigneur Bertilak comme « incompréhensibles » au lecteur médiéval. En d'autres termes, le poète représente les baisers entre homme et femme comme pouvant conduire à une relation sexuelle, tandis que dans un monde hétérosexuel, les baisers entre hommes sont représentés comme ne pouvant y conduire[74].

Sire Gauvain et le colonialisme[modifier | modifier le code]

Durant la seconde partie du XIVe siècle, période dont daterait le poème, l'Angleterre était en guerre avec le Pays de Galles pour s'étendre territorialement, et on pense que l'auteur employait un dialecte du nord-ouest de Midlands, courant sur la frontière anglo-galloise. Si l'idée de rattacher le poème à un contexte de luttes coloniales est attribuée à Patricia Clare Ingham, le degré d'influence des différences coloniales sur l'œuvre est sujet à débat. La plupart des critiques s'accordent à penser que la différence homme/femme joue un rôle dans le poème, mais tous ne sont pas d'accord pour dire si cette différence soutient les idées coloniales ou les remplace[75].

Le paysage politique de l'époque est également source de controverse. Pour Rhonda Knight, Bertilak est l'exemple d'une culture anglo-galloise, présente à la frontière des deux pays, et de la même façon, Ingham considère le poème comme le reflet d'une culture hybride, issue des deux autres et différente d'elles. D'un autre côté, Arner affirme qu'historiquement, de nombreux Gallois tombèrent au combat durant le XIVe siècle, entraînant une situation bien moins amicale que l'hybridation suggérée par Knight et Ingham. Pour appuyer cet argument, Arner ajoute que le poème crée un scénario « eux contre nous », qui oppose l'Angleterre cultivée et civilisée aux frontières sauvages où vivent Bertilak et les autres monstres que rencontre Gauvain au cours de sa quête[75].

En contraste avec cette perception des terres coloniales, Bonnie Lander affirme que le pays de Hautdésert, le territoire de Bertilak, a été mal représenté, voire ignoré, par la critique moderne, et indique qu'il s'agit d'un pays avec sa propre morale, qui joue un rôle central dans l'histoire. Lander déclare que les citoyens de Hautdésert sont « intelligemment immoraux », choisissant de suivre certains codes et d'en rejeter d'autres, une position qui engendre « une distinction [...] entre l'idée morale et la foi morale ». Lander estime que les habitants de la frontière sont plus sophistiqués parce qu'ils n'adhèrent pas sans réfléchir aux codes de la chevalerie, au contraire : ils les défient au sens philosophique et, dans le cas de l'apparition de Bertilak à la cour d'Arthur, au sens pratique. La supériorité des habitants de Hautdésert repose, selon Lander, sur l'absence de conscience de soi à Camelot, dont la population rejette indifféremment l'individualisme. La thèse de Lander forme un contrepoint à l'éloge d'Arthur et à la diabolisation de Bertilak et des terres coloniales présentes dans tout l'article d'Arner. De ce point de vue, les monstres ne sont pas Bertilak et ses gens, mais bien Arthur et sa cour[76].

Adaptations modernes[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

En 1925, Tolkien et Eric Gordon ont publié une édition annotée du texte en moyen anglais de Sire Gauvain et le Chevalier vert[77] ; une seconde édition de ce texte, préparée par Norman Davis, a été publiée en 1967. Cet ouvrage est souvent confondu avec la traduction en anglais moderne du texte sur laquelle Tolkien travailla par la suite et qui fut publiée en 1975, peu après sa mort, avec ses traductions de Pearl et de Sir Orfeo. De nombreuses éditions de cet ouvrage indiquent Tolkien comme auteur plutôt que comme traducteur[78], et on voit souvent Sire Gauvain indiqué comme un de ses propres ouvrages[79].

Opéra[modifier | modifier le code]

  • Gauvain de Harrison Birtwistle, créé en 1991[80].
  • Gwyneth and the Green Knight de Lynne Plowman, créé en 2002, emploie Sire Gauvain comme trame de fond : il relate l'histoire de l'écuyère de Gauvain, Gwyneth, qui tente de devenir chevalier[81].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Gawain and the Green Knight en 1991[84]
  • Sir Gawain and the Green Knight, en 2002 (dessin animé)[85].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Aertsen & McDonald, Companion to Middle English Romance, 1990
  • (en) Andrew & Malcolm, The Gawain-Poet : An Annotated Bibliography, 1839-1977, 1979
  • (en) Blanch, Sir Gawain and the Green Knight : A Reference Guide, 1983
  • (en) Blanch, Supplement to the Gawain-Poet : An Annotated Bibliography, 1978-1985, 1991
  • Dor (trad.), Sire Gauvain et le Chevalier vert, éditions 10-18, 1993
  • (en) Foley, The Gawain Poet : An Annotated Bibliography, 1978-1985, 1989
  • Pons (Émile), Sire Gauvain et le chevalier vert, poème anglais du XIVe siècle. Traduction avec le texte en regard, une introduction et des notes. Paris: Aubier, éditions Montaigne, 1946.
  • (en) Stainsby, Sir Gawain and the Green Knight : An Annotated Bibliography, 1978-1989, 1992

