Jan Karski

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Karski.

Jan Karski

Description de cette image, également commentée ci-après

Jan Karski

Nom de naissance Jan Kozielewski
Naissance
Łódź
Décès (à 86 ans)
Washington
Nationalité polonais

Jan Karski, de son vrai nom Jan Kozielewski, né le à Łódź et décédé le à Washington, est un résistant polonais de la Seconde Guerre mondiale, courrier de l'Armia Krajowa (Armée polonaise de l'intérieur), devenu professeur de relations internationales aux États-Unis.

Biographie[modifier | modifier le code]

Karski échappe à Katyn[modifier | modifier le code]

En 1939, ce jeune catholique est employé au ministère polonais des Affaires étrangères, où de brillants débuts semblent lui promettre une belle carrière diplomatique[1]. Durant la campagne de septembre 1939, il est fait prisonnier par les Soviétiques. Dissimulant sa qualité d'officier, il obtient d'être remis aux mains des Allemands dans le cadre d'un échange de simples soldats polonais entre l'Allemagne et l'URSS. Il échappe ainsi à l'élimination de l'élite polonaise à laquelle se livre l'URSS et dont le massacre de Katyń est l'épisode le plus connu[2].

Activités de résistance dans l'Europe continentale[modifier | modifier le code]

En novembre 1939, il réussit à s'évader d'un transport de prisonniers, arrive à Varsovie et rejoint la Résistance, au sein de laquelle son frère aîné Marian, qui était chef de la police de Varsovie, joue déjà un rôle important. À partir de janvier 1940, Jan Karski prend part aux missions de liaison avec le gouvernement polonais en exil à Angers en France.

Le rapport de 1940 sur les territoires occupés par l'URSS[modifier | modifier le code]

À la demande de Stanisław Kot, ministre de l'Intérieur du gouvernement en exil, Karski remet en février 1940 des rapports sur la situation en Pologne. La femme de Kot était juive, et il lui avait dit être inquiet pour sa famille restée en Pologne[3].

Un des rapports de Karski est intitulé « La situation des Juifs dans les territoires occupés par l'URSS ». Karski y écrit que, grâce à leur capacité d'adaptation, les Juifs sont devenus florissants dans les territoires en question; ils ont conquis des postes-clés dans les cellules politiques et sont largement représentés dans divers secteurs, principalement le commerce; mais par-dessus tout, ils pratiquent l'usure, l'exploitation, le commerce illégal, la contrebande, le trafic des devises et des spiritueux, le proxénétisme et l'approvisionnement de l'armée d'occupation; la population polonaise les voit comme des alliés enthousiastes de l'envahisseur communiste et Karski pense que c'est une vue juste, mais l'attitude des Juifs, particulièrement celle de Juifs de condition modeste, lui semble compréhensible, vu les avanies qu'ils avaient subies de la part des Polonais; il considère cependant comme indéfendables les nombreux actes de délation commis par des Juifs, parfois membres de la police, contre des étudiants polonais nationalistes ou contre des Polonais notables, ainsi que le tableau calomnieux qu'ils peignent des relations entre Polonais et Juifs dans la Pologne d'avant la guerre; ces conduites sont malheureusement plus fréquentes chez les Juifs que les preuves de loyalisme envers la Pologne[4].

Les deux rapports contradictoires de 1940 sur les territoires occupés par l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Karski rédige aussi un rapport sur le sort des Juifs dans les territoires polonais occupés par les Allemands. Selon ce rapport, une grande partie de la population polonaise se réjouit de la façon dont les Allemands débarrassent la Pologne des Juifs. Karski joint cependant à ce rapport une version, destinée à la propagande, où l'hostilité des Polonais envers les Juifs est remplacée par un sentiment croissant de solidarité[5].

Propagande noire[modifier | modifier le code]

Fait prisonnier par la Gestapo en Slovaquie en juin 1940 et terriblement torturé (il tente de se suicider), il s'échappe de l'hôpital de Nowy Sącz avec l'aide de la Résistance. En 1941, dans le cadre de l'Action N (en), il fait imprimer et distribuer aux soldats allemands des tracts rédigés en allemand, qui sont de la "propagande noire"[6],[7]. Il participe ensuite aux activités du Bureau d'information et de propagande (en) de l'Armée secrète, où sa tâche est d'abord d'analyser les publications des divers groupes résistants, puis les émissions des radios alliées et neutres[8].

Mission à l'Ouest[modifier | modifier le code]

En Angleterre[modifier | modifier le code]

En , il part en mission, sous l'identité d'un travailleur français de Varsovie, traversant l'Allemagne, la France, l'Espagne, pour gagner Londres via Gibraltar. Il est chargé par la Résistance polonaise de transmettre au Gouvernement polonais en exil et à son Premier ministre, le général Władysław Sikorski, ainsi qu'aux représentants des partis politiques polonais en exil, des comptes-rendus de la situation en Pologne.

