Art urbain

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Peinture murale de Banksy à Bristol (Angleterre).
Ville de Mexico

L'art urbain, ou « street art[1] », est un mouvement artistique contemporain. Il regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, la réclame, le pochoir, la mosaïque, les stickers, l'affichage voire le yarn bombing ou les installations. C'est principalement un art éphémère vu par un très grand public.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jacek Tylicki "War" New York. 1982

La généalogie de l'art urbain est multiple et complexe. Il existe depuis les années 1960 une prise en compte de l'environnement urbain dans la création contemporaine. Allan Kaprow, un des premiers artistes à utiliser les installations, écrit que  :

« l'art s'est déplacé de l'objet spécialisé en galerie vers l'environnement urbain réel[2]. »

En France, les années 1960 voient également des expérimentations d'intégration de l'art dans la ville. L'une des premières expériences est l'organisation d'un symposium international de sculpture, en 1968 à Grenoble, qui impulse la création de dizaines d'œuvres dans la ville, dont celles de Mizui, Vasarely, Calder… En 1972, à Villeneuve de Grenoble, des plasticiens sont contactés pour participer à la conception du volume de la galerie de l'Arlequin. Des contacts sont pris avec Jean Dewasne mais la tentative tourne court. La décoration est finalement confiée à Henri Ciriani et Borja Huidobro. Une fresque est réalisée sur la nouvelle bourse du travail par Ernest Pignon-Ernest, considéré comme l'un des précurseurs de l'art urbain. D'autres expériences sont imaginées dans les villes nouvelles, comme à Évry, en 1972, et à Marne-la-Vallée.

L'art urbain puise ses origines dans des disciplines graphiques aussi variées que la bande dessinée ou l'affiche. Selon Alain Weill[3], spécialiste mondial de l'affiche (à ne pas confondre avec l'homme d'affaires du secteur des médias…), l'essence de l'art urbain contemporain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d'après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodé, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

Un mouvement de l'art contemporain ?[modifier | modifier le code]

L'art urbain commence à s'épanouir en France à partir de Mai 1968[4] mais le mouvement est « officialisé » au début des années 1980 sous l'influence, entre autres, d'agnès b. et, ponctuellement (expositions, soutien au Pochoir), de Jack Lang. Se considérant comme un mouvement artistique autonome, voire parallèle au tag et au graffiti, l'art urbain a pour initiateurs des artistes tels que Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest. Au début des années 1980, ses pionniers sont Blek le rat, Jef Aérosol, Speedy Graphito, le groupe VLP (Vive La Peinture), le groupe Banlieue-Banlieue, Jérôme Mesnager ou Miss.Tic, Jean Faucheur, les Frères Ripoulin, Nuklé-art, Kim Prisu, Kriki, Etherno, Les Musulmans fumants, puis Némo, Mosko et associés ou André. Avec l'arrivée d'Invader et de Zevs (les @nonymous), à la fin des années 1990, apparaît l'appellation « post-graffiti ».

Depuis la fin des années 1990, avec l'émergence d'artistes comme Shepard Fairey et Above aux États-Unis, de Banksy en Grande-Bretagne, de Blu en Italie, d'Influenza aux Pays-Bas, de Akayism en Suède, l'art urbain est l'un des premiers mouvements artistiques internationaux. Présenter l'art urbain comme tel se justifie dans la mesure où ses représentants (Zevs, Shepard Fairey, Above, Space Invader, Banksy, Ron English) sont en relation directe, constituant un champ artistique d'interaction comme l'illustre le film de Banksy. Un bon exemple est l'initiative de Space Invader qui a ouvert une galerie en 2003 et y a invité Shepard Fairey. De même que les cubistes ou les impressionnistes se côtoyaient, les artistes urbains créent en orchestration, un corpus unifié. En un mot, ils exposent tous dans la même galerie : la rue.

Dans ce milieu très occupé par les hommes, de plus en plus d'artistes femmes revendiquent le droit, elles aussi, d'investir l'espace public. Si Miss.Tic couvre les villes de ses pochoirs et de ses aphorismes depuis de longues années, toute une jeune génération élargit le champ de l'art urbain tant en termes de sujets que de techniques. Parmi les artistes au féminin à découvrir en France : Stoul, Kashink ou encore YZ notamment, mais aussi des collectifs comme CFT (Collectif France Tricot[5]) qui réchauffe l'espace public avec son yarn bombing !

Issu d’une société « d’individualisme de masse », au sens où la décrit Pierre Gascar, le street art nait de la volonté d’expression d’une génération pour laquelle se rendre visible au plus grand nombre, laisser sa signature visuelle, quitte à s’affranchir des lois et des règles communes, c’est exister, c’est – paradoxalement – faire société. À l’opposé de la philosophie de Gilles Deleuze ou Jean-Paul Sartre dans laquelle la dimension subversive de l’individualisme émancipateur se construit en écho à un marxisme qui pense le collectif, la « boîte à outils idéologique » du Street art est plutôt à chercher du côté de l’ultralibéralisme. En ce sens, c’est un art majeur des XXe et XXIe siècles qui reflète parfaitement l’esprit de son temps.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Outils et techniques[modifier | modifier le code]

L'art urbain conjugue souvent différentes techniques : le pochoir nécessite en général l'utilisation de peintures, le plus souvent aérosol ; l'affiche peut être le support de pochoirs[NB 1], etc.

