Antoine de Tounens

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Orélie-Antoine Ier
(Orllie-Antoine Ier)
Image illustrative de l'article Antoine de Tounens
Titre
Roi d’Araucanie et de Patagonie
Successeur Achille Ier
Biographie
Nom de naissance Orélie Antoine de Tounens
Date de naissance
Lieu de naissance La Chaise, Chourgnac, Dordogne
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Tourtoirac, Dordogne
Nationalité Française
Profession Avoué, aventurier
Religion Catholique

Antoine de Tounens, né Antoine Tounens le à La Chèze[note 1], commune de Chourgnac[note 2] (Dordogne), mort le et inhumé à Tourtoirac (Dordogne)[1], est un aventurier français.

L’avoué de Périgueux[modifier | modifier le code]

Antoine[note 3] Thounem[note 4] est le dernier fils et le huitième des neuf enfants (cinq garçons et quatre filles) qu'eurent Jean Tounens (1781-1862) et Catherine Jardon ( -1873) son épouse, famille de paysans dont l'aisance relative (le bien de cette famille est évalué à 70 000 ou 80 000 francs) lui permet de faire quelque étude (baccalauréat...) et d'acheter une charge d'avoué à Périgueux. Son père, Jean, obtient, en appel, un jugement[2] en date du de la cour impériale de Bordeaux autorisant sa famille à rectifier son patronyme en « Tounens » et à y ajouter une particule. Son nom devient alors de Tounens, en effet les actes d'état civil de sa famille mentionnaient le nom de Tounens de la fin du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, ce nom ayant été altéré et ayant perdu la particule dans les actes ultérieurs. Antoine de Tounens vend sa charge d'avoué en cette même année 1857 et sa famille contracte un emprunt de 25 000 francs[note 5] auprès du Crédit foncier de France en vue d'une expédition qu’il projette. Il s’affilie aussi à la franc-maçonnerie, affiliation sur laquelle il reviendra en 1867[3].

Orélie-Antoine Ier[modifier | modifier le code]

Le drapeau bleu-blanc-vert du royaume d'Araucanie et de Patagonie arboré par Antoine de Tounens lors de ses expéditions.

Il débarque au Chili le à Coquimbo, à 400 kilomètres de Santiago. Il gagne la province d'Arauco en 1860, où il promulgue une constitution le 17 novembre. Ayant pris le nom d'Orllie-Antoine Ier (ou Orélie-Antoine Ier), il est proclamé roi d’Araucanie et de Patagonie le , revendiquant ainsi l'extension de son royaume au-delà des Andes, jusqu’à l’Atlantique et au détroit de Magellan. Il s’appuie sur les tribus Puelches et Tehuelches, qui lui restent fidèles par la suite, mais est fait prisonnier par les troupes chiliennes le 5 janvier 1862, puis condamné à l'internement dans un asile de fous. L’intervention du consul général de France lui permet de regagner la France et il embarque le à Valparaiso à bord du Duguay-Trouin. Durant la période 1860-1862, le royaume d’Araucanie et de Patagonie a eu, dans une certaine mesure, une existence effective. Mais les ministres Lachaise et Desfontaines dont on voit les signatures au bas d’actes royaux n’existent pas  : le nom du premier correspond au La Chèze (ou La Chaise) où naquit Antoine de Tounens et celui de second à Les Fontaines, un hameau proche du précédent[4]...

La Bibliothèque nationale conserve la trace[5] d'une souscription organisée en sa faveur, notamment à Bordeaux, à partir de l’été 1866 ; il trouve ainsi un appui, et monte une seconde expédition en 1869. De retour en France, il lance une nouvelle expédition en 1874. Il est immédiatement arrêté, emprisonné puis libéré sur intervention de l’ambassade de France. Sa dernière tentative échoue en 1876.

La succession[modifier | modifier le code]

La tombe d'Antoine de Tounens.

Revenu malade de sa dernière expédition il se retire chez son neveu Jean dit Adrien (1844-1889), établi à Tourtoirac comme boucher ; il y meurt, après de dures souffrances, tout près de son lieu de naissance[note 6].

Il mourut sans alliance ni descendance. Ses dernières volontés furent-elles de désigner Achille Laviarde pour lui succéder sur le trône ? En tout cas ses proches par le sang préférèrent travailler au rétablissement d'une situation financière compromise. Le neveu secourable, monseigneur Adrien-Jean de Tounens (1844-1889), était devenu l’héritier à la mort de son père Jean (1805-1881), l’aîné des neuf enfants Tounems-Jardon ; il renoncera en 1882 en faveur d’Achille Ier et ses enfants s’appelleront simplement Thounens. Après Achille Laviarde, la succession sera ensuite légalement transmise devant notaires avec le titre de prince d’Araucanie, reconnu par la République française.

Tout ceci constitue une occasion perdue par la France — qui n'accorda aucune aide publique à Antoine de Tounens — pour s'implanter dans cette région du monde qui n'appartenait alors à aucun État, l'empereur Napoléon III était alors, il est vrai, engagé dans l'expédition du Mexique (1861-1867) pour soutenir l'empereur Maximilien. Antoine de Tounens ne disposa que de moyens financiers limités et son origine sociale en fit une cible facile pour la presse.

