Coleoptera

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Les coléoptères (Coleoptera) sont les insectes dotés d'élytres protègeant les ailes. Il s'agit de l'ordre d'insectes comportant le plus grand nombre d'espèces. Le mot « coléoptère » vient du grec κολεός « fourreau » et πτερόν « aile ». Beaucoup d'espèces ou des groupes d'espèces ont des noms vernaculaires bien implantés ; les scarabées, coccinelles, lucanes, chrysomèles, hannetons, charançons, carabes par exemple, sont des coléoptères. Ils vivent pratiquement dans tous les biotopes, excepté les milieux polaires et océaniques. Ils possèdent en général deux paires d'ailes. La première paire d'ailes, quelquefois très colorée, appelée élytres, forme la carapace de ces insectes et la deuxième paire, les ailes membraneuses, servent au vol.

La discipline de l'entomologie s'occupant plus particulièrement des coléoptères est nommée coléoptérologie.

Généralité[modifier | modifier le code]

L'ordre des coléoptères est le plus nombreux de la classe des insectes. Selon les estimations, on retrouverait plus de 1 million d'espèces décrites et non décrites à travers le monde. Ce groupe constitue près de 25 % de la diversité animale[1],[2],[3]. Près de 40 % des espèces d'insectes décrites font partie de cet ordre. Les familles de coléoptères les plus abondantes sont celles des staphylinidae (staphylin) et des curculionidae (charançon).

Les coléoptères sont très diversifiés et ils sont présents dans tous les principaux habitats à l'exception des régions polaires et marines. Ils sont aussi adaptés à différents rôles écologiques. On retrouve des détritivores non spécialistes, décomposant les débris de végétaux. Il y a certains coléoptères qui se nourrissent de charogne ou d'excréments. Certains se nourrissent de champignons et d'autres sont exclusifs à un type de plante. Il y a des insectes phytophages généralistes qui s'alimentent de pollens, de fleurs et de fruits. On retrouve aussi des prédateurs et des parasites qui s'attaquent à d'autres invertébrés. Bon nombre d'espèces sont utilisées comme agents de contrôle en agriculture, comme les coccinelles, les carabes et les staphylins.

Ils font également partie de la chaîne alimentaire en étant la proie de divers invertébrés et vertébrés, comme les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères. Parmi cet ordre, certains sont considérés comme des ravageurs en agriculture ou dans l'industrie alimentaire, comme le doryphore de la pomme de terre (Leptinotarsa decemlineata), la bruche (Callosobruchus maculatus) et le tribolium rouge de la farine (Tribolium castaneum).

Diversité[modifier | modifier le code]

L'orde des coléoptères est le plus abondant avec près de 350 000 à 400 000 espèces décrites divisées en quatre sous-ordres (Adephaga, Archostemata, Myxophaga et Polyphaga). Cela équivaut à 40 % de toutes les espèces d'insectes décrites et environ 30 % des espèces animales. Bien que la classification soit encore sujette à des changements, on retrouve environs 500 familles et sous-familles[1],[4],[5].

Anatomie externe[modifier | modifier le code]

L'exosquelette est très rigide chez les coléoptères

Les coléoptères sont caractérisés par un exosquelette particulièrement dur. Cette structure constitue également la première paire d'ailes (élytres). Cet exosquelette est fait de nombreuses plaques, nommées sclérites et celles-ci sont séparées par de minces sutures. Cette conception permet au corps d'être bien protégé tout en conservant sa flexibilité. L'anatomie générale est assez uniforme à travers l'ordre, bien que les organes et les appendices puissent varier considérablement en apparence. Comme tous les insectes, leur corps est divisé en trois sections: la tête, le thorax et l'abdomen.

Tête[modifier | modifier le code]

La tête est largement sclérifiée et varie en taille. Les pièces buccales sont de type broyeuse et elles se retrouvent à l'avant de la tête. Les yeux sont composés et très variable d'une famille à l'autre. Comme chez les Gyrinidae, qui sont répartis de manière à permettre une vue au-dessus et en dessous de l'eau. On retrouve également des ocelles, des petits yeux simples généralement situés plus loin, sur le sommet de la tête.

