Église épiscopale des États-Unis

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Le blason de l'Église épiscopale reprend à la fois la croix de Saint Georges et celle de Saint-André.

L'Église épiscopale des États-Unis (The Episcopal Church USA), fondée en 1789, est le nom qu'a pris l'église anglicane américaine pour montrer son autonomie par rapport à l’Angleterre durant la guerre d’indépendance des colonies.

Elle est divisée en 9 provinces et 110 diocèses (100 diocèses aux États-Unis, plus 10 diocèses en dehors des États-Unis : Îles Vierges américaines, Haïti, Taïwan, Colombie, République dominicaine, Équateur (2x), Honduras, Porto Rico et Venezuela). De plus, l'Église possède une convention réunissant les Églises américaines d'Europe.

L'Église compte environ 2,3 millions de membres aux États-Unis. Près du quart des présidents américains sortent de ses rangs.

Le nom complet de l'Église est « Société missionnaire domestique et étrangère de l'Église protestante épiscopale des États-Unis d'Amérique » (The Domestic and Foreign Missionary Society of the Protestant Episcopal Church in the United States of America), mais celui-ci est rarement utilisé.

Le siège de l'Église est à New York, mais son Primat officie dans la Cathédrale nationale de Washington. Les conventions générales ne sont pas, elles, rattachées à un endroit précis. C'est l'évêque Katharine Jefferts Schori qui dirige l'Église aujourd'hui (depuis le 1er novembre 2006). Elle est la première femme évêque à présider aux destinées de l'Église épiscopale des États-Unis.

Comme beaucoup d'autres églises anglicanes, l'Église épiscopale entretient des liens étroits avec l'Église évangélique luthérienne, l'Église vieille-catholique et, jusqu'à l'ordination de femmes-prêtres, avec l'église orthodoxe.

L’Église épiscopale possède 100 synodes domestiques et 11 à l'étranger.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Église coloniale[modifier | modifier le code]

L'Église épiscopalienne est l'héritière de l'église coloniale anglicane. Elle était une église très hiérarchisée directement liée à l'État britannique. En tant que religion d'État l'Anglicanisme avait vocation à intégrer l'ensemble des habitants des colonies dans son église[1].

Mais l'Église coloniale ne parvint pourtant jamais à contrôler l'ensemble de la population des colonies. La situation de cette Église était d'ailleurs très différente dans chaque État. Cependant, en Amérique comme en Angleterre, tous ceux qui n'appartenaient pas à l'église officielle étaient considérés comme des dissidents (dissenters) hors de la vraie foi. Les anglicans soulignaient l'importance de ces liens « organiques » entre l'État et l'Église comme justification de leur foi face aux différentes Églises puritaines et à l'Église catholique romaine.

Dans l'atmosphère religieuse américaine, l'anglicanisme avait pour particularité d'affirmer à la fois une théologie protestante, affirmant l'importance de la Bible, et une organisation qui conservait le principe de l'épiscopat, de la succession apostolique (comme lien spirituel avec l'église primitive) et une liturgie ritualiste[2]. Elle était avant tout la religion des officiels de l'Empire britannique et celle des classes les plus aisées des colons. Elle comptait cependant des pratiquants dans toutes les classes de la société.

Elle développa également un travail de mission auprès des indiens et des esclaves noirs, avec des résultats inégaux. En dehors de la Nouvelle-Angleterre, l'Église anglicane prédominait officiellement comme religion établie, mais dans bien des États cette domination était purement nominale[3].

Le problème qui se posait avec le plus d'acuité à l'Église tout au long de la période coloniale fut sa faiblesse organisationnelle. Officiellement l'évêque de Londres devait administrer directement les congrégations des colonies, dans la mesure où aucun évêque n'était présent sur le sol américain. Mais dans une institution religieuse très hiérarchisée les conséquences de cette absence se révélèrent désastreuses pour son administration. L'importance de la succession apostolique obligeait les futurs membres du clergé à traverser l'océan pour être ordonnés, imposant d'énormes contraintes sur l'Église. Ainsi, d'une manière générale, les paroisses étaient à la fois trop grandes et les membres du clergé trop peu nombreux[4].

Cette faiblesse de l'église et de son clergé s'accentue encore pendant le grand réveil (Great Awakening) entre 1730 et 1760. Le grand réveil est un mouvement religieux qui traverse les colonies et se manifeste par des réunions religieuses, des prêches informels et qui mettent en avant la dimension émotionnelle de la foi. Cet « enthousiasme » aboutit à l’affaiblissement des Églises institutionnelles et en particulier de l'Église anglicane, même si son pasteur itinérant le plus fameux, George Whitefield, était un anglican.

