Échange de prisonniers

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Dans le droit international, un échange de prisonniers permet, au cours d'une guerre entre deux États souverains (et non entre un État souverain et une rébellion), de soulager les prisons ou les camps de prisonniers de guerre de chaque partie. Bien que, depuis plus d'un siècle, il soit souvent entendu dans un but humanitaire et encadré par les Conventions de Genève de 1949, ce procédé pose aujourd'hui problème dans de nombreux pays.

Modalités[modifier | modifier le code]

La Convention de Genève de 1929 prévoit les échanges dans ses articles 68 à 74 et son Annexe[1]. La Convention de 1949 s'y consacre dans ses articles 109 à 117[2].

Il revient à chaque commandant ou chef politique de décider de l'opportunité d'un échange de prisonniers, avec l'aval de ses supérieurs. Il faut ensuite négocier les détails avec le camp ennemi. Cette base simple se complique de nombreuses difficultés :

  • Il faut avoir suffisamment de prisonniers à échanger. Certaines factions tentent d'imposer des échanges dissymétriques, par exemple en menaçant la vie de leurs captifs si un nombre très supérieur des leurs n'est pas libéré. Ce procédé n'est évidemment possible que si la faction en question ne recherche pas la reconnaissance internationale.
  • Il faut avoir un interlocuteur reconnu. Ainsi en 1862, Abraham Lincoln ne voulant tout d'abord pas reconnaître les États confédérés d'Amérique (pour lui une simple rébellion), ne voulait négocier qu'avec les officiers confédérés, et non avec un gouvernement confédéré. Plus près de nous, les FARC ne sont théoriquement pas un interlocuteur valable pour le gouvernement de Colombie, pas plus que le Hezbollah pour Israël ou les Talibans pour le gouvernement afghan. Cette condition est souvent oubliée dans l'urgence.
  • Il faut négocier une trêve pendant laquelle l'échange aura lieu, et choisir un terrain neutre. Chaque partie aura à cœur de choisir le moment et le lieu qui l'arrangeront le mieux, si possible en obtenant l'interruption d'une offensive, un délai supplémentaire pour se renforcer, ou la démilitarisation d'une zone. À défaut, on passe parfois par des pays tiers et neutres, ou par la Croix-Rouge internationale.
  • Il faut avoir la logistique nécessaire pour accueillir les prisonniers libérés. Ce qui n'est pas une mince affaire quand ils sont parfois en très mauvaise condition physique. Cette question ne s'est bien sûr posée qu'au XXe siècle : auparavant, toutes les armées avaient sensiblement le même potentiel médical ; de nos jours, les progrès de la médecine ont creusé l'écart entre les armées suréquipées et les forces "du tiers-monde".
  • Une fois l'échange fait, il faut savoir si les soldats pourront retourner au combat et si oui, au bout de combien de temps.

Dans l'Antiquité et au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le problème des prisonniers ne se posait pas tant que l'on ne leur reconnaissait aucun droit face à la volonté du vainqueur. S'ils n'étaient pas exécutés pour l'exemple, les prisonniers étaient rapidement vendus comme esclaves dans l'Antiquité, libérés contre rançon au Moyen Âge. Ce n'est que quand l'évolution des mentalités a interdit ces expédients, puis quand il a fallu garder des captifs sur de très longues périodes, que l'idée des échanges a été étudiée.

Sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Sous la Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

Durant la Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Les premiers échanges de prisonniers de la Guerre de Sécession furent informels étant donné le peu de prisonniers faits de part et d'autre. Par la suite, il y eut plus de formes, on établit même un barème selon lequel un officier supérieur valait tant de simples soldats. S'il y avait surnombre de prisonniers d'un côté, on leur faisait jurer de ne pas reprendre les armes avant un an, mais les sudistes faisaient bon marché de cette parole en prétextant des vices de forme, à la grande fureur des nordistes [3].

Les échanges de prisonniers cessèrent en 1863 lorsque le Nord découvrit l'état déplorable des soldats détenus dans les camps du Sud. Il se posait aussi la question des Noirs capturés par le Sud, et qui étaient exécutés ou (re)mis en esclavage. Abraham Lincoln exigea un meilleur traitement pour ses troupes, et faute de réponse satisfaisante, refusa tout échange ultérieur. Le Sud répliqua en accusant Lincoln de provoquer tout cela, d'une part, par le blocus exercé par l'U.S. Navy, qui obligeait le Sud à se rationner, et d'autre part, en employant illégalement des Noirs qui s'étaient rebellés contre leurs anciens maîtres [4].