Le personnage littéraire[modifier | modifier le code]

Ce personnage reste connu en France car sa vie a fait l’objet notamment d’un ouvrage de Saint-Loup, Le Roi blanc des Patagons (1950) et d’un roman de Jean Raspail, Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (1981).

C’est en 1950, au terme de trois années de voyages en Amérique du Sud, que Saint-Loup découvre, par l’intermédiaire de l’historien Armando Braun Menéndez, l’existence d’Antoine de Tounens. Il décide alors de « faire connaître la vie de ce cadet de Gascogne, ce Cyrano de Tourtoirac qui a, comme l’autre son voisin de Bergerac, donné sa vie pour des rêves »[6]. Le roman qu’il consacre à ce « véritable saint de l’aventure » se veut fidèle à la réalité historique.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le musée du PérigordPérigueux) conserve un buste d’Antoine de Tounens sculpté par Jean-Baptiste Baujault.

Compléments[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Armando Braun Menéndez, El Reino de Araucanía y Patagonia, Editorial Francisco de Aguirre, 5a edición. Buenos Aires y Santiago de Chile, 1967. Primera edición: Emecé, Colección Buen Aire, Buenos Aires, 1945.
  • Léo Magne, L’Extraordinaire aventure d’Antoine de Tounens, roi d’Araucanie-Patagonie, Éditions Latino-Américaines, Paris, 1950, 199 pages.
  • Philippe Prince d’Araucanie, Histoire du Royaume d’Araucanie (1860-1979), une Dynastie de Princes Français en Amérique Latine. S.E.A., Paris 1979.
  • (es) Victor Domingo Silva, El Rey de Araucanía, Empresa Editorial Zig-Zag, Santiago de Chile, 1936.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Chèze s'écrit aussi La Chaise.
  2. Chourgnac est aussi appelée Chourgnac d'Ans.
  3. Un de ses frères (1809-1885) porte aussi le seul prénom d'Antoine d'où l'adjonction dans l'usage d'un second élément (Orélie) pour le cadet.
  4. Ce patronyme est écrit de bien des façons à l'état civil : Tounem, Tounems, Tounens...
  5. La pièce d'or de 20 francs ou « nap » se négociait à près de 100 euros en novembre 2007 à la Bourse de Paris.
  6. Chourgnac et Tourtoirac appartiennent au même canton de Hautefort.

Références[modifier | modifier le code]

  1. cimetière de Tourtoirac
  2. « Transcription de l'arrêt de la cour de Bordeaux du 27 juillet 1857 », sur Jean de Tounens (consulté le 16 avril 2012)
    Lors de ce procès, Jean de Tounens n'apporte pas la preuve de l'éventuelle noblesse de sa famille, ce que la cour d'appel constate. La cour ne se prononce donc pas sur ce point.
  3. Léo Magne, L’Extraordinaire aventure d’Antoine de Tounens, roi d’Araucanie-Patagonie, Éditions Latino-Américaines, Paris, 1950, 199 pages, pages 122 et 123. Dans ce passage Léo Magne cite une communication d’Ambroise Darboy intitulée « Le Pape Pie IX et le Roi d’Araucanie » parue dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux (ICC) du 10 avril 1925. L’auteur de cette communication indique que parmi les papiers de son oncle monseigneur Darboy se trouve une lettre du 15 juillet 1867 adressée au pape Pie IX par Antoine de Tounens où ce dernier demande à être relevé de son excommunication due à son apartenance à la franc-maçonnerie (« Je m’étais fait recevoir franc-maçon sans savoir ce qu’était la franc-maçonnerie »). Pie X a annoté en latin , signé et renvoyé la requête à l’archevêque de Paris : Si vera sunt exposita, num Deus non invidetur, preces remittimus Archiepiscopo Parisiensi, ut, reparando, scandalo et damnatis erroribus absolvat confitentem reum, et det illi paenitentiam salutarem. La traduction (incomplète) figurant dans l’ouvrage de Léo Magne (page 123) est la suivante : « Si les choses exposées sont vraies, nous remettons la supplique à l’Archevêque de Paris, de telle sorte que le scandale étant réparé et les erreurs condamnées, il absolve le coupable repentant et lui donne une pénitence salutaire. »
  4. Page 136 in Jean-Pierre Blancpain, Les Araucans et le Chili des origines au XIXe siècle, 217 pages, L’Harmattan, 1996, ISBN 2-7384-4626-4 .
  5. Sous la référence FRBNF37292994.
  6. Saint-Loup, avant-propos de : Le Roi blanc des Patagons, Paris : France Club, 1964.
Précédé par Roi Orllie-Antoine Ier le Fondateur
(Antoine de Tounens)
Suivi par
-
Flag of the Kingdom of Araucanía and Patagonia.svg Souverains du Royaume d'Araucanie et de Patagonie
1860-1878
Roi Achille Ier le Diplomate (Achille Laviarde)