Rahmaniya

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher


La confrérie Rahmaniya (en kabyle tareḥmanit) est une confrérie musulmane soufie, fondée en 1774 par Sidi M'hamed Bou Qobrine en Algérie. La Rahmanyia, à l'origine Khalwatiya, connue une forte audience jusqu'au XIXe siècle, réussissant à fortement s'implanter et se répandre en Afrique du Nord.

Le fondateur de l’ordre[modifier | modifier le code]

La zaouïa Rahmaniya à El Hamel

Sidi M’hamed est le fondateur, vers 1774, de l’ordre confrérique de la Rahmaniya, Il est né au village des Aït Smaïl, près de Boghni en Kabylie. Après trente ans d’absence, il revient enfin chez lui. Il s’installe d’abord dans son village des Aït Smaïl, où il fonde une zaouïa. Il décide par la suite de s’installer à Alger pour y fonder une autre zaouïa. Il choisit de s’installer dans ce qui sera plus tard le quartier du Hamma.

Sa grande zaouïa rayonnera sur toute l'Algérie. Cette zaouïa, accueille les pauvres, les orphelins et les étrangers. Elle est aussi une université où de nombreuses sciences sont enseignées. Elle devient le lieu privilégié de la Khalwa (retraite) de ceux qui viennent demander l'initiation. Sa Tariqa Khalwatiya (طريقة خلواتية) est devenu la Rahmaniya (ce qui donnera à la zaouïa Lalla Rahmaniya son nom), en référence à Abderrahmane, le nom de son père.

L’historique[modifier | modifier le code]

L’émergence et l’âge d’or de la Rahmaniya : 1774-1871[modifier | modifier le code]

Imprégné de la mystique soufie lors de son long séjour au Caire auprès du cheikh El-Hafnaoui, Sidi M’hamed s'était donné pour mission de propager cette philosophie religieuse en Afrique du Nord. Recommandant la pratique du renoncement à la vie matérielle (ascétisme) et le retrait par rapport à l’agitation profane de la cité la khalwatiya, comme d’autres ordres confrériques, se caractérisait par une certaine hétérodoxie dans l’interprétation du Coran. la Khalwatiya est d’origine perse telle que préconisée par Sidi M'hamed, ce n'est pas une transposition intégrale. Elle est Fortement pénétrée d’éléments religieux locaux, notamment ceux véhiculés par l’islam maraboutique,

C’est ainsi que Sidi M’hamed avait introduit la voie, la Tariqa Khalwatiya en Algérie. Il enseignera pendant environ 25 ans, jusqu’au jour où sentant sa santé décliner, il décide de rentrer chez lui, dans son village natal. C’est là-bas qu’il décède en 1793, à l’âge de 73 ans.

Après le décès de son fondateur, la tariqa Rahmaniya continua à prospérer à travers le pays. De nombreuses zaouïas sont fondées ici et là. La Rahmaniya devient très vite la tariqa qui compte le plus d'adeptes en Algérie. Cette donnée va profondément être modifiée par l'arrivée, en 1830, des troupes françaises. La seconde moitié du XIX siècle sera un période tragique de l'histoire de l'Algérie ; elle sera marquée par la résistance farouche des autochtones à l'invasion coloniale.

En raison sans doute de cette extension géographique, la Rahmaniya s’est scindée en deux branches : celle de Kabylie et celle du Constantinois.

Son implantation[modifier | modifier le code]

De toutes les confréries qui l’ont précédée en Afrique du Nord (la Qadiriya, la Chadouliya, la Ammariya, la Aïssawiya, la Tidjaniya), la Rahmaniya est la seule à s’être réellement implantée en Kabylie. De la date de sa création, vers 1774, jusqu’à 1857, date à laquelle elle subit une dure répression en raison de sa participation à la résistance à la conquête française, elle a exercé une influence remarquable en Kabylie, grâce à la renommée de Sidi M’hamed. Elle se propagea rapidement à l’Est jusqu’en Tunisie et vers le Sud de l’Algérie (Cf. Robin).