Durant les deux guerres mondiales[modifier | modifier le code]

Les deux guerres mondiales se prêtaient mal à des échanges de prisonniers.

Dans le cas de la Première Guerre mondiale, le choix plus ou moins forcé des états-majors d'une guerre d'attrition impliquait qu'aucun soldat ne devait être rendu à l'ennemi : seuls les plus faibles étaient rapatriés via la Croix-Rouge et la Suisse. En tout, 219 000 prisonniers ont été échangés[5].

Dans le cas de la Seconde Guerre mondiale, la situation stratégique et politique rendait les échanges problématiques.

  • Dans un premier temps, les victoires de l'Axe et du Japon fournirent tant de prisonniers que les Alliés, en eussent-ils eu le désir, auraient difficilement pu organiser un échange équitable. De plus, la guerre devait être courte : la question des prisonniers serait réglée après la reddition du camp allié.
  • Dans un second temps, l'aveuglement idéologique des chefs (Adolf Hitler en Allemagne, Staline en URSS, régime des généraux au Japon) et les résolutions de la Conférence de Casablanca (pour Winston Churchill et Theodore Roosevelt) excluaient tout contact avec l'ennemi sauf pour négocier une reddition.

Pourtant, la seule ampleur des combats explique que la Croix-Rouge ait là encore organisé de larges échanges via la Suisse.

Après 1945 et la Convention de Genève de 1949[modifier | modifier le code]

Le Pont de Glienicke à Berlin, lieu d'échange d'espions prisonniers durant la Guerre froide.

Le problème des échanges de prisonniers depuis le début de la Guerre froide et au-delà, est que la plupart des conflits de longue durée (qui justifieraient un tel procédé) sont des conflits intra-étatiques (rébellions armées) ou des conflits interétatiques dits « de basse intensité », dans lesquels les actions militaires sont unilatérales et ponctuelles au sein d'un processus politique plus vaste (exemple : la bande d'Aozou).

Dans le premier cas, les rebelles sont considérés non comme des soldats, mais comme des criminels (coupables de subversion). Le pouvoir central ne peut donc traiter avec eux pour libérer ses combattants, sans leur donner une certaine forme de reconnaissance. C'est notamment le cas des FARC colombiennes qui gardent des prisonniers militaires, et s'appuient sur des otages civils pour obtenir satisfaction sur leurs revendications politiques. La Convention de Genève ne peut pas non plus s'appliquer à ces prisonniers.

Dans le second cas, les rares prisonniers sont le plus souvent libérés à l'issue de négociations politiques et non par des contacts au niveau militaire. Un échange serait d'ailleurs souvent impossible du fait d'une asymétrie : lorsqu'un seul des camps fait des prisonniers à l'issue d'un "coup de main" en territoire ennemi, l'autre camp n'a pas de monnaie d'échange.

Armée de libération symbionaise[modifier | modifier le code]

Ce groupuscule terroriste américain a, en 1974, enlevé l'héritière Patricia Hearst et proposé un échange avec ses membres prisonniers, selon les termes de la Convention de Genève. L'ALS n'étant pas reconnue comme force belligérante sauf par elle-même, la revendication devint financière, puis sociale (sous la forme d'un programme de distribution de nourriture).

Angola[modifier | modifier le code]

Un échange de prisonniers et de corps de soldats eut lieu en Angola entre Cubains et Sud-Africains en 1987, incluant le coopérant français Pierre-André Albertini, accusé de trafic d'armes.

Guerre d'Ossétie du Sud de 2008[modifier | modifier le code]

Un échange de prisonniers a eu lieu le 19 août 2008 entre la Russie et la Géorgie suite à l'invasion croisée de l'Ossétie du Sud et du territoire géorgien. D'ampleur limitée, il a concerné dix soldats géorgiens et sept soldats russes (dont deux pilotes d'hélicoptère) et a été négocié par l'entremise de l'ambassadeur français en Géorgie. Son impact a surtout été médiatique et diplomatique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Convention de Genève du 27 juillet 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre, Comité international de la Croix-Rouge
  2. Convention (III) de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, 12 août 1949., , Comité international de la Croix-Rouge
  3. James M. McPherson, La Guerre de Sécession (1861-1865), Robert Laffont, 1991 (ISBN 2-221-06742-8). Prix Pulitzer 1989. Titre original: Battle Cry of Freedom : The Era of the Civil War.
  4. Ibid.
  5. Jean-Claude Auriol, Les barbelés des bannis, p.16.

Articles connexes[modifier | modifier le code]