Les antennes sont les organes principaux pour l'odorat. Ils peuvent également servir d'organes tactiles pour analyser l'environnement, de moyen de communication pour l'accouplement ou encore de moyen de défense. Les antennes sont très variables chez les familles de coléoptères. De plus, au sein de la même espèce, on retrouve également de légères différences entre les sexes. On retrouve plusieurs types d'antennes, les principales sont : filiforme, moniliforme, capitiforme, claviforme, styliforme, serriforme, pectiniforme, lamelliforme, et flabelliforme.

Pièces buccales chez un coléoptère

Les coléoptères ont des pièces buccales similaires à l'ordre des orthoptères. Parmi ces pièces, on retrouve les mandibules, qui apparaissent comme de grandes pinces sur le devant de la tête. Elles se déplacent horizontalement et servent à saisir, écraser ou couper la nourriture ou les ennemis. Chez certaines espèces, les mandibules des mâles sont très développés et nettement élargie comparativement à celle des femelles[4].

On retrouve aussi les maxillaires et les palpes labiaux, des appendices en forme de doigts qui se trouvent autour de la bouche de la plupart des coléoptères. Ils servent à déplacer la nourriture à l'intérieur de celle-ci.

Thorax[modifier | modifier le code]

Le thorax est segmenté en deux parties distinctes : le pro et le pterathorax. Le pterathorax comprend le mésothorax et le métathorax fusionnés. C'est également la partie du corps à laquelle les trois paires de pattes sont attachées. L'abdomen est postérieur au thorax[1].

Pattes[modifier | modifier le code]

Les pattes sont composées de plusieurs segments : coxa, trochanter, fémur, tibia et tarse. Ce dernier est segmenté généralement en deux ou cinq articles. À l'extrémité, on retrouve des griffes, généralement une paire. Les pattes servent principalement pour la locomotion et elles peuvent être de différentes formes. Chez les familles de coléoptères aquatiques, comme les Dytiscidae, Haliplidae ou Hydrophilidae, la dernière paire de pattes porte une rangée de longs poils et est adaptée pour la nage. Certains coléoptères, comme les scarabées et certains carabes, ont des pattes élargies et épineuses du type fouisseuses pour les aider à creuser. D'autres possèdent des fémurs plus larges et peuvent réaliser des bonds assez impressionnants, comme chez les altises et certaines espèces de charançons.

Ailes[modifier | modifier le code]

Le vol chez une cétoine

Les ailes antérieures, appelées élytres, sont connectées au pterathorax. Elles sont épaisses et opaques. Les élytres ne sont pas utilisés lors du vol. Au repos, ils couvrent et protègent les ailes postérieures, qui sont membraneuses et plus fragiles. Chez certains coléoptères, la capacité de voler a été perdue. Dans cette catégorie, on retrouve certains carabes, certains charançons et des espèces désertiques et cavernicoles. Dans quelques rares familles, les coléoptères ne sont pas capables de voler et n'ont également pas d'élytres. Par exemple certaines femelles de la famille des Phengodidae et des Lampyridae ne possèdent ni ailes et ni élytres.

Abdomen[modifier | modifier le code]

L'abdomen est la partie derrière le métathorax et est composé d'une série d'anneaux. Ces segments possèdent une série de petits trous, appelés stigmates, qui permettent à l'insecte de respirer. Les deux principaux types sont les tergites (sur la face dorsale) et les sclérites (sur la face ventrale). Ces deux plaques sont articulées latéralement (pleure) par un repli membranaire (conjonctive) extensible, appelé repli tégumentaire pleural. Chez la plupart des coléoptères, les tergites sont membraneux et elles sont cachées sous les élytres au repos. Les sclérites sont généralement plus larges et ils sont bien visibles sous l'abdomen. Leur niveau de sclérification peut être très variable. L'abdomen n'a pas d'appendices, mais quelques insectes (par exemple : Mordellidae) ont des lobes sternaux articulés[6].

