Principauté de Sealand

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Principauté de Sealand
Principality of Sealand (en)
Armoiries de Sealand
Armoiries de Sealand
Drapeau de Sealand
Drapeau de Sealand
Image illustrative de l'article Principauté de Sealand
Administration
Capitale Fort Roughs
Gouvernement Principauté
Michael Bates
Démographie
Population hab.
Densité 9 091 hab./km2
Langue(s) Anglais
Géographie
Coordonnées 51° 53′ 40″ N 1° 28′ 57″ E / 51.894444444444, 1.482551° 53′ 40″ Nord 1° 28′ 57″ Est / 51.894444444444, 1.4825  
Superficie 0,00055 km2
Divers
Monnaie dollar de Sealand
Fuseau horaire UTC +0
Devise e mare libertas
Sources
Micronation
Plateforme de Roughs. Modèle 3D

La principauté de Sealand est une micronation installée sur une ancienne plate-forme militaire[1] appelée Fort Roughs[2], créée au large du Royaume-Uni par la Royal Navy lors de la Seconde Guerre mondiale, dans les eaux internationales de la mer du Nord.

Elle est considérée par ses partisans comme une micronation. Elle n’est reconnue par aucune des nations qui constituent les Nations unies[3]. Sa population n’excède que rarement cinq habitants et sa surface habitable est de 550 m2 environ[4], si bien qu'elle est souvent décrite comme le plus petit pays au monde par sa superficie[5].

Elle est située à 10 km des côtes de Suffolk, en Angleterre, et est occupée depuis 1967 par les membres de la famille de Prince Roy et ses sujets.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte de Sealand.

Le territoire de la principauté de Sealand est le Fort Roughs, une des plates-formes de l’armée britannique, construite au large de l’estuaire de la Tamise. Le fort assurait la protection contre les raids aériens allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait été désarmé et laissé à l’abandon après le conflit.

La particularité de Fort Roughs par rapport aux autres plates-formes de l’estuaire de la Tamise posées pendant la guerre est d’être situé dans les eaux internationales et donc de ne dépendre, à l'époque de la prise de possession, d'aucune législation particulière.

Aujourd'hui et depuis 1987, le territoire se situe à l'intérieur des eaux territoriales britanniques et fait donc administrativement partie, selon le Royaume-uni, du comté anglais de l’Essex.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1942, durant la Seconde Guerre mondiale, le bateau de la flotte royale anglaise nommé Fort Roughs fut construit au large des côtes anglaises sous l'apparence d'un Fort Maunsell. Lors de sa construction, il comprend alors un radeau flottant posé sur une superstructure composée de deux tours unies par un pont qui avait alors été prévu pour soutenir d'autres structures encore inexistantes. Le radeau fut alors remorqué jusqu'au banc de sable Rough Sands où il fut inondé intentionnellement de telle manière que la coque puisse couler dans une position de repos sur le banc de sable. La structure restée visible n'était autre que la superstructure du navire.

Cette structure, à laquelle il fut donné le nom de Roughs Tower fut occupée en permanence par 150 à 300 membres de la Marine Royale pendant la Seconde Guerre mondiale, le but premier de sa construction étant d'abriter une batterie de DCA engagée dans la protection du pays[6]. À l'issue du conflit, tout le personnel de la plate-forme (principalement militaire) fut évacué et l'HMS Fort Rough fut abandonné à son sort.

En 1966, Roy Bates, ancien major de l’armée britannique et vétéran de la Seconde Guerre mondiale, entend parler de cette plate-forme située dans les eaux internationales. Après avoir consulté avocats et spécialistes du droit maritime, il découvre que rien, apparemment, ne s’oppose à la prise de possession de la plate-forme[7]. Le 25 décembre 1966, à bord de son bateau de pêche et en compagnie de quelques amis, Bates aborde la plate-forme et en prend possession. L'indépendance de la principauté est proclamée le 2 septembre 1967 par le couple Bates qui s'auto-proclame souverain du Sealand.

