Culture mauricienne

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La culture mauricienne est caractérisée par une étonnante diversité d'imaginaires, de langues et de textes.

En effet, sur cette île, déserte à l'origine, découverte par les Arabes, visitée par les Portugais et les Hollandais, avec une phase durable de colonisation française et anglaise, des Africains, emmenés comme esclaves, côtoyèrent des coolies ou engagés indiens et chinois, surtout des commerçants. S'y developpa une population de métis ou mulâtres, issus principalement des noirs, aussi appelés créoles, et des blancs, venus de France.

Un vivre-ensemble précaire mais réel[modifier | modifier le code]

Ces nombreuses migrations, marquées par l'esclavage et l'engagisme, créèrent des conflits et des violences qui ont marqué l'inconscient collectif de ce petit pays démocratique, devenu indépendant en 1968. Cependant, il demeure une potentialité de rencontres, et un miracle de coexistence entre hindous, chrétiens, musulmans, tamouls, taoïstes et bouddhistes qui marquent profondément le visiteur.

Le créole mauricien, une langue qui relie les cultures[modifier | modifier le code]

Au milieu d'une douzaine de langues, telles l'anglais, le français, le hindi, l'urdu, l'arabe, le hakka, le mandarin, le marathi ou le gujerati, une langue, née des vicissitudes de l'Histoire, demeure le lien entre les différents groupes humains venus de plusieurs horizons. Elle est une cocréation des colons, des esclaves et, à une moindre mesure, de peuplements ultérieurs à ces deux composantes de la population.

Considérée comme un patois, une langue du petit peuple, le créole fut relégué aux marges des langues prestigieuses comme l'anglais et le français. Cependant, il fut réactivé par le séga, le folklore national du pays, et depuis peu, par une écriture théâtrale, poétique et romanesque.

La littérature comme lieu de conflits sociaux et ethnotypiques[modifier | modifier le code]

Assez tôt, des textes littéraires naissent du terreau mauricien, loin des textes des voyageurs, souvent animés d'une soif d'exotisme.

Clément Charoux, Marcel Cabon, René Noyau, Raymond Chasle, Robert Edward-Hart, Loys Masson, Edouard Maunick et Jean-Georges Prosper, père de l'hymne national mauricien, en anglais, Motherland, expriment, à divers degrés, des thèmes proches de la négritude ou de la difficulté de relations entre les communautés parfois cloisonnées dans des atavismes ou encore la nécessité d'une nation mauricienne. Le visionnaire Malcolm de Chazal fut un des premiers auteurs qui voulut donner à Maurice une ouverture sur ses richesses intrinsèques.

Dans les années 1980, d'autres auteurs prirent ce thème d'exil intérieur à cœur, parmi lesquels Hassam Wachill. Plus récemment, Ananda Devi, Barlen Pyamootoo, Alain Gordon-Gentil, Carl de Souza, Shenaz Patel et Khal Torabully ont donné aux lettres mauriciennes des gages de qualité reconnue à l'étranger.

Gastronomie mauricienne[modifier | modifier le code]

Vendeur de dholl puri

Il est reconnu qu'à Maurice, on trouve la meilleure cuisine entre Beyrouth et Pékin. L'île a su tirer parti de cuisines aussi « goûteuses » que celle de l'Inde, de Chine et d'Europe, sans oublier sa composante créole, d'ascendance africaine. Elle est souvent épicée et savoureuse.

L'un des plats nationaux est le briani, sorte de riz mélangé à du poulet, des légumes et des épices, savamment concocté par les musulmans, mais talonné de près par les mines ou chow mein, pates fines au légumes et au poulet ou à la viande, le vindaye, le dhall puri, le rougaille, la daube, le halim, le tilarou, et bien sûr, les incontournables curries appelés cari à l'île Maurice.

À base de riz, bien que le pain et les pâtes soient très appréciées, les repas sont souvent accompagnés de piments confits, de mazavarou (pâte de piment) ou de chutneys, appelés chatignis par les habitants de l'île.