L'Église demeure cependant une institution influente dans les colonies jusque l'indépendance. Elle possède un important patrimoine, elle entretient des relations privilégiées avec les structures politiques, enfin elle est la religion d'une part importante des classes privilégiées. À la veille de la révolution elle est encore la troisième organisation religieuse derrière les presbytériens et les congrégationalistes.

La Guerre d'Indépendance[modifier | modifier le code]

La Révolution fut un événement fondamental dans l'histoire de l'Église épiscopalienne. Selon Peter Williams, « l'impact de la révolution et de l'indépendance fut traumatique »[5].

L'Église coloniale se divisa fortement lors de la guerre d'indépendance. Ses liens directs avec la couronne britannique, en tant qu'église d'État, lui valurent de fortes critiques au sein du mouvement révolutionnaire, bien que George Washington, James Madison et Thomas Jefferson étaient anglicans. Comme de fait, près de la moitié des signataires de la Déclaration d'Indépendance[6].

Cette hostilité fut accentuée du fait qu'une majorité du clergé se montra loyale envers le roi d'Angleterre. L'église prêchait de manière traditionnelle l'obéissance au roi et était ainsi un point d'appui idéologique au mouvement loyaliste. Lors de chaque service religieux, une prière était adressée en l'honneur du roi et des autorités. « Mon devoir est d'honorer et d'obéir au roi et à tous ceux qui tiennent leur autorité de lui; de me soumettre à tous mes gouverneurs, enseignants, pasteurs et maîtres ; de tenir mon rang avec déférence et révérence devant tous mes supérieurs. »[7]

La philosophie politique de cette prière soulignait l'importance de l'obéissance et d'une société hiérarchique et aristocratique. L'union de l'Église et de l'État était constitutive de l'histoire et de l'idéologie de l'Église d'Angleterre. La monarchie était d'origine divine. L'obéissance incarnait la soumission à une institution sacrée[8]. Le lien entre l'Église et l'État n'était pas une simple possibilité politique mais une nécessité divine.

L'Église perdit la majeure partie de son clergé, ses lieux de culte tombèrent en ruine et sa réputation se ternit.

La naissance de l'Église épiscopalienne[modifier | modifier le code]

La fin de la guerre et l'indépendance des anciennes colonies exigent une nouvelle organisation de l'Église qui doit défaire ses liens institutionnels avec la couronne et repenser son rôle d'Église indépendante et autonome dans un pays où le pluralisme religieux est reconnu implicitement par la constitution qui interdit la position dominante d'une Église comme Église d'État.

En août 1782, le recteur de Philadelphie, William White, publie une brochure, The Case of the Episcopal Churches in the United States Considered. Elle propose une réorganisation de l'Église qui deviendra la structure de l'Église épiscopale des États-Unis. Elle prévoit également la nomination provisoire de ministres du culte qui n'auront pas été préalablement ordonnés « pour prêcher et administrer les sacrements »[9].

Au sein de l'église, l'épiscopat était considéré et accepté comme une forme pratique d'organisation ecclésiastique mais, selon John Henry Newman, bien des anglicans et en particulier les évangéliques ne croyaient plus en son origine divine[10].

Cette rupture par rapport à l'organisation légitime de l'institution rencontra l'opposition de religieux attachés à la succession apostolique comme Samuel Seabury qui fut désigné par des religieux anglicans du Connecticut pour partir en Angleterre se faire consacrer évêque et préserver sur le sol américain cette tradition apostolique.

Organisation[modifier | modifier le code]

Découpage territorial[modifier | modifier le code]

L'Église épiscopale est divisée en 9 provinces regroupant 110 diocèses (100 diocèses aux États-Unis, plus 10 diocèses en dehors des États-Unis - marqués par un astérisque dans la liste suivante). De plus, l'Église possède une convention réunissant les Églises Américaines d'Europe :

Province I[modifier | modifier le code]

Province II[modifier | modifier le code]

Province III[modifier | modifier le code]

Province IV[modifier | modifier le code]

Province V[modifier | modifier le code]

Province VI[modifier | modifier le code]

Province VII[modifier | modifier le code]

Province VIII[modifier | modifier le code]

Province IX[modifier | modifier le code]

Les instances centrales[modifier | modifier le code]

Katharine Jefferts Schori, a été élue évêque président en 2006.

L'instance principale de gouvernement de l'Église est une convention générale qui se réunit tous les trois ans. Elle comporte deux assemblées : celle des évêques et celle des députés, qui rédigent des résolutions assez larges et des décrets plus contraignants, les canons.