Quelque temps plus tard, le gouvernement britannique y envoie quelques unités de marine. Selon quelques sources, les occupants des navires avaient pour but d'expulser Bates de la plate-forme tandis que, pour d'autres, il s'agissait simplement d'une tentative de réparation d'une bouée de navigation, voisine de la principauté. Quelles qu'en soient les raisons réelles, à peine entrés dans les eaux territoriales, Michael Bates fait tirer sur les intrus quelques tirs de sommation avant qu'ils ne se retirent. Accusé de détention illégale d'armes à feu, Michael est traîné en justice par le gouvernement britannique : le tribunal de l’Essex qui le jugeait alors lui donnera finalement raison le 25 novembre 1968, la Cour reconnaissant ainsi que Fort Rough se situe en dehors de sa juridiction dans les eaux internationales, admettant donc de facto la souveraineté de la principauté.

Le 25 septembre 1975, le Prince Roy Bates présente la Constitution de la Principauté de Sealand, rédigée par son Premier Ministre le professeur Alexander G. Achenbach qu'il vient tout juste de nommer à ce poste (Voir Politique).

En 1978, le Premier ministre de Sealand, le professeur Alexander G. Achenbach ainsi que plusieurs allemands et néerlandais dirigés par Paul Trevisan ont organisé la prise du territoire par la force, en détenant le prince Michael Bates en captivité, avant de le libérer quelques jours plus tard, aux Pays-Bas[7]. Michael a alors fait appel à l’armée pour l'assister et a repris la forteresse de force depuis un hélicoptère d'assaut.

« Descendre d’un hélicoptère, suspendu à une corde, 30 m au-dessus de la mer et faire face à des terroristes : je n’ai plus jamais ressenti une telle montée d’adrénaline. »

— Michael Bates

La famille Bates a ensuite détenu les envahisseurs en captivité, les considérant comme des prisonniers de guerre. La plupart des participants à l'invasion ont été rapatriés à la fin du conflit, mais Achenbach, avocat allemand qui détenait, par son statut de Premier Ministre de la principauté, un passeport Sealandais, a été accusé de trahison contre sa patrie, et fut donc emprisonné indéfiniment. Les gouvernements des Pays-Bas et d'Allemagne ont alors demandé au gouvernement britannique sa libération, par le biais d'une pétition, mais le Royaume-Uni a décliné toute responsabilité, invoquant la décision de justice rendue une dizaine d'années plus tôt. L'Allemagne envoya alors un diplomate de son ambassade à Londres pour négocier la libération d'Achenbach. Après plusieurs semaines de négociations, Roy Bates finit par céder et libère l'otage, affirmant que la visite du diplomate impliquait la reconnaissance de facto de la principauté de Sealand par l'Allemagne qui n'a, pour sa part, jamais confirmé cette interprétation.

À la suite de son rapatriement, Achenbach a créé un « gouvernement en exil » en Allemagne, que le gouvernement royal appelle Rebel[8], en opposition avec celui de Roy Bates, assurant le rôle de Secrétaire du Conseil Privé. Ceci est vécu officiellement comme une déclaration de guerre pour le gouvernement royal de Sealand. À la démission d'Achenbach pour raisons de santé au mois d'août 1989, le Ministre pour la Coopération Économique du gouvernement rebelle Johannes Seiger en assure le contrôle en reprenant la place d'Achenbach au sein de la structure. Aujourd'hui encore, Seiger affirme représenter la seule autorité légitime du gouvernement de Sealand[9].

En 1987, le Royaume-Uni décida l’extension de ses eaux territoriales à 12 milles marins, ce qui est autorisé par la législation internationale depuis 1958. Fort Roughs se trouva ainsi à l’intérieur des eaux territoriales britanniques. Le Sealand prétend avoir étendu ses propres eaux territoriales à 12 milles marins un jour avant la décision britannique, mais les doctrines juridiques du Royaume-Uni font que la plate-forme est considérée comme faisant partie du comté anglais de l’Essex[10]. Cependant, la politique du gouvernement britannique a semblé être de ne pas faire de commentaire à ce sujet et de ne pas agir à moins d’y être contraint. Des documents, rendus disponibles au public par une loi mettant fin à leur confidentialité après 30 ans, révèlent que le Royaume-Uni avait songé à prendre le Sealand de force, mais que cette idée fut rejetée par le Premier Ministre à cause du risque de pertes en vies humaines ainsi que celui d’un désastre juridique et médiatique.

