Oiseau de mer

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Appellations regroupant plusieurs taxons d'oiseaux
Oiseau de mer
Wandering Albatross (van Poppel).jpg
Albatros hurleur (Diomedea exulans)
Selon les classifications scientifiques coexistantes
Classique Sybley
6 ou 2 ordres regroupant 8 familles

Le terme oiseau de mer (ou oiseau marin) renvoie à un ensemble aux limites assez mal définies : en réalité, la définition du groupe résulte plus d'une sorte de consensus — pour ne pas dire de tradition — sur les espèces à inclure et celles à exclure, que sur des règles taxonomiques, biologiques ou écologiques strictes. On classe habituellement dans ce groupe environ 275 espèces appartenant à 8 familles, entretenant avec le milieu marin des relations de dépendance plus ou moins stricte.

Au-delà de l'extraordinaire variété des tailles, des structures ou des modes d'alimentation, les oiseaux marins partagent un certain nombre de caractéristiques communes imposées par la vie dans des milieux aquatiques, sous des conditions climatiques parfois rudes, sans qu'il leur soit souvent possible de s'y soustraire : structure particulière du plumage, aptitude au déplacement sur et dans l'eau, longévité, comportements reproductifs, etc. Ils ont en particulier presque tous tendance à nicher en colonies denses sur le littoral.

Certains de ces oiseaux sont considérés comme de bons indicateurs de la qualité de leur environnement, et sont suivis comme tels[1].

Espèces concernées[modifier | modifier le code]

L'incertitude sur le nombre total d'oiseaux de mer a deux origines.

La seule définition possible d'un oiseau de mer est la suivante : un oiseau qui tire tout ou partie de son alimentation de la mer. Une telle définition n'est toutefois pas universellement valide puisque certaines espèces classées dans le groupe ne s'alimentent en mer que de façon marginale ou pas du tout (certains Laridae notamment), alors que des oiseaux passant de longues périodes de leur cycle annuel en milieu marin n'y figurent pas (plongeons, canards marins).

Sur cette base, on constate que tous les oiseaux marins appartiennent aujourd'hui à l'ordre des ciconiiformes (classification de Sibley et Monroe). Le degré de dépendance des différentes familles vis-à-vis des habitats océaniques est toutefois très variable.

  • Les familles des Phaethontidae des Sulidae, des Fregatidae des Spheniscidae et des Procellariidae ne comportent que des espèces marines. Dans la famille des laridés, les labbes (Stercorariidae), les bec-en-ciseaux (Rynchopinae) et les alcidés sont eux aussi exclusivement marins.
  • Trois familles comportent à la fois des espèces marines et continentales. Bien que fréquentant surtout les eaux douces (2 espèces seulement sont strictement marines), les pélicans sont intégrés aux oiseaux de mer. Les cormorans, eux, sont très majoritairement marins (28 espèces sur une quarantaine). Ce sont les laridés qui présentent la situation la plus complexe. Dans le groupe des goélands et des mouettes (Larinae), la plupart sont maritimes ou marins, au moins partiellement ou hors période de reproduction ; quelques espèces sont toutefois strictement continentales. Dans la sous-famille des Sterninae, les noddis sont strictement marins alors que les guifettes sont presque exclusivement continentales ; les sternes au sens strict comptent plus d'espèces marines que d'espèces cantonnées aux eaux douces.
Famille Subdivision Représentants Image Espèces
Laridés Stercorariidae labbes ou skuas Skua Runde2.jpg 6/8
Rynchopinae bec-en-ciseaux African Skimmers.jpg 3
Larinae goélands, mouettes Seagull on sale pier.jpg recompter
Sterninae sternes, guifettes, noddis Sandwich Tern perched.jpg recompter
Alcidae pingouins, guillemots/marmettes, macareux Tordalke01.jpg 22/24
Phaethontidés phaethons/pailles-en-queue Red tailed tropic bird.jpg 3
Sulidés fous Morus-bassanus Northern Gannet.jpg 7/9
Phalacrocoracidés cormorans Phalacrocorax carbo02.jpg 27/38
Pélécanidés pélicans Pelicano5.jpg 7/8
Frégatidés frégates Fregata magnificens1.jpg 5
Sphéniscidés manchots Emperor penguins.jpg 16/17
Procellariidés Procellariinae pétrels, puffins, fulmars, Southern Fulmar closeup.jpg 59/79
Diomedeinae albatros 070226 Campbell mollymawk off Kaikoura 1.jpg 13/14
Hydrobatinae océanites Lesp1.jpg 20/21