Un évêque président est élu pour un mandat de neuf ans. Il joue un rôle de pasteur, de dirigeant ayant un certain pouvoir exécutif, et également de représentant de l'Église tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Communion anglicane. Il porte ainsi le titre de primat. Depuis les années 1970, l'évêque élu pour occuper ce poste démissionne de son ancienne charge pastorale : il n'a plus de siège propre.

Les évêques présidents, aux pouvoirs initialement très limités, ont gagné progressivement en influence, notamment depuis qu'ils sont élus (1926), et qu'ils ont acquis une forme de juridiction extraordinaire sur l'ensemble des diocèses de l'Église dans les années 1970.

Tensions schismatiques[modifier | modifier le code]

Les évolutions rapides de l'Église épiscopale ont provoqué plusieurs vagues de contestation, avec la formation de plusieurs mouvements schismatiques.

Une première série de défections se sont produites à partir de 1976 lors de la révision du livre de la prière commune en un sens jugé libéral et de l'introduction de l'ordination des femmes. Plusieurs groupes en rupture avec l'Église épiscopale se sont présentés comme les vrais continuateurs de l'anglicanisme, formant le mouvement anglican continué. Ces églises détachées de la Communion anglicane resteront assez isolés, malgré la rédaction d'une charte commune (l'Affirmation of Saint-Louis).

En 2003, de graves tensions ont éclaté entre libéraux et conservateurs après la consécration à l'épiscopat d'un évêque ouvertement homosexuel, Gene Robinson. Certaines paroisses ou diocèses de tendance conservatrice ont cherché à échapper à la tutelle de leur Église. Elles ont demandé, tout en restant dans la Communion anglicane, à rejoindre d'autres églises d'Afrique ou d'Amérique du Sud. En effet, plusieurs leaders de ces églises comme l'archevêque nigérian Peter Akinola, ont entrepris de peser de tout leur poids pour faire prévaloir la tendance conservatrice. Leur objectif est de constituer une structure pérenne qui puisse tenter de concurrencer l'église épiscopale et l'église anglicane du Canada, voire de les supplanter au sein de la communion anglicane. En juin 2008, lors de la conférence GAFCON de Jérusalem, les évêques conservateurs participants engagent ces groupes à constituer une nouvelle province et les primats de la communion anglicane à la reconnaître[11]. C'est ainsi qu'en juin 2009 ces groupes de fidèles se fédèrent au sein d'une nouvelle entité, l'Anglican Church in North America (ACNA), regroupant environ 700 paroisses et 100 000 fidèles, et qui est assez composite pour ce qui est des questions de doctrine. Les premières tentatives pour faire reconnaître l'ACNA par l'archevêque de Cantorbéry n'ont pas abouti[12].

La défection du diocèse de Caroline du Sud en octobre 2012, porte à cinq le nombre de diocèses épiscopaliens qui ont rejeté la tutelle de leur église[13],[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Williams, Peter. America's Religions : Traditions and Culture. University of Illinois Press, 1998, p. 56.
  2. Williams, Peter. America's Religions : Traditions and Culture. University of Illinois Press, 1998, pp. 74-76.
  3. Williams, Peter. America's Religions : Traditions and Culture. University of Illinois Press, 1998, p. 93.
  4. Gaustad, edwin et Philip Barlow, New historical Atlas of Religion in America, 2000, Oxford University Press, p. 15.
  5. Williams, Peter. America's Religions : Traditions and Culture. University of Illinois Press, 1998, p. 195.
  6. Gaustad, edwin et Philip Barlow, New Historical Atlas of religion in America, p. 18.
  7. Anglican Prayer Book, dans Samuel Seabury, Moneygripe's Apprentice, p. 8.
  8. Hylson-Smith, Kenneth, High Churchmanship in the Church of England : from the Sixteenth Century to the Late Twentieth Century, T&T Clark, Edimbourg, p. 193.
  9. Steiner, Bruce. Samuel Seabury (1729-1796) : A Study in High Church Tradition, Oberlin, Ohio University Press, 1971, pp. 185-186
  10. Newman, John Henry. Apologia Pro Vita Sua : Being a History of his Religious Opinions, Oxford, Oxford University Press, p. 487
  11. (en) GAFCON final statement
  12. Communion anglicane: un schisme épiscopalien et ses conséquences
  13. (en) Bishop Mark Lawrence said to have abandoned Episcopal Church, Post and Courier, 18 octobre 2012
  14. (en) SC Diocese Defecting From Episcopal Church, The Christian Post, 19 octobre 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]