Reproduction et développement[modifier | modifier le code]

La plupart des coléoptères réalisent une métamorphose complète (holométabole). En général, le développement se réalise en quatre étapes : l'œuf, la larve, la nymphe et l'imago ou adulte. La nymphe est parfois appelée chrysalide. Chez certaines espèces, la nymphe peut être cachée à l'intérieur d'une cavité ou d'un cocon. Certains types de coléoptères réalisent une métamorphose du type hypermétabole. Ces insectes ont une étape de transformation de plus, entre la larve typique et la nymphe. Par exemple, chez les Meloidae, on retrouve l'œuf, la première étape larvaire qui comprend une larve mince et adaptée à la locomotion, une deuxième étape larvaire avec une larve massive et sédentaire, une nymphe et finalement un adulte.

Accouplement[modifier | modifier le code]

Accouplement de Chrysomelidae

Les comportements de reproduction chez les coléoptères peuvent être très diversifiés. Pendant la période de reproduction des insectes, la communication se réalise principalement par la sécrétion de phéromones. Le mâle peut donc trouver l'emplacement d'une femelle réceptive de cette manière. Les phéromones sont propres à chaque espèce et elles sont constituées de différentes molécules chimiques. Par exemple, les phéromones de certains scarabées de la sous-famille des Rutelinae sont composés majoritairement d'une synthèse d'acide gras. D'autres, comme dans la sous-famille des Melolonthinae, sont plutôt composés d'acides aminés et d'acides terpéniques.

Une autre technique de communication est l'utilisation de la bioluminescence. Chez les coléoptères, cette forme d'appel se limite à la famille des Lampyridae et des Phengodidae. Les individus de ces familles produisent de la lumière qui est fabriquée par des organes à l'intérieur de leur abdomen. Les mâles et les femelles communiquent de cette manière durant la période de reproduction. Les signaux sont différents d'une espèce à l'autre (la durée, la composition, la chorégraphie aérienne et dans l'intensité)[1].

Pendant la période de reproduction, le mâle et la femelle peuvent s'engager dans une parade nuptiale. Ils peuvent faire striduler leurs ailes, créer des sons ou faire vibrer les objets sur lesquelles ils se trouvent. Chez certaines espèces, comme chez les Meloidae, le mâle monte sur le dos de la femelle et lui caresse les antennes et les palpes labiaux avec ses antennes[1].

La compétition est féroce et beaucoup de mâles affichent des comportements territoriaux et agressifs. Ils sont prêts à se battre pour conserver un petit territoire ou un avoir la chance de se reproduire avec une femelle. Chez certaines espèces, les mâles possèdent des cornes et des protubérances sur leur tête ou leur thorax. Ces ornements servent à combattre d'autres mâles de la même espèce.

L'accouplement est généralement rapide mais chez certaines espèces il peut durer plusieurs heures. Au cours de la liaison, les spermatozoïdes sont transférés à l'intérieur de la femelle pour féconder les œufs[4].

Développement[modifier | modifier le code]

Œufs[modifier | modifier le code]

masse d'œufs de Coccinellidae

Durant sa vie, une femelle peut produire entre une dizaine d'œufs à plusieurs milliers. Les œufs sont pondus en fonction du substrat sur lequel les larves se développeront. Par exemple, dans la farine, les adultes de ténébrions déposent leurs œufs de manière aléatoire. Chez certains Chrysomelidae et les Coccinellidae, les œufs sont pondus en masse sur le feuillage ou posés individuellement sur le plant. D'autres pondent à l'intérieur des racines à l'aide d'un ovipositeur spécialisé (ex : charançon de la carotte).

Les soins parentaux apportés aux œufs varient selon les espèces, allant de la simple pose d'œuf sous une feuille à la construction de structures souterraines spécialisées[1]. Certains coléoptères mordent certaines parties d'une feuille pour la faire rouler sur elle-même et ensuite ils pondent leurs œufs à l'intérieur. Cette structure protégera leurs œufs des intempéries et d'éventuels prédateurs.

Chez la chrysomèle Mimosestes amicus, on retrouve une stratégie de ponte d'œufs non fécondés, empilés sur des œufs fécondés, de manière à les protéger des parasitoïdes[7].

L'ovoviviparité est présente chez certaines espèces. Généralement, on retrouve cette stratégie de reproduction chez les insectes qui occupent des environnements dangereux pour le développement des œufs. Certaines femelles de Chrysomelidae vivant dans les zones montagneuses ou subarctiques pratiquent l'ovoviviparité[8] .