Il arrive à Londres le 25 novembre 1942. Les microfilms[9] qu'il transportait, acheminés par une autre voie[10], l'avaient précédés de dix jours. Ces microfilms contenaient des informations sur le déroulement de l'extermination des Juifs en Pologne occupée, et sur la base de ces écrits le Gouvernement polonais à Londres transmit aux Gouvernements Alliés, entre fin novembre et début , un des rapports les plus précoces, précis et accablants sur l'extermination des Juifs en Pologne occupée par l'Allemagne nazie[11], rapport à la suite duquel, le , les Alliés dont la France libre, publièrent une déclaration commune condamnant la mise en application des intentions d'Hitler concernant l'extermination des Juifs d'Europe[12]. En 2014, toutefois, W. Rappak[13] a noté qu'il n'y a pas de preuve documentaire de l'existence d'informations sur les Juifs dans le « courrier » acheminé par Karski. D'ailleurs, quand il arrive à Londres, Karski remet à Sikorski un long rapport où il n'y a pas un mot sur le sort des Juifs[14].

Lors de ce voyage à l'Ouest, Karski raconte que, peu avant son départ, il était entré clandestinement dans le ghetto de Varsovie et dans un camp d'extermination afin de pouvoir témoigner plus tard[15]. Les informations qu'on a sur sa visite au camp reposent toutes sur ses propres témoignages. C'est le cas, par exemple, d'un passage du livre de Jan Nowak[16]. Karski disait, au départ, que le camp d'extermination dans lequel il avait pénétré était celui de Belzec, mais les descriptions qu'il donnait de ce qu'il croyait être Belzec ne correspondaient pas avec ce que l'on en sait[17]. D'après ses biographes, E. Thomas Wood et M. Jankowski, il s'agirait en fait du camp de tri proche d'Izbica Lubelska (en)[18],[17]. Plusieurs historiens ont accepté cette théorie, ainsi que Karski lui-même. Karski disait aussi que pour pénétrer dans le camp, il avait endossé l'uniforme d'un gardien estonien et avait été accompagné par un autre gardien, estonien lui aussi. Ce point ayant soulevé des critiques, il parlera plus tard de gardiens ukrainiens[19].

Sa mission le conduit d'abord en Grande-Bretagne, où il rencontre notamment le ministre britannique des Affaires étrangères, Anthony Eden, et Lord Selborne, ministre chargé du Special Operations Executive (SOE). Karski a raconté qu'après avoir écouté la relation de ses visites au ghetto de Varsovie et au camp de Belzec, Lord Selborne lui dit : « Monsieur Karski, pendant la Première Guerre mondiale, nous avons lancé de la propagande selon laquelle des soldats allemands écrasaient les têtes de bébés belges contre les murs. Je pense que nous faisions un bon travail. Nous devions affaiblir le moral allemand, soulever l'hostilité contre l'Allemagne. C'était une guerre très sanglante. Nous savions que cette histoire était fausse. Parlez de ce qui vous préoccupe, délivrez votre message. Efforcez-vous d'indigner l'opinion publique. Je veux que vous sachiez que vous contribuez à la cause des Alliés. Nous avons besoin de cette sorte de rapports. Votre mission est très importante. » Karski ajoute : « Il me disait clairement : 'Monsieur Karski, vous savez et je sais que votre récit n'est pas vrai[20].' »

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Karski se rend ensuite aux États-Unis.

Comme en Grande-Bretagne, il y rencontre des leaders de la communauté juive. C'est ainsi que Jan Ciechanowski, ambassadeur du gouvernement polonais en exil, obtient que Karski ait, le 5 juillet 1943, un entretien à l'ambassade avec Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême des États-Unis et lui-même juif. Frankfurter, qui avait quelques mois auparavant réagi de façon cavalière à des récits d'atrocités nazies qui lui étaient présentés par Nahum Goldmann (il avait immédiatement parlé d'autre chose[21]), dit après avoir écouté l'histoire de Karski : « Monsieur Karski, un homme comme moi parlant à un homme comme vous doit être tout à fait franc. Je dois donc vous dire que je suis incapable de vous croire. » L'ambassadeur ayant protesté contre ce qu'il perçoit comme une accusation de mensonge et un outrage au gouvernement polonais en exil, Frankfurter répond : « M. l'ambassadeur, je n'ai pas dit que ce jeune homme mentait. J'ai dit que je suis incapable de le croire. Ce n'est pas la même chose. » (« Mr. Ambassador, I did not say this young man is lying. I said I am unable to believe him. There is a difference[22],[23]. »).

Wood et Jankowski, biographes de Karski, conjecturent que c'est à cause de l'incrédulité de Frankfurter que Karski, comme cela semble bien résulter des archives et de ses propres souvenirs, évita de mentionner ses constatations oculaires dans les entretiens qu'il eut par la suite avec des représentants du gouvernement américain. Il observe par exemple ce silence au cours d'une audience qui lui est accordée le 28 juillet 1943 par le président Franklin Delano Roosevelt et où il évoque les atrocités nazies contre les Juifs sans se présenter comme témoin direct. En revanche, il fera encore état de ses expériences personnelles lors de rencontres avec des dirigeants juifs[24].

Le général Sikorski transmet[Quand ?] aux gouvernements britannique et américain plusieurs éléments des rapports et informations apportés par Karski, dont l'extermination des Juifs européens en Pologne, information qui est aussi communiquée à divers politiques, évêques et personnalités, mais se heurte à l'incrédulité. Cependant Paul Bouchon rend compte de cette information dans l'émission radiophonique Les Français parlent aux Français du [25].