En 1999, le souverain de la principauté, Roy Bates, a abdiqué au profit de son fils Michael qui a ainsi repris les rênes du territoire[11].

Vue de Sealand après l'incendie.

En début d'après-midi le 23 juin 2006, un feu se propage sur la principauté et ravage le Sealand dans son ensemble. Selon la presse, en janvier 2007, les autorités annoncent qu’elles quittent le « pays » et qu'elles comptent créer un « gouvernement en exil »[12],[13].

En janvier 2007, la presse se fait l’écho de la mise en vente de la plate-forme. Dix millions de livres pour 550 m2 habitables, soit un prix de 27 000 euros par m². Le journal français Libération rapporte ces propos du prince en titre, Michael, fils de Roy Bates : « On possède l’île depuis 40 ans, mais maintenant, mon père est âgé de 85 ans, peut-être que le temps est venu d’un rajeunissement »[14]. Et d’insister sur les avantages de l’État : vue panoramique sur la mer, tranquillité totale, absence d’impôt… Aucune précision n’est toutefois apportée sur les changements que cette vente va impliquer sur le régime. Le prince va-t-il laisser sa place au nouveau propriétaire, ou bien règnera-t-il sur les nouveaux citoyens, lesquels détiendront tout le territoire de l’État ?

Quelques jours plus tard The Pirate Bay (qui a déjà soutenu la micronation Ladonia) lance l’initiative BuySealand.com afin de récolter 2 000 000 USD pour acheter la plate-forme. Depuis, et malgré le succès de la collecte de fonds, l'équipe de The Pirate Bay a abandonné cette idée devant le refus du prince Michael qui s'oppose à la vente du territoire à un annuaire de fichiers Torrent, les activités de cette entité «violant les lois sur le copyright» selon lui, ce qu'il ne peut pas tolérer[15].

Politique[modifier | modifier le code]

Le 25 septembre 1975, le prince et souverain de Sealand proclame la mise en place de la Constitution de la principauté, rédigée par Alexander Gottfried Achenbach, installé dans les fonctions de Premier Ministre et chef du Conseil privé à vie par le roi Roy Bates[16]. Il s'agit d'un texte simple composé d’un préambule affirmant l'indépendance pleine et entière du Sealand et de sept articles chacun subdivisé lui-même en différentes clauses [17]

Économie[modifier | modifier le code]

Monnaie officielle[modifier | modifier le code]

Un dollar sealandais frappé en 1994.
Un demi-dollar sealandais frappé en 1994.

La monnaie officielle de Sealand est le « dollar de Sealand », monnaie indexée directement sur le dollar des États-Unis (USD)[18].

Les premières pièces de monnaie sortent en 1972 dans diverses unités de cette devise. Compte tenu de la population limitée de Sealand qui n'a apparemment jamais dépassé les 5 habitants depuis sa création[19], de son inaccessibilité physique hormis en hélicoptère et du manque d’une économie à grande échelle, il est peu probable que ces pièces de monnaie aient été conçues dans une idée de véritable usage en tant que devise. La plupart ont été conçues dans des métaux précieux afin d’intéresser les investisseurs et les numismates bien que l'ambition démesurée des époux Bates pour promouvoir leur territoire soit sans doute à l'origine de la croyance en une réelle monnaie d'échange sealandaise.

  • 1972 : les premières pièces de monnaie, d'une valeur de 10$ sont frappées à l'effigie de la princesse Joan.
  • 1975 : les pièces de 20 dollars font leur apparition, toujours à l'effigie de la princesse.
  • 1977 : de nouvelles séries de pièces de 10$ et 20$ voient le jour, toujours à l'effigie de la princesse. Des pièces de la même valeur sont également frappées à l'effigie du prince Roy. Enfin, une pièce "collector" de 100$ représentant les deux souverains à Sealand parait également la même année.
  • 1991 : le "gouvernement en exil" d'Achenbach, non reconnu par Bates, produit une pièce de monnaie à l’effigie du « premier ministre » Seiger.
  • 1994 : les pièces de 0,25$ en bronze et en argent voient le jour, celles de 0,50$ en nickel et en argent, celles d'1,00$ et de 2,50$ en bronze, argent et or et celles de 5,00$ en or. Ces pièces représentent une orque sur le recto et les armoiries de Sealand au verso[20].