Les changements[modifier | modifier le code]

Grâce à son charisme, Sidi M'hamed a introduit, des changements substantiels qui ont fait bouger la tradition maraboutique en vigueur jusque là en Kabylie. Le premier facteur de cette évolution a porté sur la règle tacite selon laquelle la transmission du savoir religieux, comme celle du pouvoir et des privilèges qui lui sont consubstantiels, ne pouvait se faire que sur des bases héréditaires : il fallait être né marabout pour y accéder. Le deuxième facteur d’innovation est l’élargissement du cadre confrérique : « N’importe quel laïc peut s’affilier […], pourvu qu’il en reconnaisse et applique les règles. » Et enfin, le troisième facteur de changement fut la structuration de la zaouïa en un système de religiosité hiérarchisé : Au sommet se trouve le Cheikh de la Tariqa siégeant dans la zaouïa-mère, viennent ensuite les moqaddems (représentants) qui officient à la tête des branches, autour desquelles se regroupent les khouans, les "frères" serviteurs et adeptes de la confrérie.

La vie de la Rahmaniya et son implantation géographique[modifier | modifier le code]

La branche kabyle vit son centre de gravité passer, au début des années 1860, des Aït Smail à Seddouk, dans la vallée de la Soummam. En effet, suite à la fermeture de la maison-mère des Aït Smaïl et la mise sous séquestre de ses biens par l’administration coloniale en 1857, la direction de la Rahmaniya se déplaça à Seddouk où officiait la famille Iheddaden (Aheddad), rivale des Ben Ali Chérif des Ichelladen (Chellatta).

À partir de 1843, pour la branche constantinoise, et de 1871 pour la branche kabyle, la Rahmaniya se subdivisa en plusieurs sous-branches, isolées les unes des autres, qui devinrent peu à peu autonomes.

Très vite apparaîtra le nom de l'Emir Abdelkader comme le porteur de la bannière du Djihad. Il s'aménage des bases arrières, notamment dans la zaouïa d'un jeune guerrier lettré et rompu aux sciences religieuses. Le cheikh Sidi Mohammed Ibn Abi Al Kacim, vient rendre visite un jour de l'année 1844 pour prêter allégeance a l’émir et se mettre sous ses ordres. Ce dernier lui donne l'ordre de revenir dans son village et de fonder une zaouïa pour former des musulmans conscients de leur devoir de djihad contre l'envahisseur chrétien. Il était originaire de la petite bourgade d'El Hamel dont la création, remontant au XI siècle, revient aux pèlerins chorfa de Djebel Rached descendants de Sidi Bouzid.

Cependant et en raison de son savoir et de ses connaissances en théologie, le qotb Sidi El Mokhtar Ibn Abderrahmane Ibn Khalifa fondateur de la zaouïa des Ouled Djellel, lui demande de venir enseigner dans sa zaouïa un public de tolba (étudiants) de haut niveau. Cheikh El Mokhtar finit par lui confier la direction de la zaouïa comme principal moqadem. C'est dans cette prestigieuse zaouïa que Sidi El Mohktar fait entré le cheikh en Khalwa. Sidi El Mokhtar a été initié par Sidi Ali ben Amar, fondateur de la Zaouïa de Tolga. Lui-même initié par Sidi Ben Azzouz El Bordji disciple de Sidi M’hamed puis à la mort de celui-ci, du Cheikh Bacha Tarzi El Kosantini.

La prééminence de Cheikh Aheddad sur la Rahmaniya ne dure qu’une dizaine d’années (1860-1871) ; sa participation à la tête de l’insurrection de 1871 lui valut d’être arrêté et déporté et sa zaouïa fut fermée.