Le livre de 1944[modifier | modifier le code]

En 1944, Karski écrit Story of a Secret State (Histoire d'un État secret)[26], livre consacré à l'État clandestin polonais et à la résistance polonaise, une des plus importantes, sinon la plus importante, en Europe. L'agent d'édition de ce livre est Emery Reves, connu aussi pour avoir édité le livre suspect Hitler m'a dit de Hermann Rauschning et le livre I paid Hitler, de Fritz Thyssen, auquel il semble avoir ajouté des éléments qui ne provenaient pas de Thyssen. Reves interdit à Karski toute critique envers l'URSS, s'arroge le droit de rendre le texte plus attrayant et exige la moitié des droits d'auteur[27].

Selon E.T. Wood et S.M. Jankowski, biographes de Karski, Story of a Secret State est une source valable, mais souvent non fiable : des raisons de sécurité (la guerre n'était pas finie quand le livre parut) ont obligé Karski à y inclure une quantité appréciable de désinformation; des considérations diplomatiques lui interdisaient de divulguer certains de ses contacts à Londres et à Washington; enfin, pour les besoins de la propagande du gouvernement polonais en exil et dans l'intérêt financier de l'éditeur du livre, il a été fait usage de « licences dramatiques[28] ».

Publié en 1944, en pleine guerre, ce livre est le résultat de trois influences, dont résulta un best-seller (plus de 400 000 exemplaires[29]), mais trop grand-public pour satisfaire des historiens sourcilleux. Il y avait d'abord le gouvernement polonais, qui voulait un film ou au moins un livre à succès dans l'espoir d'obtenir le soutien des États-Unis contre Staline qui s'apprêter à vassaliser la Pologne ; il censurait la rédaction selon la conjoncture diplomatique. Ensuite l'éditeur qui voulait vendre beaucoup, et qui tendait à simplifier voire romancer (ainsi au ch. 30 l'allusion aux préparatifs de l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui constitue un anachronisme). Enfin Karski, qui sut imposer son style à l'éditeur, et en dire beaucoup sur les faits et structures de l'Armée secrète, mais était tenu par la nécessité de coder les noms, de transposer des faits, pour ne pas aider la Gestapo et mettre en péril les résistants en Pologne[30]

Carrière aux États-Unis après la guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Karski enseigne les sciences politiques et plus précisément les relations internationales à l'université de Georgetown à Washington. Il s'engage aussi dans le combat contre le second totalitarisme qu'il a connu : le communisme soviétique. En 1954, il est naturalisé américain.

À partir de la fin des années 1970, son témoignage est à nouveau sollicité et il est souvent amené à parler de la guerre et de la Shoah[31]. Walter Laqueur le cite dans son livre Le terrifiant secret. La « solution finale » et l'information étouffée (1980)[32]. Laqueur avait également rencontré Gerard Riegner, du Congrès juif mondial, qui avait envoyé le un télégramme au Foreign Office l'informant des mesures prises par Hitler dans le cadre de la « Solution finale »[33].

En 1981, lors de la « Conférence Internationale des Libérateurs » à Washington, Karski revient sur sa propre expérience de témoin du génocide commis par les nazis[31].

En 1994 une biographie, Karski : How One Man Tried to Stop the Holocaust, lui a été consacrée, écrite par Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski[18],[31].

En 1999, un an avant sa mort survenue le , a été enfin publiée une édition polonaise de son livre, dans laquelle des précisions sont apportées, notamment sur l'identité des personnes dont le nom avait dû être codé.

En 1982, il a été reconnu Juste parmi les nations et, en 1994, fait citoyen d'honneur de l'État d'Israël[34].

Interview pour le film Shoah[modifier | modifier le code]

Jan Karski fait partie des témoins interrogés par Claude Lanzmann dans le film Shoah paru en 1985. Le réalisateur y diffuse une partie de l'entretien qu'il a eu avec lui, chez Karski, pendant deux jours, en octobre 1978, sans inclure la partie de son témoignage relatif à sa mission d'information des Alliés au nom de la Résistance polonaise, ni sa visite du camp d'extermination près de Belzec. Karski y relate ses rencontres cauchemardesques dans le ghetto de Varosvie et les missions que lui avaient confiées deux responsables juifs polonais, l’un appartenant à la tendance sioniste et l’autre au Bund. On lui demandait d'informer le plus grand nombre de dirigeants politiques et de personnalités juives à travers le monde de l’horreur qu'étaient en train de vivre les Juifs, et de convaincre les Alliés de « faire savoir à la population allemande que des bombardements de représailles [seraient] effectués si l'extermination n'[était] pas interrompue ». Il relate précisément ses deux visites dans le ghetto, étant entré par les caves d’un immeuble qui donnait à la fois dans le ghetto et dans la ville, en compagnie du responsable du Bund, qui lui avait proposé de faire cette visite, pour rendre son témoignage plus convaincant.

Il déclare notamment dans son récit :

« Je n’étais pas préparé à ce que j’ai vu, personne n’avait écrit sur une pareille réalité, je n’avais vu aucune pièce, aucun film [...] je savais que des gens mouraient, mais ce n’était pour moi, que des statistiques.