Économie extérieure[modifier | modifier le code]

La base pouvant accueillir une garnison de 160 à 200 personnes et se trouvant sur le plateau continental européen, Sealand commence peu à peu à intéresser des hommes d’affaires. Roy Bates reçoit des projets d’ouverture de casinos, d’hôtels, et même de services de renseignements de pays communistes d’Europe de l’Est durant la Guerre froide.

Mais, jusqu’à présent, un seul de ces projets a été réalisé. En juin 2000, le prince héritier Michael Bates, fils du couple, a signé un accord avec la société américaine HavenCo Ltd pour développer à Sealand un paradis internet offshore, la principauté abritant contre finances des serveurs informatiques. Quelques années auparavant, elle avait déjà offert l'asile à Napster, l'un des logiciels de Peer to Peer. Ainsi, le 9 août 2007, la principauté annonce le lancement de son site de casino en ligne sponsorisé par la société américaine précitée, proposant aux participants des gains totalement exempts d'impôts[21]. Le pays n'étant soumis à aucune législation internationale hormis la sienne propre peut ainsi gérer son réseau Internet et notamment son site de casino comme il le désire, totalement librement[22].

La tentative de HavenCo a toutefois avorté, et le data center a été déplacé à Londres. Parallèlement, l'hypothèse qu'un tel data center illégal puisse être mis en état de fonctionner aurait déclenché une action d'un État ou d'un autre, ou même plusieurs, pour faire définitivement taire cette voix atypique mais bien réelle.

Démographie[modifier | modifier le code]

Sa population officielle est d’un habitant en 2002. Elle a rarement excédé les cinq habitants depuis sa prise de possession par Roy Bates en 1966.

Malgré l’étroitesse de la plate-forme, et son incapacité à s’agrandir, Sealand pourrait accueillir davantage d'habitants puisque durant la Seconde Guerre Mondiale des garnisons britanniques pouvant contenir jusqu'à 300 membres ont alors occupé la plate-forme.

De plus, si en la vendant les Bates tablent sur un rajeunissement de la population de Sealand : « On possède l’île depuis 40 ans, mais maintenant, mon père est âgé de 85 ans, peut-être que le temps est venu d’un rajeunissement », cela signifie sans doute que la principauté peut accueillir un nombre plus important de personnes qu'actuellement. Michael Bates va même jusqu'à faire naître l'idée que les cylindres soutenant la plate-forme seraient aménagés et contiendraient un nombre impressionnant de pièces de toutes sortes et notamment de 7 chambres. Tout semble y être aménagé pour pouvoir y vivre et y travailler confortablement : « Chaque tour a 7 étages et 7 chambres. La plateforme en compte encore une douzaine. Il y a également une salle de conférences, une installation de dessalement de l'eau de mer, une chapelle et une prison »[23].

Culture[modifier | modifier le code]

On connait jusqu'alors très peu de choses sur la culture sealandaise hormis quelques symboles de la souveraineté mis en place par les époux Bates peu après leur installation sur la plate-forme :

  • Un drapeau rouge et noir parcouru par une bande blanche dessiné par la princesse Joan. Le rouge fait référence à la royauté et rend donc hommage à son mari tandis que le noir évoque la piraterie[24].
  • Des armoiries composées notamment de deux sirènes à tête de lion contenant l'inscription E mare libertas[25].
  • Une monnaie tout d'abord à l'effigie de la princesse mise en place à partir de 1972 (voir Économie).
Un timbre sealandais.
  • Des timbres-poste imprimés pour la première fois en 1969 lorsqu'un service d'hélicoptère fut institué afin de transporter le courrier entre la principauté et Bruxelles en Belgique. À partir de septembre 1969 et ce pendant plusieurs mois, un volume significatif de courrier portant l'estampille de la Poste sealandaise (environ 25 000 en 1969) aurait été accepté et envoyé vers des destinations internationales sans taxation par la Poste belge.
  • Des passeports de nationalité sealandaise accordés, d'après les époux Bates, aux seuls résidents de la Principauté.