Caractéristiques des oiseaux de mer[modifier | modifier le code]

Quel que soit leur degré de dépendance vis-à-vis du milieu marin, les oiseaux de mer ne peuvent à proprement parler être considérés comme des organismes aquatiques. Ils font en effet partie des quelques groupes de vertébrés tétrapodes qui ont évolué pour prélever préférentiellement ou exclusivement leur alimentation en pleine eau. Aucun de ces animaux d'origine terrestre, tortues marines, serpents Hydrophiidae, oiseaux d'eau et mammifères marins, n'a en fait acquis la possibilité de respirer dans l'eau ; ils ont tous conservé leurs poumons, et dépendent donc de la surface pour leur respiration. Par ailleurs, parmi ces animaux, seuls les cétacés et les siréniens sont devenus totalement indépendants du milieu terrestre, ne sortant jamais de l'eau, même pour la parturition. Comme les phoques et comme les animaux ovipares (tortues, serpents), les oiseaux de mer doivent nécessairement regagner la terre ferme pour la ponte. Enfin, de tous ces animaux, ils sont ceux qui sont le plus dépendants du milieu terrestre puisque, contrairement aux serpents et aux tortues, ils doivent assurer eux-mêmes l'incubation des œufs et l'élevage des poussins jusqu'à leur indépendance. Pour cette raison, ils sont contraints de séjourner à terre pour des périodes souvent très longues.

Description[modifier | modifier le code]

L'éventail des tailles des oiseaux marins est extrêmement étendu. Alors que le plus petit, l'océanite minute (Oceanodroma microsoma) mesure moins de 15 cm pour un poids légèrement inférieur à 20 g, l'albatros hurleur (Diomedea exulans) peut atteindre 1,30 m pour un poids dépassant 11 kg chez certains mâles ; cet oiseau détient également le record d'envergure pour les oiseaux actuels, avec plus de 3,50 m.

Le plumage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : plume.
Coloration[modifier | modifier le code]
Les couleurs vives sont généralement portées par le bec ou les pattes (macareux cornu)

La caractéristique la plus évidente du plumage des oiseaux de mer est l'absence générale de couleurs vives. Quelques espèces sont certes colorées, mais les couleurs vives sont le plus souvent portées par le bec (macareux ou goélands par exemple), les pattes (fous, mouettes) ou des structures particulières comme la poche gulaire — dépourvue de plumes — des frégates. Le plumage proprement dit est presque systématiquement une combinaison de teintes blanches, noires, grises ou brunes (telles que l'on peut le voir sur les pingouins). Les rares exceptions à cette règle concernent de petits toupets de plumes dorées sur la tête de certains manchots (gorfous) ou alcidés du Pacifique (macareux huppé).

On s'est longtemps interrogé sur la signification de cette caractéristique générale. L'interprétation la plus classique avance l'idée qu'il s'agirait là de colorations cryptiques permettant une sorte de camouflage vis-à-vis à la fois de leurs prédateurs et de leurs proies. On a par exemple fait remarquer que la coloration du prion de la désolation était la même que celle des bâtiments de la Royal Navy[2]. Par ailleurs, la coloration presque systématiquement blanche du ventre de ces oiseaux piscivores les rendrait moins visibles pour les poissons dont ils se nourrissent.

Étanchéité[modifier | modifier le code]

Comme tous les oiseaux d'eau, mais plus que les espèces continentales en raison de leur présence sur toutes les mers du globe, y compris dans les régions polaires, les oiseaux marins, organismes homéothermes, sont soumis au fort pouvoir de refroidissement de l'eau. Leur capacité à coloniser les espaces océaniques, à y survivre et à s'alimenter sous l'eau dépend étroitement de leur aptitude à résister aux fortes contraintes thermiques que suppose la vie dans ces milieux. L'étanchéité du plumage leur est donc essentielle. Elle interdit à l'élément liquide d'entrer directement en contact avec la peau. Mieux, elle ménage entre la surface des plumes et le corps une couche d'air qui, avec le duvet, assure au mieux l'isolation thermique de l'animal en même temps qu'elle contribue de manière essentielle à sa flottabilité.