« Ce n’était pas l’humanité, on me disait qu’ils étaient des êtres humains, mais ils ne ressemblaient pas à des êtres humains, ce n’était pas le monde, je n’appartenais pas à cela. C’était une sorte d’enfer, les rues étaient sales, crasseuses, et pleines de gens squelettiques, la puanteur vous suffoquait, il régnait de la tension, de la folie dans ce lieu. Des mères allaitaient leurs bébés dans la rue, alors qu’elles n’avaient pas de seins. Les dépouilles étaient déposées, nues, à même le sol, car les familles n’avaient pas les moyens pour leur payer une sépulture, chaque haillon comptait dans ce lieu, tout s’échangeait, tout se vendait pour survivre, et de ce fait, les dépouilles étaient laissées sur le trottoir, en attendant d’être ramassées par un service spécial. Et, marchant à côté du responsable du Bund, qui avait changé d’allure dans sa façon de se mouvoir, le dos courbé, pour se fondre dans la masse et ne pas se faire remarquer, il m’arrivait de lui demander ce qu’il arrivait à tel ou tel Juif, debout, immobile, les yeux hagards, il me répondait toujours, ils se meurent, souvenez-vous, ils se meurent, dites-leur là-bas [...] »

Par la suite, tout en saluant la qualité et la cohérence du film de Lanzmann (« sans aucun doute le plus grand film qui ait été fait sur la tragédie des Juifs »[35]), Karski regrettera que les passages de leur entretien sur le rôle des Polonais dans l'aide aux Juifs n'aient pas pu être diffusés, car « cette limitation rigoureuse du sujet du film donne l'impression que les Juifs ont été abandonnés par l'humanité entière devenue insensible à leur sort. Cela est inexact et, de surcroît, déprimant »[35]. — Cependant, suite à la publication d'un roman contestable et pour rétablir la vérité[36], Lanzmann eut à cœur de monter un autre film, Le rapport Karski, plus de 40 min de l'interview de Karski en 1978, notamment la partie haute en couleur de son entretien avec Roosevelt[37], et celle bouleversante de son entretien avec le Chief Justice Frankfurter.

Contestations[modifier | modifier le code]

Le témoignage de Karski, dont le livre est paru en 1944, lorsque la guerre mondiale faisait encore ragea été mis en doute par trois catégories d'intervenants. D'abord par la propagande de Staline, que toute manifestation du patriotisme polonais gênait. – Ensuite par des historiens contestant des détails, parfois effectivement erronés (comme le camp d'extermination visité, qui était celui d'lzbica Lubelska, sur la route de Belzec, et non le camp de Belzec), ou parfois volontairement transposés pour raison diplomatique (nationalité ukrainienne, et non estonienne, du garde qui l'accompagne dans ce camp[38]) ou de prudence (modification des noms de personnes pouvant, en 1944, être menacées). – Enfin par une sorte d'agacement que l'évocation de la Shoah parfois génère, quoique Karsi disait nettement que l'extermination des Juifs de Pologne et d'Europe par Hitler n'était pas la seule, ni même la principale de ses préoccupations[39].

Réserves de Raul Hilberg[modifier | modifier le code]

Raul Hilberg, auteur du monumental La Destruction des Juifs d'Europe qui, de façon générale, est réticent à utiliser des témoignages dans ses ouvrages historiques[40], a exprimé les réserves suivantes sur le témoignage de Jan Karski.

En 1986, il déclarait : « Je ne mettrais pas son nom comme référence dans l'un de mes livres »[41].

En 1992, dans son livre Exécuteurs, victimes, témoins, il relevait comme peu vraisemblable la nationalité "estonienne" du gardien dont Karski avait emprunté l'uniforme et de celui qui l'avait accompagné dans le camp[42], car la seule nationalité attestée des gardes non allemands de Belzec était ukrainienne. Il notait aussi que, contrairement à ce que disait Karski, les Juifs détenus à Belzec ne provenaient pas de Varsovie et ne quittaient pas le camp dans des trains où ils devaient mourir, mais étaient tués dans les chambres à gaz du camp[43].

Cependant ces divergences de détail sont peu nombreuses (deux principales : 1) camp sur la route de Belzec et non de Belzec ; 2) gardes ukrainiens et non estoniens) et il en advient souvent entre les récits de témoins pris dans l'action et les recherches subséquentes d'historiens. Des solutions à ces difficultés ont été proposées dans la biographie de Karski parue en 1992[44], et dans l'édition polonaise de son livre en 1999[45], que les notes des rééditions françaises détaillent précisément[46]. — Il est à remarquer que Hilberg n'apporte pas de preuve mais suggère seulement, et avec beaucoup de peut-être, qu'il pourrait s'agir d' « ajouts à ce dont il avait eu personnellement connaissance (visant) peut-être à retenir l'attention et mobiliser les consciences de tous ceux à qui il parla. Il crut peut-être que ce renchérissement était justifié, et peut-être refusa-t-il d'y voir une forme de contamination. »[17] [47]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Karol Badyna: Banc Jan Karski à Łódź
Karol Badyna: Banc Jan Karski à l'Université de Tel Aviv

En 1991, l'Université du Michigan a décerné la Médaille Wallenberg à Jan Karski. Le titre de Docteur honoris causa lui a été remis par les universités Georgetown, de l'Oregon, de Varsovie, de Łódź, de Marie Curie-Skłodowska, et par le Collège hébraïque de Baltimore.