Les amuse-gueules ne sont pas en reste. Vendus à chaque coin de rue, ils sont très nombreux : gâteaux piments, samoussas, badjas, chanapouris...

Musiques[modifier | modifier le code]

Danseuse de séga

A l'image de sa population mosaïque, Maurice est traversée par des sons et des rythmes venus des Indes, de Chine, d'Afrique et d'Europe, mais son séga demeure le chant matriciel de cette terre balayée par l'esclavage et fouettée par les cyclones. Le séga est d'inspiration africaine, et exprime à l'origine, la douleur, mais aussi, la sensualité des Africains arrachés à leur terre. Il est accompagné, à la base, d'un tambour cylindrique appelé ravane, de l'arovanum, instrument de percussion du sud de l'Inde, de la maravane, sorte de caisse lissant les "blancs" et du triangle métallique. De nos jours, le séga a incorporé guitare et autres instruments modernes.

Les figures hiératiques du séga sont Ti Frère, Serge Lebrasse, Cyril Labonne et, récemment, Sandra Mayotte.

Le qawal ou le bhajan, chants des musulmans et des hindous sont aussi populaires, de même que le seggae, mélange de séga et de reggae du chanteur Kaya.

On remarque, à divers degrés, des métissages entre ces musiques, comme l'attestent les Bhojpuri Boys.

Médias[modifier | modifier le code]

En 2009, le classement mondial sur la liberté de la presse établi chaque année par Reporters sans frontières situe Maurice au 51e rang sur 175 pays[1]. Une « situation plutôt bonne » y a été observée[2].

Développements culturels porteurs d'avenir[modifier | modifier le code]

Maurice vient de recevoir un honneur de taille avec le récent classement de l'ex-coolie ghat, renommé Aapravasi Ghat, par l'Unesco en 2006, et attend le classement du site du Morne, qui marque l'esclavage des Africains.

Il est aussi prévu que le tourisme mauricien, localisé le plus souvent sur le littoral, se donne pour objectif de dessiner des contours humains, imprégnés de son vivre-ensemble exemplaire.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Reporters sans frontières  : Classement mondial 2009 [1]
  2. Reporters sans frontières [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Issa Asgarally, L'île Maurice des cultures, Ed. le Printemps, Vacoas (Maurice), 2006, 121 p. (ISBN 99903-8719-2)
  • (fr) Suzanne Chazan-Gillig et Pavitranand Ramhota, L'hindouisme mauricien dans la mondialisation : cultes populaires indiens et religion savante, Karthala, Paris, 2009, 522 p. (ISBN 978-2-8111-0194-7)
  • Khal Torabully, Marina carter, Coolitude, a humanism of diversity from the coolie experience in Mauritius and abroad, Imprint: Anthem Press, ISBN 978-1-84331-006-8, London,July 2002 | 248 Pages.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Île Maurice : hommage à Ti Frère, Radio France, Paris ; Harmonia Mundi, Arles, 1991
  • (fr) Île Maurice : Séga ravanne mauricien ; Séga tambour de l'Île Rodrigues, Ocora, Radio France, Paris ; Harmonia Mundi, Arles, 1999 (enreg. 1981)
  • (fr) Île Maurice : Séga ravanne, Ocora, Radio France, Paris ; Harmonia Mundi, Arles, 1999 (enreg. 1998)
  • (fr) Les littératures des îles de l'océan Indien par Jean-Louis Joubert, (enregistrement lors de la rencontre Couleur saphir, no 91, du 27 février 2004), ARCC, Paris, 51'

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) L'Île Maurice et ses jeux : 2e jeux des îles de l'Océan indien, Association réunionnaise de réalisations audio visuelles, Saint-Gilles-les-Bains (La Réunion), 1985, 42' (VHS)
  • (fr) Dialogue et culture : Île Maurice, Rectorat de la Réunion, ARRAV, Saint-Gilles-les-Bains (La Réunion), 1987, 17' (VHS)
  • (fr) Île Maurice, île métisse, film doucmentaire de Marc Mopty, L'Harmattan vidéo, Paris ; Zarafa films, Pantin, 2006, 52' (DVD)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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