La structure poreuse déterminée par l'entrecroisement des barbes et des barbules des plumes suffirait pour expliquer l'étanchéité du plumage

On s'est aperçu très tôt de l'exceptionnelle imperméabilité des plumes des oiseaux de mer. Dès le début du XXe siècle, elle a même servi de modèle pour la mise au point des premiers vêtements imperméables[3]. Le mécanisme de l'étanchéité fait toutefois débat. En dépit du constat que, conformément au modèle textile, le seul agencement des plumes (entrecroisement des barbes et barbules) pouvait suffire pour expliquer l'étanchéité[4], on a longtemps cru que celle-ci était due à la présence de la sécrétion uropygienne quotidiennement appliquée sur l'ensemble du plumage par les oiseaux au cours de leurs longues séances de toilettage. Cette idée, désormais largement abandonnée, perdure aujourd'hui dans nombre de publications à l'usage du public[5]. Lors des premières grandes marées noires, cette conception fut à l'origine d'erreurs radicales dans les techniques de nettoyage des oiseaux mazoutés ; cela a conduit à l'échec total de certaines tentatives de réhabilitation, notamment lors de l'incident du Torrey Canyon en 1967[6].

Le plumage des cormorans ne se mouille que superficiellement

La question de l'imperméabilité du plumage des cormorans a longtemps été au cœur de ce débat. À l'issue de leurs séances de pêche, ces oiseaux aquatiques passent en effet de longs moments sur des reposoirs, les ailes étalées ; leur plumage est visiblement mouillé et ce comportement a par conséquent légitimement été interprété comme une phase de séchage. De nombreuses hypothèses ont été émises pour tenter d'expliquer cet apparent paradoxe que constitue un oiseau aquatique au plumage non étanche. Des erreurs aujourd'hui démenties[7] ont même été colportées à ce sujet — et restent répandues — comme la prétendue absence de glande uropygienne chez ces oiseaux ou son atrophie. Ce n'est qu'en 2005 que l'énigme a été résolue. Le plumage des cormorans est bien imperméable, ce qui est somme toute logique pour une espèce plongeuse. En revanche, les plumes sont constituées d'une couche externe mouillable, et d'une couche interne qui ne l'est pas. Le plumage n'est donc mouillé qu'en surface : pas plus que chez les autres oiseaux aquatiques, l'eau ne franchit la barrière du plumage ni n'envahit donc la couche d'air isolante[8].

La nage et la plongée[modifier | modifier le code]

Nage en surface[modifier | modifier le code]

À un moment ou un autre de leur histoire évolutive, tous les oiseaux de mer ont développé des adaptations à la nage en surface. L'exceptionnelle étanchéité du plumage en est une, qui conditionne leur flottabilité. Mais en témoigne aussi l'existence universelle de palmures, y compris chez les plus marins des limicoles que sont les phalaropes.

Certains toutefois y ont peu recours, ou pas du tout, en raison d'un mode de vie essentiellement aérien, en particulier pour l'alimentation. C'est surtout le cas pour les frégates qui, en dépit d'habitudes très hauturières et de palmures spécialement développées, ne se posent jamais sur la mer. C'est également vrai, quoiqu'à un moindre degré, pour les labbes qui ne chassent guère qu'au vol, ou au sol en période de reproduction. Tous les autres groupes se posent volontiers sur l'eau et s'y déplacent aisément.

En fait, la plupart des espèces ne fréquentent que la surface ou une tranche d'eau ne dépassant que de peu la longueur de leur corps. Il s'agit d'oiseaux très légers, dont la flottabilité est très élevée : goélands, sternes, becs en ciseaux, océanites, fulmars, etc. La pénétration dans la masse d'eau pose en effet aux oiseaux des problèmes très particuliers en raison de leur légèreté intrinsèque. Celle-ci est liée à la fois à leur adaptation au vol et au matelas d'air situé sous les plumes qui assure leur isolation thermique et leur flottabilité. Plonger un tant soit peu profondément représente donc pour eux une véritable difficulté et une importante dépense énergétique pour vaincre les forces tendant à les ramener en surface.