La grande révolte des Mokrani va être à l'origine d'une mise en avant du cheikh khalwati qui, fidèle aux ordres de L'Emir Abdelkader, alors en déportation, continue modestement son enseignement. Cheikh El Haddad, chef spirituel de l'insurrection d'El Mokrani, rédige, avant son arrestation, un testament dans lequel il recommande à ses fils et à ses disciples de rallier le Cheikh d'El Hamel qu'il nomme le soufre rouge : "Alaïkoum bil Kibrit El Ahmer". El Haddad mourra en captivité quelques mois après son arrestation en 1871. Les mokrani et les nombreux disciples de la Rahmaniya, qui ont échappé à la déportation, mais non moins dépossédés de leurs terres et de leurs biens regagnent El Hamel, où ils se placent sous la protection du cheikh. L'administration coloniale lui fera payer très cher ses prises de positions, mais évitera soigneusement de l'atteindre directement en raison de sa notoriété. Il sera assigné à résidence et ne se déplacera que munie d'une autorisation spéciale jusqu'à sa mort en 1896.

La chefferie de la zaouïa sera assurée après lui, par sa fille Lalla Zineb qui continuera jusqu'à sa mort, huit ans plus tard, à assurer l'enseignement. Isabelle Eberhardt écrira dans ses notes de voyages de très belles lignes relatant sa rencontre avec la sainte femme.

Plus tard un événement majeur fera de la zaouïa d'El Hamel le pôle de la tariqa Rahmanya. L'administration coloniale, pour des raisons prétendument sécuritaires, interdit aux autochtones l'accès à la zaouïa de Sidi M'hamed ben Abderrahmane à Alger. Se souvenant de la recommandation du Cheikh El Haddad, les moqadem des zaouïas Rahmanya se dirigèrent vers le Cheikh d'El Hamel qui est alors Sidi Mustapha père de Sidi Mohammed Al Maamoun actuel Cheikh de la zaouïa. Le cheikh Mustapha imposa au gouverneur d'Alger dans une entrevue restée célèbre, la réouverture de la zaouïa du Hamma.

Depuis lors, toutes les zaouïas Rahamniya de Kabylie commémorent cet événement une fois par an, par une zyara (une visitation) à El Hamel où le dhikr rahmani récité par les Khouanes (frères) fait écho aux chants mystiques clamés en berbère par les femmes. La fin du XIXe siècle marque le déclin de la Rahmaniya. Au début du XXe siècle, surtout depuis 1930, elle allait devenir comme les autres confréries d’ailleurs, la cible des Oulémas et des nationalistes algériens.

Les dirigeants de la confrérie jusqu'à 1871[modifier | modifier le code]

À la mort du maître fondateur (Sidi M’hamed), en 1793, ce fut Cheikh Ben Aïssa qui prit la tête de la Tariqa. Sidi Abderrahmane l’avait recommandé aux khouans avant de mourir : « Je donne tout mon pouvoir à Sidi Ali Benaïssa, il sera mon suppléant. J’ai déposé dans son sein tous mes secrets. » Son magistère a duré quarante-trois ans jusqu'en 1836. Sa succession fut assez houleuse en raison, notamment, du grand nombre de prétendants. De 1836 à 1844, Belkacem ouLhafid (de Maatka), Lalla Khlidja (veuve de cheikh Benaïssa), Mohammed Ben Belkacem (des Aït Annan), et Hadj Bachir, un marocain recommandé par l'Emir Abdelkader, se succédèrent sans qu’aucun d’eux ne s’imposât durablement. L’arrivée, à la tête de Rahmaniya de Hadj Amar à partir de 1844, un ancien moqadem kabyle, donne un peu plus de stabilité à la zaouïa jusqu’à 1857. À cette date, Hadj Amar prit part à l’insurrection dont il devint un des chefs ; après la défaite, il s’exila en Tunisie et laissa l’ordre sans chef reconnu jusqu’à l’avènement de Cheikh Aheddad en 1860.

La doctrine spirituelle[modifier | modifier le code]

Les enseignements et principes doctrinaux de la Tariqa Rahmaniya se transmettent, sous l’autorité du Cheikh et de ses représentants, par les cours dispensés dans les timaemmrin où les élèves (Telba) s’appliquent à réussir l’idjaza avant d’aller officier dans les villages des alentours. L’engagement (lward) dans la zaouïya implique pour les adeptes l’observance de certaines règles, telle que la répétition de la profession de foi (Chahada) six jours par semaine et durant toute la vie, le port du chapelet (Kab: ttesbih), le dhikr (Kab : adekker) ou chant religieux glorifiant Dieu et ses "amis", la visite pieuse (Zziyara) aux lieux saints de la zaouïa, l’offrande (aseddeq) etc.