Une statue de Karski a été érigée à New York (angle 37th Street / Madison Avenue, rebaptisé Jan Karski Corner), et des bancs-statues dus au sculpteur Karol Badyna ont été installés dans le monde (à Kielce, Łódź et Varsovie en Pologne, sur le campus de l'Université catholique de Georgetown à Washington, et sur celui de l'Université de Tel Aviv en Israël.

Le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem lui a décerné le titre de Juste parmi les nations en 1982, car « quoiqu'il n'ait pas sauvé de Juifs… il a risqué sa vie afin d'alerter le monde » (Yad Vashem) ; un arbre à son nom y a été planté. Enfin l'État d'Israël l'a nommé citoyen d'honneur en 1994.

En 1998 Karski est décoré en Pologne de l'Ordre de l'Aigle blanc[48], la plus haute distinction civile polonaise, et de l'Ordre de Virtuti Militari[49], la plus haute distinction militaire.

Après son décès a été fondée la Société Jan Karski, qui préserve sa mémoire et administre le Jan Karski Eagle Award, établi par lui-même en 2000 afin de récompenser le « service humanitaire pour autrui » ; elle est devenue en 2011 la Jan Karski Educational Fondation.

La plus haute décoration civile américaine, la Médaille présidentielle de la liberté a été décernée à Karski à titre posthume par le Président Obama en 2012.

Enfin Le Musée d'histoire de Pologne et l'Institut culturel de Google ont lancé l'exposition virtuelle Jan Karski, héros de l'humanité.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits de Jan Karski
  • Jan Karski, Story of a Secret State, Boston, Houghton Mifflin Company,‎
    aperçu Google de la rédition Penguin 2011. Le livre a été réédité fidèlement en 2012 par Penguin Classics, mais avec la traduction d'additions que Karski avait apportées au texte dans l'édition polonaise de 1999[50].
  • Jan Karski, Mon témoignage devant le monde - Histoire d'un État secret, Éditions Self,‎
    Première édition française de Story of a Secret State, 1944.
  • Jan Karski, The Great Powers and Poland, 1919-1945: From Versailles to Yalta, University Press of America,‎ (ISBN 0-81914399-5)
    Aperçu Google d'une réédition de 2014.
  • Jan Karski, « Shoah », Esprit,‎ , p. 112-114 (lire en ligne)
    Traduction en français de l'article paru en polonais dans Kultura, no 11/ 458, novembre 1985 ; extraits sur L'Express.
  • Jan Karski, Mon témoignage devant le monde - Histoire d'un État secret, Éditions Point de Mire,‎ 2004.
    Deuxième édition française de Story of a Secret State, 1944, établie, annotée par Céline Gervais-Francelle et Jean-Louis Panné ; préface : « Tombeau pour Jan Karski », par Jean-Louis Panné.
  • Jan Karski, Mon témoignage devant le monde - Histoire d'un État clandestin, Robert Laffont,‎ (ISBN 978-2-22111556-5)
    Troisième édition française de Story of a Secret State, 1944 ; préface et annotations de Céline Gervais-Francelle  ; aperçu Google. Dans cette traduction française, le contenu du texte a parfois été modifié compte tenu de rétractations tardives de Karski[51]. Le lecteur n'est pas toujours averti des modifications apportées au texte de 1944. Ainsi, dans l'édition française de 2010, chapitre XXX, p. 442, Karski dit, au sujet des Juifs qu'il voit dans le camp de Belzec : « Ils venaient tous des ghettos. » Or Karski a écrit en 1944 : « C'étaient tous d'anciens habitants du ghetto de Varsovie » (« They were all former inhabitants of the Warsaw ghetto[52] »), ce qui est inexact, car les Juifs du ghetto de Varsovie étaient déportés à Treblinka et non à Belzec ni à Izbica. L'édition française de 2010 comporte une note sur ce passage (note 5, p. 563), mais ne signale pas que le texte donné est différent de celui de 1944.
    .
Biographie
  • (en) E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski, Karski: How One Man Tried to Stop the Holocaust, Wiley,‎ (ISBN 978-0-47114573-8)
  • Jean-Louis Panné, Jan Karski, le roman et l'histoire : suivi de documents, entretiens et articles, Saint-Malo, Pascal Galodé,‎ , 187 p. (ISBN 9782355930997)
  • Stanislaw M. Jankowski, Karski. Raporty tajnego emisariusza, Rebis,‎
  • Andrzej Żbikowski, Karski, Świat Książki,‎ (ISBN 978-83-247-2123-8)
Deux romans utilisent le personnage de Jan Karski

Participation de Jan Karski dans des films sur la Shoah[modifier | modifier le code]