Plongeon[modifier | modifier le code]

Quelques espèces atteignent des profondeurs modérées (moins de 10 m) en plongeant en vol d'une certaine altitude. La vitesse acquise au cours du piqué suffit généralement, mais un complément de propulsion peut parfois être obtenu au moyen des pattes et des ailes. L'exemple le plus remarquable de cette technique est celui des fous. Le fou de Bassan plonge le plus souvent d'une hauteur d'une dizaine de mètres, percutant la surface de la mer à près de 100 km/h ; il atteint régulièrement des profondeurs inférieures à 5 m, mais pourrait occasionnellement descendre jusqu'à une quinzaine de mètres en nageant[9]. Les sternes, les pélicans et les phaethons utilisent aussi cette technique, mais atteignent des profondeurs moindres. Dans tous les cas, il s'agit plus de plongeons que de véritables plongées.

Plongée[modifier | modifier le code]

La véritable plongée, celle qui permet l'exploitation régulière de zones situées au-delà de 20 m de profondeur, ne concerne en réalité qu'un petit nombre d'espèces appartenant pour l'essentiel à trois groupes : les manchots, les alcidés et les cormorans. On peut y adjoindre quelques procellariiformes : les puffins et les pétrels-plongeurs ou puffinures. Les performances de ces oiseaux plongeurs sont toutefois remarquables.

Performances[modifier | modifier le code]

La connaissance des profondeurs de plongée est longtemps restée tributaire de techniques anecdotiques et peu précises :

  • l'observation directe, occasionnelle, par des plongeurs ou à partir de submersibles ;
  • les captures accidentelles dans des engins de pêche dont on connaissait les profondeurs d'immersion.

La deuxième méthode est celle qui a été la plus souvent employée, mais il était difficile de s'assurer que les oiseaux n'avaient pas été pris lors de la descente ou de la remontée des engins, plus près de la surface que la profondeur d'immersion.

Les perspectives ont changé de manière radicale dans les années 1980 du fait de l'utilisation d'enregistreurs fixés aux oiseaux eux-mêmes[10]. Le perfectionnement et la miniaturisation des appareils ont depuis lors provoqué une multiplication des études dédiées à ce sujet. En dépit des progrès réalisés, il subsiste toutefois un certain nombre de problèmes de précision des mesures, et certains auteurs ont souligné la nécessité éthique de prendre en compte la capacité des oiseaux manipulés à supporter sans dommage les appareillages dont on les équipe[11].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Le vol[modifier | modifier le code]

régimes & modes d'alimentation[modifier | modifier le code]

  • tous zoophages
  • diversité de comportements

dépendance du milieu marin[modifier | modifier le code]

Les oiseaux marins disposent des glandes à sel comme on en rencontre chez certains reptiles, iguanes ou tortues marines et qui leur permettent d'excréter les surplus de sel[12].

  • espèces côtières
  • espèces hauturières

les migrations[modifier | modifier le code]

reproduction[modifier | modifier le code]

  • nécessité du retour à terre (ovipares)
  • reproduction coloniale
  • milieux occupés

profils démographiques[modifier | modifier le code]

  • survie
  • fécondité
  • échanges

Menaces et conservation[modifier | modifier le code]

Fluctuations naturelles[modifier | modifier le code]

Les populations d’oiseaux d’eau (hivernants ou non) sont soumises à des fluctuations naturelles. Ces dernières sont difficiles à rapidement évaluer et parfois à expliquer, en raison des difficultés de comptage (brouillard, pluie, évaluation complexes des populations parfois très denses de limicoles ou des oiseaux de mer…), et de multiples facteurs qui les influencent ; mobilité des oiseaux qui peuvent déplacer certaines colonies, impact des aléas climatiques(vagues de froid, gel des étangs et plans d’eau, phénomènes El Nino), épidémies, pollutions (dont pollution lumineuse auquel plusieurs espèces sont particulièrement sensibles), et autres interactions avec l'Homme.