La prise du Pacte dans la tariqa[modifier | modifier le code]

À la fois sobre et solennelle, la prise du pacte, dont l'origine remonte au saint Prophète, agit à la manière d'un rite initiatique qui fonde l'entrée du mouride dans la voie de Dieu.

« Ferme les yeux, écoute et répète après moi trois fois "La ilaha ila Allah… »

L'engagement ferme d'une thaouba (conversion) continuelle

« Ne se conformer qu'au Saint Coran et à la tradition authentifiée du Prophète »

Les piliers de la tariqa[modifier | modifier le code]

Le dhikr ou remémoration d'Allah[modifier | modifier le code]

Le célèbre soufi Ali Al Dakak disait : « Le Dhikr est le décret de la sainteté (Al wilaya - الولاية). Celui qu'Allah a mener au Dikhr, celui-là a reçu en vérité ce décret ».

Le Dhikr ou invocation de Dieu est le remède des cœurs qu'il apaise, l'arme du soufi et la voie royale vers l'Objet de sa quête. Le Dhikr dans la tariqa est une récitation itérative et perpétuelle d'un « Nom Divin », de versets du Coran ou de formules que le mouride apprend de son cheikh dès le moment de la prise du pacte

Le Wird[modifier | modifier le code]

Ceci est le Wird de la Tariqa Rahmaniya tel que l'a transcrit le Cheikh Sidi Mohammed Ibn Azzouz El Kacimi El Hassani dans un manuscrit conservé dans la bibliothèque de la zaouïa d'El Hamel. Le cheikh dit :

  • Après la prière de l'aube (fadjr), tu réciteras quarante fois (le discours est adressé au Mourid rahmani) : O toi (Dieu) vivant subsistant par Lui-même, Il n'y a d'autre divinité que Toi, par Ta miséricorde je T'implore de me sauver.
  • Puis cent fois : Gloire à Allah et par Tes louanges, Gloire au Seigneur Le Très Grand, j'implore Son pardon.
  • Puis tu réciteras trois fois la prière dite parfaite dont le texte est : Seigneur béni et salut notre maître Mohammed et les siens, de la bénédiction des gens du ciel et des terres. Et fais agir Ta subtile douceur en toute chose me concernant.
  • Puis, trois fois : O Allah Maître de Gabriel, de Michaël d'Israfël et d'Israël et de Mohammed que la bénédiction et le salut soient sur lui, délivre-moi de l'enfer.
  • Après la prière du petit matin tu réciteras, après les invocations usuelles « La Ilaha Ila Allah », trois cents fois. Pour la première centaine tu veilleras à allonger les syllabes de chaque mot puis pour la seconde centaine tu t'étaleras moins et tu seras plus rapide pour la troisième centaine.
  • Tu réciteras trois cents fois la kalima de la même manière après la prière de l'après-midi (el Asr).
  • Tu abandonneras la récitation de la kalima après la prière de l'après-midi du jeudi pour te consacrer à la bénédiction du saint prophète. Tu réciteras alors trois cents fois : Seigneur béni et salut notre maître Mohammed, les gens de sa maison et ses compagnons.
  • Puis après la prière de vendredi tu réciteras quatre-vingts fois les bénédictions sur le saint Prophète de la manière suivante : Seigneur béni notre maître Mohammed le prophète illettré, béni les gens de sa maison et ses compagnons.
  • Puis tu diras « La Ilaha Ila Allah » après ce qui est habituel de réciter après chaque prière.
  • Après chaque prière de la semaine tu veilleras à réciter les bénédictions dix fois : Seigneur béni notre maître Mohammed, les gens de sa maison et ses compagnons.