  • Shoah, Claude Lanzmann, Paris, 1985, 9 h 30[53]. Pendant 38 min (de 2 h 57 min 25 s à 3 h 35 min 50 s de la 2° partie), récit par Karski en anglais de sa visite dans le ghetto de Varsovie. (Seul ce récit est retenu dans le film, et non son entretien avec Roosevelt, repris dans Le Rapport Karski, ni son évocation des efforts de la Résistance polonaise pour sauver des Juifs, ni sa visite au camp d'extermination sur la route de Belzec. Dans cette interview, Karski dit encore que le camp qu'il a visité clandestinement est celui de Belzec[54].)
  • (en) Interview de Jan Karski par E. Thomas Wood, How One Man Tried to Stop the Holocaust, 1994.
  • (en) Interview de Jan Karski par Renée Firestone, Holocauste rescue and aid provider Jan Karski Testimony, (1 h 09), éd. Archive du USC Shoah Foundation Institute, 10 mars 1995.
  • Le Rapport Karski, film de Claude Lanzmann (2010)[55],[56], 49 minutes, diffusé sur Arte, le 17 mars 2010[57] ; entretien accordé par Jan Karski à Claude Lanzmann en 1978[55].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 11 ; aperçu sur GoogleBook.
  2. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 18-19.
  3. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 46.
  4. Tadeusz Piotrowski (en), Poland's Holocaust: Ethnic Strife, Collaboration with Occupying Forces and Genocide in the Second Republic, 1918-1947, McFarland, 1998, p. 52, partiellement consultable sur Google Livres. Une description précise du contenu de ce rapport de Karski a été publiée pour la première fois par David Engel, « An Early Account of Polish Jewry under Nazi and Soviet Occupation Presented to the Polish Govemment-in-Exile, February 1940 », Jewish Social Studies, Vol. XLV, no. 1 (1983), p. 1-16.
  5. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 47-48, partiellement consultable sur Google Livres.
  6. Walter Laqueur, The Terrible Secret, réédition, H. Holt, New York, 1998, p. 230. Dans la traduction française (W. Laqueur, Le Terrifiant secret, Gallimard, 1981, p. 278), les mots « black propaganda » de Laqueur sont rendus par « campagne de démoralisation ».
  7. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 81-83.
  8. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 86-88. La traduction « Bureau d'information et de propagande » est conforme à Jan Karski, Mon témoignage devant le monde, édition française de 2010, note 2 du chapitre XXIII, p. 545.
  9. Dans son livre de 1944, Karki évoque plusieurs fois ces microfilms. Ch. 28. « Les documents que je devais transporter en Angleterre seraient microfilmés... plus d’un millier de pages sur microfilms... Le sténogramme de la séance fut ensuite transposé en langage codé et microfilmé ». Ch. 31. « ...le film remarquablement dissimulé dans le manche de mon rasoir... Je laissai à la consigne la valise contenant le rasoir et le film ». Déjà en 1940 il passe un microfilm avec 36 pages photocopiées, cause des tortures que la Gestapo lui inflige (ch. 12). — David Engel commet donc une erreur quand il affirme que « Karski n'a jamais mentionné ce microfilm avant... 1987 » (Facing a Holocaust..., UNC Press Books, 1993, p. 200, en fin de note 43; aperçu sur Google Livres).
  10. Rappak, Wojtek; : « Les documents emportés par Karski furent remis à un agent polonais à Paris, qui les expédia à Londres où ils arrivèrent vers le 14 novembre. » — Information similaire dans Mon témoignage, Laffont 2010, aux premières notes du ch. 32. Et dans Karski de Wood et Jankowski, p. 160-164.
  11. Note adressée aux gouvernements alliés par le ministre polonais des Affaires étrangères, Edward Raczyński, le 10 décembre 1942, intitulée « The mass extermination of Jews in German occupied Poland, Note addressed to the Governments of the United Nations on December 10th 1942 », publiée ensuite (dès le 30 décembre 1942) par le ministère polonais des Affaires étrangères à l'attention du grand public, sous forme d'une brochure, consultable sous le lien http://www.projectinposterum.org/docs/mass_extermination.htm
  12. (en) « Allies condemn nazi bestial policy of exterminating Jews », The Daily Times, 17 décembre 1942, sur news.google.com.
  13. Wojtek Rappak, „Raport Karskiego” – kontrowersje i interpretacje (The “Karski Report” – Controversies and Interpretations), Holocaust. Studies and Materials, octobre 2014, sommaire en ligne sur le site CEEOL.
  14. David Engel, Facing a Holocaust (...), UNC Press Books, 1993, p. 200, note 43, partiellement consultable sur Google Livres. D. Engel renvoie au document HIA - Karski, Box 1, des archives de la Hoover Institution.
  15. Voir ses récits aux chapitres XXIX (ghetto) et XXX (camp) de son livre.
  16. Jan Nowak, Courrier de Varsovie, collection « Témoins », Gallimard, 1983 (ISBN 2-07-070011-9), passage cité dans l'article Jan Nowak.
  17. a, b et c Raul Hilberg (trad. Marie-France de Paloméra), Holocauste : les sources de l'histoire, Paris, Éditions Gallimard, coll. « NRF Essais »,‎ , 234 p. (ISBN 9782070761999), p. 197-198
