Omphalos

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Copie romaine de l'omphalos de Delphes.
L'omphalos dans le Catholicon de l'Église du Saint-Sépulcre.

Omphalos signifie ombilic en grec ancien.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Selon la cosmogonie de la religion grecque antique, Zeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or[réf. nécessaire]. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

Symbolisme[modifier | modifier le code]

L'Omphalos est, fondamentalement, un symbole du centre du monde, selon le sens complexe que l’idée de « centre » pouvait avoir chez les peuples anciens, et qui impliquait des notions allant bien au-delà du monde matériel. Il s’agissait donc d’une notion universelle de « centre ». Dans un ouvrage paru en 1913 et intitulé Omphalos, l’auteur, W. H. Roscher, recense une quantité considérable de documents attestant l’identité symbolique entre l’Omphalos et le centre du monde, et cela chez les peuples les plus divers et les plus anciens. En 1915, une étude de J. M. Loth sur L’Omphalos chez les Celtes, parue dans La Revue des Études Anciennes, atteste également ce même symbolisme.

Le mot Omphalos signifie ombilic en grec ancien mais il désigne aussi, d’une façon générale, tout ce qui est central, et plus spécialement le moyeu d’une roue. Il y a pareillement, dans d’autres langues, des mots qui réunissent ces différentes significations : telles sont, dans les langues celtiques et germaniques, les dérivés de la racine nab ou nav: en allemand, nabe, moyeu, et nabel, ombilic ; de même, en anglais, nave et navel, ce dernier mot ayant aussi le sens général de centre ou de milieu ; et, en sanscrit, le mot nâbhi, dont la racine est la même, a les deux acceptions à la fois.

L’Omphalos représentait donc essentiellement le « centre du monde », car, dans le symbolisme ancien, la roue, ou la circonférence, représente le « Monde » en un sens universel, c'est-à-dire tout ce qui existe ou, en d’autres termes, ce qu’on appelle la « manifestation ». L’Omphalos prenait cette signification lorsqu’il était placé « dans un lieu qui était simplement le centre d’une région déterminée, centre spirituel, d’ailleurs, bien plutôt que centre géographique »[1]. Ainsi, l’Omphalos du temple de Delphes représentait le centre spirituel de la Grèce antique[2].

La représentation de l’Omphalos était généralement une pierre sacrée, ce qu’on appelle souvent un bétyle.

Citation[modifier | modifier le code]

« Ce que les habitants de Delphes appellent omphalos est en fait en pierre blanche et considéré comme se trouvant au centre de la terre, et Pindare, dans une de ses odes, confirme cette opinion. »
(Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 16, 2)

Interprétation et fictions[modifier | modifier le code]

Alphonse Pinart, influencé par le mythe grec de l’omphalos, a, dans son Voyage à l'Île de Pâques paru en 1877, interprété le lieu-dit Te pito o te henua ("le nombril de la terre") comme « nom de l’île », et en a conclu que les habitants croyaient vivre au centre du monde alors qu’en fait ce toponyme désignait, selon la tradition orale des Rapa-Nui, le lieu central, « neutre », où se tenaient les palabres entre clans ; l’île elle-même était alors appelée Haumaka ou plus exactement Te kainga a Hau Maka (le bout de terre de Hau Maka, également connu comme Hau Mata, Hao Matuha ou Hotu Matu'a)[3].

La quête de l’Omphalos de Delphes sert d’intrigue à une aventure d’Indiana Jones, dans le roman de Rob MacGregor, Péril à Delphes (1992). Le final de l’œuvre se déroule à Delphes, d’où le titre.

Dans le jeu vidéo God of War III, Kratos récupère la pierre d’Omphalos dans le corps du Titan Cronos afin qu'Hephaistos lui forge une nouvelle arme: le fouet de Némésis. Cette pierre n'est autre que celle que la Titanide Rhéa, mère de la plupart des olympiens, donna à avaler à Cronos il y a longtemps à la place de son dernier enfant Zeus. Elle est aussi visible dans une des vidéos de God of War II[4].

Référence[modifier | modifier le code]

  1. René Guénon, L'Omphalos, symbole du Centre, Regnabit, juin 1926.
  2. Dimitri Kitsikis, Omphalos, Paris, Éditions Pierre Jean Oswald, 1977.
  3. Henri Lavachery : Île de Pâques : une expédition belge en 1934, Grasset (1935) ; Alfred Métraux : Ethnologie de l'île de Pâques (éd. du MNHN, 1935) et L'Île de Pâques (Gallimard, coll. « Idées », 1941), et Thomas S. Barthel : The Eighth Land : The Polynesian Settlement of Easter Island (Honolulu University of Hawaii, 1978).
  4. Voir l'article (en anglais) sur le site : http://godofwar.wikia.com/wiki/Omphalos_Stone