Les oiseaux de mer et l'homme[modifier | modifier le code]

Les hommes utilisent depuis longtemps les oiseaux de mer pour connaitre la météo, et pour retrouver l'emplacement des terres. On pense que les polynésiens ont ainsi pu trouver les îles du Pacifique qu'ils habitent actuellement. Les oiseaux de mer ont, comme leurs œufs, également servi de repas. À l'occasion ils ont pu servir d'appât pour la pêche au gros. Ils ont aussi été une source de nourriture pour l'homme (oiseaux ou leurs œufs). Au début du XXe siècle, le guano, riche engrais issu des fientes d'oiseaux marins, est devenue une ressource convoitée et importante pour certains pays, comme l'Argentine.

Vers la fin du XIXe siècle, la mode des plumes était telle que l'activité, connue sous le nom de « plumasserie », avait acquis un statut industriel. En Amérique cinq millions d'oiseaux étaient tués annuellement pour cet usage. Les plumes des oiseaux de mer étaient particulièrement prisées en raison de leur résistance ; de ce fait, l'industrie de la plume a été considérée comme l'un des facteurs responsables du déclin des populations d'oiseaux marins dans bon nombre de régions de l'Atlantique Nord à cette époque[13]. De tels chiffres mobilisèrent l'opinion publique et des mouvements anti-plume furent créés afin que seules les plumes d'oiseaux domestiques soient utilisées.

La relation avec les pêcheurs[modifier | modifier le code]

Les pêcheurs utilisent depuis des siècles les espèces marines dont les oiseaux pour localiser les bancs de poissons et le potentiel d'une côte[14]. Les pratiques de pêche traditionnelle aux cormorans dans le sud-ouest de la Chine, où les hommes élèvent ces oiseaux pour qu'ils pêchent pour eux, est menacée de disparaitre et risque à l'avenir de n'être réduite, comme au Japon, qu'à une attraction touristique.

Article détaillé : Pêche au cormoran.

Les entreprises pratiquants l'aquaculture considèrent les oiseaux marins comme une nuisance, les oiseaux pouvant prélever une partie de leur stock[15]. C'est également le cas des pêcheurs à la palangre. Cependant ils sont des bien moindre prédateurs que les autres espèces de poissons ou de mammifères marins.

La relation des côtiers-pêcheurs avec les oiseaux de mer est complexe, en effet ils profitent de la présence des oiseaux, mais certaines espèces ont également su tirer parti de la présence humaine. En effet, par exemple, elles consomment les poissons et les abats rejetés par les pêcheurs. On estime que 30 % de la nourriture des oiseaux de mer vivant en mer du Nord est issue des rejets de pêche, ce qui peut représenter jusqu'à 70 % du total des produits alimentaires de certains populations d'oiseaux[16]. L'impact est positif sur certaines espèces d'oiseaux comme le Fulmar boréal qui vit plus au sud depuis quelques années[17], les fous de Bassan, les pétrels, mais se fait au détriment des espèces plongeuses comme les petits pingouins. Sur un long terme, on estime que la pêche est nuisible sur les espèces vivant particulièrement longtemps et à faible taux de reproduction, comme les Albatros.

Les prises accidentelles d'oiseaux marins par des lignes ou filets ont un impact important sur le nombre d'oiseaux de mer, par exemple, on estime que 100 000 albatros sont pris et noyés chaque année sur lignes de palangre aux thons[18],[19]. Plusieurs centaines de milliers d'oiseaux sont tués chaque année de cette manière, c'est problématique pour certaines espèces rares comme pour l'Albatros à queue courte dont il ne reste plus qu'environ 1000 spécimens connus.

Une influence humaine forte sur les populations[modifier | modifier le code]

La plupart des oiseaux de mer sont aujourd'hui protégés, cependant de nombreuses espèces sont fortement menacées, à la fois par la destruction de leur habitat sur les côtes, par la pêche ainsi environ 300 000 oiseaux seraient accidentellement pêchés à la palangre, mais aussi par la famine, les parents ne parvenant plus à nourrir correctement leurs petits vraisemblablement à cause de la surpêche.