  18. a et b E. Thomas Wood et M. Jankowski, Karski : How One Man Tried to Stop the Holocaust, Wiley, 1994
  19. Dans la version initiale de son livre Mon témoignage devant le monde, Jan Karski avait écrit que le gardien dont il avait emprunté l'uniforme et le gardien qui l'avait accompagné au camp étaient estoniens. Il disait encore la même chose, quant à l'accompagnateur, lors de son interview par Claude Lanzmann en octobre 1978 (transcription de l'interview, p. 30, en ligne sur le site de l'United States Holocaust Memorial Museum) et, quant au propriétaire de l'uniforme, dans un entretien de 1979 avec Walter Laqueur (Walter Laqueur, Le Terrifiant secret, Gallimard, 1981, p. 279). En 1992, Raul Hilberg releva cette affirmation comme peu vraisemblable, la seule nationalité attestée de gardes non allemands de Belzec étant la nationalié ukrainienne (Raul Hilberg, Perpetrators (...), 1992, traduction française Exécuteurs, victimes, témoins, Gallimard, 1994, rééd. 2001, p. 249). Karski a alors expliqué, dans une interview de 1993 avec ses biographes Wood et Jankowski, qu'il avait dit « estonien » au lieu d' « ukrainien » pour un motif de sécurité. (E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 269, seconde note sur la page 111.)
  20. Transcription d'une interview de Karski avec Claude Lanzmann, p. 62-63, présentation et texte sur le site de l'United States Holocaust Memorial Museum.
  21. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 167-168.
  22. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 168, qui renvoient, p. 281, à des entretiens qu'ils ont eus avec Karski en 1987 et en 1992. Ils signalent que la conversation de Karski avec Frankfurter n'est pas mentionnée dans le journal de Frankfurter, mais que ce journal est lacunaire et que Frankfurter le traita (« edited ») avant de le léguer à la bibliothèque du Congrès. Ils considèrent que la scène eut lieu dans la nuit du 5 au 6 juillet 1943, vers une heure du matin, après un dîner à l'ambassade auquel Fankfurter participa avec deux autres Juifs : Ben Cohen et Oscar Cox, lequel a rendu compte de ce dîner dans un mémorandum. Selon le récit de Wood et Jankowski, Karski, au cours du dîner, ne parla qu'en passant de ce qu'il avait vu lui-même, mais Frankfurter s'attarda après les autres invités et l'interrogea sur ses constatations oculaires.
  23. Interview de Karski par Claude Lanzmann en octobre 1978, transcription de l'interview, p. 60-61, en ligne sur le site de l'United States Holocaust Memorial Museum. Contrairement au récit de Wood et Jankowski, Karski place ici la conversation avec Frankfurter après l'audience de Roosevelt, il dit que la scène se passa dans la matinée (entre breakfast et lunch) et il donne l'impression qu'à aucun moment, ce jour-là, Frankfurter ne fut en compagnie d'autres invités.
  24. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 168-169.
  25. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les voix de la liberté, vol. 3 : « La fin du commencement, 8 novembre 1942-9 juillet 1943 », La Documentation française,‎ , p. 207-208.
  26. My Report to the World (Mon rapport pour le monde) est ajouté au titre en 2011 pour l'édition anglaise (Penguin) et en 2013 pour la réédition américaine (voir Library of Congress Catalog). En france, dès 1948 la traduction met en avant le titre du dernier chapitre (Mon témoignage devant le monde - Histoire d'un État secret). — Réédité fidèlement en 2012 par Penguin Classics, mais avec des additions apportées par Karski dans l'édition polonaise de 1999 (voir p. vii). Une nouvelle traduction française a été publiée chez Robert Laffont en 2010, sous le titre Mon témoignage devant le monde, Histoire d'un État clandestin, accompagné de notes explicatives pour le lecteur français. Dans cette traduction française, le contenu du texte a parfois été modifié compte tenu de rétractations tardives de Karski. Voir par exemple note 3 sur le chapitre XXX, p. 562.
  27. Céline Gervais-Francelle, Introduction à l'édition française de 2010 du livre de Jan Karski, sous le titre Mon témoignage devant le monde, p. 19.
  28. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 256.
  29. Source georgetown.edu.
  30. Karki le dit ainsi à son ministre, Kot, en juin 1944, au sujet des nombreux noms cités : « C’est indispensable pour soutenir l’authenticité du livre. Bien évidemment, je ne parle que des noms hors de la clandestinité. Les noms, les lieux et toute une série de situations du mouvement de résistance sont camouflés. » (Mon témoignage…, réédition de 2010, Préface, qui donne d'autres précisions à cet égard.)
  31. a, b et c A. Gauvin, « Entretien avec Tom Wood, biographe de Jan Karski », sur pileface.com, Philippe Sollers,‎ (consulté le 10 mai 2010)
  32. Traduit en français la même année chez Gallimard, collection « Témoins ».