Sealand possède également sa propre équipe de football association qui, tout comme le territoire lui-même, n'est pas reconnue internationalement. Elle ne peut donc pas prendre part à une quelconque compétition de football internationale. Suite à un accord entre les autorités sealandaises et le club danois de Vestbjerg, c'est celui-ci qui représente le Sealand sur la scène du football international[26]. Si les Jeux Olympiques des micronations voient le jour d'ici 2013 comme cela est prévu, il est fort possible que l'équipe de Sealand puisse y participer[27].

Justice[modifier | modifier le code]

Statut juridique[modifier | modifier le code]

  • Le gouvernement sealandais affirme que la souveraineté de la Principauté s’appuie sur les principes suivants :
  1. Lorsque Paddy Roy Bates et ses associés occupèrent Fort Roughs en 1967, celui-ci se trouvait dans les eaux internationales, en dehors de la juridiction britannique et de toute autre juridiction nationale. Le fort était donc terra nullius, et pouvait être occupé par un nouvel État. Le Sealand serait donc un État souverain légitime de jure[28].
  2. La décision de la justice britannique citée plus haut en date du 25 novembre 1968 (voir Histoire), qui reconnut que Fort Roughs, le territoire abritant la Principauté, se situait dans les eaux internationales et donc en dehors de la juridiction de la Cour, ce qui serait donc une reconnaissance de facto de la souveraineté du Sealand[29].

Des critères similaires ont été acceptés par la Commission d’arbitrage Badinter de la Communauté européenne, dont la fonction fut de déterminer les effets juridiques de la partition de l’ex-Yougoslavie. La Commission définit un État comme une entité ayant "un territoire, une population et une autorité politique", critères qui ne dépendent pas de la reconnaissance d’un État par un autre.

Dans le droit international, les opinions concernant cette question sont divisées. Le fondement légal de la reconnaissance d'un État semble encore aujourd'hui litigieux au regard du droit international. Sa légitimité réside-t-elle dans une « reconnaissance diplomatique » notamment formulée par l'ONU ou bien uniquement dans la reconnaissance que cet État existe ? Il est en tout cas jusqu'à présent certain qu’aucun État n’a officiellement reconnu le Sealand comme État à part entière[30].

Pour l'ONU[modifier | modifier le code]

D’après la Convention des Nations unies sur le droit de la mer datant de 1982, il n’est pas possible de consentir à l’existence d’une île artificielle à moins qu’elle n’ait été approuvée ou construite antérieurement par un État voisin. Ce qui veut dire qu’il n’est plus possible de bâtir une île artificielle et d’en faire un État souverain, ni d’en faire une extension d’un État, dans le but d’étendre ses eaux territoriales ou sa zone économique exclusive[31]. Un tel État ne peut donc légalement être reconnu comme souverain, à moins de prouver qu’il était de facto souverain avant cette date.

Pour le Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Depuis 1987, année à laquelle le Royaume-Uni décida l’extension de ses eaux territoriales à 12 miles marins, Fort Roughs se trouve légalement à l’intérieur des eaux territoriales britanniques, les doctrines juridiques du Royaume-Uni faisant que la plate-forme est considérée comme faisant partie du comté anglais de l’Essex. Cependant, par peur des conséquences liées à une éventuelle reprise de la Principauté, les autorités se sont toujours gardées d'aller attaquer les "dirigeants" (voir Histoire).

Cependant, le 6 décembre 2005, le journal britannique The Times prétendit que le gouvernement et la justice britanniques avaient enfin reconnu que le Sealand « se trouve en dehors du territoire national britannique […] et qu’il ne fait pas partie du Royaume-Uni ». Toutefois, le journal ne fournit pas de précisions plus détaillées, et aucune autre source ne semble confirmer cette information[32].

Pour l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Bates affirme que les négociations menées par l’Allemagne pour la libération d’Alexander G. Achenbach en 1978, homme détenu par Bates pour haute trahison, constitue une reconnaissance de facto de l’existence de la Principauté et donc de sa souveraineté (voir[33]). Néanmoins, malgré les affirmations de Sealand, une cour allemande décida en 1978 que celui-ci n’était pas un État souverain, estimant que ces critères (« un territoire, une population et une autorité politique ») n’avaient pas été remplis[34].

