Ténébrion meunier

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Tenebrio molitor

Le Ténébrion meunier (Tenebrio molitor) est un insecte de l'ordre des coléoptères, de la famille des ténébrionidés.

Il est capable de vivre dans des denrées stockées très sèches, notamment dans la farine, d'où son nom de meunier.

C'est un insecte cosmopolite, probablement d'origine européenne, mais disséminé aux quatre coins du monde depuis longtemps, à cause des échanges commerciaux de denrées alimentaires dont il est friand.


Description[modifier | modifier le code]

L'adulte est de couleur brun-noir (d'où le choix du terme Tenebrio), brun-orangé dans sa forme juvénile. La larve est vermiforme, de couleur marron-jaune : on l'appelle le ver de farine. L'adulte atteint 1,5 cm en moyenne (1,2 à 1,8 cm). À la fin de son développement, la larve peut être plus longue (jusqu'à dépasser 2,5 cm), mais moins large que l'adulte. Elle change de forme au cours de la métamorphose, en formant une nymphe.

Biologie[modifier | modifier le code]

Reproduction et développement[modifier | modifier le code]

Deux vers et une « peau » vide.
Ver de farine venant de muer (blanc), près de son ancienne cuticule froissée ou exuvie et une autre larve de couleur sombre, avant la mue.

Comme chez tous les arthropodes, la croissance est discontinue : l'animal est recouvert d'une cuticule rigide, lui servant d'exosquelette, qu'il doit renouveler périodiquement pour en fabriquer une plus grande. C'est le phénomène de la mue.

Nymphe de couleur brun jaune
Ténébrion meunier au stade de nymphe.

Le ténébrion se reproduit relativement vite : le cycle de développement complet s'effectue en deux à trois mois, si les conditions sont favorables (25 à 27 °C), mais peut prendre une année dans la nature. La femelle pond des œufs très petits et transparents, difficiles à détecter dans la farine. Il en sort de minuscules larves blanches, qui se colorent peu à peu.

Le nombre de stades larvaires, séparés par des mues, est variable : un minimum de 8, un maximum pouvant dépasser 20. L'animal est en effet capable d'adapter la vitesse de son développement discontinu aux conditions extérieures. Il aura tendance à grossir plus et à faire plus de mues larvaires, s'il trouve de la nourriture en abondance et s'il vit au contact d'autres larves (donnant ainsi des adultes plus gros). Au contraire, il aura tendance à se métamorphoser moins vite si les ressources alimentaires s'épuisent ou s'il est isolé (donnant ainsi des adultes plus petits).

La vie de la nymphe est de 6 à 20 jours selon la température et l'adulte peut vivre quelques semaines (à 2 mois ou plus) au cours desquelles la femelle effectue plusieurs cycles de ponte (quelques centaines d'œufs au total).

La transformation de la nymphe en adulte est facile à observer, il suffit de guetter ces quelques signes : la nymphe est agitée de petits mouvements d'abdomen réguliers ; les pattes, les yeux et les antennes se colorent d'un marron-rouge, l'ocelle (la tête) devient orange, les futures ailes et les pattes s'écartent lentement du corps. Puis, la nymphe commence à muer, et les élytres s'étirent jusqu'à avoir leur forme d'adulte. Les juvéniles sont brun-roux, la coloration noire apparaît en quelques jours.

Forme juvénile rousse.

Bien que doté d'ailes, l'adulte vole rarement[1],[2].

On peut le trouver en été sous les écorces[3].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Le ténébrion est omnivore et saprophage.

Élevage[modifier | modifier le code]

Cet insecte est inoffensif pour l'humain et facile à élever.

Il suffit d'acheter quelques larves, vendues sous le nom de « ver de farine », dans une animalerie et de les mettre dans un récipient contenant quelques centimètres de farine de céréales. Les parois du bac seront lisses et non comestibles pour éviter que l'insecte ne grimpe ou ne le ronge. En élevage, le ténébrion adulte reste dans ce bac et ne s'envole pas. Les larves s'enfoncent dans la farine pour se nourrir et remontent à la surface pour effectuer leurs mues et leur métamorphose[2].

Une particularité remarquable de cet animal est qu'il n'est pas nécessaire de lui donner de l'eau, ce qui en simplifie grandement l'élevage. En effet, il est capable de récupérer l'eau contenue dans l'air atmosphérique et dans des aliments très desséchés. Comme beaucoup d'autres Tenebrionidae, il est adapté à vivre dans des conditions désertiques[2].

Toutefois, cet insecte est considéré comme omnivore (polyphage) car il affectionne aussi les fruits, les légumes et les protéines. Un morceau de pomme ou de carotte, de temps en temps, ou quelques épluchures permettront aux larves de prendre du poids plus rapidement. Il convient toutefois de vérifier que ces aliments ne sont pas contaminés par un insecticide ou d'autres polluants ; il est par exemple vulnérable au sélénium[4]. On peut également leur donner du son, du pain, des croquettes pour chat, ou toute autre denrée séchée. D'autre part, cet animal n'hésite pas à dévorer ses congénères lorsqu'ils sont morts, blessés ou simplement affaiblis par les mues de métamorphose. Pour que l'élevage perdure, il est donc conseillé d'isoler les jeunes nymphes nouvellement formées (qui n'ont pas besoin de manger) et de ne les remettre dans un bac de nourriture que deux ou trois jours après la mue adulte.