Les sept étapes de la purification de l'âme[modifier | modifier le code]

Contempler la splendeur lumineuse de la face Divine ne peut se faire que par une âme dégagée des soixante-dix mille voiles de lumières et d'obscurité. Des voiles qui la privent de la vision claire ou qui l'égarent dans des perceptions illusoires et chimériques. Chaque voile est un aveuglement que Le khalwati par des efforts particuliers tente de soulever. Le Dikhr (invocation) d'un seul des Noms sublimes de Dieu permet à dix mille de ces voiles de se dissiper. C'est pourquoi les Khalwati définissent sept Noms divins pour le dévoilement total. Soulever successivement les voiles transforme par ailleurs l'âme qui accède à des états spirituels de plus en plus élevés et qui se transporte du monde visible, vers celui des esprits puis des mystères pour arriver à celui de la vision absolue.

À chaque étape, pour les khalwati, l'âme possède des attributs, elle est à un niveau ou à un degré spirituel (maqam). Les dix milles voiles qui la recouvrent sont déterminés par les manifestations mystérieuses propres au degré atteint ou encore déterminés par la disposition psychologique ou état (hal).

  • L'âme recouverte des soixante-dix mille voiles est tyrannique et incitatrice au mal (nafs El Amara bi soui - نفس امارة بسوء) ; « Je ne m'innocente pas car l'âme est incitatrice au mal » (Cor : 12,53). Ses dix mille premiers voiles sont obscurité, et le monde où elle se déploie est le monde visible. Son état est l'inclination aux passions. Les ressorts de sa progression se trouvent dans l'observance des commandements de Dieu. Le Mourid dans cet état est tenu à un effort constant contre lui-même. Son Dikhr sera la kalima du Tawhid la Ilaha Ila Allah qu'il récitera sans relâche avec force, en état de pureté rituelle, et les yeux fermés.
  • L'âme réprobatrice ou admonitrice (nafs lawwama - نفس لوامة) ; « Je jure par l'âme qui ne cesse de blâmer » (Cor : 75, 2). Ses voiles sont de lumière et son monde celui des frontières (al barzakh). Son état est celui de l'amour. Les ressorts de sa progression se trouvent dans l'observance des règles de la tariqa. Cette âme se caractérise par l'inclination à la méditation, la contraction mais également le contentement de soi, l'ostentation, la sensibilité particulière à l'éloge et l'amour du pouvoir. Le Nom divin qui convient à cette étape est « Allah ».
  • L'âme inspirée, (nafs mulhima - نفس ملهمة) ; « Puis Il lui inspira à la fois son immoralité et sa piété » (Cor: 90,8). Ses voiles sont les secrets révélés. Son degré est celui de l'ardeur amoureuse (el ouchk). Son monde est celui des esprits. Elle se caractérise par l'humilité, la tolérance, le pardon, la patience, la science et la générosité mais elle connaît également l'instabilité de ses états (el talouine). Son Dikhr sera « Houwa » ou La Ilaha Ila houwa.
  • L'âme sereine ou pacifiée (nafs Moutmaïna - نفس مطمئنة) ; « O toi âme apaisée » (Cor : 89, 27) Son degré est celui du début de la perfection. Son état est celui de la sérénité. Son monde est celui de la vérité Mohammedienne. Elle se caractérise par l'indulgence, la gratitude, la satisfaction de ce qui émane de Dieu, et la patience. Son Dikhr est « El Haq ». Celui qui possède cette âme est « ivre ». Les brises de l'arrivée (el wusul) soufflent sur lui.
  • L'âme satisfaite (nafs radhiyya - نفس راضية) ; « Retourne vers ton Seigneur satisfaite… » (Cor : 89,28). Son état est celui de l'anéantissement (el fana), de l'union (el wisal) et de la concentration (el jam). Ses caractéristiques sont la sincérité, la piété, le renoncement, la loyauté. Son Dikhr est « El Hay ». Celui qui possède cette âme est submergée dans l'ivresse. La Khalwa lui convient spécialement alors que lui convenaient, jusqu'à cette étape, la solitude et la séparation des autres dans les conditions connus des progressant dans la voie (Ahl el souluk).
  • L'âme agréée (nafs mourdhiyya - نفس مرضية) ; « …et agréée » (Cor : 89,28) Son degré est celui de l'épiphanie des actes divins, son état celui de la perplexité (el hira). Ses caractéristiques la douceur, l'amour des créatures, l'abstention, la proximité, la satisfaction. Son Dikhr « El Kaïoum ».
  • L'âme parfaite (nafs el Kamila - نفس كاملة) ; Son état est celui de la subsistance par Dieu (el Baqa billah). Son degré est l'épiphanie des attributs. Ses caractéristiques sont : la perfection de toutes les vertus acquises au long du cheminement, et l'accomplissement total de l'état de soumission. Le nom qui lui correspond est Le dominateur « El Qahar ». Celui qui possède cette âme demeure en Dieu, marche par Dieu vers Dieu et revient de Dieu à Dieu. Il n'a d'autre refuge que Dieu. Il prend par Dieu et donne par Dieu. Il est dans le paradis de la vision de Dieu.