Larve[modifier | modifier le code]

Larve de Scarabeidae

C'est généralement au stade de larve que l'insecte s'alimente le plus. Une fois sortie de l'œuf, ils ont tendance à être très vorace. Chez les phytophages, certaines espèces se nourrissent des parties externes des végétaux, comme du feuillage, de la tige, des fleurs ou encore des fruits. D'autres se retrouvent à l'intérieur et se nourrissent du cambium, comme chez les Buprestidae et les Cerambycidae. Les larves de plusieurs familles, comme Carabidae, Coccinellidae, Dytiscidae et Staphylinidae sont prédatrices. La période larvaire est très variable selon les espèces et des conditions environnementales présentes[4].

Les larves de coléoptères peuvent être identifiées par leur tête sclérifiée, la présence de pièces buccales du type broyeur et l'absence de pseudopode. Leur thorax est difficilement distinguable de leur abdomen. Comme chez les coléoptères adultes, les larves sont très variées en apparence. Chez certaines familles, les larves sont très aplaties et sont particulièrement mobiles comme les Carabidae et Staphylinidae. Chez d'autres, comme les Elateridae et Tenebrionidae, les larves sont complètement sclérifiées et ont une forme allongée. Chez les Scarabeidae, les larves sont plus sédentaires, dodues et en forme de « C ».

Pour compléter leur développement, les larves de coléoptères passent par plusieurs mues. Chez la plupart des espèces, la larve gagne en poids et en taille au cours de sa croissance. Cette ce qu'on appelle une métamorphose du type holométabole. Dans les coléoptères, on retrouve également des familles qui pratiquent un autre type de métamorphose : l'hypermétabole. Dans ce type de développement, la larve de type triongulin est très mobile pour ensuite devenir une larve plus sédentaire. On retrouve l'hypermétamorphose chez les Meloidae et certains Staphylinidae, comme le genre Aleochara.

Nymphe[modifier | modifier le code]

Nymphe de Cantharis rufa (Cantharidae)

Comme tous les ptérygotes, à la fin du stade larvaire, la larve se transforme en nymphe. À partir de cette nouvelle forme, il en émergera un adulte entièrement formé. La nymphe ressemble à l'adulte, est généralement de couleur pâle, avec les pattes et les antennes recroquevillées sur son corps. Elle est restreinte en mouvement, souvent immobile et n'a pas de mandibule. C'est donc un stade très sensible pour la prédation.

Chez certaines espèces, la larve creuse une cavité ou se fabrique un abri à l'aide de matière organique pour pouvoir amorcer sa transformation[9].

Comportements[modifier | modifier le code]

Locomotion aquatique[modifier | modifier le code]

Les coléoptères aquatiques utilisent plusieurs techniques pour retenir l'air sous la surface de l'eau. Lors de la plongée, les Dytiscidae retiennent une bulle d'air entre les élytres et l'abdomen. Les Hydrophilidae conservent une fine couche d'air à l'aide de petits poils à la surface de leur corps. Les Haliplidae utilisent leurs élytres et leur coxa pour retenir l'air[10]. Les Gyrinidae portent simplement une bulle d'air avec eux lorsqu'ils plongent.

Communication[modifier | modifier le code]

Phéromones[modifier | modifier le code]

Les coléoptères ont développé une variété de moyens pour communiquer. Le langage chimique, par l'utilisation de phéromones est l'une de ces techniques. Ces signaux peuvent être utilisés pour attirer un partenaire sexuel, former une agrégation, pour prévenir d'un danger ou même pour se défendre.

Les phéromones d'agrégation sont utilisés pour attirer des individus de la même espèce sur une plante-hôte. Chez le dendroctone du pin (Dendroctonus ponderosae), le premier arrivé sur l'arbre hôte laisse une trace chimique d'invitation pour ses semblables. Cette invitation amène des individus mâles autant que des individus femelles. Si la population de dendroctone est trop importante, les individus sécrètent une phéromone d'anti-agrégation. Cela a pour effet d'éliminer la compétition et les effets néfastes d'une population trop importante[11].