Ainsi, la Cour déclara que Fort Roughs, île artificielle, n’était pas « un segment naturel de la surface de la Terre », et ne pouvait donc constituer le « territoire » d’un État. En outre, elle affirma que les citoyens de Sealand ne partageaient pas un tissu de liens communautaires suffisant pour constituer un « peuple » en matière de droit international.

Plus précisément, du point de vue de la justice allemande :

[…] dans le cas du « Duché du Sealand » [sic] nous ne pouvons accepter qu’il existe un « peuple » dans le sens du droit international, puisqu’il n’y a pas entre ces personnes de vie communautaire. […] [Le devoir d’un État] n’est pas seulement de promouvoir une association au sens large, dont le but serait le partage de passe-temps et d’intérêts communs. Un État doit plutôt viser le maintien d’une forme essentiellement permanente de vie communautaire, c’est-à-dire le partage d’une destinée commune.
[…] Ces « habitants » n’ont pas acquis leur « nationalité » dans le but de vivre ensemble et de mener les divers aspects de leur vie en commun ; au contraire, ils continuent à poursuivre leurs intérêts individuels en dehors du « Duché ». L’aspect partagé de leur association se limite à une petite partie de leur vie – c’est-à-dire les questions de commerce et d’impôts. Ce degré d’intérêts communs ne peut pas être considéré suffisant pour que soit reconnu là un « peuple » au sens entendu par le droit international[35].

Pour les États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1990, une cour administrative des États-Unis décida que le Sealand n’était pas une nation souveraine, et ne l’avait jamais été, sur la base d’informations provenant du ministère du commerce et de l’industrie. L'année suivante, cette décision fut confirmée par une Cour fédérale.

Controverses juridiques[modifier | modifier le code]

Le statut particulier de Sealand a donné lieu à de nombreux démêlés juridiques.

En novembre 1999, la guardia civil madrilène arrête Francisco Trujillo Ruiz, un petit trafiquant d’essence et est étonnée de constater que l’homme possède un passeport diplomatique de Sealand, et qu’il entretient une ambassade sur l’avenue de la Castellana à Madrid, entouré d'un Secrétaire d'État, d'un Ministre des Affaires Étrangères et de plusieurs conseillers. Il possède de plus des plaques diplomatiques de la principauté et se déclare ouvertement «prince régent de la Principauté de Sealand». Cet ancien garde civil renvoyé pour détournement de fonds de la guardia civil, est également connu comme le notaire Frant Blake en Allemagne d’où il vend sur internet de faux passeports, diplômes ou certificats de domiciliation d’entreprises. Près de 160 000 passeports sealandais auraient ainsi transité de par le monde. Après un an d’enquêtes, soixante « citoyens » de Sealand sont arrêtés et accusés de trafic de drogue, escroquerie, détention d’explosifs, vente de 4 000 faux passeports à Hong Kong, de permis de conduire à des trafiquants de drogue au Maroc, trafics d’armes, etc.

Lors de la découverte de ce trafic, les passeports sont déjà en circulation depuis plusieurs années et sont liés à plusieurs affaires notamment à celle du meurtre du couturier Gianni Versace en juillet 1997. En effet, son assassin répondant au nom d'Andrew Cunanan aurait été interpellé en possession d'un passeport sealandais. La même année des passeports de la principauté auraient été impliqués dans de gros détournements d'argent sale en Slovénie. Cette fraude gigantesque, autorisée par de nombreux pays, avides de liens commerciaux avec la principauté tels que le Gabon, le Paraguay, le Népal, la Syrie, Haïti, le Liberia... (qui ne reconnaissent pas pour autant l'existence de cet État) porterait sur plusieurs milliards de francs français[36].

Le 14 juin 2000, dans le journal Le Monde, le prince, la princesse et le prince héritier (qui gère effectivement Sealand depuis la plate-forme) ont affirmé qu’ils n’étaient pas liés à ces faits, et que le nom de Sealand a été utilisé sans leur autorisation ; le prince certifie que son « pays » n’a jamais ouvert d’ambassade, ni fourni de passeports à quiconque en dehors des réels habitants de Fort Roughs. Michael précise que seul un nombre maximum de cent passeports a été délivré par la famille Bates depuis la création de Sealand, uniquement offerts à « des gens qui nous avaient aidés à entretenir Sealand et qui ont contribué à son développement »[37].