La khalwa et ses règles[modifier | modifier le code]

La khalwa (ar : خلوة) vient du verbe khala (ar : خلا) qui désigne l'action de mise en retrait ou d'isolement. Elle a donné son nom à la tariqa, en raison de l'importance que les khalwati attribuent à la solitude. Sidi M'hamed, dans une de ses nombreuses lettres adressées à ses disciples, parle de la khalwa comme du moyen le plus profitable au mouride pour sa purification dans son cheminement vers une soumission parfaite à Dieu. Elle symbolise les moments de solitude du saint Prophète dans la grotte du mont Hira ou il reçut la Visitation de l'archange Gabriel. À ce sujet El Boukhari et Muslim citent Aïcha qui rapporte que le début de l'investiture du saint Prophète Mahomet fut marqué par des rêves prémonitoires puis par un goût particulier à l'isolement qu'il réalisait en se retirant dans la grotte de Hira. La khalwa rappelle également la retraite de Moïse sur le mont Sinaï

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ar) Sidi Abderrahmane Bacha Tarzi, - El Mandhouma Er Rahmaniya
  • (ar) Sidi Mustapha Bacha Tarzi, - El Minah Erabaniya fi charh el mandhouma er Rahmaniya'
  • (ar) Ibnu Zakri, 1903 : Les plus clairs arguments qui prouvent la nécessité de la réforme des zaouïas kabyles, Alger, Fontana.
  • (fr) Camille Lacoste-Dujardin, Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie, La Découverte, Paris, 2005.
  • (fr) Chronique diffusée le : 22/11/2003 Radio algérienne
  • (fr) Ait Ferroukh. F., 2001 : Cheikh Mohand, le souffle fécond, Paris, Volubilis.
  • (fr) Bel. A., 1927 : « L’islam mystique », Revue Africaine, LXVII, no 33.
  • (fr) Chachoua. K., 2002 : L’islam kabyle : religion, État et société en Algérie, Paris, Maisonneuve & Larose.
  • (fr) Chachoua. K., 2004 : « Kabylie : l’islam » (notice K18), Encyclopédie berbère XXVI, Aix-en-provence, EDISUD.
  • (fr) Émile Dermenghem, 1982 : Le culte des saints dans l’islam maghrébin, Paris, Gallimard.
  • (fr) Gaid. M., 1995 : Les Berbères dans l’histoire : les mrabtines d’hier et les marabouts d’aujourd’hui, Alger, Ed. Mimouni.
  • (fr) Mouloud Mammeri, 1979 : Inna-yas Ccix Muhend, Ed. À compte d’auteur.
  • (fr) Robin C.: s. d. – L’insurrection de la Grande-Kabylie. Paris, Éditions Henri-Charles Lavanzelle.
  • (fr) Salhi. M. B., 1979 : Étude d’une confrérie religieuse – La rahmaniya à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Thèse de doctorat de 3e cycle, Paris, EHESS.
  • (fr) Doumane. S., SIDI ABDERRAHMANE BOU-QOUBRIN (1715/1728 – 1793/94). Inalco-Centre de Recherche Berbère.
  • (fr) Depont, Octave (1862-19..). Les confréries religieuses musulmanes. 1897.

Liens externes[modifier | modifier le code]