Les phéromones peuvent être perturbées par les différentes conditions météorologiques, telles que le vent ou la température.

Sons[modifier | modifier le code]

Certaines espèces communiquent par la stridulation, une création d'un son par frottement. Généralement, le son est produit par le frottement de micro-structures en forme de peigne. Chez le dendroctone du pin (Dendroctonus ponderosae), les adultes frottent leurs ailes avec leur abdomen pour créer un son inaudible pour l'homme[11]. Cette technique de communication est aussi observée chez les longicornes (Cerambycidae).

Les représentants de plusieurs familles produisent des sons par le contact d'une partie de leur corps avec le substrat. Certains Anobiidae vivant dans les fournitures en bois créent un tic-tac sinistre pour communiquer leur emplacement à un partenaire sexuel.

Certains insectes produisent des sons retentissants comme moyens de défense. Par exemple, les carabes de la sous-famille des Brachininae produisent une excrétion d'une substance toxique par leur abdomen lorsqu'ils se sentent en danger. Chez les petites espèces, le son est minime et à peine audible. Par contre, chez les espèces tropicales, le bruit de la décharge peut ressembler à la détonation d'un fusil et par ce fait, effrayé d'éventuels prédateurs[12].

Soins parentaux[modifier | modifier le code]

Un bousier (Scarabaeoidea) en train de pousser une boule de bouse

Chez les insectes, les soins parentaux sont relativement rares. Ils ont comme but de favoriser la survie des larves en les protégeant contre les prédateurs et les conditions environnementales défavorables. Un bon exemple de soins parentaux est chez le staphylin Bledius spectabilis qui vit dans les marais salants. Les œufs et les larves de cette espèce sont menacés par la marée montante. Pour améliorer les chances de survie des petits, la femelle les surveille minutieusement. Lorsque ceux-ci sont en danger d'asphyxie, le staphylin réagit et les aide en creusant. De plus, en créant de petites cavités pour les œufs et larves, elle les protège des guêpes parasitoïdes et des prédateurs[13].

Certaines espèces de bousiers (Scarabaeoidea) affichent également une forme de soins parentaux. Les bousiers recueillent des excréments d'animaux et créent des boules jusqu'à 50 fois supérieur à leur propre poids. Habituellement, c'est le mâle qui pousse la masse d'excréments et la femelle le suit derrière. Lorsqu'ils trouvent un endroit avec un substrat idéal, ils s'arrêtent et enterrent la boule d'excréments. Après l'accouplement, ils vont préparer la bouse et la femelle pond ses œufs à l'intérieur. Cette boule devient un véritable garde-manger pour les larves. Chez certaines espèces, les adultes laissent les petits à eux-mêmes, chez d'autres, ils restent près d'eux pour les protéger[14].

On retrouve également des soins parentaux chez certaines espèces de Silphidae.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Les coléoptères sont capables d'exploiter une grande diversité de ressources alimentaires. Certains sont omnivores, mangeant des plantes et des animaux. D'autres sont très spécialisés dans leur régime alimentaire. De nombreuses espèces de Chrysomelidae, Cerambycidae, Curculionidae sont spécifiques et ne se nourrissent que d'une seule espèce de plante. Plusieurs coléoptères, comme les Carabidae et les Staphylinidae, sont principalement carnivores. Ils chassent et consomment beaucoup de petites proies, comme d'autres arthropodes, des vers de terre et des escargots. La plupart de ces prédateurs sont généralistes mais quelques espèces ont des préférences pour des proies plus spécifiques.

La matière organique en décomposition fait partie du régime alimentaire de nombreuses espèces. Dans cette catégorie, on retrouve les espèces dites coprophages (ex : Scarabeidae et Geotrupidae) qui consomment des excréments et les espèces nécrophages (ex : Silphidae) qui se nourrissent d'animaux morts.

Écologie[modifier | modifier le code]

Défense et prédation[modifier | modifier le code]

Les coléoptères ont une variété de stratégies pour éviter d'être attaqués par des prédateurs ou des parasitoïdes. Parmi ces stratégies, on retrouve le camouflage, le mimétisme, la toxicité et la défense active.