Les espèces de mouettes et les goélands comme le goéland argenté, menacés en Europe dans les années 1970, ont été protégées sur le territoire[20]. Aujourd'hui avec la multiplications des décharges à ciels ouvert plusieurs espèces ne sont plus menacées et ont même étendu leur territoire à l'intérieur des terres en hiver, en suivant les cours d'eau[21]. À tel point que la population de certaines espèces comme le Goéland leucophée doit être limitée, notamment sur les côtes méditerranéennes pour diminuer l’impact de celle-ci sur l'environnement[22].

Le mode de nidification des oiseaux de mer (nids souvent posés à même le sol au sein de vastes colonies, sur des îles isolées) les rend très vulnérables aux intrusions humaines et à la prédation de leurs œufs par des espèces introduites par l'homme comme les rats, les chats harets ou les chiens marron. En effet, ces oiseaux ont perdu tout comportement instinctif de défense contre ce genre de prédation[23]. En sus, des herbivores comme les chèvres, les lapins, bovidés peuvent détruire également la végétation essentielle aux oiseaux ou au maintien des sols[24]. Les humains qui visitent les sites, perturbent également leur nidification, pouvant faire fuir les oiseaux qui laissent alors leurs nids sans protection.

Oiseaux englués après le naufrage de l'Exxon Valdez en 1989

L'influence exacte de la pollution de l'eau, contaminant le plancton puis les poissons est mal connue, mais les taux de produits chimiques dangereux accumulés dans leurs graisses, laissent penser que la santé des populations d'oiseaux marins en est fragilisée. Par exemple, le DDT crée des troubles du développement embryonnaire[25]. Les pollutions exceptionnelles telles que les marées noires et dégazages peuvent engluer les oiseaux, réduisant la capacité de leurs plumes à les protéger du froid, leur capacité de mouvement[26] et les empoisonnant par ingestion dès lors qu'ils tentent par réflexe de nettoyer leurs plumes. Ces oiseaux meurent alors entre autres de froid, d'insuffisance rénale, de déshydratation, d'hémolyse et d'hépatite[26].

Protection[modifier | modifier le code]

La prise de conscience qu’il faut protéger les oiseaux est ancienne, puisqu'en 676 Cuthbert de Lindisfarne édicte ce qui pourrait bien être la première loi de protection des oiseaux sur les îles Farne. Alors que de nombreuses espèces sont disparues au XIXe siècle comme le Grand pingouin ou le Cormoran à lunette, le Canard du Labrador disparus dès 1875, c’est à la fin du siècle que sont apparues les premières lois sur la protection des oiseaux et la réglementation de la chasse ou du plomb de chasse (cause de saturnisme aviaire ayant tué de très nombreux oiseaux).

Ce n'est qu'à la fin du XXe siècle que la protection des oiseaux s'est accompagnée de celle d'une partie de leurs habitats (gestion conservatoire ou restauratoire des lagunes, estuaires, grandes vasières, sites d’hivernage, zones de reposoir…) et de leurs ressources alimentaires, avec une régulation du statut d'espèces chassables ou non sur des bases scientifiques ; avec différents accords ou conventions internationales