  33. Le terrifiant secret – La solution finale et l’information étouffée de Walter Laqueur, présentation de l'éditeur.
  34. Jan Karki, Mon témoignage devant le monde: Histoire d'un État clandestin, Robert Laffon, 2011 Introduction de Céline Gervais-Francelle p. XXV
  35. a et b Jan Karski, « Shoah », Esprit,‎ , p. 112-114 (lire en ligne)
    Traduction en français de l'article paru en polonais dans Kultura, no 11/ 458, novembre 1985 ; Extraits sur L'Express.
  36. Jan Karski, roman de Y. Haenel, Gallimard, 2009, que Lanzmann critiqua vertement « car on y faisait dire à un Karski imaginaire des choses qu’il n'avait jamais pensées ni exprimées, qu'il ne pouvait pas avoir pensées, au prix d'un truquage de l'homme et d'une falsification de l'histoire » (in Marianne du 23 janvier 2010, en ligne). — Voir aussi François Delpha.
  37. Notamment son grandiloquent « quand vous rentrerez en Pologne, dites aux leaders polonais que ce pays ne les abandonnera jamais, ils ont un ami : le Président des USA », prononcé dans son bureau devant Karski et l'ambassadeur de Pologne en juillet 1943, alors que quatre mois plus tard, fin novembre, à la Conférence de Téhéran, Roosevelt abandonnera la Pologne à celui qu'il appelait « l'oncle Joe », c'est-à-dire Staline.
  38. « Le gouvernement (polonais) de Londres croyant encore possible de conserver Lwow à la future Pologne indépendante, alors même (qu'une) armée ukrainienne s'était livrée à de terribles "nettoyages ethniques" contre les Polonais » (préface de la réédition de 2004 du livre de Karski).
  39. Dans le film de Lanzmann, Le Rapport Karki, à 17 min 47 : « Le problème juif n'était pas le seul. Pour moi le problème clé était la Pologne, les pressions russes, la peur de la nation polonaise : qu'allait-il advenir de la Pologne ? ».
  40. Annette Wieviorka, L'ère du témoin, Paris, Hachette littératures,‎ , 190 p. (ISBN 9782012790469), p. 167
  41. (en) Interview by Emie Meyer, Jerusalem Post, 28 juin 1986, p. 9.
  42. Cette nationalité est encore estonienne lors de son interview par Claude Lanzmann en 1978 (transcription de l'interview, p. 30, en ligne et, quant au propriétaire de l'uniforme, dans un entretien de 1979 avec Walter Laqueur (Le Terrifiant secret, Gallimard, 1981, p. 279).
  43. Raul Hilberg, Perpetrators (...), 1992, traduction française Exécuteurs, victimes, témoins, Gallimard, 1994, rééd. 2001, p. 249).
  44. E.T. Wood et S.M. Jankowski, Karski (...), édition revue de 2014, Texas Tech University Press et Gihon River Press, p. 114.
  45. Jan Karski, Tajne Panstwo (L’État clandestin), Bibliothèque de Kultura, Warszawa, 1999, et Twój Styl, 2003 (sur Amazon).
  46. Ainsi dans Mon témoignage..., au ch. 30, Dernière étape, la première note de la réédition de 2004 (presque identique à la troisième note de la réédition de Laffont, 2010) porte : « Il s'agit du camp d'lzbica Lubelska. Ce camp, situé à une centaine de kilomètres de Lublin sur la route menant effectivement vers celui de Belzec, a été identifié de manière définitive par l'historien J. Marszalek comme étant celui où Karski fut introduit. lzbica Lubelska, camp moins connu, a tenu une place importante dans le processus d'extermination de milliers de Juifs. D'abord concentrés à Izbica Lubelska, dépouillés de tout, ils étaient pour certains exécutés sur place et pour la majorité convoyés à destination de Belzec, comme le décrit Jan Karski.»
  47. R. Hilberg, Sources of Holocaust Research : An Analysis; Ivan R. Dee, Chicago, 2001. Traduction française Holocauste : les sources de l'histoire, Gallimard, 2001, p. 197-198.
  48. Liste officielle en ligne (en polonais).
  49. Liste en ligne (polonais). — Cette décoration lui a été délivrée en février 1941 (Mon témoignage, édition de 2010, Documents 2) avec certificat en janvier 1943 (Secret State, édition 2013, Documents 3), mais il semble que Karski l'ait ignoré jusqu'en 1990 du fait de la censure en Pologne communiste.
  50. Jan Karski, Story of a Secret State, My Report to the World, Penguin Classics, 2012, Note on the Text, p. vii.
  51. Voir par exemple note 3 sur le chapitre XXX, p. 562.
  52. Réédition anglaise fidèle, Penguin Classics 2012, p. 375.
  53. Texte intégral du film : Claude Lanzmann, Shoah, Fayard, Le Livre de poche, 1986 (pages 207 à 221 pour l'intervention de Karski).
  54. L'intégralité de la transcription de l'interview est disponible en ligne; p. 28-34 et p. 35-41 pour sa visite au camp, et avant-dernier chapitre de son livre.
  55. a et b Programme Arte, 17 mars 2010
  56. Christophe Ono-dit-Biot, « Affaire Karski, l'épilogue », Le Point, 15 mars 2010, sur le site lepoint.fr, consulté le 7 mai 2010.
  57. Franck Nouchi, « Ce que vous dites est impossible », Le Monde, 18 mars 2010, mis en ligne sur le site lemonde.fr, le 17 mars 2010, consulté le 18 mars 2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]