Larve de Cassidae avec ses excréments sur son dos

Les insectes qui pratiquent le camouflage utilisent une coloration ou une forme pour se fondre dans leur environnement. Ce type de coloration est répandu dans plusieurs familles de coléoptères, en particulier celles qui se nourrissent de bois ou de végétation (ex : Chrysomelidae et Curculionidae). Certains ont la coloration et la texture du substrat dans lequel ils vivent[15]. Les larves de certaines espèces se camouflent à l'aide de leurs excréments. On retrouve cette pratique chez certaines Chrysomelidae.

Longicorne du genre Hesthesis imitant une guêpe

Certaines espèces ressemblent à s'y méprendre à une guêpe. Cette technique de défense se nomme mimétisme batésien. Ils jumellent leur mimétisme aux comportements de l'insecte imité. Par cette imitation, il bénéficie de la protection contre les prédateurs. Certains longicornes (Cerambycidae) pratiquent ce type de mimétisme. De nombreuses espèces de coléoptères, comme les coccinelles, les cantharides et les lycides, sécrètent des substances désagréables ou toxiques pour se défendre. Ces mêmes espèces présentent souvent de l'aposématisme, une stratégie adaptative qui envoie par une coloration vive ou contrastante un message d'avertissement[15].

La défense chimique est une autre technique de défense pratiquée par certains coléoptères. Cette stratégie n'est pas uniquement contre les prédateurs. Il semblerait qu'elle pourrait même protéger contre les infections et les parasites. Certains espèces libèrent des substances chimiques sous la forme d'un nuage de vapeur avec une précision surprenante. La pulvérisation est parfois si forte qu'elle provoque un bruit de détonation. Les toxines sont souvent issues de la consommation de plantes toxiques. Le métabolisme de l'insecte isole ces toxines et les intègre à son système. Chez les carabes africains du genre Anthia et Thermophilum, la substance chimique expulsée est de l'acide fourmique, la même fabriquée par certaines fourmis. Les carabes bombardiers ont la capacité de projeter un liquide corrosif en ébullition sur leurs assaillants. Cette substance est composée d'hydroquinone et de peroxyde d'hydrogène[15].

Certains coléoptères possèdent des attributs physiques comme des épines ou des protubérances qui les aident à se défendre et les rendent peu attrayants pour d'éventuels prédateurs. En cas de danger, ils peuvent mordre ou encore refermer leurs pattes épineuses sur l'ennemi[15].

Parasitisme[modifier | modifier le code]

Quelques espèces de coléoptères sont des ectoparasites de mammifères. Platypsyllus castoris, une espèce de staphylin, vit comme parasite aux stades larvaires et adultes et il se nourrit de l'épiderme de castor. Cette espèce n'a pas d'aile et de yeux comme beaucoup d'autres ectoparasites[16].

Le petit coléoptère des ruches (Aethina tumida) est également un type de parasite. Les larves de cet insecte se nourrissent du miel et ils endommagent ou détruisent les rayons en s'alimentant. Ils défèquent également dans le miel et cela provoque une fermentation avec une odeur caractéristique d'orange en décomposition. Lors des fortes infestations, les abeilles peuvent décider de quitter la ruche. A. tumida est considéré comme un insecte nuisible pour l'industrie de l'apiculture[17].

Les coléoptères peuvent être également des hôtes pour des guêpes parasitoïdes. Par exemple, la coccinelle maculée (Coleomegilla maculata) est l'hôte d'une guêpe braconide nommée Dinocampus coccinellae. Lors de l'oviposition, la femelle parasitoïde s'approche de son hôte et lui pénètre l'exosquelette à l'aide de son ovipositeur modifié. Elle déposera son œuf à l'intérieur de la coccinelle. La larve s'alimentera des corps gras de celle-ci. Lors de la pupaison, qui se produit à l'extérieur de la coccinelle, la larve manipule son hôte pour que celui-ci protège son cocon[18].

Pollinisation[modifier | modifier le code]

Les coléoptères peuvent être des pollinisateurs particulièrement importants dans certaines régions comme dans les zones semi-arides d'Afrique australe, dans le sud de la Californie[19] et dans les prairies montagneuses de KwaZulu-natal d'Afrique du Sud[20].