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Web Resources for Pearl-poet Study: A Vetted Selection », Univ. of Calgary (consulté en 1er avril 2007).
  2. a, b, c et d (en) The Norton Anthology of English Literature, éd. Stephen Greenblatt, 8e éd., Vol. B., New York, London: W. W. Norton and Co., 2006. p. 19-21 & 160-161.
  3. a, b, c et d (en) Alan M. Markman, « The Meaning of Sir Gawain and the Green Knight », dans PMLA, septembre 1957, p. 574-586.
  4. a, b et c (en) J. Thomas Farrell, Patrick D. Murphy, Richard H. Osberg, Paul F. Reichardt, « Gawain’s Wound », dans PMLA, Vol. 100, n° 1, janvier 1985, p. 97-99 [Sur JSTOR lire en ligne (page consultée le 4 juin 2009)].
  5. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées bob.
  6. (en) Michael Twomey, « Anglesey and North Wales », Travels With Sir Gawain, Ithaca Univ (consulté en 13 février 2008).
  7. (en) Michael Twomey, « The Holy Head and the Wirral », Travels With Sir Gawain, Ithaca Univ (consulté en 13 février 2008).
  8. (en) Michael Twomey, « Hautdesert », Travels With Sir Gawain, Ithaca Univ (consulté en 13 février 2008).
  9. (en) Michael Twomey, « The Green Chapel », Travels With Sir Gawain, Ithaca Univ (consulté en 13 février 2008).
  10. (en) « Pearl: Introduction », Medieval Institute Publications, Inc.,‎ 2001 (consulté le 24 octobre 2007).
  11. (en) « Sir Henry Saville (1549–1622) », Encyclopedia Britannica,‎ 1911 (consulté le 24 octobre 2007).
  12. (en) « Sir Gawain and the Green Knight », dans The Broadview Anthology of British Literature: The Medieval Period., Vol. 1., ed. Joseph Black et al., Toronto: Broadview Press (ISBN 1-55111-609-X), Intro, p. 235.
  13. J. R. R. Tolkien estime le contraire : « Chaucer qui, selon moi, connaissait Sire Gauvain et probablement aussi son auteur... ». Cf. Les Monstres et les Critiques, p. 99.
  14. a, b et c (en) William Nelles, « The Pearl-Poet », dans Cyclopedia of World Authors, Fourth Revised Edition Database: MagillOnLiterature Plus.
  15. a et b (en) Sir Gawain and the Green Knight, éd. J.R.R. Tolkien & E.V. Gordon, éd. rév. Norman Davis, introduction, p. xv.
  16. (en) Clifford J. Peterson, « The Pearl-Poet and John Massey of Cotton, Cheshire », dans The Review of English Studies, New Series, 25.99 (1974), p. 257-266.
  17. a, b, c et d (en) Elisabeth Brewer, Sir Gawain and the Green Knight: sources and analogues, 1992.
  18. (en) Albert B. Friedman, « Morgan le Fay in Sir Gawain and the Green Knight », dans Speculum, vol. 35, n° 2 (avril 1960), p. 260-274.
  19. (en) Thomas Hahn, The Greene Knight, Sir Gawain: Eleven Romances and Tales, Western Michigan University Medieval Institute Publications, 2000 (ISBN 1-879288-59-1). [The Greene Knight (page consultée le 4juin 2009)].
  20. a et b (en) Thomas Hahn, « The Turke and Sir Gawain », dans Sir Gawain: Eleven Romances and Tales, Western Michigan University Medieval Institute Publications, 2000 (ISBN 1-879288-59-1) [lire en ligne (page consultée le 9 juin 2009)].
  21. (en) Thomas Hahn, « The Carle of Carlisle », dans Sir Gawain: Eleven Romances and Tales, Western Michigan University Medieval Institute Publications, 2000 (ISBN 1-879288-59-1) [lire en ligne (page consultée le 4 juin 2009)].
  22. a, b, c et d (en) Lauren M. Goodlad, « The Gamnes of Sir Gawain and the Green Knight », dans Comitatus: A Journal of Medieval and Renaissance Studies, Vol. 18, Article 4, 1987 [lire en ligne (page consultée le 4 juin 2009)].
  23. a, b, c, d, e et f (en) S. L. Clark et Julian N. Wasserman, « The Passing of the Seasons and the Apocalyptic in Sir Gawain and the Green Knight », dans South Central Review 3.1, 1986, p. 5-22.
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  25. (en) Sir Gawain and the Green Knight, v. 2529.
  26. a, b, c et d (en) Catherine Cox, « Genesis and Gender in Sir Gawain and the Green Knight », dans The Chaucer Review 35. 4 (2001), p. 379-390 [lire en ligne (page consultée le 4 juin 2009)].
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