Il n'est pas du tout aisé de reconnaître un mâle d'une femelle lorsqu'ils sont adultes. La couleur brune ou noire n'étant pas un critère valable. La différence devient visible au niveau de la nymphe, qui permet d'observer les pièces génitales en formation au bout de l'abdomen. Le sexe de l'adulte peut être déterminé en exerçant une pression légère sur le haut du corps de l'animal, progressivement du thorax jusqu'à l'abdomen, ce qui a pour effet de chasser l'hémolymphe vers les parties génitales qui se dévaginent ainsi de l'intérieur du corps.

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Tenebrio molitor a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758.

Le Ténébrion meunier et l'Homme[modifier | modifier le code]

Utilisation[modifier | modifier le code]

On peut trouver cet insecte dans la plupart des animaleries car il est élevé pour divers usages : la pêche, l'alimentation animale et, même, parfois, pour l'alimentation humaine (entomophagie, voir plus bas).

Observation scientifique

De par la facilité de son élevage, cet insecte est très utilisé dans les laboratoires de recherches pour des études physiologiques sur son développement et sur son endocrinologie : sa nymphe est très sensible à l'hormone juvénile par exemple, ce qui a notamment permis d'étudier cette hormone en détail, ainsi que beaucoup de composés mimétiques (modulateurs endocriniens) ou pesticides.

L'élevage, à la portée des enfants, est tout à fait recommandé aux écoles pour des observations sur le développement des insectes.

Pêche

La larve du ténébrion peut servir d'appât pour les poissons.

Alimentation animale
Phalangers volants nourris avec des vers de farine

Le ver de farine sert à l'alimentation en élevage de nombreuses espèces d'insectivores: oiseaux, reptiles, batraciens, poissons, fourmis, rongeurs…

Alimentation humaine
Plat de vers de farine

En Occident, elle est mise en vedette au XXIe siècle par des émissions de télévision montrant des concurrents contraints d'en manger pour réussir une épreuve. Toutefois, les individus achetés en animalerie ne sont pas garantis sans parasites transmissibles à l'homme. Il faut être certain de la qualité de l'élevage ou éviter la consommation crue de cet insecte (voir ci-dessous).

Consommées vivantes les larves sont très juteuses et d'une saveur assez sucrée. Leur goût rappelle celui de la noisette et de l'amande[5]. Les vers de farine peuvent remplacer les noix, les raisins secs ou bien même les morceaux de chocolat dans les pâtisseries. Dans les tartes salées, ils remplacent les lardons ou le jambon. On peut aussi les faire frire et les consommer comme des petits lardons grillés[6].

La larve de cet insecte, riche en protéines[7],[8] est souvent utilisée par les adeptes de la consommation d'insectes, ou entomophagie, ou a été proposée comme complément alimentaire[9]. La chair de la larve est comme pour beaucoup de larves d'insectes naturellement assez pauvre en calcium, mais ceci peut être compensé par une supplémentation en calcium sous forme de CaCO3 de la nourriture de la larve[10]. Le calcium contenu par la larve a alors une excellente biodisponibilité ; 76 % comme celui de la coquille d'huître[10] réputée être l’une des meilleurs sources de calcium biodisponible.

Santé humaine

Le Ténébrion meunier peut être vecteur de vers parasites apparentés au ténia (du genre Hymenolepis). Il faut donc éviter de le manger cru si on n'est pas certain de la qualité de l'élevage.

Les vers de farine représentent une source de manifestations allergiques respiratoires chez des pêcheurs et des employés exposés à ces insectes[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Exemple d'un élevage facile : Vers de farine ou Ténébrions, publié en 2013, sur le site de l'association Office pour les insectes et leur environnement (O.P.I.E.), consulté en mai 2013.
  2. a, b et c Didier Pol, Élevage du ténébrion meunier (« ver de farine »), publié le 18 septembre 2006, sur le site de la fondation La main à la pâte, consulté en mai 2013.
  3. Michael Chinery, Insectes de France et d'Europe occidentale, Paris, Flammarion,‎ mai 2005, 320 p. (ISBN 978-2-0820-1375-8), p. 274-275.
  4. (en)Hogan, G.R., H.G. Razniak,. 1991 Selenium-induced mortality and tissue distribution studies inTenbrio molitor (Coleoptera, Tenebrionidae). Environmental Entomology, 20: 790-794.
  5. Tenebrio molitor.
  6. Cuisiner des vers.
  7. (en)Jones, L. D., R. W. Cooper, R. S. Harding. 1972. Composition of mealworm Tenebrio molitor larvae. The Journal of Zoo Animal Medicine 3:34-41.
  8. (en)Goulet, G., P. Mullier, P. Sinave, G. J. Brisson. 1978. Nutritional evaluation of dried Tenebrio molitor larvae in the rat. Nutrition Reports International 18:11-15.
  9. (en)Aguilar-Miranda, E. D., M. G. López, C. Escamilla-Santana, A. P. B. de la Rosa. 2002. Characteristics of maize flour tortilla supplemented with ground Tenbrio molitor larvae. Journal of agricultural and food chemistry 50:192-195.
  10. a et b (en)Klasing, K. C., P. Thacker, M. A. Lopez, C. C. Calvert. 2000. Increasing the calcium content of mealworms (Tenebrio molitor) to improve their nutritional value for bone mineralization of growing chicks. Journal of Zoo and Wildlife Medicine 31:512-517 (résumé).
  11. C. Ledent et M. Mairesse Une dyspnée d'origine halieutique. Revue Française d'Allergologie et d'Immunologie Clinique - doi:10.1016/j.allerg.2005.11.010

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Autre lien externe[modifier | modifier le code]