Certains types de fleurs semblent attirer davantage les coléoptères. Les fleurs attirantes sont généralement de grande taille, verdâtre ou blanc cassé et très parfumée. L'odeur dégagé peut être épicé, fruité ou similaire à la décomposition de la matière organique. La plupart des fleurs pollinisées par ces insectes ont une forme aplatie ou possède une partie en forme de plate-forme. Cette structure permet une meilleure accessibilité aux pollens[21]. Les ovaires des plantes sont généralement bien protégés contre les pièces buccales du type broyeur des coléoptères.

Mutualisme[modifier | modifier le code]

Relation de mutualisme : 1 - Le scolyte adulte creuse des galeries dans le bois pour pondre ses œufs et libère des spores de champignons. 2 - La larve se nourrit du champignon, qui en digérant le bois, contient ses éléments nutritifs. 3 - La larve devient une nymphe puis émerge en adulte.

Le mutualisme est une collaboration entre des individus d'espèces différentes. Cette relation n'est pas commune parmi les différents ordres d'insectes. Pourtant, on retrouve quelques exemples de ce type de relation chez les coléoptères, comme chez la sous-famille des Scolytinae. Le scolyte creuse des tunnels dans les arbres morts et cultive des jardins fongiques, qui en digérant le bois, deviennent leur seule source de nutrition. Lorsque l'adulte atterrit sur un arbre approprié, il creuse un tunnel dans lequel il libère des spores de son symbiote fongique. Le champignon pénètre le xylème de l'arbre, le digère et se concentre dans les parties plus nutritives. Les larves de scolytes ne sont pas capables de digérer le bois en raison des toxines présentes dans celui-ci. Il utilise donc sa relation avec le champignon pour aider à surmonter les défenses de l'arbre[22],[23].

Commensalisme[modifier | modifier le code]

Le commensalisme est un type de relation biologique dans laquelle un hôte fournit un bénéfice au commensal. L'hôte n'obtient aucun gain en échange. Certains pseudoscorpions montent sur des longicornes et se cachent sous les élytres de ceux-ci. Ils bénéficient d'un transport vers de nouveaux territoires et sont également protégés des prédateurs. Le coléoptère n'est pas affecté par la présence des auto-stoppeurs[24],[25].

Dénomination et histoire évolutive[modifier | modifier le code]

Position au sein des insectes[modifier | modifier le code]

Endopterygota



Megaloptera



Raphidioptera



Neuroptera




Coleoptera



 ?

Strepsiptera







Diptera



Mecoptera



Siphonaptera





Trichoptera



Lepidoptera






Hymenoptera





Classification[modifier | modifier le code]

Le terme « coléoptère » a été formé à partir du grec ancien κολεόπτερος : « dont les ailes sont recouvertes d'une sorte de fourreau, coléoptère », composé de κολεός, koleos « fourreau, étui » et de πτερόν, pteron, « aile »[26]. Il aurait été inventé par Aristote[27] et a été repris par Carl von Linné pour regrouper les espèces parfois appelées « vrais coléoptères », contrairement à d'autres auteurs comme Giovanni Antonio Scopoli qui y incluait les blattes ou les orthoptères. Charles de Geer, dans son ouvrage de 1774, est le premier à n'appliquer le nom de Coleoptera qu'à des espèces considérées aujourd'hui comme des coléoptères.

Ce groupe est aujourd'hui réparti en quatre sous-ordres :

Parmi les coléoptères on trouve de nombreuses familles dont :

Histoire naturaliste[modifier | modifier le code]

L'ordre des coléoptères est l'ordre des animaux qui rassemble le plus grand nombre d'espèces (plus de 300 000). C'est pour cela, qu'à la question « Qu'est-ce que vos études de la nature vous ont révélé de la nature de Dieu ? », le chercheur britannique John Burdon Sanderson Haldane (1892-1964) répondit : « le Créateur, s'il existe, a une passion démesurée pour les coléoptères ! »[28].