Autres[modifier | modifier le code]

Sealand, comme de nombreux autres pays et micronations, est mentionné dans le manga japonais Axis Powers Hetalia, représenté comme un enfant bien plus petit que les autres, étant donné la taille et le nombre d'habitants de la principauté.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sealand : Paradis fiscal, simple île d'escrocs ou paradis des démocrates ?
  2. La solution pour légaliser le P2P : achetez une île ! - Ratiatum
  3. Vous voulez être peinard et libre, achetez une île ! - Quel développement pour les services à la personne
  4. P2P : The Pirate Bay veut son indépendance par Neteco.com
  5. Le plus petit pays du monde..., Taillevent News, 12 décembre 2008
  6. La principauté de Sealand
  7. a et b (en) Icon Group International, Bating: Webster’s Quotations, Facts and Phrases, p.32, Publié par ICON Group International, 2008, ISBN 0-546-71677-6, 9780546716771
  8. Jean-Marc Doumenc et l'euro, p.37
  9. (en) - « Page d'accueil du site du Gouvernement Sealandais en exil » (consulté le 16 mars 2009)
  10. demaindemain.com
  11. (en) - « History of Sealand » (consulté le 16 mars 2009)
  12. (en) Reportage sur l'accident sur le site de la BBC
  13. (en) Sealand wrecked by fire sur Wikinews
  14. « Le «plus petit État» du monde à vendre », Libération.fr,‎ 2007 (consulté le 16 mars 2009)
  15. « Sealand ne veut pas se vendre à des pirates », 20minutes.fr,‎ 2007 (consulté le 20 mars 2009)
  16. (en) Chronology of the Principality of Sealand
  17. (en) Constitution of the Principality of Sealand sur Wikisource
  18. (en) News of Sealand
  19. La politique à trois
  20. (en) The imperial collection of the Principality of Sealand
  21. (en) Sealand Casino
  22. Sealand: paradis des jeux en ligne
  23. « Les pirates du Net à l'assaut de Sealand », lefigaro.fr,‎ 2007 (consulté le 17 mars 2009)
  24. Drapeau de Sealand
  25. Armoiries de Sealand
  26. Équipe de Sealand de football
  27. (en) "Sealand to host 2013 microlympics ?" sur sealandnews.com
  28. « Les pirates du P2P rêvent de Sealand » (consulté le 20 mars 2009)
  29. (en) « Official History of Sealand », Principality of Sealand (consulté le 12 janvier 2007)
  30. Charles Croué, Marketing international, p.178, Publié par De Boeck Université, 2006, ISBN 2-8041-4995-1, 9782804149956
  31. Organisation des Nations Unies, Convention des Nations Unies sur le droit de la mer partie V, Article 60: Îles artificielles, installations et ouvrages dans la zone économique exclusive, 1982
  32. (en) « Country’s passports are for sale », Times Online,‎ 6 décembre 2005 (consulté le 16 juillet 2006)
  33. Principauté de Sealand - Wikipédia
  34. (en) « In Re Duchy of Sealand (Administrative Court of Cologne) », International Law Reports (consulté le 12 janvier 2007)
  35. Extraits de In Re Duchy of Sealand (Cour Administrative de Cologne), 1978, 80 ILR 683, art 687-9
  36. (en) Robert Tillman, Global pirates, p.119-120, Publié par UPNE, 2001, ISBN 1-55553-505-4, 9781555535056
  37. « Une plate-forme en mer, paradis des faussaires au large de l'Angleterre », lematin.ch,‎ 2000 (consulté le 16 mars 2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ryan, John & Dunford, George & Selars, Simons. « Micronations », Publication Lonely Planet, 2006, (ISBN 1-74104-730-7).
  • (en) Schwabach, Aaron. « Internet and the Law », Publication ABC-Clio, 2006, (ISBN 1-85109-731-7).
  • (fr) Stéphane-Bertin Hoffmann, La reconnaissance des micro-nations ou l'utopie confrontée au Droit, Lulu, 2010, 202 pages (ISBN 978-1-4457-1907-8)
  • (fr) Bruno Fuligni, L'État c'est moi (Histoire des monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirates), Les Éditions de Paris,‎ 1997, 240 p. (ISBN 2-905-291-699)