S'ajoute aussi à cela les zones Natura 2000 : Directives Habitat et directives Oiseaux visant à proteger les animaux et leurs habitats.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche Indicateur Oiseau / Littoral, pages "indicateurs" (voir rubrique "nature et biodiversité" de l'observatoire du littoral
  2. Gaston, Anthony J. (2004). Seabirds: A Natural History. New Haven:Yale University Press, ISBN 0-300-10406-5
  3. Schwartz, F.F. (1939). Process for the production of waterproof fabrics permeable to air. United States Patent and Trademark Office, Patent number : 2149750.[1]
  4. Rijke, A.M. (1967). The water repellency and feather structure of cormorants, Phalacrocoracidae. Ostrich 38: 163-165.
  5. Certains sites[2] résument toutefois très correctement la question.
  6. Newman, S. H., Ziccardi, M.H., Berkner, A.B., Holcomb, J., Clumpner, C. & Mazet, J.A.K. (2003). A historical account of oiled wildlife care in California. Marine Ornithology 31: 59-64.
  7. (en) Montalti, D. & Salibián, A., « Uropygial gland size and avian habitat », Ornitologia Neotropical, vol. 11,‎ 2000, p. 297–306 (lire en ligne)
  8. (en) Grémillet, D., Chauvin, C., Wilson, R.P., Le Maho, Y. & Wanless, S., « Unusual feather structure allows partial plumage wettability in diving great cormorants. », Journal of Avian Biology, vol. 36,‎ 2005, p. 57-63 (résumé).
  9. Nelson, J.B. (1978). The gannet. Poyser, Berkhamsted : p. 222.
  10. Burger A.E. & Simpson M. (1986). Diving depths of Atlantic puffins and common murres. Auk 103:828–830.
  11. Wilson, R.P., Grémillet, D., Syder, J., Kierspel, M.A.M., Garthe, S., Weimerskirch, H., Schäfer-Neth, C., Scolaro, J.A., Bost, C.-A., Plötz, J. & Nel, D. (2002). Remote-sensing systems and seabirds: their use, abuse and potential for measuring marine environmental variables. Marine Ecology Progress Series, 228 : 241–261.
  12. Antoine Morin, « Les Oiseaux », Université d'Ottawa
  13. Ratcliffe, N.. Causes of seabird population change. In Mitchell, P. et al. 2004. Seabird populations of Britain and Ireland. Poyser, London, p. 407-441
  14. (en) Au, D.W.K. & Pitman, R.L., « Seabird interactions with Dolphins and Tuna in the Eastern Tropical Pacific. », Condor, vol. 88,‎ 1986, p. 304–317 (lire en ligne)
  15. (en) Collis, K., Adamany, S. - Columbia River Inter-Tribal Fish Commission, Roby, D.D., Craig, D.P., Lyons, D.E., Avian Predation on Juvenile Salmonids in the Lower Columbia River, 1998 Annual Report to Bonneville Power Administration, Portland, Oregon, Oregon Cooperative Fish and Wildlife Research Unit,‎ 2000 (lire en ligne)
  16. (en) Oro, D., Ruiz, X., Pedrocchi, V. & Gonzalez-Solis, J., « Diet and adult time budgets of Audouin's Gull Larus audouinii in response to changes in commercial fisheries », Ibis, vol. 139,‎ 1997, p. 631–637 (résumé)
  17. (en) Thompson, P.M., Identifying drivers of change; did fisheries play a role in the spread of North Atlantic fulmars?, Management of marine ecosystems: monitoring change in upper trophic levels, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2004 (lire en ligne)
  18. (en) « the_problem.asp Save the Albatross: The Problem »,‎ 2005
  19. (en) Brothers NP., « Albatross mortality and associated bait loss in the Japanese longline fishery in the southern ocean. », Biological Conservation, vol. 55,‎ 1991, p. 255–268
  20. (fr) « Au sujet des mouettes », sur meeuwenindestad.be
  21. Gilles Mourgaud, « Hivernage du Goéland brun Larus fuscus en Maine-et-Loire au cours des années quatre-vingt-dix. », LPO
  22. « La protection des espèces et des milieux », sur ilesdemarseille.fr
  23. (en) Moors, P.J.; Atkinson, I.A.E., Predation on seabirds by introduced animals, and factors affecting its severity., Status and Conservation of the World's Seabirds, Cambridge, ICBP,‎ 1984 (ISBN 0-946888-03-5)
  24. (en) Carlile, N., Proiddel, D., Zino, F., Natividad, C. & Wingate, D.B., « A review of four successful recovery programmes for threatened sub-tropical petrels », Marine Ornithology, vol. 31,‎ 2003, p. 185–192
  25. (en) Fry, D. & Toone, C., « DDT-induced feminization of gull embryos », Science, vol. 213, no 4510,‎ 1981, p. 922–924
  26. a et b (fr) Littoral 85, « Les Oiseaux de Vendée "Beauté et horreur" », sur futura-sciences.com,‎ 15 mai 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cadiou, B., Pons, J.M., Yésou, P., 2004. Oiseaux marins nicheurs de France métropolitaine (1960-2000). Éditions Biotope, Mèze, 218 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]