Coléoptères et effet-lisière[modifier | modifier le code]

La perméabilité écologique des lisières pour les coléoptères a de multiples implications, tant pour la recherche en matière de biodiversité que pour la gestion agricole, sylvicole ou du territoire.
Une étude publiée en 2007[29] a porté (dans l'Ohio) sur ses déplacements à partir des lisières forestières vers l'intérieur des champs de maïs périphériques aux forêts, afin de voir dans quelle mesure la taille des fragments forestiers, la distance à la lisière et la matrice agricole affectaient ou non la dynamique des communautés de coléoptères. L'étude a porté sur l'abondance en coléoptères et leur diversité en espèce (diversité spécifique). Elle a montré que :

  • l'abondance et la diversité en coléoptères, dans ce contexte, étaient toutes deux significativement plus élevées près de l'écotone Forêt-champs, en toutes saisons ;
  • dans les fragments forestiers les plus vastes, les coléoptères circulaient plutôt de la lisière vers l'intérieur de la forêt, alors que dans les petits fragments, ils migrent plus volontiers de la lisière vers les champs. D'un certain point de vue, la lisière d'une vaste forêt serait donc (pour les coléoptères) en quelque sorte moins transparente ou plus « dure » (expression employée par les auteurs) au regard de la circulation des coléoptères[29].
  • Une représentation graphique des relations entre les points de captures/recaptures (Non-metric Multidimensional Scaling) a montré que les zones de bucheronnage et de forêt dense étaient les deux variables expliquant le mieux les variations dans la composition en espèce[29].

Pressions et menaces[modifier | modifier le code]

Les coléoptères, comme de nombreux autres invertébrés sont soumis à la pression croissante des pesticides (insecticides). Certaines espèces sont également menacées ou rares et recherchées par les collectionneurs.
On a récemment montré que des espèces montrant de bonnes aptitudes à voler se refusent néanmoins à traverser des espaces très artificialisés (tels que les routes)[30]. Ainsi, indépendamment du risque d'écrasement, les infrastructures routières exposent ces espèces à un phénomène de fragmentation écologique de leur habitat (même quand les routes sont fermées ou peu fréquentées). Enfin le manque de bois-mort et sénescent dans les forêts cultivées est aussi une cause de régression ou disparition d'espèces qui peut être en partie limitée par une gestion durable des forêts exploitées améliorant artificiellement[31], via la réintroduction de chronoxyles, bois sénescents, brûlés (feux contrôlés), etc. ou naturellement (par arrêt localement des coupes ou de l'exportation) l'offre en bois mort et en arbres sénescents.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Powell, Jerry A. (2009). "Coleoptera". In Vincent H. Resh & Ring T. Cardé. Encyclopedia of Insects (2nd ed.). Academic Press. p. 1132. ISBN 978-0-12-374144-8
  2. Rosenzweig, Michael L. (1995). Species Diversity in Space and Time. Cambridge University Press.ISBN 9780521499521.
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Références externes[modifier | modifier le code]

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Orientation bibliographique[modifier | modifier le code]

  • Clé illustrée des familles des coléoptères de France de Pierre Ferret-Bouin (1995), éditée par L'Entomologiste, 45 rue Buffon, 75005 Paris. Il s'agit d'une clé permettant, comme son nom l'indique, de trouver la famille correspondante. Elle comprend une clé dichotomique et de nombreux dessins. Relativement simple d'utilisation, c'est un ouvrage nécessaire pour découvrir de façon précise ce groupe très riche.
  • Guide des coléoptères d'Europe de Gaëtan du Chatenet (1986), édité par Delachaux et Niestlé. Ouvrage richement illustré, il permet la reconnaissance de près de 800 espèces.
  • À la rencontre des coléoptères, cahier technique édité par la fédération des clubs CPN (Connaître et Protéger la Nature). (ISBN 978-2-918038-12-2)
  • L'école des bestioles (2014), est composée de plusieurs classes. Les plus fameuses sont celle des coléoptères, des insectes ailés, des faux insectes et des larves. On suivra de nombreuses histoires drôles, instructives et même surprenantes entre les différents élèves et les professeurs. À travers ces histoires, on découvre les habitudes et les caractéristiques scientifiques des insectes. Dans chaque livre se trouve un glossaire illustré explicatif afin d’améliorer nos connaissances de ces petites bestioles. (ISBN : 978-288934-009-5)