Les outils

Les techniques

Styles[modifier | modifier le code]

Les artistes d'art urbain ont en commun une activité (légale ou non) d'interventions urbaines. La principale distinction avec le graffiti « traditionnel » (ou hip-hop, tel qu'il est né aux États-Unis), est que les artistes urbains n'ont pas systématiquement recours à la lettre (comme c'est le cas dans le writing américain) et à l'outil aérosol.

Les buts sont variés : dans le cas du graffeur, il s'agit principalement d'apposer son nom ou « blaze » ; dans le cas du street art il s'agit d'une image, "d'une signature visuelle" quelle que soit la méthode. On peut citer les affiches peintes de Jean Faucheur, les sérigraphies de Ernest Pignon-Ernest, les pochoirs de Miss.Tic ou de Jef Aérosol, les autocollants de Clet Abraham, les collages de Kim Prisu petites peintures uniques sur divers support ou bien encore les photographies de Antonio Gallego. D'autres sont motivés par l'expression de messages. Leurs intentions sont politiques comme les membres du groupe VLP (Vive La Peinture) qui collent leur fameux Zuman Kojito dans les rues de Paris surmonté de bulles lui faisant dire des phrases fondamentales du type : « J'existe », « Je résiste », « Je suis un morceau d'utopie », etc. Leur identité visuelle reste cependant bien reconnaissable.

La plupart des artistes souhaitent avant tout s'exprimer et que leurs œuvres soient vues par la foule des usagers de l'espace public qui finit par mémoriser ses "signature visuelle", leur permettant d'accéder à une forme de célébrité individuelle à laquelle ils aspirent le plus souvent. Il existe des exceptions. Yann Dumoget par exemple, inverse la pratique du tag. Au lieu de réaliser des graffitis dans l’espace public, il demande au public de « graffiter » l’espace intime de ses propres peintures. D'autres, comme Cedric Bernadotte questionnent l'espace public en proposant de se réapproprier un lieu avec des matériaux économiques et accessibles tels que le cellophane[23]. Dans les mouvements récents on trouve le mélange du graffiti et de la vidéo ; ainsi le travail d'un artiste comme Blu qui fait de l'animation depuis la rue[24].

Galerie[modifier | modifier le code]

Statut juridique[modifier | modifier le code]

Le statut juridique du street art est complexe et peut fortement varier selon les pays. Il faut souligner dans certains pays la privation des droits d'auteur d'œuvres qui ont été réalisées dans l'illégalité, comme des graffiti réalisés en France sans l'autorisation du propriétaire du support.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1980 : Mur, murs d'Agnès Varda. Film sur les murs peints de Los Angeles.
  • 2004 : Rock Fresh
  • 2005 : RASH, documentaire explorant la valeur culturelle de l'art urbain et du graffiti à Melbourne
  • 2008 : Bomb It, film documentaire sur le graffiti et l'art urbain à travers le monde
  • 2008 : Beautiful losers, film documentaire d'Aaron Rose et Joshua Leonard. Avec Shepard Fairey, Barry McGee.
  • 2010 : Faites le mur !, documentaire réalisé par Banksy sur l'artiste Thierry Guetta
  • 2012 : Dégradation volontaire 2, film de référence sur le graffiti consacré au métro parisien. Avec SEE hg mpv, ACE, Vices, Dixe, Sleez.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Voir le travail de Blek le rat
  2. Voir Invader
Références
  1. Stéphanie Lemoine, op. cit. : « récemment rebaptisé street art »
  2. Allan Kaprow, in L'Art et la vie confondus, p. 261.
  3. Voir, par exemple, Le Design graphique : ABCDEF…, coll. Découvertes Gallimard, Paris, 2003.
  4. (fr) Entretien de Banksy dans le journal Le Monde, décembre 2010.
  5. Site et présentation de CFT.
  6. Stéphanie Lemoine et Julien Terral, op. cit., p. 157.
  7. Il ne s'agit pas du hacker ; Denys Riout, op. cit., p. 120.
  8. Denys Riout, op. cit., p. 121.
  9. Denys Riout, op. cit., p. 115.
  10. Denys Riout, op. cit., p. 113.
  11. Denys Riout, op. cit., p. 114.
  12. Denys Riout, op. cit. p. 129
  13. Denys Riout, op. cit., p. 122.
  14. Denys Riout, op. cit., p. 117.
  15. Denys Riout, op. cit., p. 124.
  16. Denys Riout, op. cit., p. 123.
  17. Tristan Manco, Street Logos, Thames & Hudson, Londres, 2004, ISBN 0-500-28469-5, 128 pages, p. 78
  18. Site (en construction) de l'artiste.
  19. Graff it #1, p. 2 (de couverture) (ISBN 2-914714-00-9).
  20. Voir dans la bibliographie : L'Art modeste sous les bombes.
  21. Le Bains Douches - Résidences
  22. Voir Collectif France Tricot.
  23. (fr) Réappropriations de Cedric Bernadotte.
  24. (fr) « Street art : Blu réveille la bête » sur Orbeat Magazine.
  25. Notice bibliographique sur le catalogue général de la BNF.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]